Portrait de Caroline, guide privé « Like a local »

J’ai rencontré Caroline (photo ci-dessus par Marco Carbone) lors des French Afterworks YCO à Oslo dont elle est une des organisatrices. Elle travaille dans le tourisme, un domaine que je ne connais pas du tout. Sur le point de faire le grand saut et de se lancer à son compte, nous avions fait cet entretien début mars.

Comme vous le savez, la crise du coronavirus est arrivée entre temps et a complètement arrêté les activités de ce secteur. Les affaires commencent doucement à reprendre, c’est donc un bon moment de découvrir son parcours.

Thomas : Pourquoi et comment es-tu arrivée en Norvège ?

Caroline : Je suis venue pour la première fois en Norvège en 2005, c’était un échange Erasmus à BI, une école de commerce à Oslo, et j’ai eu un vrai coup de cœur pour le pays.

Erasmus est une expérience superbe, que je recommande pour ceux qui peuvent en profiter. J’en avais profité pour visiter Stockholm et Copenhague aussi, et je m’étais dit que j’aimerais beaucoup revenir dans les pays nordiques plus tard.

Une fois mon master de tourisme terminé, j’ai été embauchée à Comptoir des Voyages à Paris, en tant que spécialiste des pays nordiques. À ce poste, il fallait que je connaisse bien les destinations que je vendais, donc j’ai souvent été envoyé sur le terrain en voyages d’études.

Ensuite, j’ai travaillé chez un autre voyagiste à Lyon, puis je suis arrivée en Norvège en 2013 quand j’ai trouvé un emploi à l’office de tourisme de Flåm dans la région du Sogn og Fjordane.

Flåm

Le dépaysement a dû être total après Lyon, n’est-ce pas ?

C’est sûr que c’était différent, Flåm c’est 300 habitants qui vivent à l’année et environ 5 000 touristes par jour en été !  Flåm est une des destinations les plus touristiques de Norvège grâce à son fameux train panoramique, le Flåmsbana, et son fjord, le Nærøyfjord, qui est classé au patrimoine de l’UNESCO.

C’est un endroit magnifique que je recommande, mais plutôt hors saison pour éviter la foule. Enfin sauf cette année :).

Quand je t’ai rencontré la première fois tu étais chez Terra Nova  à Oslo n’est-ce pas ?

Oui, quand mon contrat saisonnier à Flåm s’est terminé, je voulais rester en Norvège. C’est là que j’ai eu la chance d’avoir été embauchée chez Terra Nova à Oslo pour une durée de 1 an, puis par la suite j’ai obtenu un CDI (Terra Nova est un « tour operator incoming » faisant partie de l’entreprise Haman Group.)

En quoi consistait ton travail ?

Mon boulot principal était de vendre des voyages sur mesure, en Norvège et autres pays nordiques, pour des clients français. Je disais souvent que mon métier c’est de vendre du rêve.

Ça implique de construire un nouveau voyage à chaque fois en fonction des envies du client, et pour ça il faut connaître parfaitement la destination et faire du repérage. 

Les voyages de formation s’appellent les « eductours ». Généralement, ce sont les lieux de destination qui nous invitent afin que l’on connaisse et vende leur région par la suite. Par exemple: Visit Hardanger, Visit Flåm ou encore Innovation Norway en partenariat avec une région. Quand ils nous invitent, on part 4-5 jours avec des concurrents pour aller tester principalement les hébergements, les restaurants et les activités. Ils prennent soin de nous, on est vraiment chouchoutés. Ces voyages de formations sont des avantages dans notre travail. La majorité du temps, nous sommes au bureau pour la vente et de la production de voyage. 

Via cette partie de mon job, j’ai pu visiter la Norvège de Lindesnes, le point le plus du Sud, jusqu’au Cap Nord et même jusqu’au Svalbard, je pense avoir presque tout vu de la Norvège qui est un pays magnifique.

Tu t’es mise à ton compte début 2020. Pourquoi ce changement ?

C’est exact, en janvier. J’avais envie de changement après 6 ans dans la même entreprise. En l’occurrence, je me focalise maintenant uniquement sur Oslo en tant que guide privé. Au fil des années j’ai vu assez de clients qui cherchaient quelque chose de différent. Ils cherchaient une personne locale qui parle leur langue, à être en famille avec un guide privé sur quelques heures.

Cette idée me trottait dans la tête depuis un moment, et puis maintenant que j’ai eu la chance d’avoir vu toute la Norvège et une grande partie de la Scandinavie, c’était le moment pour moi de bouger sur le terrain, car j’adore rencontrer des gens et leur faire passer ma passion pour Oslo et le pays en me baladant.

Comment ont été les démarches pour te lancer à ton compte ?

Quand j’ai décidé de créer mon entreprise j’ai hésité entre deux structures : ENK (Enkelpersonforetak) ou AS (Aksjeselskap). La première est comme la version française autoentrepreneur et l’autre ressemble à une SARL. J’ai choisi de créer une AS, car bien qu’il y ait un peu plus de formalités et de coûts, nous sommes plus protégés en tant qu’individu. 

La procédure est assez simple : Il faut créer les statuts (par exemple via Stiftelsesdokument.no), ouvrir un compte bancaire professionnel en ayant un apport minimum de 30 000 NOK puis s’inscrire dans le registre de Brønnøysund et payer les frais.

En 3 semaines mon entreprise était créée ! Toutes les infos nécessaires sont en anglais sur Altinn.

En quoi consiste le travail d’un guide privé ?

Mes clients cibles sont principalement des gens en voyage à Oslo pour une journée ou deux et qui veulent voir autre chose que le Top 10 de Lonely Planet ou Trip Advisor. J’aimerais montrer la ville en dehors des sentiers battus, avec le point de vue de local. Par exemple, en passant par le quartier de Damstredet (une des plus vieilles rues d’Oslo), Blå, Mathallen, la rivière d’Akerselva, Grunerløkka, Grønland avec ses bars sympas dans les courts intérieurs et puis enfin les quartiers plus modernes comme le Barcode et Bjørvika.

Le « Top 10 » est incontournable cependant, non ?

Bien sûr, le but est de visiter une partie des incontournables aussi, mais en tant que guide je peux glisser des anecdotes lors de la visite. Parler des attaques de 2011 quand on passe près des bureaux du gouvernement par exemple. En parlant architecture, j’explique aussi comment se passe l’achat d’un appartement à Oslo, qui est bien différent de ce qui se passe en France.

Mes visites, c’est comme être avec un ami qui vous reçoit. La preuve, on s’arrête pour boire un café où on déjeune ensemble ensuite !

Quels sont des clients types pour ce genre de prestation ?

Ce sont principalement des gens de 35 à 60 ans « qui ont des moyens » et qui souhaitent un tourisme plus authentique et pas de masse. Certains prennent des guides privés pour chacune de leurs destinations. Ils sont de passage sur Oslo à peine 2 jours pleins, qui coïncide généralement avec le début ou la fin d’un voyage en Norvège. Ils veulent optimiser les visites sur les quelques heures dans la capitale.

Ce sont des gens curieux sur la vie quotidienne aussi ! Ça les arrange d’avoir une personne française qui peut comparer les deux cultures. Par exemple, nous allons parfois ensemble au Vinmonopolet lors des tours.

Aucun risque que ce soit lassant pour toi ?

Le centre-ville c’est une chose, mais je propose plusieurs itinéraires. Je propose aussi des tours dans la forêt, et un autre dans les îles d’Oslo. J’aimerais vraiment développer la Marka avec des randonnées avec pique-nique. 

Pourquoi ne pas aussi combiner une promenade dans Oslo avec un sauna après ou un tour de kayak ou paddle.

L’année prochaine j’aimerais aussi proposer de visiter la région de Viken, car elle est mal connue ! Sandvika et ses îles, Bærum Verk, Drøbak ou encore le musée de Kistefoss, etc.

Impossible de ne pas parler du COVID-19, comment as-tu été impacté ?

Le secteur du tourisme et de l’événementiel sont à l’arrêt. Au départ, l’impact était plus important pour les groupes que les individuels bien sûr, mais une fois que les aéroports ont été fermés ça a été fini pour tout le monde malheureusement. Je me rassurais en me disant que le tourisme avait toujours des hauts et des bas, mais je ne m’attendais pas à ce que la crise soit aussi profonde.

Je ne me suis pas découragée, j’ai profité de ce temps pour découvrir encore plus Oslo et faire du networking auprès des acteurs locaux pour me faire connaître. J’ai aussi développé mon site web mypromenade.net, une page Facebook et un compte instagram. Je me suis aussi inscrite sur Airbnb Experiences pour avoir une visibilité plus internationale. J’ai très récemment eu des Français et des Allemands comme clients.

Pour finir, toi qui as tout vu en Norvège, quel est ton endroit préféré et pourquoi ?

En fait, j’ai découvert au mois de juin un des fjords qui me manquait à mon palmarès et je crois que c’est mon coup de coeur : le Hjørundfjord. C’est le fjord secret qui se situe entre Ålesund et Geirangerfjord. 

Il ne fait que 35 kilomètres de long et se partage en deux au niveau du petit village de Sæbø. Il possède des montagnes à pic, des cascades incroyables, de superbes forêts et des villages pittoresques comme Bjørke, Leira, Viddal et Urke.

Publié par Thomas Bassetto

Originaire du pays des chocolatines, Thomas est arrivé par hasard en Norvège mais n'en est jamais reparti. Il est administrateur du groupe Facebook "Les Français à Oslo" et bénévole pour diverses associations comme DNT, Codebar ou Oslo Kooperativ.

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