Témoignages : « La Norvège, c’est fini pour nous » — Partie 1

At the Gdansk airport

Les principales raisons qui poussent les gens à venir s’installer en Norvège sont connues :

  • Pour le travail ;
  • Par amour pour un(e) norvégien(ne) ;
  • Par amour du pays et/ou de sa culture.

Pour ma (Thomas Bassetto) part, je suis arrivé en Norvège complètement par hasard, mais je m’y suis plu et ai même demandé la nationalité norvégienne en début d’année. Cependant, pour un bon nombre de mes amis Français, 2020 aura été l’année de leur départ. Y compris parmi ceux qui étaient là depuis plus de 10 ans ! J’ai donc été curieux de connaître leurs motivations.

J’ai fini par lancer un appel à témoignage pour recueillir plus de retours. J’en ai reçu une vingtaine au total, certains anonymes, d’autres non. Il m’aura fallu plusieurs mois pour trouver comment les retranscrire au mieux, c’est-à-dire sans faire trop long tout en respectant les souhaits de chaque personne ayant témoigné. Au final ce seront donc deux articles, découpés en thèmes.

Il faut garder en tête que cette « étude » souffre d’un biais de sélection, c’est-à-dire que l’on ne connaîtra que les raisons des personnes qui ont volontairement choisi de témoigner. Les témoignages sont retranscrits « tel quels » et ce sont donc des ressentis personnels. Je ne vous le cache pas, ils sont plutôt négatifs dans l’ensemble (on ne part généralement pas d’un pays où l’on se sent bien).

Certains prénoms ont été modifiés à la demande de leurs auteurs.

Un manque de préparation

Jérôme n’a pas directement répondu à mon appel à témoignages, mais nous avions discuté de son article « Pourquoi j’ai quitté la Norvège au bout de 5 jours » il y a quelques mois.

Je recommande sa lecture, mais en conclusion il faut venir un minimum préparé si on ne veut pas avoir à quitter la Norvège très vite : « Je m’y suis pris comme un pied. J’aurais dû me renseigner sur le fonctionnement du système norvégien avant de foncer tête baissée ». Surprise (non), la vie est chère en Norvège et les démarches pour s’y installer ne sont pas forcément si simples.

Le système de santé

Le système de santé en Norvège est un sujet qui passionne les résidents étrangers. Sur Facebook, les messages parlant du système norvégien sont toujours les plus enflammés. Difficile d’en tirer une quelconque conclusion, car ce sont toujours les personnes les plus insatisfaites (avec raison ou pas) qui sont les plus vocales, n’est-ce pas ?

Pour Nathalie cependant, il a été facile de trancher : « Je suis partie de Norvège, car le côté médical est mauvais, mon fils qui est né avec un handicap (que j’ai découvert, car j’ai du insister !) n’était pas suivi correctement. Tout était compliqué, bref la Norvège c’est bien si tu es en pleine forme ou que tu as les moyens d’aller dans le privé 😉. ».

Anne-Lise a appuyé sur les différences avec le système français que l’on connaît bien après avoir vécu longtemps ici : « […] le manque de mutuelle, le manque de prise en charge des soins, cette hausse du secteur privé pour être soigné en temps voulu est pour moi néfaste…ça devient une médecine pour les riches! ».

Les départs prévus

Il y a bien sûr les travailleurs détachés, envoyés par leurs entreprises pour un nombre d’années connu en avance et qui repartent quand leur contrat se termine. Aucun ne m’a contacté :).

Le témoignage de Julie a été plus inattendu. Son conjoint et elle sont arrivés en 2009 à Oslo pour travailler en tant que danseurs à l’opéra d’Oslo, ils sont rentrés en France en 2020 pour diverses raisons, mais elle m’a surtout dit : « nous avons toujours su et nous avons toujours voulu rentrer en France à un moment ».

Un peu le même son de cloche pour Olivier : « Je suis resté en Norvège 13 ans, pour diverses raisons, et je ne me suis jamais vraiment senti comme chez moi. C’est un peu difficile à expliquer, mais le jour où j’ai posé mes valises à Oslo, pour le travail, je me suis immédiatement dit que je ne finirai pas ici. ».

Quant à Fadi, elle m’a dit : « Je savais avant de venir vivre en Norvège que ce n’était pas dans ce pays que je désirais m’installer. ». Devenue Française par choix (naturalisation), en couple avec un Norvégien depuis 14 ans, elle a essayé de s’installer 2 fois en Norvège sans succès. La France reste son pays de cœur et leur petite famille est tombée d’accord sur avoir un pied à terre dans les deux pays et ils passent « seulement » quelques semaines par an en Norvège.

Les problèmes d’ordre professionnel

La Norvège, avec sa (quasi-)égalité homme-femme, ses salaires élevés et son meilleur équilibre vie privée-travail fait souvent rêver. Cela n’empêche pas les mauvaises expériences, comme en témoigne Marie : « Dans le cas de mon mari et moi-même, nous avons quitté la Norvège parce que nos employeurs nous exploitaient et parce que nous n’avons pas réussi à nous intégrer. Nous avons été recrutés en tant que chefs pâtissiers et nous sommes restés 6 mois sur place. Nous avons choisi de retourner vivre en Océanie (NZ) ou nous avions déjà vécu deux ans et demi et où les mentalités nous correspondent plus. ».

Pour Thibaud, qui travaillait dans le domaine de l’hôtellerie dans le Sogn og Fjordane, c’est plutôt le manque de rigueur au travail qui l’a fait partir : « J’ai aussi l’impression, qu’après 4 ans presque, la philosophie du pays et des gens se résument à « on verra ». J’entends par là que très peu de choses sont prévues, planifiées, pensées jusqu’au bout… Tout est fait à moitié, presque fini, les règles sont flexibles, à moitié respectées, etc. Je trouve beaucoup de négligence et un manque de principes et de valeurs dans l’attitude des Norvégiens que j’ai côtoyé. ».

Pour Julie, une des raisons de leur départ a été le changement de la directrice de la danse à l’opéra, « Je tiens à le préciser, car elle est en grande partie pourquoi nous quittons aussi la Norvège », mais elle m’a aussi rappelé que les horaires plus « relax » en Norvège s’appliquent plutôt aux employés de bureau qu’aux autres domaines : « Nous ne sommes pas dans un travail [ndlr: danseurs] où comme beaucoup de Français au lieu de bosser jusqu’à 19h ils se retrouvent à bosser jusqu’à 16h du coup je comprends cette envie folle de rester et de se convaincre que c’est fantastique. Mais nous bossions comme des fous, week-end compris ».

Pour Anne-Lise, comme pour beaucoup d’autres, c’est la somme de plusieurs raisons qui l’ont fait quitter la Norvège après 12 ans sur place. L’une de ces raisons était son travail : « Mon employeur (un établissement scolaire à Oslo) faisant des siennes. Suite à déficit budgétaire de 8 millions de couronnes depuis quelques années, il a tout fait pour que je démissionne à défaut d’arriver à me faire virer… Je n’ai jamais été aussi maltraitée que cette année, cela s’est terminé en combat juridique d’un an avec l’aide de l’Utdanningsforbundet. ».

Antoine, qui est parti après 7 ans en Norvège, a été direct : « Il y a un vrai déni des hiérarchies entre individus. On l’accepte dans le ski de fond mais pas au travail, à cause de la Janteloven. La méritocratie n’existe pas car tout le monde se vaut soi-disant. Elle est remplacée par un mélange vaseux de népotisme et d’aléatoire. Les recrutements et promotions se font comme en Sicile il y a 40 ans : d’abord la famille et les amis. ».

Mehdi est venu en Norvège suite à la forte sollicitation d’un laboratoire norvégien avec qui il avait des projets en commun déjà en France. Il a déménagé après de longues négociations et aura vécu 7 mois à Trondheim et 3 ans et demi à Oslo. Cependant il s’est retrouvé limité, sans évolution de carrière possible : « Je sentais que le système dans lequel je travaillais était fait pour que je stagne. Sur le plan de carrière [ndlr: Research Scientist], je ne voyais pas une grande possibilité d’évolution. Je ne voulais pas changer d’entreprise non plus en Norvège. ».

Même son de cloche pour les possibilités d’évolution de la part de Bastien : « Je me suis lassé de mon emploi en informatique (dans la même boîte pendant 10 ans, aucune perspective d’évolution, mal payé, mais très bonne ambiance et conditions de travail) […] au point de reprendre en parallèle de mon travail des études (en psychologie) à temps partiel. ».

Je termine cette section par un témoignage de Max : « Je suis arrivé ici pour faire seulement une saison dans la restauration et ce sont les paysages et les conditions de travail qui m’ont fait rester. Après plusieurs hivers et plusieurs saisons d’étés, nous avons décidé de partir pour retourner au Canada. Nous avons (ma femme, russe, et moi) un manque de motivation quant à nos emplois respectifs. Le fait que les Norvégiens soient vraiment lents dans leur travail et peu investis nous frustre assez souvent. De plus nous trouvons que la position de gérant (manager) que nous avons tous les deux n’est pas facile ici, nous sommes continuellement remis en cause par nos équipes ».

L’éloignement familial

Habiter à l’étranger, cela implique de vivre loin de sa famille avec tous les inconvénients qui vont avec : aller-retours chers (surtout quand on n’habite pas à côté d’un aéroport international), se sentir coupable quand un proche est malade et a besoin de soutien, obligation de rendre visite à tout le monde quand on rentre pour ne froisser personne, etc.

Pour Bastien, cette raison a été importante : « […] le fait d’être loin de tout, sa famille, ses amis, des endroits où il se passe quelque chose en Europe. Voyager à partir de Tromsø est onéreux et pas facile. J’adore voyager, pouvoir passer facilement d’un pays à un autre (surtout en train !) pour en apprécier les cultures et les langues différentes. Tout ça me manquait. ».

Pour Anne-Lise, les raisons familiales ont été les plus importantes : « Je suis retournée vivre en France cette année, les raisons sont multiples : […] passer mes vacances en France pour rendre visite à ma famille et se ressourcer, alors que j’aspirais aussi à d’autres voyages. Finalement mon père a fait un AVC grave et ce fût l’élément déclencheur […] je ne pouvais pas rester en Norvège sans aider mes parents dont la vie a basculé sans prévenir. Maintenant je suis près des miens et je peux passer mes vacances comme bon me semble. ».

Enfin Julie, déjà en France, confirme que ça lui manquait : « En tout cas nous sommes heureux de retrouver nos racines et nos familles ! Ça n’a pas de prix ! ».

Fin de la première partie

Je sais que me donner ces témoignages a demandé pas mal d’efforts et de courage, je tiens donc sincèrement à remercier tous ceux qui ont pris le temps de discuter avec moi !

Dans la deuxième partie, j’aborde les autres raisons, dont … les différences culturelles et les hivers !

Publié par Thomas Bassetto

Originaire du pays des chocolatines, Thomas est arrivé par hasard en Norvège mais n'en est jamais reparti. Il est administrateur du groupe Facebook "Les Français à Oslo" et bénévole pour diverses associations comme DNT, Codebar ou Oslo Kooperativ.

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