Se syndiquer en Norvège, 5 choses à savoir

1. Les Norvégiens se syndiquent presque 3 fois plus que les Français

En Norvège 49% de la population active est syndiquée, contre 17% en France. Oui vous avez bien lu (voir ici pour la source, mais ces informations se trouvent facilement). On aurait pu croire que les Français sont bien plus syndiqués puisqu’il y a plus de grèves en France. Mais alors pourquoi si peu de grèves en Norvège, si tant de gens sont syndiqués? En Norvège les syndicats sont puissants et ont un rôle majeur dans le monde du travail. Il ne sont pas puissants parce qu’ils montrent les dents, mais parce qu’ils négocient les salaires et beaucoup d’autres choses de manière collective au niveau national et local, avec les syndicats de patrons ainsi qu’avec l’État. Se syndiquer en Norvège n’est donc pas un acte politique, c’est quelque chose finalement d’assez banal, qui est comme une sorte d’investissement dans sa vie professionnelle pour obtenir des développements positifs (meilleur salaire, etc.) et éviter les pépins (être licencié en cas de réorganisation de structure grâce à de l’aide juridique, etc.) sans pour autant entrer dans un quelconque conflit. La cotisation sert justement à ce que le syndicat, qui est plus grand que vous, s’occupe de ces choses pour vous. Donc le but de se syndiquer est justement d’éviter la grève! Alors défaites-vous de vos a priori sur les syndicats en France, ici c’est différent.

2. Ne pas se syndiquer peut être perçu négativement en Norvège

En France, se syndiquer peut être perçu négativement, et devenir représentant syndical n’en parlons pas. Je suis moi même devenue représentante syndicale en Norvège il y a quelques années et s’en sont suivies des questions inquiètes de ma famille. « Mais tu vas être très mal vue par tes employeurs! Tu vas rater des opportunités! ».

S’il est vrai que certaines entreprises norvégiennes discriminent basé sur l’adhésion à un syndicat (même si c’est formellement illégal et assez rare), dans la plupart des cas c’est tout le contraire. Cela est souvent vu comme complètement normal, avec une discussion dès l’embauche sur ce sujet vu que les entretiens peuvent avoir lieu avec un représentant des employés souvent aussi représentant syndical. Dans le secteur public et certaines grandes entreprises c’est même l’inverse, ne pas être syndiqué peut être mal vu par vos collègues qui auront l’impression que vous faites cavalier seul. La raison est simple: être syndiqué en Norvège est vu comme une participation à la progression collective de l’entreprise ou la collectivité. Les frais d’adhésion permettent de payer la professionnalisation de ceux qui vont négocier les salaires collectivement par exemple. Si vous n’êtes pas membre vous ne participez pas à cet effort, mais récoltez les fruits quand même vu que les augmentations salariales et autres bénéfices négociés s’appliqueront aussi à vous. Il peut y avoir une différence de perception entre le privé et le public en Norvège mais dans l’ensemble les employés sont massivement syndiqués.

3. Les syndicats alors, ça sert à quoi? Protection et négociation

Dans ces temps de crise et de mise au chômage technique massive, il n’est pas nécessaire d’expliquer pourquoi il peut s’avérer utile d’avoir une organisation professionnelle spécialisée dans le droit du travail que l’on peut appeler pour avoir des informations. Les syndicats offrent aussi une aide juridique, par contre il faut avoir été adhérent depuis au moins 3 mois en général ! Cela pour éviter que les gens ne deviennent membres pour un fait passé.

Un syndicat qui a signé une convention collective avec un employeur a beaucoup de pouvoir. Ses représentants peuvent négocier de nombreuses choses pour ses membres, et plus il a de membres et plus il peut négocier. Cela va des négociations salariales collectives ou même individuelles, à un rôle de protection en cas de licenciements, restructuration et autres gros changements en entreprise. Les délégués syndicaux sont formés en droit par le syndicat mère, que ce soit en droit du travail, droit des vacances ou droit de la sécurité sociale. Ils sont aussi formés pour savoir négocier, et sont au courant de beaucoup d’informations confidentielles qu’ils ne peuvent divulguer, mais qu’ils ont le droit d’utiliser pour aider leurs membres. Par exemple, si vous pensez être discriminé au niveau du salaire sur la base de l’orientation sexuelle, handicap, origines, ou parce que vous êtes une femme, sans vous divulguer les salaire des autres un délégué syndical peut vérifier dans les données brutes pour voir si vous avez raison.

En cas de restructuration, un syndicat peut exiger que personne ne sera licencié.

4. Meilleurs taux d’intérêts, assurances, abonnement téléphone etc.

De nombreuses personnes sont aussi intéressées de se syndiquer simplement pour les réductions sur les prix des assurances, les taux d’intérêts préférentiels pour les prêts immobiliers, et même les réductions sur abonnements téléphoniques ou locations de voitures qui viennent avec.

Imaginez qu’une entité viennent négocier avec une entreprise de téléphone ou une banque forte de ses 950 000 membres et donc clients … ils ont évidemment des tarifs préférentiels pour leurs membres. Actuellement par exemple, les taux d’intérêts pour les prêts immobiliers proposés par Danske Bank aux membres d’un syndicat affilié à Akademikerne ou ceux proposés par SpareBank1 aux membres d’un syndicat affilié à LO sont quasiment imbattables.

Certains syndicats fournissent aussi une aide juridique gratuite même pour les questions qui ne sont pas d’ordre professionnel !

5. Se syndiquer, c’est aussi une histoire d’argent

Certains syndicats prélèvent un pourcentage de votre salaire, d’autres un prix fixe annuel. Pour ceux qui prélèvent une adhésion indexée sur votre salaire, elle est en général d’environ 1,4% du salaire mensuel brut. Avec les assurances cela monte à environ 500-600 NOK pour un salaire annuel de 550 000 NOK. Vous avez le choix de payer par facture ou par un prélèvement directement sur votre salaire. C’est vu comme très normal d’informer son employeur de son affiliation syndicale pour que le prélèvement soit automatique. Cela signifie aussi que votre délégué syndical est automatiquement au courant de votre adhésion et vous impliquera dans les décisions quant à l’entreprise.

Pour l’adhésion fixe, elle est autour de 4 à 5 000 NOK dans les syndicats membres de Akademikerne. Moins chère, donc, mais attention car si votre syndicat n’a pas mandat de négociation et n’a pas signé la convention collective avec votre employeur, il ne pourra vous aider que de manière limitée en cas de licenciement par exemple.

Vous aurez une déduction fiscale de maximum 3 850 NOK par an pour les frais d’adhésion à un syndicat. Ce montant n’a pas changé depuis longtemps et est une des batailles politiques du parti Arbeiderpartiet.

Si vous êtes étudiant, au chômage ou en chômage technique (« permittert ») vos frais seront très réduits (de 90% ;-). Ce sont ceux qui gagnent de l’argent qui paient plus, donc. Mais alors pourquoi payer tant d’argent? Ce que vous payez c’est par exemple les formations des délégués syndicaux, la possibilité d’accéder à un avocat gratuitement et toute la protection assurée par un syndicat. Si vous avez été en Norvège quelques temps vous verrez que cela vaut vraiment la peine. On ne sait pas ce qui va nous tomber sur la tête, et se syndiquer est une sorte d’assurance. Attention, certains sont meilleurs que d’autres alors faites votre petite enquête pour trouver le bon selon vos besoins. Voir notre futur article sur comment bien choisir son syndicat.

Vocabulaire clé:
  • fagorganisert: syndiqué
  • fagorganisasjon/fagforening: syndicat
  • medlemskontigent: frais d’adhésion
  • fradrag for fagorganisasjonskontigent: déduction fiscale annuelle sur les frais d’adhésion à un syndicat
  • tariffavtale: convention collective
  • goder: avantages (hors salaire, tels que le téléphone et internet payés, une 6ème semaine de vacances offerte, chalets à la disposition des employés)
  • lokale lønnsforhandlinger: négociations salariales locales, c’est-à-dire au niveau de l’entreprise
  • sentrale lønnsforhandlinger: négociations salariales nationales
  • lønnsoppgjør: augmentations salariales (négociées collectivement)
  • LO: Landsorganisasjon i Norge, la plus grosse association de syndicats de Norvège (environ 950 000 personnes). Une personne ne peut pas être membre de LO, seulement des syndicats qui la composent.
  • NHO: Syndicat d’employeur majeur.
  • Virke: Autre syndicat d’employeurs majeur.

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