Portrait d’Olivia, baroudeuse débrouillarde en Norvège

J’ai découvert Olivia par sa page Facebook Olivia en vadrouille, puis l’on s’est retrouvé pour ce portrait à Deichman Bjørvika, la nouvelle bibliothèque nationale à Oslo vers la fin de son périple de plusieurs mois en Norvège. À noter que ce voyage a été réalisé dans le respect des règles en vigueur à ce moment-là.

J’ai honnêtement été fasciné par son aventure dont elle a partagé les moments forts sur Facebook. Entre les bonnes et les mauvaises rencontres aussi, le budget très serré, les nuits dans la nature, l’autostop et le dumpster-diving, l’histoire de son voyage est pleine de surprises !

Thomas : Quand et pourquoi es-tu venu en Norvège ?

Olivia : Je suis arrivée avec mon vélo à Kristiansand depuis le Danemark le 18 août par ferry. Trois ans auparavant, j’avais rencontré un Norvégien sur le GR20 et j’ai eu envie d’aller lui rendre visite à Bergen. Je suis donc partie de Paris avec mon vélo le 3 juillet, avec l’idée d’atteindre la Norvège, sans savoir si cela allait être possible avec les restrictions liées au coronavirus dans les pays où je devais circuler. J’ai traversé la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark, avant de prendre le ferry sans souci, en respectant les consignes en vigueur.

J’ai ensuite roulé jusqu’à Bergen, en passant par la côte et notamment Stavanger. J’y ai laissé mon vélo pour continuer en autostop jusqu’à Tromsø, avant de revenir par les Lofoten, de récupérer mon vélo et de prendre le train jusqu’à Oslo. J’étais seule la plupart du temps, excepté sur le trajet Bergen à Tromsø, où l’on était deux.

Est-ce que tu transportes beaucoup de choses avec toi ?

Je voyage plutôt léger, avec un vélo plutôt taillé pour le bitume. J’ai fabriqué mes sacoches moi-même, à l’aide de bidons de produits chimiques et en y ajoutant des crochets (c’est solide et ça permet le recyclage). J’essaye de faire autant de récupération que possible !

Tu as passé 5 mois en vadrouille en Norvège, comment as-tu fait pour te loger ?

J’ai surtout fait du couchsurfing, ça marche très bien ici. J’ai également utilisé le site WarmShowers.org qui est dédié à l’hébergement des cyclistes. Il m’est aussi arrivé de trouver des hôtes sur divers groupes Facebook.

Quand je suis partie en auto-stop avec mon amie, nous nous sommes lancé le défi de taper aux portes des maisons directement et de demander l’hospitalité aux gens. Ça a fonctionné deux fois ! Une fois chez un pêcheur un peu alcoolique, et une autre fois chez une vieille dame qui avait fait de l’humanitaire toute sa vie.

J’ai également dormi dans des chalets de l’association DNT et finalement j’avais une petite tente de secours au cas où, mais j’ai dû utiliser quelquefois.

Un jour, tu as posté sur le groupe Facebook des Français à Oslo que les Norvégiens jetaient trop de nourriture toujours comestible. Peux-tu nous parler un peu plus du « dumpster diving » (ndlr : déchétarisme en français) ?

J’ai découvert cette pratique par un des hôtes. Le principe est de fouiller dans les poubelles des magasins de grande distribution pour en récupérer des aliments encore consommables. Cela fonctionne mieux autour des supermarchés qui sont en dehors des centres-villes, généralement le soir ou la nuit pour que personne ne nous voie. Il faut juste oser ! Nous nous sommes souvent retrouvés avec trop de nourriture sur les bras. Par exemple, un jour j’ai même trouvé un gigot d’agneau entier que je n’ai même pu finir seule. Une autre fois à Lofoten, nous avons rempli à deux une voiture entière de nourriture ! Nous sommes d’ailleurs allés toquer à la porte de nos voisins pour leur offrir le surplus.

Je trouve qu’il y a beaucoup plus de gâchis de nourriture en Norvège qu’en France. Je suis maintenant sur des groupes Facebook de dumpster diving en France, et il y a clairement plus de nourriture jetée en Norvège. Maintenant, c’est devenu un automatisme, quand je vois un supermarché, je vais aux poubelles et je trouve vraiment de tout. Même des cacahuètes ou du chocolat ! J’aimerais qu’il y ait plus de personnes qui soient conscientes de cet énorme gâchis et des animaux qui sont tués pour finalement pourrir dans une poubelle. C’est vraiment l’horreur de trouver des poubelles avec de la viande dedans.

Les Norvégiens, vus de l’étranger, ont souvent une image d’écologistes. Qu’en penses-tu ?

Déjà, il y a beaucoup de personnes qui ont d’ énormes voitures, tout en étant seules dedans. Je n’ai jamais vu de petites voitures ou voitures délabrées qui m’ont prise en stop.

Autrement, je me suis fait plusieurs fois reprocher par les hôtes d’éteindre les lumières et devais expliquer que c’était un réflexe pour moi. J’ai l’impression qu’ils ont tellement de ressources, pour le nombre de personnes qu’ils sont, qu’ils ne font pas attention. 

Peux-tu partager avec nous tes meilleures expériences en couchsurfing ?

En centre-ville de Bergen, j’ai atterri pendant plusieurs jours dans une colocation de hippies (norvégiens et étrangers), où chacun avait sa spécialité. Il y en a un qui passait son temps à ramasser des champignons, les faire fermenter, faire de la distillation avec plein de choses naturelles, et avec lequel j’ai passé des heures à faire des expériences. Un autre sculptait des cuillères en bois. Il y en avait également un qui adorait la cuisine. C’était une colocation où tout le monde dormait partout ; les matelas étaient par terre et il n’y avait pas d’espace privé. Donc j’étais la bienvenue pour dormir n’importe où dans la maison. C’était vraiment une expérience spéciale !

J’ai fait du bateau avec un couch-surfeur à Kristiansund. Il avait un bateau et nous a présenté un de ses amis pêcheurs, un Français de 60-70 ans qui avait déménagé en Norvège, car il adorait la pêche. C’est ce que j’aime avec ce genre de voyage, c’est que tu peux faire des rencontres assez improbables et tu as une connexion avec les gens.

À Senja, une île près des Lofoten, un couch-surfeur nous a présenté un local qui tenait la maison d’artistes : « Kråkeslottet ». Nous lui avons proposé notre aide et sommes finalement restés un mois pour aider notamment à faire la peinture, poncer le parquet, réparer des portes, etc. En contrepartie, il nous apprit le tango, nous a permis de faire des saunas 2-3 fois par semaine.

Autrement j’ai passé Noël avec d’autres couch-surfeurs. J’étais toute seule dans les Lofoten à ce moment, et j’ai été accueillie dans leur famille. J’y suis restée une semaine où nous avons passé les fêtes ensemble, sommes allés à la pêche à la moule et à la ligne, ramassé des champignons. Lofoten est vraiment désertique en hiver ; j’ai dû attendre des heures avant de croiser la première voiture sur la route et j’ai dû me résigner à prendre le bus.

As-tu aussi eu de mauvaises expériences ?

Il faut aussi des mauvaises histoires aussi faire un voyage ! La pire histoire qui m’est arrivée est d’être tombée sur un Australien raciste, sexiste et manipulateur. J’ai même appris qu’il avait proposé un plan à 3 avec d’autres personnes en workaway. 

Il partageait ses idées nauséabondes toute la journée. Il m’a dit des choses que je n’avais jamais entendues de ma vie, ça m’a perturbé pendant des jours. Par exemple, il m’a dit qu’il ne fallait pas adopter d’enfants, car les enfants du tiers monde, à cause de la malnutrition, ont un QI inférieur, et que ça allait ruiner ma vie. Et il a aussi partagé plein de théories complotistes, comme par exemple le fait que nous n’avons jamais été sur la lune. Il vit pourtant avec sa femme et ses enfants, mais il se comportait pareil avec eux.

Je voulais partir au bout du deuxième jour, mais je ne voulais pas abandonner mon amie. Finalement, on s’est fait virer de ce workaway. Nous l’avons reporté au site officiel et il a depuis été supprimé.

Une autre situation dont je me souviens bien et qui aurait pu devenir une mauvaise expérience est quand nous avons été prises en autostop dans le camion de livraison d’un pêcheur de soles. Il nous a acheté à manger et à un moment, pendant le trajet, il tend sa main vers la cuisse de mon amie, en tenant un billet de 500 nok ! Il y a soudainement eu un gros malaise, c’était très bizarre comme situation. Mais au final c’était juste pour nous aider pour notre voyage ! Il nous a laissés à un arrêt de bus et nous a souhaité bon voyage.

Peux-tu partager quelques souvenirs de tes nuits et balades dans la nature ?

Fin août j’ai passé une nuit au bord d’un fjord. Je me suis fait réveiller par un renard, que j’ai essayé de chasser, car un peu trop proche de ma tente à mon goût. Le comble ce matin ! Plus qu’une tong ! Le coquin m’avait volé l’autre !

Plus tard, avec ma compagne de route, nous sommes faits piégés par la glace. Nous étions partis pour une randonnée d’une dizaine de jours entre Voss et Ortnevik ; c’était en septembre donc nous pensions que le chenin serait dégagé. Mais nous nous sommes retrouvés avec un glacier sur le chemin. Ce fut dur de faire demi-tour moralement, car nous étions presque arrivés à la route que nous devions retrouver.

Mais à notre retour nous sommes tombées sur une bande de joyeux chasseurs-pêcheurs qui nous ont invité le lendemain à pêcher et préparer les belles truites à la façon norvégienne ! Et un d’entre eux nous a ramené dans la vallée, un mal pour un bien !

Quelle est ton expérience de l’autostop, et notamment des conseils ? Je dis toujours que c’est impossible, mais à priori tu t’en es sortie ?

En France je ne me déplace qu’en autostop. J’ai été jusqu’en Italie, dans le nord de la France, en Allemagne, etc. Mais je n’ai jamais eu autant de difficultés qu’en Norvège.

Ce n’est pas impossible, mais c’est tellement plus difficile qu’en France. Il faut vraiment être motivée, car ça nous est arrivé d’attendre 2 à 3 heures par -10 degrés, car il n’y avait pas assez de voitures. Certains avaient aussi peur du COVID. Lorsque quelqu’un finit par te prendre, tu vois que tu ne croises pas d’autres voitures. Surtout dans le nord de la Norvège qui est assez désertique. Mais je n’ai aucun regret, je suis devenue à la fois plus patiente et plus persévérante.

Je me suis souvent retrouvée avec des conducteurs polonais ou norvégiens (dans le nord, souvent des pécheurs) qui ne parlaient pas anglais. Pour communiquer, c’est comme s’il fallait trouver une nouvelle langue faite de plein de mots inventés, des gestes, des mimiques et tout ce qu’il te passe par la tête !

Dans la cabine du camion

Une conclusion sur ton périple ? Quelle est la prochaine étape ?

La Norvège m’a vraiment subjuguée ! Je pense avoir vu tout ce qu’il y avait à voir et je pars vraiment en paix. Ma prochaine étape est d’aller jusqu’en Pologne en passant par la Suède. J’ai rencontré plein de Polonais en Norvège, qui ont été très gentils avec moi, et j’ai senti une énergie que j’avais envie de découvrir.

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège ?

Par rapport aux humains, c’est Senja. La nature y est aussi magnifique. J’étais logé dans une maison sur pilotis et tous les soirs on pouvait entendre les vagues en se couchant. J’ai aussi pu voir des aurores boréales depuis ma chambre.

Senja

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