5 erreurs qui ont troublé mon intégration en Norvège

Petite confidence, je (Thomas) suis arrivé en Norvège à la va-vite. Tout s’est enchaîné très vite après la signature de mon contrat de travail et je suis arrivé sans rien connaître du pays et de ses coutumes. Je n’avais jamais rêvé de la Norvège, c’est à peine si à l’époque je pouvais placer le pays sur une carte avec confiance. Je pensais simplement que la France et la Norvège étant si proches géographiquement, ces pays ne pouvaient pas être si différents culturellement.

Voici donc 5 erreurs que j’ai faites durant ma première année ainsi que toutes les leçons que j’en ai tirées, pour que vous ne fassiez pas les mêmes.

Erreur nº1

Lors de vacances à San Francisco quelques années avant de venir m’installer en Norvège, j’avais rencontré un Norvégien et gardé son email quelque part sur mon téléphone. Je l’ai donc contacté juste après avoir atterri à Oslo et, gros coup de bol, il m’a invité à une soirée déguisée sur le thème des pirates (cf. la photo de couverture prise lors de cette soirée) qui avait lieu 2 jours plus tard chez un de ses amis (soirée qu’entre Norvégiens).

Pendant ces deux jours, j’ai été trop occupé à chercher un logement et à tenter d’ouvrir un compte en banque avant de commencer mon nouveau travail, je suis donc arrivé à la soirée sans déguisement et surtout … sans alcool. Voyez-vous, je ne savais pas encore qu’il était obligatoire très fortement recommandé d’apporter sa propre boisson en soirée en Norvège.

Alors que l’hôte de la soirée a eu de la peine pour moi et m’a gentiment proposé un verre de cocktail, je me suis allègrement resservi tout le long de la soirée… Ne parlant pas encore norvégien, j’ai aussi « forcé » les gens à me parler anglais, mais mon niveau était clairement en deça du leur et les discussions n’allaient pas loin. Inutile de dire que je n’ai jamais été réinvité, en l’occurrence on ne s’est même jamais reparlé…

Leçons :

  • En Norvège, c’est BYOB (Bring Your Own Booze) !
  • Il y a beaucoup de non-dits dans la société norvégienne et ils préfèrent souvent éviter les conflits. Cela vient, à la base, du respect pour les autres, mais cela implique que ce n’est pas parce que l’on ne vous fait pas de reproche qu’ils n’en pensent pas moins.

Erreur nº2

Au bout de quelques semaines, je me réveille avec tous les symptômes de la grippe (les hivers étaient plus longs à l’époque) et je me sens trop faible pour aller au travail. J’écris à mon manageur et je prends rendez-vous chez mon médecin traitant dans la journée.

Durant le rendez-vous, je lui demande donc un “certificat médical” pour donner à mon employeur et ainsi justifier mon absence. En France, le certificat médical est obligatoire pour justifier une absence, même de courte durée. Alors qu’en Norvège, il existe le “egenmedling” qui permet aux employés d’être absents pour raison médicale jusqu’à 3 jours consécutifs sans avoir besoin de fournir de justificatif !

N’en ayant jamais entendu parler et étant stressé de me retrouver face à face avec mon employeur si je revenais sans certificat médical, j’ai vraiment insisté. Devant mon insistance et ayant, en plus, des difficultés pour me comprendre, mon médecin a cru que je demandais un congé maladie longue durée (“sykemelding”) pour mon état grippal. S’en est suivie une longue tirade, un poil xénophobe, de sa part pour m’expliquer que la Norvège n’est pas comme mon pays d’origine et, qu’ici, on ne donne pas des “sykemeldinger” à tire-larigot.

Je suis donc reparti, désemparé, sans aucun mot de sa part et sans aucune ordonnance !

Leçons :

  • Il m’a fallu encore quelque temps pour apprendre le concept de “egenmedling” et surtout savoir reconnaître que quand on est malade, il vaut parfois mieux savoir se reposer et attendre.
  • En Norvège, les ordonnances ne sont pas automatiques. Dès les premiers symptômes, surtout quand c’est bénin, il est plutôt conseillé de se reposer et de laisser faire les anticorps au lieu de se shooter de médicaments. Vos collègues vous seront reconnaissants si vous restez chez vous au lieu de venir les contaminer au travail.

PS : J’ai toujours ce médecin traitant, qui m’avait été assigné d’office après l’obtention de mon fødselnummer, car je fais confiance en son jugement.

Erreur nº3

Je suis (relativement) sportif et il m’arrive de boire des boissons avec des électrolytes, sans sucre et sans calorie du type Gatorade Zero et Powerade Zero. Ces boissons ont la particularité d’être très colorées et vendues dans des bouteilles d’environ 0.5 litre.

C’est donc sans trop réfléchir que j’ai acheté une bouteille de ZERoh!, boisson que je pensais être l’équivalent norvégien. Après tout, la bouteille est très similaire à une Powerade et le nom laisse à penser qu’il y a 0 sucre et 0 calorie.

Quelques variantes de ZerOh!

Je vais donc courir un matin, j’ouvre la bouteille et je commence à boire. Je comprends de suite que ça n’a rien à avoir avec une Powerade, le goût est beaucoup plus fort ! Je finis la bouteille quand même mais je me sens toujours déshydraté.

J’en parle à un collègue en arrivant au travail et … il se moque bien de moi. En fait, il faut diluer la ZERoh!. Pour 1 dose de ZERoh!, il faut rajouter 9 doses d’eau ! Je venais de m’enfiler 0.5 litre de “concentré” 🤢.

Leçon :

  • Pas de Tesseire et leurs fameuses bouteilles de sirop en Norvège, ça ne veut pas dire que l’on ne trouve pas d’autres boissons à diluer dans l’eau. Attention, elles ressemblent malheureusement à n’importe quelle autre bouteille d’eau aromatisée.

Erreur nº4

Quelques petits mois passent et je décide d’inviter mes collègues norvégiens pour un apéro dinatoire à 19h. Car je suis Français et que je veux montrer que je sais recevoir, j’indique que je m’occuperais aussi de l’alcool.

Je réalise une fois au supermarché, donc trop tard, combien l’idée de promettre de l’alcool pour tout le monde était vraiment stupide. C’est pas grave, au moins je gagnerais des points avec eux même si ça va me coûter mon salaire du mois. Je passe quelques heures à préparer des toasts, des petits fours, la table et je suis fin prêt.

Mon premier collègue, Bjørn (j’ai changé son vrai nom) arrive un peu en avance et me dit qu’il n’a pas faim car il a déjà mangé ?! Il m’explique que 19h c’est quand même super tard pour manger. Ah, et il a aussi ramené son alcool (le concept de BYOB est vraiment très ancré dans la culture norvégienne), il ouvre d’ailleurs sa canette de 0.5 litre de Hansa aussitôt et commence à la boire sans attendre que d’autres invités arrivent. Le 2e invité arrivera à peine qu’il aura d’ailleurs déjà fini sa première canette et entamera la suivante !

Leçons :

  • Les soirées BYOB c’est plus simple, pour tout le monde.
  • En Norvège on est sociable autour de l’alcool alors qu’en France c’est autour du repas. Sånn er det!
  • 19h c’est beaucoup trop tard pour manger en Norvège. Corollaire : si vous êtes invités à une soirée par des Norvégiens à partir de 18h et plus, il y n’aura surement que des chips à manger (cette histoire m’est arrivée aussi, comme quoi parfois on apprend lentement).
  • Pas besoin d’attendre les autres pour commencer à boire, surtout dans ce genre de soirée. Dans la même veine, il arrive que certains restaurants ne servent pas tout le monde autour de la même table en même temps !

Erreur nº5

C’est celle qui m’a fait le plus mal.

Après presqu’un an à Oslo je décide d’aller visiter des amis à Stavanger. Nous sommes allés visiter un musée et comme il n’était pas bondé, un des jeunes à l’accueil s’est proposé d’être notre guide pendant la visite au lieu de rester derrière son guichet à s’ennuyer.

Pour comprendre ce qui va se passer ensuite, il faut savoir que peu de temps avant j’étais en vacances dans un pays dans lequel donner des pourboires était quasiment une obligation.

On finit la visite et je cherche dans mes poches pour lui donner un pourboire, sans même y réfléchir à deux fois. Je me retrouve donc soudainement à lui tendre la main avec quelques pièces (20-30 kr max ?). Au départ il ne comprend pas, donc je lui dis que c’est un pourboire. Je me souviens très bien de la scène au ralenti, elle est maintenant ancrée dans ma mémoire pour toujours. Le jeune commence à bégayer et m’expliquer que la Norvège est un pays où les salaires sont bons et qu’il est très satisfait du sien et qu’il n’a pas besoin de pourboire. S’il nous avait accompagnés, c’était car ça lui a fait plaisir de partager ses connaissances.

Je commence donc à réaliser mon erreur et ma double insulte :

  • Ce n’était pas du tout une situation à pourboire en Norvège.
  • Les quelques pièces dans ma main ne valaient rien.

Il était rouge de gêne, j’étais mort de honte mais comme la discussion s’était passée à voix haute, tout le monde l’avait vue et entendue. Mes amis aussi étaient morts de honte et des touristes norvégiens un peu plus loin étaient, quant à eux, morts de rire.

Je suis vite sorti du musée et on n’en a jamais reparlé 🙏.

Leçons :

  • De manière générale, les salaires sont généralement assez élevés en Norvège même pour les emplois de service, et l’inégalité des revenus est beaucoup plus faible que dans la plupart des pays.
  • Il n’y a pas de culture du pourboire, même s’ils sont appréciés dans les bars et restaurants.

Bonus

Cette histoire ne m’est pas arrivée personnellement, mais c’est une histoire vraie qui me vient d’un collègue chinois :

Il a voulu se mettre au ski de fond et a donc acheté des skis en magasins puis il est allé du côté de Frognerseteren pour s’y essayer.

Sauf qu’il n’avait pas précisé quel ski il voulait faire et il a acheté des skis alpins ! Il s’est donc retrouvé sur les pistes de ski de fond, à les détruire et à trop glisser sans pouvoir monter les côtes sans que personne qu’il croise ne lui dise quoique ce soit !

Il faudra attendre le lendemain pour qu’il parle à un collègue et se rende compte de son erreur…

Conclusion

Chacun a une expérience différente de la Norvège. Je suis arrivé ici un peu par accident et j’ai donc commis quelques erreurs naïves. J’ai beaucoup appris/changé depuis, mais si vous souhaitez mieux vous préparer que moi voici quelques livres que je vous recommande (liens non sponsorisés, s’il faut le préciser) :

Les livres de Jenny K. Blake

Mélange de dessins et de texte en norvégiens et anglais :

The 100 unwritten Norwegian social laws

Existe aussi en norvégien : Norske standarder en endelig avslutning på meningsløse diskusjoner.

The Social Guidebook to Norway

The Social Guidebook to Norway

Tout en anglais, il y en a qui ont bien aimé, d’autres non.

En frosk i fjorden

Vous ne croyez tout de même pas que j’allais oublier le livre de mon amie et co-rédactrice de ce site ? Par contre il est en norvégien et il n’y a pas d’images 😂.

En frosk i fjorden

Les Norvégiens, pacifistes

Livre, en français, de Vibeke Knoop Rachline, journaliste norvégienne, basée à Paris. Elle travaille notamment pour Aftenposten, premier quotidien norvégien, mais aussi pour différents médias norvégiens et français.

Les Norvégiens, pacifistes

Publié par Thomas Bassetto

Originaire du pays des chocolatines, Thomas est arrivé par hasard en Norvège mais n'en est jamais reparti. Il est administrateur du groupe Facebook "Les Français à Oslo" et bénévole pour diverses associations comme DNT, Codebar ou Oslo Kooperativ.

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