Les partis politiques norvégiens. Comment s’y retrouver ?

Le but de cet article est d’informer les francophones sur le paysage politique norvégien et de vous aider à voir de quel parti vous vous sentez le plus proche. Il se veut le plus objectif possible mais comme tout article sur la politique il peut être critiqué.

La Norvège a un paysage politique riche et assez structuré, mais aussi un peu complexe pour les novices. Chaque parti a une ou deux initiales ainsi qu’une couleur dépendant de son affiliation politique. Il y a en gros 4 couleurs pour situer un pays dans le paysage politique: bleu (plutôt droite), rouge (plutôt gauche), vert (plutôt pro-environnement ou agriculture bien que ces deux sont souvent en conflit) et jaune (centre). Notez que les partis verts se situent souvent eux-même au centre.

Voici comment les parlementaires et leurs partis élus au parlement norvégien sont représentés

Voici le spectre des partis norvégiens et leurs logos respectifs :

Quelques particularités du système norvégien

  • Ces partis ne sont en aucun cas une liste complète des partis qui se présentent aux élections en Norvège mais les partis avec le plus de voix et qui sont au dessus de la fameuse « sperregrense » qui permet à un parti d’être représenté par au moins un ou une élue au lors d’une élection parlementaire. En Norvège cette limite est à 4% aux élections nationales. En France ce système n’existe pas. Il y a tout un tas d’autres partis qui se présentent aux élections, tels que le Parti pirate, l’Alliance, les Démocrates, le Parti de l’indépendance, le Parti Des Chrétiens, Initiative féministe etc. Certains de ces partis sont très marginaux avec des idées qui feraient grand bruit s’ils entraient au parlement. D’autres se créent soudainement, tels que maintenant avec le FNB – Parti du peuple contre plus de péages (voir plus bas).
  • Les partis, que ce soit au niveau national ou local, doivent très souvent s’allier à d’autres pour accéder au pouvoir. Après chaque élection il y a donc des négociations basées sur les résultats des votes et les affinités des partis entre eux. En général c’est soit le bloc de la gauche soit le bloc de la droite qui règne, avec ou sans tous les partis, et avec ou sans les partis du centre. D’où des noms bizarres d’alliances que les Norvégiens utilisent « Le gouvernement bleu-bleu » (blå-blå) qui est au pouvoir maintenant (FrP-Høyre), ou le précédant « rouge-vert » (Ap-SV). Des fois c’est un peu compliqué de savoir de quels partis ils parlent vu que beaucoup de partis sont verts, rouges ou bleus (ou jaunes).

La gauche norvégienne

Il y a trois partis de gauche majeurs en Norvège: Rødt (Rouge), Sosialistisk Venstrepartiet (les Socialistes de Gauche) et Arbeiderpartiet (le Parti travailliste).

  • Rødt (R) : le parti Rouge ou un parti sympathisant du communisme (attention le Parti communiste norvégien existe bien que pratiquement inexistant, donc Rødt ne peux pas être simplifié comme étant le parti communiste de Norvège). Rødt est un petit parti, mais porté par son leader charismatique Bjørnar Moxnes qui s’est fait un mission de faire tomber Sylvi Listhaug (membre du parti d’extrême droite FrP) de son poste de ministre. Rødt a de plus en plus de succès dans les sondages dans certaines régions, et a réussi à faire entrer un parlementaire au Parlement en 2017 pour la première fois. Rødt se bat pour plus de justice sociale, est contre la privatisation des entreprises et biens publics, veut taxer les catégories les plus aisées. Rødt est très préoccupé par le droit des travailleurs mais est souvent critiquée par la gauche pour le manque de son engagement environnemental.
  • Sosialistisk venstreparti (SV) : Les Socialistes de gauche. Il n’y a pas vraiment d’équivalent en France, car c’est un parti à gauche du parti socialiste mais ni communiste ni uniquement vert comme un parti Vert traditionnel. Ses deux objectifs principaux sont un engagement social pour réduire les inégalités sociales et un project environnemental fort. Juste avant que la gauche perde les élections en 2013, SV faisait partie du gouvernement pendant 8 ans dans une coalition « rød-grønn » (rouge-verte) avec le Parti des travaillistes lorsque Jens Stoltenberg était le Premier Ministre. SV est aujourd’hui un parti d’opposition au niveau national mais est entré en coalition dans de nombreuses municipalités telles qu’Oslo. La député maire d’Oslo, Marianne Borgen, est du parti SV. Au niveau national son chef est Audun Lysbakken.
  • Arbeiderpartiet (Ap) : Le Parti Travailliste. Ce parti est souvent comparé au parti socialiste de France, car faisant partie du même réseau européen. Ap est très souvent dans les médias car c’est le plus grand parti norvégien en terme de députés au parlement (49 députés contre 45 pour Høyre), ce qui ne veut pas dire qu’il gouverne car la droite a réussi à s’allier à des partis et créer un majorité parlementaire. Le programme politique de Ap repose sur de meilleures conditions de travail pour les travailleurs, mais aussi une vision du plein emploi ainsi qu’une place importante au secteur de la santé, de l’éducation et du service aux personnes âgées. Ap est le seul parti de gauche à être pour l’entrée de la Norvège dans l’Union européenne. Ap est critiqué par les autres partis de gauche pour son engagement pour l’mploi face aux défis environnementaux, comme par exemple lorsqu’il a par exemple accepté de forer de nouveaux puits de gaz et de pétrole dans le Nord du pays. Le parti est revenu sur sa décision, poussé entre autres par la branche jeunesse du parti, AUF.
  • En 2011 lors des attentats d’Utøya c’est ce parti en particulier qui était la cible du terroriste d’extrême droite Anders Behring Breivik, car après avoir posé une bombe devant le bureau du Premier Ministre travailliste il est parti sur l’île d’Utøya avec pour cible le camp d’été des jeunesses travaillistes du parti. Il a donc assassiné ce jour de Juillet 2011 plus de 60 des politiciens de demain, ceux qu’il accusait d’avoir crée la société multiculturelle avec laquelle il n’était pas d’accord. Le parti (ainsi que le pays entier) a été complètement traumatisé par cet évènement et malheureusement aujourd’hui encore les survivants sont attaqués sur internet et recoivent des menaces de morts pour certains. Ce parti a à sa tête Jonas Gahr Støre, souvent critiqué dans les médias pour sa richesse personnelle, et qui a succédé à Jens Stoltenberg qui est maintenant chef de l’OTAN. Jonas Gahr Støre est un grand francophile et a entre autres fait Sciences Po, ce qui lui aussi est reproché dans un pays où il fait mauvais être de l’élite intellectuelle ou sociale.

Les partis du centre

Le centre est un peu étrange en Norvège car il regroupe des partis qui a priori n’ont pas grand chose en commun. MDG (les Verts), Senterpartiet (le parti du Centre, pro-agriculteurs et anti-centralisation), KrF (les Chrétiens démocrates) et Venstre (les Libéraux). Par exemple en théorie MDG (les Verts) est un parti de Centre, mais ses positions sont le plus souvent à gauche dans ses décisions mais aussi dans ses alliances. Les Verts refusent par exemple catégoriquement d’entrer dans une coalition avec l’extrême droite. En revanche KrF est soit-disant un parti de centre mais ses membres ont récemment montré que sa majorité était de droite et refuserait une alliance avec le Parti travailliste mais accepterait une alliance avec le Parti du progrès d’extrême droite malgré leurs idées opposées sur la politique de l’alcool. Le Parti du centre est de centre mais en réalité plus enclin politiquement à s’allier au bloc de gauche bien que ces lignes peuvent changer. Les partis du centre sont souvent des faiseurs de Roi et c’est pour cette raison que lorsqu’un de ces partis passe en dessous de la sperregrense cela peut être une catastrophe pour un grand parti qui perd alors le pouvoir.

  • Kristelig folkepartiet (KrF) : Les Chrétiens-démocrates. La présence même de ce parti dans le paysage politique peut paraître saugrenue pour les Francais. La Norvège a officialisé une séparation de l’Eglise et de l’Etat assez tard en 2012 par un amendement à la Constitution. Jusqu’au 19ème siècle il était même obligatoire pour tous et toutes en Norvège d’être membre de l’Église luthérienne. Malgré ces changements, la Norvège n’est pas un pays qui a embrassé la laïcité, et la présence de l’Eglise protestante luthérienne se sent dans les institutions ainsi que dans certains débats de société. Il semble donc naturel que ce parti existe et continue d’avoir ses bastions de votants surtout dans l’ouest et le sud du pays qui a été rebaptisé par certains la « Bible Belt » (la ceinture de la Bible, comme aux Etats-unis). KrF est un parti de valeurs chrétiennes, donc ils sont contre le droit à l’avortement. Ils ont d’ailleurs négocié sur ce point en particulier avec Erna Solberg pour entrer au gouvernement en 2019 et lui permettre d’assoir sa majorité parlementaire. Il s’en est suivi un durcissement de la loi sur l’avortement. Le parti est aussi pro-famille traditionnelle, et pour la protection de l’enfance, pour une politique plus restrictive sur l’alcool (horaires d’ouverture de Vinmonopolet, quota d’alcool etc.). Ils sont pour que les femmes restent plus longtemps à la maison pour s’occuper des enfants, et pour une augmentation de l’équivalent norvégien des allocations familiales. Le parti est divisé sur des questions telles que le mariage homosexuel avec une tendance plutôt vers le contre. Le parti vient de changer de leader, après un vote catastrophe qui fit chuter Knut Arild Hareide début 2019 de son poste car il refusait de s’allier à l’extrême droite. Il a été renversé par ses membres et Kjell Ingolf Ropstad est devenu chef ainsi que Ministre de la famille, des enfants et des affaires d’Église. Exemple parfait de la confusion que les codes couleurs peuvent apporter. Le logo de KrF est rouge mais c’est un parti allié au bloc de droite (bleu) dans le gouvernement. Et comme il est du centre il s’associe au jaune au parlement. Donc oui, cette histoire de couleurs est difficile à comprendre.
  • Venstre (V) : Le Parti libéral de Norvège. Venstre veut dire Gauche en norvégien mais ce n’est pas un parti de gauche. Comme vous voyez la complication s’accélère. Venstre se définit comme libéral de centre-droit et pro-environnemental. C’est le plus ancien parti de Norvège, et lors de sa création il s’était nommé Venstre car il se situait à gauche de la noblesse/monarchie. Aujourd’hui le parti Venstre prône moins d’intervention de l’Etat, plus de libertés individuelles, et plus de politique environnementale, mais aussi plus de libéralisme économique. C’est assez surprenant de voir un parti de droite et pro-environnement, car cela n’existe pas en France. Ici encore c’est compliqué de comprendre où se situe se parti d’après la couleur de son logo. Un logo vert, le nom de parti « gauche » mais ici allié à une coalition de droite. Venstre aime se dire de centre droit, donc peut être jaune dans le paysage politique norvégien, mais ils sont nettement dans le bloc de droite plutôt que celui de gauche au moment des alliances. Les politiciens de Venstre aiment beaucoup se comparer au parti La République en Marche et ses politiciens à Emmanuel Macron. Venstre a longtemps dit qu’elle n’entrerait jamais dans une coalition gouvernementale avec FrP mais l’a fait dans le gouvernement actuel. Venstre est très critiqué par ses membres depuis qu’il est entré au gouvernement pour avoir accepté des décisions contre-nature juste pour rester au pouvoir. Son leader est Trine Skei Grande, présentement Ministre de la Culture, et l’une de ses stars montantes est Sveinung Rotevatn, ancien chef de la branche des Jeunesses libérales du parti et présentement numéro 2 du Ministère de l’environnement.
  • Senterpartiet (Sp) : Le Parti du centre, mais à l’origine le parti des agriculteurs (Bondepartiet). Ce parti a pour but de renforcer les « districts » ou la province contre la centralisation voulue et opérée par le gouvernement ces dernières années. Sp veut aussi prodiguer aux agriculteurs de bonnes conditions de travail et protéger la production agricole norvégienne (contre la concurrence de l’étranger entre autres). Trygve Slagsvold Vedum est son leader actuel, très charismatique car vu comme représentant le peuple contrairement « aux élites d’Oslo ». Son parti est en train de dépasser tous les grands partis dans certaines régions comme dans le Nord de la Norvège, très touchée par la centralisation des services publics. Sp est un parti intéressant politiquement car très critique de tous les autres partis de droite comme de gauche, mais tout de même prêt à s’allier pour gouverner. Mais il refuse une coalition avec FrP.
  • Miljøpartiet De Grønne (MDG) : Les Verts norvégiens sont un parti sans leader mais avec deux porte-paroles – un homme et une femme- qui prennent les décisions ensemble. En ce moment ce sont Une Aina Bastholm qui est aussi la seule députée des Verts au parlement et Arild Hermstad. C’est un parti qui a paru obscur et mal organisé pendant longtemps et qui a pris beaucoup d’ampleur surtout au niveau de certaines municipalités de grandes villes telles que Bergen ou Oslo. Ils n’ont aucun maire dans le pays, mais sont aux commandes à Oslo avec une coalition de gauche (Ap-SV) et sont autant critiqués que loués pour les actions politiques en faveur de l’environnement : plus de pistes cyclables, centre-ville sans voiture, arrêt des forages de pétrole et gaz (national), budget climatique neutre, plus de trains et transports publics avec tickets moins chers etc. Ils ont sinon un programme plutôt de gauche avec plus d’Etat et moins de privatisation sur les autres thèmes tels que la santé, l’éducation etc.

Les partis de droite

  • Høyre (H) qui veut dire « Droite », est la Droite traditionnelle équivalente des Républicains en France, et actuellement au pouvoir avec à sa tête la Première ministre Erna Solberg. Høyre a le même genre de programme qu’Ap sauf qu’au lieu d’obtenir le plein emploi grâce à plus d’Etat providence, Høyre veut y parvenir avec plus de privatisation, de place au secteur privé et moins de taxes sur les classes aisées. Høyre n’a pas beaucoup d’intérêt environnemental et veut par exemple forer du gaz et du pétrole autant que possible en Norvège. Son gouvernement a récemment privatisé l’équivalent de la SNCF en Norvège et les personnes handicapées ont vu leurs conditions devenir plus strictes. Høyre doit composer avec trois autres partis au niveau national et doit donc négocier pour garder la majorité parlementaire et donc le poste de Premier Ministre.
  • Fremskrittspartiet (FrP) : Le Parti du progrès – extrême droite. Ce parti a été crée en 1973 avec des valeurs anti-establishment, prônant moins d’interventionnisme de l’Etat et moins de taxes et d’impôts. Dès sa création le parti (alors appelé ALP) est clairement pro-apartheid et écrivait entre autres que les Noirs d’Afrique du Sud seraient incapables de gouverner sans que les Blancs les dirigent. Il était aussi persuadé que les Noirs avaient choisi cette condition et étaient conscient de la supériorité des Blancs. Son créateur Anders Lange était aussi tout à fait opposé à l’entrée des femmes dans le Parlement norvégien « elles n’ont rien à y faire ». Ce n’est que plus tard lorsque la Norvège connût l’immigration que le parti s’orienta vers le discours anti-immigration, voire anti-musulman en Norvège. Aujourd’hui c’est le parti le plus virulent sur les questions d’immigration, allant même jusqu’à parler de « snikislamisering ». FrP prône aussi aujourd’hui une politique de baisse des aides sociales pour tous. C’est aussi un parti aujourd’hui très actif sur la question anti-péages, s’opposant ainsi aux partis pro-environment tels que Venstre, SV et MDG. FrP est aussi friand de privatisations d’institutions et de compagnies publiques, et s’entend donc assez bien avec Høyre sur ce point. FrP a longtemps été un parti d’opposition en Norvège, mais a intégré le gouvernement en 2013 dans la coalition avec Erna Solberg, et a depuis acquis des ministères clé tels que le Ministère des Finances tenu par la cheffe de parti Siv Jensen. Sa star est Sylvi Listhaug, la numéro 2 du parti, qui est connue pour ses dérapages contrôlés sur le féminisme, la religion, l’immigration et le terrorisme. Elle a toujours une croix autour du cou et a longtemps travaillé dans une compagnie de conseil en communication. Malgré quelques dérapages de certains de ses membres, le FrP est maintenant vu comme faisant partie intégrante du paysage politique norvégien. Ce n’était pas le cas lorsqu’il était dirigé par Carl I. Hagen, enfant terrible de la politique norvégienne.
  • Folkeaksjon Nei til mer bompenger (FNB) : Nous nous devons d’ajouter ce parti à cette liste tant il est fait parler de lui à la veille des élections locales de septembre 2019. Ce parti n’a pas encore de programme complet et vient d’être crée donc on manque de données sur son score aux élections. Crée en réaction à l’augmentation du nombre de péages dans les grandes villes, ce parti fait de bons scores dans les sondages, et a même eu pour effet de pousser le gouvernement à se réunir en crise pour satisfaire leurs électeurs sur la question des péages qui risqueraient d’être séduits par FNB. À voir quels scores ils feront en septembre, et s’ils se présenteront aux prochaines élections nationales. Pour l’instant ils veulent juste moins de péages et moins de coût à chaque péage, sans avoir de programme sur d’autres thématiques telles que la santé, l’éducation, l’emploi etc.

Sachez que malgré cet article qui paraît long, il y a encore beaucoup de choses à dire sur la politique norvégienne, surtout sur la politique locale de chaque parti qui peut varier de son programme national. Si un ou plusieurs partis vous intéressent et vous aimeriez en savoir plus sur les détails de leur programme par exemple dans votre municipalité pour voter lors des élections de septembre, vous pouvez faire une recherche sur internet et trouver les programmes facilement.

Le contexte de cet article sont les élections locales de septembre 2019 où les étrangers résidant en Norvège depuis plus de 3 ans ont le droit de vote. Voir cet article pour en savoir plus: Aux urnes non-citoyens! Ce qu’il faut savoir sur les élections locales de septembre 2019.

Aux urnes non-citoyens ! Ce qu’il faut savoir sur les élections locales de septembre 2019.

Qui peut voter ?

En Norvège, il n’est pas nécessaire d’avoir la nationalité pour voter aux élections sauf lorsqu’il s’agit des élections nationales (stortingsvalg) aboutissant aux choix du ou de la premièr-e ministre. Pour les élections locales appelées kommunestyre og fylkestingvalg où l’on vote pour les élus des municipalités (kommune) et des comtés (fylke), il suffit d’être officiellement inscrit comme résidant en Norvège depuis 3 ans au moins. Voir ici la source officielle sur le sujet et sa traduction:

Les ressortissants étrangers peuvent également voter aux conseils municipaux et aux conseils de comté en Norvège s’ils remplissent les critères ci-dessus (ont plus de 18 ans) et ont été inscrits au registre de la population (Folkeregistret) en tant que résidant en Norvège au cours des trois dernières années précédant le jour du scrutin. Les ressortissants d’un autre pays nordique enregistrés en tant que résidants en Norvège au plus tard le 30 juin de l’année des élections ont également le droit de voter aux élections municipales et des conseils de comté en Norvège.

Les élections locales ont lieu tous les quatre ans, et la prochaine se tient le 9 septembre 2019. Il est possible de voter en avance en Norvège donc vous n’êtes pas obligé d’être libre exactement ce jour là pour voter (voir plus bas).

Notez qu’Oslo est à la fois une kommune et un fylke, donc le 2ème vote est pour l’arrondissement (bydel) où vous vivez.

Différences entre les élections locales et nationales

En septembre 2019 ce sont des élections locales, donc nous n’élisons pas des parlementaires mais des élus locaux et régionaux. Les partis politiques n’ont pas forcément les mêmes priorités au niveau national et au niveau local. Les thématiques au niveau national seront par exemple les choix économiques liés à l’utilisation de la manne du pétrole, l’immigration, les quotas d’alcool, l’éducation, le droit du travail etc. Au niveau local les thématiques qui sont le plus abordées touchent à la vie quotidienne et locale des habitants, comme par exemple les heures d’ouverture des crèches et le prix des activités extra-scolaires, les transports en commun, les péages, le nombre de réfugiés à accueillir dans sa commune, les pistes cyclables, les impôts locaux, la politique locale de l’immobilier etc. Cette année un nouveau venu, le parti « Action populaire – Non à plus de péages » fait sensation. Le parti n’a pas encore de programme politique complet mais fait déjà un bon score dans les sondages pour les villes comme Oslo et Bergen.

Il est évident que les élections locales influencent les débats politiques au niveau national car c’est un baromètre pour les partis au pouvoir et ceux dans l’opposition. Nous sommes à 4 semaines des élections et la campagne fait rage, ainsi que les sondages, qui donnent par exemple une chute pour les partis de droite qui sont au pouvoir au parlement, mais une remontée nette pour le parti Sp (Parti du centre- agriculteurs) qui s’est positionné contre la centralisation des services publics. Tous ont les yeux rivés sur ces sondages et sur les résultats de septembre, d’autant que le vote local peut être vu comme sanctionnant les politiques menées par le gouvernement depuis ses 6 ans au pouvoir. Dans d’autres cas, si par exemple les Verts progressent à Oslo, cela peut montrer une validation de leur politique environnementale assez controversée pour certains, entre autres l’augmentation du nombre de péages.

Pour qui voter ?

Le paysage politique norvégien étant assez différent du français, donc il vaut mieux se renseigner un peu au préalable. Tous les grands médias norvégiens offrent aussi de prendre des « valgomat », c’est-à-dire des questionnaires en ligne pour vous aider à savoir de quel parti, voire de quel-le candidat-e vos idées se rapprochent le plus. Les Norvégiens adorent les valgomat car ils ne votent pas forcément pour le même parti à chaque élection, voire aux élections nationales et locales. Par exemple en 2017, année des élections parlementaires, le terme « valgomat » était le plus recherché sur Google en Norvège.

Voici une liste non-exhaustive des valgomat que vous pouvez prendre (tous en norvégien par contre) pour les élections locales de 2019: VG, TV2, NRK, Aftenposten. Attention, votre résultat de « parti représentatif de vos idées » ne sera pas forcément le même selon le valgomat, car cela dépend des éléments des programmes sur lesquels le questionnaire a décidé d’interroger les personnes.

Pour ceux qui n’ont rien suivi au paysage politique norvégien et aux partis, nous publierons sous peu une description des différents partis.

Dans tous les cas, il est conseillé de lire les journaux dans les semaines qui viennent. Si vous ne lisez pas le norvégien couramment optez pour les éditions du week end, voire de lire Klartale, un journal de norvégien facile. Ici par exemple un de leurs articles sur les élections de 2019. Malheureusement pour les articles de fond sur les débats entre tel et tel parti juste avant le vote les médias norvégiens sont votre meilleure source. NRK par exemple a toute une partie de son site dédié aux élections, ici.

Comment voter le Jour J?

Il est possible de voter en avance en Norvège, et donc déjà vous aurez remarqué des containers éparpillés dans les villes pour permettre ce vote préalable appelé localement « forhåndsstemme« . Il vous est possible de voter du 12 août au 6 septembre avec ce système, voir ici pour plus d’informations. Après le 6 septembre il faudra attendre le jour réel du vote du 9 septembre pour voter. Beaucoup veulent voir tous les débats jusqu’à la dernière minute pour se décider alors que d’autres partent en vacances ou savent déjà pour qui ils vont voter. Donc c’est à vous de voir !

Le jour où vous allez voter, munissez-vous d’un papier d’identité tel que passport, permis de conduire ou autres documents où votre nom complet, date de naissance et photo figurent (source officielle). Il n’est pas nécessaire d’avoir un papier d’identité avec votre numéro personnel norvégien. Si vous avez reçu une carte de vote ou « valgkort » cela indique la commune dans laquelle vous êtres inscrit. Attention, la valgkort ne compte pas comme papier d’identité. Vous pouvez l’amener par précaution le jour du vote mais ce n’est pas obligé. Vous êtes déjà inscrit sur les listes et ils vous trouveront grâce à votre nom.

Le vote n’est pas comme en France, où l’on vous envoie au préalable une enveloppe ainsi que les bulletins de vote tels qu’ils seront présent dans l’isoloir. En Norvège rien sauf la carte de vote vous est envoyé par la poste.

Une fois dans le bureau de vote, vous trouverez les bulletins directement dans les isoloirs. Il faudra en choisir un pour chacune des élections (donc deux au total, ils ont des couleurs différentes) et les plier en suivant les indications (BRETT HER) pour que le nom du parti et la liste de noms des candidats soient cachés à l’intérieur. Ensuite pour voter vous avez le choix :

  • Vous votez pour un parti et donc tous les candidats de ce parti. Vous pouvez sortir de l’isoloir avec vos bulletins pliés.
  • Vous votez pour plusieurs candidats spécifiques du même parti ou même de partis différents. Dans ce cas il faut cocher chaque nom de candidat choisi, voire rajouter d’autres noms à la main sur la liste du bulletin de vote dans la section prévue à cet effet. En général ceux qui préfèrent cette technique connaissent très bien les programmes des partis mais aussi les spécificités des avis politiques de chaque candidat à l’intérieur de chaque parti. Peu d’entre nous en tant qu’étrangers en sont là au niveau de la compréhension des spécificités, sauf quelques personnes très engagées en politique. Notez aussi que vous pouvez vous présenter aux élections locales sans avoir la citoyenneté, et bien sûr être membre d’un parti et actif pendant les élections.

En sortant de l’isoloir dirigez-vous vers l’endroit où sont les urnes. On vous demandera les bulletins et votre papier d’identité. Après vérification on vous rendra les bulletins un par un pour les mettre dans les urnes. Félicitations, vous venez de voter en Norvège !

Pourquoi il est important de voter

Si vous résidez en Norvège depuis plus de 3 ans vous avez une vie établie ici, probablement un travail, ou une famille, une vie locale, un quartier. Les décisions qui sont prises au niveau du conseil municipal influencent votre vie tout autant qu’elles influencent vos voisins Norvégiens. Si vous avez un enfant vous serez impacté par la date limite pour avoir une place en crèche, puis par les frais de SFO (activités extra-scolaires qui permettent de garder les enfants jusqu’à ce que les parents sortent du travail). Peut-être que vous comptez acheter une voiture et êtes intéressés par le prix des péages, ou peut-être que vous trouvez important que votre ville adopte une neutralité carbone et un budget climatique. Vous avez peut-être des idées politiques sur le nombre de réfugiés à accepter dans votre commune, ou qui du privé ou du public devrait faire tourner les maisons de retraite et les crèches. Dans tous les cas, voter est un droit mais aussi un privilège, souvent peu donné aux étrangers dans un pays. Alors motivez-vous, et allez voter !