Des envies de jardinage en Norvège ? Suivez le guide

Nous remercions Arnaud pour la rédaction de cet article et sa contribution à LaNorvege.no !


Vous sentez depuis quelque temps un besoin grandissant de retour à la terre ? C’est normal, le soleil renaissant entre vos 4 murs et l’expectative d’un confinement en Norvège pour l’été constituent un excellent cocktail d’envies pour se rapprocher de la nature. Si ce sentiment est de plus rasséréné par des désirs d’autarcie et de visions de fin du monde, une solution abordable s’offre à vous : le jardinage. 

Mais c’est déjà le mois d’avril et vous vous dites qu’il est déjà bien tard, que vous n’avez pas les pouces verts, pas le temps, pas la place. En fait il ne vous reste que l’envie. Pas de soucis, tout est encore possible et nous allons essayer de vous donner quelques tuyaux pour arroser vos nouvelles ambitions. 

Que planter ou semer en avril ?

Les nuits sont encore bien fraîches et peuvent encore descendre en dessous de zéro. Beaucoup de plantes supportent bien ces températures. Des oignons (« løk ») déjà bien sortis supporteront par exemple d’être ensevelis sous la neige pendant quelque temps. Les salades et choux également. Sans compter les poireaux (« purre ») qui se régalent par temps froid et supporteront parfois tout un hiver. Sans pousser davantage, certes, mais c’est vous dire la résistance de cette plante vivace. 

Finalement, la Norvège est le pays des légumes racines, et ce qu’il est le plus commun de trouver ici comme produits locaux devrait logiquement pouvoir se retrouver dans votre carré de terre : betteraves (« rødbet »), rutabaga (« kålrot »), céleri rave (« knollselleri ») ou branche (« stangselleri »),  navet (« nepe »).

L’inconvénient des légumes précités c’est le temps très long qu’il leur faut pour arriver à maturité et la saison très courte dont vous disposez. Oubliez donc vos propres semis et procurez-vous directement des bulbes et jeunes plants.

Il est heureusement des plantes racines qu’il est toujours possible de semer et c’est à vrai dire le bon moment : carottes (« gulrot »), panais (« pastinak »), radis (« reddik ») et dans une moindre mesure le navet. 

Les salades comme la batavia sont aussi dans le top des légumes à cultiver. Il est encore temps de les semer, voire même d’en semer régulièrement pour vous permettre d’en manger toute la saison. La salade a finalement besoin d’assez peu d’espace, résiste très bien au froid et prédateurs et pousse assez vite pendant nos étés très lumineux. 

Et pour finir les choux. Très populaires en Norvège car ils y poussent bien, le chou cabus (« hodekål ») comporte plusieurs variétés ou noms : « spisskål », « rødkål », « savoykål », « hvitkål » ou « sommerkål ». Là encore, il vous est conseillé de trouver des plants.

Quelques légume-racines

Je débute et souhaite commencer par des choses simples

Bien vous prend, Michelangelo n’a pas commencé par la Chapelle Sixtine. 

Je ne l’ai pas évoqué plus haut pour vous en garder la primeur cher(e) débutant(e), mais il existe une plante qui pousse vite, résiste bien aux limaces, se cuisine sous plusieurs formes et est considérée comme un des superaliments : le chou kale frisé (« grønnkål »). Il est possible de trouver des plants, mais il n’est pas trop tard pour le semer maintenant, plutôt en intérieur pour accélérer la germination mais qui supportera bien les nuits froides dès qu’il dépassera quelques centimètres. 

Un autre légume qui pousse rapidement et résiste bien lui aussi : le petit pois (« erte »). En revanche pensez à lui permettre de grimper pour qu’il puisse s’épanouir. Vous pouvez par exemple planter dans le sol à côté de lui une branche bien ramifiée. Vous aurez alors tout le loisir d’observer sa quête de verticalité, le déploiement de ses crochets aventuriers et son chemin vers la lumière. Alléluia !

On parle de légumes et j’en allais oublier les fraises. Il est très facile de se procurer des fraisiers et c’est aussi le moment de les planter. L’un des avantages est que le fraisier repart l’année suivante. Certaines espèces sont aussi remontantes, c’est-à-dire qu’elles peuvent donner des fruits durant toute la saison. La fraise Korona dispose d’un des meilleurs rendements, ça ne s’invente pas. Les fraisiers peuvent aussi pousser en jardinières, toutefois, attention aux pies, très friandes de ce fruit. Et pour les petits espaces, on peut aussi les faire pousser à la verticale avec une tour à fraise (exemples disponibles sur YouTube). 

Bon entre nous, tous les légumes cités ici sont « simples » à faire pousser. Il n’y a finalement qu’à les regarder et désherber un peu autour de temps en temps. La complexité pour de beaux plants réside plus dans le choix de leur environnement. C’est-à-dire le type de terre, l’ensoleillement et la conjugaison avec d’autres plantes.

Où trouver des graines et des plants ?

Les traditionnels Plantasjen et Hageland ont un assez grand choix de graines et vendent aussi des plants à cette période de l’année. Mais dépêchez-vous, les magasins sont pris d’assaut en ce moment et les plants ne sont disponibles que peu de temps. 

Il est aussi possible de trouver des graines dans des magasins comme Rema 1000 et chez la plupart des fleuristes, mais je recommande particulièrement les graines issues de l’agriculture bio et produites en Norvège, comme Solhatt. Solhatt propose également une série d’articles très utiles.

Durant la période d’avril et mai beaucoup d’initiatives fleurissent également de part et d’autre. Sur Oslo, Landbrukskvartalet organise parfois des petits marchés (« Plantebyttemarked ») où il est possible d’acheter des plants réalisés par des particuliers ou semi-professionnels.  Il existe aussi des serres coopératives dans certains quartiers où les habitants vendent leur propre production. Comme par exemple Dr. Dedichens Drivhus dans le quartier de Haugerud.

Des groupes Facebook, en norvégien, permettent aussi de se renseigner et se donner des idées, comme par exemple « Grønnsaksdyrking i Norge » et « Grønnsaker fra hagen ».

Des amis me disent que les limaces sont un enfer

Vos amis sont bien avertis. 

En tant que permaculteur débutant, j’attache beaucoup d’importance au respect des animaux et de toute cette faune qui vit dans le sol et rend le jardin fertile et spongieux. Je bénis les vers de terre, je vénère la faune épigée et je chante les organismes anaérobiques. Tout n’est qu’amour. Tout ? Non ! Car une espèce d’irréductibles envahisseurs résiste encore et toujours à la biodiversité : arion vulgaris, la limace de jardin, c’est-à-dire le « brunsnegle ».  Brrrr….  

La limace, le pire ennemi de votre potager…

Cette limace, importée du Portugal et sur la liste noire des espèces envahissantes de Norvège résiste à tout, mange tout, est partout. Elle se reproduit très vite et ses œufs enfouis résistent très bien à l’hiver. Seul un été chaud et sec comme durant la sécheresse de 2018 peut vous en défaire. 

À en croire les résidents de la ferme d’Alm Østre près de Hamar, la limace est une spécificité bien Osloïte. 

Néanmoins il existe des solutions pour en limiter les effets, mais attention, votre karma va en prendre un coup. 

Le piège le plus efficace testé jusqu’à présent est le piège à bière (« øl sneglefelle »). Les limaces, attirées par l’odeur, se laissent tomber dans le pot enfoncé au niveau du sol et meurent, d’ivresse probablement. Ce n’est donc qu’une demi-peine. 

Nez fin mais assez peu fine bouche, la limace se contente d’une pils du plus mauvais brassage.

Le « sneglekant », disponible à Biltema consiste en une barre métallique inclinée qui se place sur le sommet de la « plantekasse » posée au sol. Les limaces sont à priori incapables de les franchir. Cela dépend certainement de leur dimension (de la limace ou de l’angle métallique), j’ai déjà vu des limaces jouer dessus à saute-mouton et rire. J’ai des preuves. 

Les cendres de la cheminée sont aussi censées freiner la progression de ces rampants. Il doit s’agir là d’une légende, mes limaces les ayant confondus avec un toboggan. Cette année je tente donc les coquilles d’œuf broyées. On verra bien. 

Le fil métallique posé au sol pourra faire partie de votre arsenal. Naturellement il ne faut pas qu’il soit galvanisé. Je vais en faire l’essai cette année mais je suis tout de même assez sceptique. 

Des méthodes plus naturelles sont également possibles, les limaces ne s’attaquent pas à certaines plantes et d’autre sont même barrières, comme le cassis. 

Il existe également des poisons à limaces, je le dis ici par honnêteté intellectuelle mais ne souhaite pas en faire la promotion. 

Finalement la méthode recommandée et la plus efficace consiste à faire fréquemment le tour du jardin, en particulier quand il y a peu de lumière et beaucoup d’humidité et de les retirer à la main, ou au ciseau, c’est selon vous et votre karma. Veillez surtout à bien protéger vos jeunes plants, les limaces s’attaquent plus difficilement aux plants adultes et aux tiges dures.

Je n’ai pas de jardin, que faire ?

Gardez vos yeux pour pleurer, il y a des solutions. 

La ville d’Oslo dispose d’un programme pour inviter tous ses citoyens à devenir des fermiers de ville. « Urbant landbruk » propose par exemple d’adopter une « dyrkingkasse » ou de démarrer un projet commun avec voisins ou amis.

Oslo dispose aussi de beaucoup de petites parcelles cultivables, comme par exemple à Tøyen, Bøler, Sørenga ou Sagene. Peu onéreuses à l’année, il faudra quand même vous y prendre à l’avance pour en louer une. Parsellhager.no recense une liste des initiatives sur Oslo et les personnes à contacter. N’hésitez pas  à y aller faire un tour.

Il existe aussi des fermes ou des espaces privés ou publics dont il est possible de devenir membre et contribuer avec vos petites mains en contrepartie d’une quantité de légumes. Voici une liste de liens non exhaustive de ces « andelslandbruk » à Oslo et dans toute la Norvège :

Ce lien résume plusieurs initiatives proposées par la commune d’Oslo. 

Et puis dans la catégorie partage, on avait peur qu’il n’arrive jamais, le AirBnB du jardinage est arrivé. Ouf ! Que d’anxiété et sueurs froides en moins. Rien de tel qu’une application mobile pour se rapprocher de la terre. Merci à Bill, Steve, Larry, Sergei et tous les autres. 

Une autre possibilité est de faire pousser sur votre balcon. Pas de problème avec ça, mais il faut juste vérifier quelques paramètres comme le taux d’ensoleillement, la profondeur de terre et la chaleur. Les courgettes ont par exemple des racines plus traçantes que plongeantes, mais nécessitent beaucoup de soleil et chaleur. Idem pour les tomates. Préférez d’ailleurs les tomates cerises qui poussent plus vite (plants disponibles actuellement à Hageland ou Plantasjen). Mais pour ces derniers attendre que les nuits passent les 10 degrés avant de les mettre dehors. Les petits pois peuvent bien s’adapter à la culture en pot, de même que les fraises, les poivrons, les piments et beaucoup de plantes aromatiques.

Et si vous n‘avez rien de tout ça, il vous reste la nature. Dans les forêts de Norvège, mais aussi dans les villes, il est possible de cueillir nombre d’espèces comestibles. Et comme c’est la saison, une bonne soupe d’orties sera assurément la manière la plus écologique de vous nourrir.

Publié par L'équipe

Lorelou Desjardins et Thomas Bassetto sont deux amis Français qui ont créé ce site pour fournir quelques conseils aux francophones vivant ou souhaitant vivre en Norvège.

2 commentaires sur « Des envies de jardinage en Norvège ? Suivez le guide »

  1. Bonsoir,
    Il est très fortement déconseillé de planter des pommes de terre germées, particulièrement si les pommes de terre sont importées. Ceci à cause du risque de propagation de microorganismes qui peuvent faire d’énormes dégats même si les pommes de terre germées ont l’air saines. Si un paysan cultive des pommes de terre à proximité et ses pommes de terre sont contaminées il risque de nombreuses années de quarantaine! Il faut donc acheter des « settepoteter » contrôlées et agréés dans des pépinières.
    Cordialement,
    Elisabeth

    https://www.mattilsynet.no/planter_og_dyrking/savarer_og_annet_formeringsmateriale/sertifisering_av_settepoteter/endring_i_forskrift_om_settepoteter__forenklet_omsetning_av_settepoteter_i_smaa_kvanta.37477

    1. Merci pour la précision Elisabeth, j’ai enlevé la mention de pommes de terre de l’article pour ne pas donner de mauvais conseils !

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