Comment choisir son syndicat en Norvège?

Nous recevons de nombreuses questions sur la question des syndicats en Norvège. Nous avons déjà écrit sur les 5 choses à savoir. Nous répondons maintenant à la question « comment choisir son syndicat ? ».

1. Les syndicats norvégiens sont-ils politisés?

Au genre de question « Quel syndicat norvégien est de tendance socialiste, pas communiste? » il est pratiquement impossible de répondre. Les syndicats ne sont pas particulièrement politisés en Norvège, au delà du fait qu’ils défendent les droits de leurs membres. Évidemment, vu l’importance du Parti des travailleurs (Arbeiderpartiet, souvent raccourci en « Ap »), des liens existent entre la confédération syndicale LO et le parti. Attention LO est une confédération de syndicats : seuls des syndicats peuvent en être membre, pas des individus. Ils ont environ 900 000 membres. LO fait des dons à Ap, et voit un intérêt politique à ce que ce parti gagne vu que ce parti a par exemple dans son programme d’augmenter la partie déductible des impôts de la cotisation syndicale. Le parti Ap défend aussi de manière générale le syndicalisme et les droits des travailleurs, donc le lien est évident. NHO et Virke, les deux syndicats d’employeurs, sont plus proches des partis de droite vu que ceux-ci défendent plus leurs intérêts. Tout ceci est à un niveau bien plus élevé des besoins que vous aurez de votre syndicat, et tel ou tel syndicat n’est pas en soi politisé.

Je ne conseille donc pas du tout de prendre cela comme critère. Mais alors comment choisir?

2. Votre corps de métier, votre éducation

Certains Norvégiens choisissent de se syndiquer par branche d’éducation. Par exemple si vous être ingénieur vous pouvez vous syndiquer à Tekna, et si vous êtes diplômé d’un domaine des sciences sociales vous pouvez devenir membre de Samfunnsviterne. La confédération de syndicat Akademikerne regroupe ceux qui veulent s’associer aux personnes qui ont fait des études supérieures, quelles qu’elles soient. D’autres se syndiquent par corps de métier. Par exemple si vous travaillez dans un supermarché Handel og Kontor sera le plus approprié. Si vous êtes électricien ou informaticien EL og IT sera votre choix. Voir la liste en fin d’article.

3. Qui a le mandat de négociation salariale?

Devenir membre d’un syndicat doit être motivé par un besoin. Le besoin d’être protégé et défendu en cas de pépin. Le besoin d’avoir une personne expérimentée qui négocie votre salaire. Le besoin de consulter quelqu’un qui connaît le Code du travail norvégien en cas de question. Le besoin d’avoir une bonne assurance, ou le besoin d’avoir un taux préférentiel pour son emprunt immobilier. Certains syndicats comblent certains de ces besoins mieux que d’autres. Sachez aussi que ce choix peut être différent selon que votre employeur a signé une convention collective (tariffavtale) qui assure une négociation pluriannuelle sur les avantages sociaux, les salaires, le recrutement etc. Un syndicat avec mandat de négociation aura par exemple la possibilité de demander à ce que personne ne soit licencié lorsque l’employeur veut se réorganiser. Il pourra exiger que le nombre de contrats en CDD soit plus bas, pour que plus de gens soient en CDI, et bien plus.

Si votre but est d’avoir un salaire négocié, d’être protégé en cas de problème, alors je conseille fortement de se syndiquer au syndicat de votre entreprise/employeur qui a le mandat de négociation (forhandlingsrett) avec l’employeur. Cela peut être deux voire trois syndicats dans le cas des grosses structures. Renseignez-vous auprès de vos collègues. L’avantage dans ce cas c’est qu’avec ce mandat, le syndicat peut nommer des représentants syndicaux en interne qui sont « à votre service ». Ce sont des employés comme vous, mais qui connaissent beaucoup de choses sur l’entreprise, et ont des pouvoirs importants de négociation. Pas juste sur les salaires mais aussi sur les avantages en nature, le recrutement d’autres employés voire même de la direction. Ils peuvent aussi négocier en cas de licenciements si l’entreprise va mal, et même dans les renouvellements de contrats temporaires. Ils sont aussi formés en Code du travail et autre. Vous n’aurez jamais autant de soutien d’un syndicat dont vous êtes membre mais qui gère des dizaines voire des centaines de milliers de membres travaillant dans beaucoup de branches différentes.

4. Si votre entreprise n’a pas de syndicat avec mandat/pas de convention collective

Si l’entreprise n’a pas de convention collective (tariffavtale) alors il n’y aura pas de syndicat avec mandat de négociation. Vous pouvez demander à ce que celle ci soit signée (voir la lutte des cyclistes de Foodora pour avoir une convention collective). Il ne faut pas être beaucoup de membres pour exiger une telle convention collective, mais les employeurs peuvent être frileux car ils se retrouvent à devoir négocier beaucoup de choses et donner plus de droits à leurs employés. Si aucun syndicat n’a de mandat de négociation, alors il est conseillé de choisir un syndicat selon d’autres critères tels que: éducation, corps de métier, autres avantages qui vous intéressent comme des assurances ou des taux d’intérêt immobilier intéressants. Ils auront un numéro que vous pourrez appeler en cas de pépin mais ils n’auront pas le même pouvoir qu’un syndicat au niveau local. Ne pas oublier qu’il est conseillé de se syndiquer avant les problèmes, car ils ne prennent pas d’affaires rétroactives, en général il faut avoir été membre 3 mois pour qu’ils prennent un nouveau litige.

5. Quels syndicats existent en Norvège?

Il existe des dizaines de syndicats en Norvège, certains très imposants comme Fagforbundet et ses (presque) 400 000 membres et d’autres plus petit comme Norsk Kabinforening et ses 700 membres (quasiment tous personnel navigant de compagnies aériennes). Nous n’allons donc pas faire une liste exhaustive, mais voici des pistes pour vous orienter. Une bonne approche est aussi de demander autour de vous à des collègues de travail, des gens de votre corps de métier voire même des amis sur leur expérience avec tel ou tel syndicat. Vous pouvez aussi les appeler directement et leur demander les avantages à devenir membre chez eux.

Pour avoir plus de poids lors des négociations, quasiment tous les syndicats se sont regroupés au sein de 4 organisations. Ci-dessous, vous trouverez les liens vers ces 4 organisations et leurs membres.

  • Landsorganisasjonen i Norge (LO) est la plus grande organisation d’employés de Norvège. 22 syndicats de divers groupes professionnels y sont affiliés, dont Handel og Kontor pour les travailleurs de bureaux et de supermarchés, EL & IT Forbundet pour les électriciens et travailleurs dans le secteur informatique, Industri Energi et Fagforbundet. Ils regroupent des membres d’horizons divers, dans le secteur municipal, départemental et privé.
  • Hovedorganisasjonen for universitets- og høyskoleutdannede (Unio) est la deuxième organisation d’employés de Norvège en terme de nombres de membres. Parmi les syndicats qui composent Unio figurent Norsk Sykepleierforbund (syndicat des infirmiers et infirmières), Utdanningsforbundet, Politiets Fellesforbund (syndicat des policiers) et Norsk Fysioterapiforbund (syndicat des kinés).
  • Yrkesorganisasjonenes Sentralforbund (YS) compte 19 syndicats et couvre tous les secteurs de la vie professionnelle, y compris Yrkestrafikkforbundet pour les chauffeurs de bus, Bibliotekarforbundet (syndicat des bibliothécaires), Lærernes Yrkesforbund et Farmasiforbundet (syndicat des pharmaciens).
  • Enfin, Akademikerne est une organisation qui regroupe les syndicats dont les membres doivent avoir eu au moins un master. Parmi ceux-ci figurent Arkitektenes Fagforbund, Den norske legeforening, Den norske tannlegeforening og Samfunnsviterne. Attention, les syndicats membres de Akademikerne ont rarement un mandat de négociation dans une entreprise.

À noter que NITO fait bande à part. C’est un syndicat pour ingénieurs, souvent en « concurrence » avec le syndicat Tekna, membre de Akademikerne.

Publié par Lorelou Desjardins

Originaire de Marseille, Lorelou vit en Norvège depuis 10 ans. Elle est juriste et travaille à WWF Norvège. Blogueuse sur A Frog in the Fjord, journaliste à ses heures perdues dans des journaux norvégiens. Elle a aussi publié un livre en 2017 intitulé « En frosk i fjorden – Kunsten å bli norsk » (L’art de devenir norvégien), disponible ici en norvégien.

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