Portraits de Marion et Tristan, deux jeunes Français installés à Isfjorden (1320 hab.)

Petite anecdote : Marion est la première Française que j’ai rencontrée en Norvège, le soir même où j’ai atterri à Oslo. En effet, j’avais noté en avance des appartements en location sur Finn.no et le sien était le premier sur ma liste à visiter ! Je n’ai cependant pas été choisi comme locataire, mais je ne suis pas rancunier et nous sommes devenus amis depuis 😉.

Marion et son copain, Tristan, ont depuis quitté Oslo pour aller vivre à Åndalsnes (2 416 hab.) dans le Møre og Romsdal ! Début 2020, ils sont passé à l’étape supérieure et ont carrément acheté une maison dans une des petites villes à côté : Isfjorden. J’ai donc voulu en savoir plus sur ce qui les a motivés à aller se perdre dans le fond des fjords norvégiens.

Thomas : Quand et pourquoi êtes-vous arrivés en Norvège ?

Tristan : En terminale, une envie de partir de France grandissait en moi. Cherchant où je pourrais à la fois faire beaucoup de ski et parfaire mon anglais, je suis tombé sur le contact d’une Française travaillant au ministère de l’Éducation en Norvège. Elle m’a fait part d’une bourse permettant à une vingtaine de jeunes étrangers de passer une année en Folkehøgskole [ndlr : « universités populaires » qui s’adressent tout particulièrement aux jeunes adultes, en promouvant une éducation générale]. J’ai envoyé ma candidature, et quelques mois après mon bac en 2008 je posais mes valises à Gol pour une année ! 

Marion : J’avais 21 ans et travaillais à Paris, avec un petit ami en Erasmus en Norvège. C’était en 2010. L’idée de l’y rejoindre et y trouver un travail semblait un bon challenge. J’ai rapidement appris la langue, au début depuis Paris en préparant mon départ, puis dès l’année suivante sur place grâce à mon premier boulot. Je me suis très vite sentie à ma place, tant et si bien que je suis restée alors que mon copain de l’époque est rentré en France. Sans rancune, nous sommes toujours en contact et rigolons encore de la tournure de cette aventure !

Comment vos chemins se sont croisés ?

On s’est rencontrés à une fête organisée par une amie en commun à Oslo. Cette amie en question, Claire, s’est avérée être une des meilleures amies de Marion et est plus tard devenue sa colloc. Elle avait entendu dire que Tristan était de retour sur Oslo, ayant trouvé du travail sur place. Nous nous sommes donc retrouvés tous deux au même endroit, se sommes dit bonjour et c’était tout.

Par la suite, une deuxième fête chez Claire et Marion (qui venaient d’emménager ensemble) a eu lieu et puis une troisième où nous nous sommes dit qu’il était enfin temps de faire mieux connaissance !

Tristan, comment es-tu devenu professeur de français au final ? Quelle est la relation qu’ont les Norvégiens par rapport à notre langue ?

Après deux ans d’université en France et de cours de norvégien, je suis parti à Bergen pour faire ma 3e année en Erasmus. Là j’ai pu améliorer mon norvégien grâce aux cours proposés par la fac et au fait que j’habite avec des locaux. Cette année m’a permis d’avoir un niveau de langue suffisant pour pouvoir m’inscrire à un cursus local ce que je me suis empressé de faire. Après une licence puis un master en français, une année d’équivalent norvégien pour STAPS ([ndlr : filière activités physiques et sportives]) et une dernière de pédagogie, le diplôme de professeur était en poche.

Je dirais que les jeunes Norvégiens qui apprennent le français en LV2 le font très rarement par hasard. Il y a moins d’élèves qui choisissent notre langue par rapport à l’allemand et à l’espagnol, mais ils sont pour la plupart motivés. Qu’il s’agisse d’une maison dans le sud de la France, d’un parent francophile, d’une grand-mère française ou d’une passion inconditionnelle pour l’équipe de France de football, toutes les raisons sont bonnes à prendre.

Marion, de nombreux amis m’ont dit t’avoir connue ou rencontrée à la salle de bloc dans Friluftshuset (à Oslo, gérée par l’association DNT), où tu étais bénévole. Comment t’es-tu décidée à devenir encadrante ?

Oui ça n’est pas impossible ! Si l’on cherche à me trouver, la probabilité pour que ce soit dans une salle d’escalade est plutôt élevée. Quant au bloc de la Friluftshuset plus particulièrement, ça a d’abord été géographique. Logeant au croisement entre Gamlebyen et Barcode à Oslo, Sørenga où est située la Friluftshuset était facilement joignable à pied et je cherchais à m’investir localement. J’avais déjà plusieurs amis dans l’équipe de bénévoles qui a été très accueillante et cherchait à s’agrandir, donc ca s’est fait très naturellement je dirais. J’ai par la suite renforcé mon engagement en tant instructeur d’escalade à Skullerud ([ndlr : plus au Sud-Est d’Oslo]) cette fois, mais toujours pour DNT.

Marion en salle de bloc

DNT fait un travail incroyable auprès des jeunes et c’est vraiment gratifiant d’avoir pu en faire partie. D’autre part, c’est plutôt dans l’escalade en corde et en montagne que je m’investis personnellement.  Aujourd’hui c’est pour voir du monde et me maintenir en forme que je passe à Sørenga quand je suis sur Oslo, mais c’est le Tindesenter d’Åndalsnes qui bénéficie de mon engagement.

Comment et pourquoi avez-vous choisi de déménager à Åndalsnes ?

Åndalsnes sur une carte, via OpenStreetMap

Tout d’abord, nous avions tous les deux envie d’habiter à la montagne et s’échapper de la capitale. Mais nous ne savions pas trop où.

Tristan : J’avais déjà fait un an à Volda et appréciais particulièrement la région du Vestlandet. Marion de son côté a toujours été attirée par la Norvège du Nord, mais elle ne pouvait se résoudre à emprunter l’avion si régulièrement. Les critères communs étaient en tous cas clairs, il fallait que ce soit à la montagne et entouré d’une nature nous permettant de poursuivre nos hobbies. 

Marion : Tristan a une amie, Brit, qui habite à Vik à 35 minutes d’Åndalsnes, et à qui nous avons très régulièrement rendu visite pour faire du ski de randonnée. Nous nous sommes rapidement rendus compte de la beauté des lieux, mais aussi et surtout de son accessibilité unique avec le train. Pour couronner le tout Åndalsnes est une petite ville entourée de nombreux villages et propose ainsi des aménagements peu communs pour une agglomération de cette taille : salle d’escalade, cafés sympas, restaurants, musées, etc.

Après quelques mois ce fut une évidence, il fallait qu’on y habite ! 

En bas d’Isfjorden

Pas trop dur de trouver du travail dans le coin ?

Marion : je travaille dans l’informatique, il n’y aurait aucun problème à trouver un emploi ici comme partout en Norvège. Mais pour l’instant il n’est pas d’actualité de chercher du travail dans la région car je suis très satisfaite chez Capgemini et de la possibilité de poursuivre ma mission actuelle pour le ministère de la Santé à distance. 

Tristan : Je vais devoir trouver une école où enseigner sur place. Je suis en recherche d’emploi en ce moment et il semblerait que ce ne soit pas aussi simple que je l’espérais. Du fait qu’il y a peu d’habitants dans la commune, il y a aussi peu d’écoles et la plupart des professeurs restent en place jusqu’à leur retraite. Ceci dit, il serait plus simple de trouver quelque chose dans les petites écoles que dans les lycées. Comme j’enseigne le français et le sport dans le secondaire, je devrais peut-être me réorienter.

Vous venez d’acheter à Isfjorden, félicitations ! Mais c’est encore plus petit qu’Åndalsnes, pourquoi avoir fait ce choix ? Qu’en pense votre famille ?

Photo de la maison, comme elle apparaissait sur Finn 😉

Et bien justement, ça a été un vrai dilemme ! Åndalsnes et Isfjorden sont tous deux de superbes villages mais très différents.

Åndalsnes est plus grand et situé à la sortie de la vallée de Romsdalen. Le panorama est grandiose avec Romsdalshorn, Trolltindan et Vengetind/Venjetindan. Cet emplacement magnifique, lui fait malheureusement subir ce vent très violent appelé « Sjella » dû au changement de température entre les montagnes et le fjord. En contrepartie la proximité des différents services, de la vie de village et de la gare est imbattable.

D’autre part Isfjorden est situé à 6 km de là dans une baie calme, sans vent, et baignant dans le soleil. On est encerclés par l’emblématique Kirketaket, et l’on y voit également Vengetind et Romsdalshorn. La température y est toujours un peu plus froide (environ 5 degrés de moins) ce qui lui vaut son nom, mais ce qui garantit aussi une neige idéale et une saison plus longue !

Après six mois sur Åndalsnes nous avons donc troqué 15min de vélo contre un climat plus docile. Maintenant il ne nous reste plus qu’à attaquer les travaux avec les beaux jours !

Tristan : Ma famille est venue en visite cet automne justement, et nous avons pu en profiter pour leur montrer les deux endroits. Leur première réaction était un « wow » de la beauté des lieux, et surtout de la maison en question. Mais ils ont trouvé que les deux villages étaient un peu « encastrés » dans les montagnes, ce qui peut donner un sentiment de claustrophobie. Nous on contraire trouvons que cette proximité est incroyable, et le fait d’avoir le fjord à côté ouvre le paysage. Nous les avons fait dormir en hytte, fait faire quelques petites randonnées et une visite de la maison et le tour était joué : « à quand la prochaine visite ? ».

Vous êtes des grands fans de montagne et de sports d’hiver, vous m’avez d’ailleurs aidé à écrire notre guide sur le ski en Norvège. Combien de sorties à ski par mois depuis que vous êtes là-bas ?

Tristan en plein descente à côté d’Isfjorden

Tristan : C’est très facile de partir en ski de rando ici. À moins de 10 minutes en voiture il y a beaucoup de possibilités de sommets dont plusieurs qui se font en 2h aller-retour si on pousse un peu (comme Skarven ou Smørbotntind). Ce qui veut dire qu’il est possible de partir après le travail, et souvent le week-end pour des sommets plus longs (Kyrkjetaket, Kjøvskarstind). Donc cette saison je pense être sorti entre 20 et 30 fois !

Vous êtes tous les deux relativement bien intégrés en Norvège, avec chacun la demande de nationalité en cours ! Des conseils à donner pour ceux qui ont du mal ?

Il n’y a ni secret ni excuse, apprendre la langue c’est la clé ! Imaginons un peu comme il serait difficile de s’intégrer en France après des années sans parler français. Alors imaginons ensuite dans un pays où les habitants sont réputés comme étant distants. Impensable !

Pour pratiquer la langue, rien de tel que de s’inscrire  à des clubs ou associations où beaucoup de Norvégiens sont représentés : clubs de foot, de randonnées, Røde Kors (Croix-Rouge), etc.

Pour finir, quel est chacun votre endroit préféré en Norvège et pourquoi ?

Tristan : Je dois dire que je suis vraiment amoureux de la région de Møre og Romsdal. Il y a énormément de perles naturelles concentrées dans les deux départements de Sunnmøre et Romsdalen. On pourrait nommer les plus connues comme Geiranger, Trollstigen ou Trollveggen. Mais même en haute saison, il est possible de trouver des endroits magnifiques au calme comme à Sæbø, Molladalen ou Flø sur la côte. Si vous cherchez une destination sauvage pas trop loin d’Oslo, c’est une région superbe.

Marion: Le coup de foudre pour moi a été le Nordland. Senja est un joyau encore sauvage et unique, très proche et en même temps très loin des foules des Lofoten. Les nuances de turquoise, émeraude et verts y sont inégalables. De plus, les activités tant en montagnes que dans le fjord sont innombrables. Plus au nord, les glaciers de Lyngen impressionnent, et la lumière rasante jusqu’au Cap Nord me laisse à chaque fois sans mot. C’est une région vers laquelle j’aime revenir. Il ne passe pas une année sans un nouveau voyage en Nord-Norge.

Publié par Thomas Bassetto

Originaire du pays des chocolatines, Thomas est arrivé par hasard en Norvège mais n'en est jamais reparti. Il est administrateur du groupe Facebook "Les Français à Oslo" et bénévole pour diverses associations comme DNT, Codebar ou Oslo Kooperativ.

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