Portrait de Mathilde, militante engagée pour la cause LGBT+

Photo: Kathrin Helen Siurek

La Pride devrait battre son plein ce mois-ci, en fonction des différents calendriers de déconfinement des communes. LaNorvege.no et Clément Bindel ont décidé de vous partager le portrait de Mathilde qui milite, à travers son association Pasientorganisasjon til Kjønnsinkongruens (PKI) pour les droits des personnes présentant une incongruence de genre.

Clément : Quand et pourquoi es-tu venue en Norvège ?

Mathilde : Je suis arrivée à la Chute de Poule (NDLR : Hønefoss) en 2003 pour un échange Erasmus lors de mes études en sciences économiques. Du fait que je sois Normande (NDM* : le vraie, la grande, la Haute Normandie !; NDLR : Rouen), on me questionne souvent sur mon lien avec la Norvège. Mais comme Serge Karamazov, aucun lien.

J’ai tout de suite été accueillie avec bienveillance par les autres étudiantes, et même si j’étais la « Française » du groupe, j’ai senti ici pouvoir faire partie de quelque chose, être moi-même et citer Starmania autant que je le voulais. 

Un Erasmus et après ?

J’ai décidé de rester faire mon master cette fois-ci en norvégien, apprendre la langue et avoir un diplôme pour commencer la vie active. Après quelques années en tant que prof de français, mathématiques et musique, j’ai voulu trouver quelque chose plus en raccord avec mon master. Comme disait Balavoine, la vie ne m’apprend rien, je me retrouve à Oslo en 2012, malheureusement sans emploi, et déprimée.

Tous ces bouleversements ont fait que j’ai commencé une introspection sur le sens de ma vie, à découvrir mon Moi. J’ai commencé à fréquenter de plus en plus les milieux LGBT+, et j’ai enfin pris la décision de me dévoiler.

En 2013, tu as décidé de crier au monde que « tu n’étais pas celui que vous croyez, mais celle », comment s’est passé ce moment dans tes milieux, à la fois en France et en Norvège ?

En France, j’ai ressenti de la réluctance de la part de ma famille, mes amis, d’une part de leur conservatisme, d’autre part de l’ignorance de ces incongruences. Moi-même en France, je ne connaissais pas très bien ces milieux, seulement les clichés véhiculés par la culture. En Norvège, cela a été plutôt bien reçu, les gens ici sont beaucoup au courant, depuis leur jeune âge, avec des Pride dans la plupart des villes norvégiennes, et aussi une bienveillance qui leur est propre.

Nos lecteurs ne le savent pas encore, mais tu as changé pour la nationalité norvégienne avant que la double nationalité soit autorisée. Peux-tu nous expliquer ton choix ?

Tout a commencé en 2016, lorsque la Norvège a facilité le changement de genre sur son état civil. Ça reste quand même une certaine somme de papiers mais c’est relativement faisable. Cela faisait déjà plusieurs années que je m’étais affirmée en tant que femme transgenre, et je voulais que mon état civil puisse le refléter. Les démarches en France sont comme dans les 12 travaux d’Astérix, sauf qu’à la fin, il y a  un procès-verbal délivré par des juges qui établissent que je suis bien une femme. Un peu aliénant sachant toutes les difficultés par lesquelles la transidentité passe en amont.

Donc, globalement il était plus simple de simplement devenir Norvégienne avec mon nouveau genre que d’affronter la bureaucratie française.

Suite à la mise en place de la double nationalité, voudrais-tu redemander la française ?

Je pourrais, oui, mais je me heurterais aux mêmes obstacles qu’auparavant, et cela fait maintenant 18 ans que je vis ici en Norvège, je pense que mon futur se construit ici.

Néanmoins je reste assez chauvine, les meilleurs fromages sont normands, aucune comédie musicale ne vaut Starmania et il n’y a pas meilleur que la France pour la vente d’armes 😀 ! Je resterai toujours une Française, qu’importe le papier.

Tu as récemment repris des études d’infirmière, est-ce que cela a été facile ?

Le système norvégien est fait pour que chacun puisse s’accomplir, y compris se réorienter après plusieurs années. Je regrette peut-être ne pas être passé par une « folkehøgskole » comme le font beaucoup de Norvégiens après leur diplôme, prendre le temps de vraiment trouver ce que je voulais faire.

Mon diplôme je l’avais fait alors que je suivais ce carcan hétéronormatif, bon diplôme, travail, famille, etc. Avec mon master je pouvais faire de l’argent, mais maintenant je préfère ce métier ou je peux contribuer et avoir ce contact humain.

Ce sont ces mêmes principes qui t’ont aussi fait participer activement à la vie associative et politique ?

Oui, il y a quelques années, avec d’autres amis nous avons lancé une association, PKI, pour représenter les personnes avec des incongruences de genre (Trans, intersexe, non binaire,…). Nous ne nous sentions pas assez impliqués dans les changements de la société, par rapport aux causes gay, lesbiennes ou féministes, qui ont grandement évolué.

Logo de PKI

Nous avons ainsi pu faire porter notre voix au Stortinget (Parlement), concernant la législation sur les crimes et délits à caractère transphobe, qui jusque-là regroupait sous le même terme les violences faites à un gay, une lesbienne, une personne transgenre ou une personne non binaire.

Mathilde au parlement

Est-ce qu’une personne sans expérience politique peut porter un message jusqu’aux hauts étages de l’État ?

Oui, la démocratie norvégienne est très participative, et chacun peut venir exposer ses idées. Les Norvégiens sont éduqués depuis leur jeune âge aux questions politiques, il y a même lieu des élections au lycée pour les différents partis norvégiens. Du coup, il existe beaucoup d’associations pour promouvoir tel ou tel volet de la société, et chacun peut être amené un jour à venir parler au Stortinget. Cela se voit aussi par les nombreuses manifestations qui peuvent avoir lieu en fonction du climat politique.

Une Pride aura sûrement lieu en 2021, mais quelle est pour toi la meilleure Pride en Norvège ?

Toutes les prides sont géniales, que ce soit Trondheim, Bergen, Oslo. J’en ai fait beaucoup, mais pas toutes ! Il y en a tout au long de l’année, partout en Norvège.

Mais ma meilleure Pride a été à Oslo en 2017, super beau temps, les débuts de mon groupe de musique Pimpaporn, les discussions à la Pride House, les soirées au Pride Park. Mais Pride restera toujours le meilleur moment de l’année, qu’importe la ville, car ce seront toujours les jours où je peux m’extravertir, 10 jours juste à moi.

Est-ce que tu joues encore de la musique?

J’ai toujours joué de la musique depuis ma jeunesse et j’aime apprendre à jouer d’un instrument. Pour Pimpaporn, j’ai appris le melodica, le son était marrant pour certains solos. Malheureusement l’aventure s’est arrêtée pour ce groupe-là, mais j’ai continué à jouer dans des groupes d’amis et maintenant j’ai créé ma propre ego musicale, Cvntess. J’ai même écrit une chanson pour participer à Melodi Grand Prix (concours pour représenter la Norvège à l’Eurovision). Si Tix le peut, pourquoi pas moi?

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège ?

S’il me restait seulement quelques jours à passer sur cette terre, je me retrouverai à Verdens Ende (Music de Pirates des Caraïbes), vers Tjøme. C’est un petit bout du Fjord d’Oslo qui est juste charmant comme tout et à chaque fois que je suis allé là, et j’y suis allé plein de fois, ça me rappelle la Bretagne et j’adore la Bretagne :).

Vippefyret à Verdens Ende. Par Sidsel Tveitan. CC BY SA 3.0

Kenavo !

© Mathilde Fossheim

*NDM : Note de Mathilde

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