Portrait de Lionel, un Alsacien passionné d’environnement

Lionel est originaire de Haguenau en Alsace, et vit en Norvège depuis 22 ans. La Norvège l’a vu adolescent, étudiant, juriste, expert en plaidoyer pour les droits des peuples autochtones en Afrique Centrale, et maintenant directeur de sa propre entreprise de tourisme durable sur l’Alsace. Un thème est au coeur de toutes ses activités professionnelles: la protection de l’environnement. Un profil hors-du-commun que nous espérons vous intéressera dans ce nouveau portrait.

Quand et pourquoi es-tu arrivé en Norvège?

Mon histoire avec la Norvège commence en 1991. J’avais à peine 14 ans. Je pars alors pour 3 semaines en Norvège avec un groupe d’adolescents pour relier Paris au Cap Nord en bus et y admirer le soleil de minuit. Trois semaines de pluie à planter nos tentes et sardines dans la boue, pour arriver au Cap dans un épais brouillard. Trois semaines d’imprévus, de belles rencontres, d’atmosphères et paysages envoûtants, d’odeurs ancrées à jamais dans mon esprit, comme celle du foin mouillé, ou encore des stavkirker (ndlr : églises en bois debout). C’est là que je suis tombé amoureux de la Norvège. J’ai donc tout fait pour y revenir.

Après le baccalauréat, je décidai d’organiser une expédition Strasbourg-Cap Nord. Je m’inscris tout de même à la faculté de droit de Strasbourg, où je privilégiais les cours de droit pénal et de sociologie du droit, tout en donnant priorité à mon projet d’expédition, mobilisant participants, médias et sponsors. Le but de ce voyage était  de monter un documentaire photo sur la beauté de la nature en Norvège, de le présenter aux collégiens et lycéens d’Alsace, et de susciter des réflexions sur la préservation de l’environnement. Au final, plus de 10 000 km parcourus, près de 4 000 diapositives, et une envie toujours plus grande de retrouver la Norvège.

Fin d’expédition Strasbourg – Cap Nord – Crédit: Lionel Diss

Comment t’es-tu retrouvé à travailler sur les forêts congolaises depuis Oslo?

En 1996, je me concentre sur mes études de droit, me spécialise en droit international public, et décide de participer au programme Erasmus en vue d’étudier droits de l’Homme et droit de l’environnement. En 2000, je poursuis en Norvège mon cursus de maîtrise et me prends de passion pour le droit et les droits humains des femmes. Je postule l’année suivante au master en théorie et pratique des droits de l’Homme au centre norvégien dédié à la matière. J’y passe une année d’études mémorable, et j’ai ensuite développé une proposition de doctorat au département de droit des femmes à l’Université d’Oslo avec pour thème les droits politiques des femmes en Afrique de l’Ouest et Centrale. Un processus extrêmement enrichissant qui m’aura permis d’engager de premiers contacts avec plusieurs dirigeants des pays de ces régions.

Le lendemain de la soutenance de ma proposition de doctorat, je rencontrai le directeur de l’ONG Rainforest Foundation Norway (RFN), Lars Løvold. RFN réfléchissait à développer ses appuis aux organisations de la société civile en Afrique Centrale. Je décidai alors de privilégier une entrée sur le marché du travail, pour une mission de seulement 4 mois. Celle-ci m’amènera à organiser un atelier à Kinshasa sur la protection des forêts tropicales avec différents partenaires et chercheurs de la République Démocratique du Congo (RDC) et du Cameroun. En janvier 2004, j’étais engagé en tant que coordonnateur de projets pour définir les contours de l’action de RFN en Afrique Centrale. C’était le début de mon aventure à RFN qui durera plus de 16 ans, en deux temps (2003-2016, 2019-2022).

Au retour d’une visite à une communauté autochtone en Province de l’Equateur, République Démocratique du Congo Crédit: Regnskogfondet

En quoi consistait ton travail sur les forêts d’Afrique Centrale pendant 16 ans? 

Dès 2003, il était évident que notre action devait se concentrer sur la RDC, où se trouve plus de la moitié du massif forestier d’Afrique Centrale, qui était menacée par une théorie selon laquelle l’exploitation industrielle du bois serait la seule activité qui pourrait assurer le développement du pays.

J’ai aidé à fixer le cadre d’action de RFN en RDC, aussi bien en matière de plaidoyer qu’au niveau communautaire dans les forêts du pays. Nous avons développé des partenariats à long terme avec des réseaux et organisations locaux. Nous avons fait échec à un projet de la Banque mondiale qui visait à dédier ¾ des forêts tropicales du pays à l’exploitation industrielle du bois. Nous avons appuyé de nombreuses communautés locales à cartographier et protéger leurs terres et forêts traditionnelles. Nous avons accompagné les peuples autochtones dans l’élaboration d’une loi visant à protéger et promouvoir leurs droits, entrée en vigueur en 2022. Nous avons informé les décisions d’acteurs nationaux et internationaux pour assurer en RDC une gestion durable des forêts qui assure la protection et la promotion des droits des communautés locales qui vivent dans ces forêts et en dépendent pour leur survie, leur développement.

Cette expérience à RFN aura été pleine de défis, passionnante. Elle m’aura permis de vivre des moments hors du commun, de rencontrer des personnes et des communautés extraordinaires, de travailler aux côtés d’individus et d’organisations dévoués, passionnés.

Rencontre entre le Prince Charles et des représentants de peuples autochtones de République Démocratique du Congo à la Conférence sur le climat de Glasgow (2021) – Crédit: DfID

Comment t’es-tu retrouvé à travailler sur le tourisme en Alsace, toujours basé en Norvège?

Dans ma vie professionnelle, j’ai toujours eu deux ambitions: travailler aux questions environnementales et des droits de l’Homme, ce que j’ai fait pendant 16 ans avec RFN. Mon autre ambition était de travailler à la promotion de ma région natale, l’Alsace.

L’occasion de m’atteler à ma seconde passion s’est présentée en 2016. L’idée de créer une agence de voyages durables s’est très vite imposée, comme une évidence. Un tel projet me permettait de lier tout ce que j’aime en Alsace, sa gastronomie, ses vins, ces femmes et ces hommes qui en font une terre de passions, de bon et bien vivre, son histoire, ses traditions, ses paysages. Le voyage était le cadre qui me permettrait de faire la promotion de toutes ces belles et bonnes choses de l’Alsace, de construire des ponts entre ma région natale et mon pays de coeur, la Norvège, tout en poursuivant mon engagement pour la préservation de l’environnement.  

Crédit: Mitt lille Frankrike

En quoi consiste ton activité actuelle? 

J’ai lancé Mitt lille Frankrike en 2018 à Mathallen à Oslo, l’occasion de mettre en avant de bons produits du terroir et de faire une belle dégustation de vins d’Alsace. Mitt lille Frankrike est un clin d’oeil au quartier pittoresque de la Petite France à Strasbourg, ses maisons à colombages et de très belles adresses gastronomiques et bistronomiques. Compte Instagram de Mitt lille Frankrike: www.instagram.com/mitt_lille_frankrike/

Mitt lille Frankrike propose des voyages sur mesure, des expériences authentiques et des moments de vie inoubliables. Un accent particulier est porté sur les expériences gustatives et les rencontres avec des personnes passionnées.

Mitt lille Frankrike est animée par une approche durable des voyages, notamment reflétée dans la sélection de ses partenaires en Alsace. 100% des vignerons partenaires sont en bio, biodynamie ou nature. Les lieux d’hébergement doivent faire montre d’un engagement concret à réduire leur empreinte carbone, leurs déchets, ou encore à recourir à des partenaires locaux. Les restaurants sélectionnés utilisent autant que possible des produits locaux, bio. Les chefs ont souvent leur potager sur place ou dans un champ du village, comme c’est le cas pour les deux étoiles vertes Michelin d’Alsace (ndlr: l’étoile verte évalue les initiatives éco-responsables mises en place par un établissement et qui sont susceptibles de traduire un engagement fort en faveur de la gastronomie durable).

Pourquoi avoir choisi de montrer l’Alsace aux Norvégiens alors qu’ils sont plus familiers avec par ex. la Côte d’Azur?

Je suis né et ai grandi en Alsace. Je connais très bien la région. En Norvège, en tant que nouvel acteur du tourisme, je me devais de débuter avec une destination que je maîtrise, mais aussi de proposer un produit et un concept qui représenteraient une valeur ajoutée sur le marché. L’Alsace a tant à offrir. Il y a tant de choses à y découvrir. Je dois avouer qu’amener des Norvégiens à voyager en Alsace, une région qui n’est pas forcément une évidence, voire connue du plus grand nombre, qui n’est peut-être pas aussi accessible que d’autres destinations, représente un défi très séduisant.

L’Alsace est un point de départ, j’ai des projets d’extension sur d’autres régions qui sont aussi méconnues des Norvégiens. Je ne me dirige pas vers la région autour de Nice, ou la Côte d’Azur, où les Norvégiens ont souvent des maisons de campagne. Mais plutôt vers le Sud-ouest que je connais bien. Il y a de belles découvertes au niveau gastronomique, historique, et des vins dans cette région.

Quels sont tes clients types?

Mitt lille Frankrike propose des voyages sur mesure. Chaque voyage est unique, développé en fonction des personnes que j’ai en face de moi. Autrement dit, les hôtes peuvent avoir des profils extrêmement variés. Ils ont en commun cette envie de vivre des moments d’exception, de vivre « det gode liv » (ndlr : la bonne vie), souvent des moments simples, conviviaux. Les personnes qui souhaitent voyager avec nous savent qu’elles auront accès à une haute qualité de services et à des expériences exceptionnelles.  

Les couples, les groupes d’amis, notamment les « jentetur » (ndlr: voyage entre copines), représentent une part importante de nos hôtes. L’approche durable de Mitt lille Frankrike attire également des hôtes qui souhaitent manger et boire des produits de qualité, rencontrer des gens travaillant à la protection de leur milieu, séjourner dans des lieux et découvrir l’Alsace en limitant au plus leur empreinte carbone.

Quel est ton endroit préféré en Norvège?

La réserve naturelle de Nordre-Øyeren qui s’étend sur les communes de Lillestrøm, Rælingen et Enebakk. Une région toute proche d’Oslo, pourtant méconnue. Là où la Glomma se déverse dans le lac d’Øyeren et forme le plus grand delta d’eau douce d’Europe du Nord. On peut y admirer de superbes paysages et y trouver de nombreux sites pour des promenades pédestres comme à Fetsund Lenser, Årnestangen ou Svanestien, des virées à vélo, de la baignade, du kayak, de la planche à voile, du kitesurf, et bien sûr du patin à glace.

Sur les sentiers de l’Østmarka à Rælingen – Crédit: Kévin Sasia

Laisser un commentaire