Le Ministre réexamine la décision de fermeture de l’Institut français de Norvège qui pourrait rester ouvert.

Publié le 29 novembre 2019

Cela vient d’être confirmé ce matin par dans la séance publique du Projet de loi de finances pour 2020: le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères Mr Le Drian a dit: « Les informations que j’ai eues depuis concernant Oslo m’amènent à revenir sur la décision (…) que je vais réexaminer plutôt dans le sens favorable » (12″22 dans la séance publique). Il se réfère à la proposition de son Ministère de fermer l’Institut français de Norvège dès Juin 2020, dans le Projet de Loi des Finances de 2020.

La Sénatrice Hélène Conway-Mouret, élue sénatrice pour les Français de l’étranger depuis 2011, a tweeté cette nouvelle en sortant de la séance publique dans laquelle elle s’est exprimée longuement, entre autres sur ce sujet. Cette nouvelle a été relayée sur le blog du conseiller consulaire Mr Stéphane Mukkaden et nous attendons des annonces publiques d’autres conseillers consulaires et politiciens dans la journée.

Rappelons qu’à la suite de la publication d’un article exclusif sur notre site LaNorvege.no le 20 novembre les choses se sont accélérées, portées par l’impulsion des débats au Sénat et de la mobilisation locale sur le sujet. Une pétition a été créée le jour de la publication de l’article, avec à ce jour 2140 signatures. Cette mobilisation a été apportée à l’attention du Ministre par la Sénatrice.

Ne crions tout de même pas victoire trop tôt car la décision n’a pas encore été officiellement prise et nous devons donc attendre au plus tard que le Projet de loi des Finances de 2020 soit approuvé pour être absolument sûr des subventions allouées à l’Institut, le nombre de réduction de poste s’il y a lieu, la vente éventuelle du bâtiment de Holtegata qui était un sujet parallèle à cette fermeture etc.

Rappelons que les raisons principales avancées pour justifier de cette fermeture étaient une demande de réduction de la masse salariale au sein du Ministère. L’Institut ayant 35 employés en contrat local et 6 en contrat expatrié rattaché au Quai d’Orsay, la fermeture permettait une certaine économie de postes. La raison avancée par le Ministre pour revenir sur sa décision est une nouvelle information sur l’existence de recettes propres au sein de l’Institut francais de Norvège, qui lui permettrait ainsi de garder son statut d’établissement à autonomie financière.

Les sources que nous avons pu consulter nous montrent qu’une forme d’action collective a pu contribuer à ce changement de cap de Mr Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, comme le montrent les débats à la Commission des affaires étrangères du 13 novembre 2019.

Note aux lecteurs: Nous avons, au cours des dernières semaines et de manière plus intensifiée ces derniers jours, contacté de nombreux élus de la majorité pour obtenir des entretiens et compte rendus d’actions sur ce dossier, mais nos demandes multiples sont pour l’instant restées lettre morte. Nous espérons donc pouvoir obtenir des interviews d’élus de tous bords tels que le député Alexandre Holroyd ainsi qu’avec Mr Duhamel l’Ambassadeur de France en Norvège et la Directrice de l’Institut français de Norvège très prochainement, en espérant aussi que ces deux institutions publient des mises à jour régulières sur leurs sites respectifs.

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EXCLU: La fermeture de l’Institut français de Norvège prévue pour Juin 2020.

Par Lorelou Desjardins. Publié le 20 novembre. Mis à jour le 24 novembre 2019.

C’est officiel, le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français a décidé de fermer l’Institut français de Norvège. C’est ce que qui a été proposé lors du projet de Loi des Finances de 2020, tel qu’exprimé clairement dans cet avis de l’Assemblée nationale

Pourquoi cette fermeture?

Quelle raison peut bien pousser le gouvernement français à vouloir arrêter une coopération linguistique, culturelle et scientifique avec la Norvège qui dure depuis près de 60 ans? L’Institut français de Norvège existe en effet depuis 1963, alors appelé le Centre culturel francais pour changer de nom en 2011. Installé à Holtegata à Oslo, il a aussi une branche régionale à Stavanger. Il offre des cours de français à environ 1000 inscrits par année, et une programmation culturelle très riche et unique aux Français de Norvège et aux Norvégiens francophones et francophiles.

Selon l’avis de l’Assemblée nationale datée d’octobre 2019, la fermeture est « motivé(e) par l’incapacité des établissements à générer des ressources propres, ou par le montant insuffisant des recettes au regard de dépenses de fonctionnement jugées trop importantes ». 

« S’il est vrai que l’Institut français de Norvège a connu des difficultés financières il y a quelques années, il est maintenant bénéficiaire grâce notamment à un assainissement de ses finances survenu dans les dernières années » nous explique Mr Stéphane Mukkaden, Conseiller consulaire des Français de Norvège et d’Islande depuis 2014. Il ajoute « Cette décision est d’autant plus incompréhensible qu’elle est en complète contradiction avec l’ambitieuse stratégie pour la francophonie présentée récemment par le président Macron et destinée à redonner à la langue française sa place et son rôle dans le monde”.

La décision de fermer l’Institut français de Norvège semble en fait avoir été prise sur la base d’une demande du gouvernement pour chaque Ministère de « rendre des postes », c’est-à-dire de réduire la masse salariale et faire des économies, comme exprimé dans le projet de Loi des Finances de 2020 relayé ici. Dans le cas de l’Institut français de Norvège, sur un total de 41 employés seuls 7 le sont en contrat d’expatrié, reliés directement au Ministère. Tous les autres employés ne peuvent donc pas être assurés une sauvegarde de leur poste. Aucun de ces postes sauvegardés ne concerne le pôle linguistique de l’Institut. 

La fermeture de l’Institut, malgré la sauvegarde de quelques postes, et l’abandon du pôle linguistique, sont en contradiction avec les ambitions du gouvernement pour la francophonie, telles qu’énoncées dans le discours du Président Macron en mars 2018 à l’Institut de France où il est mention de « renforcer la place de la langue française dans les pays où elle est apprise comme langue étrangère ». Son propre Projet de loi des Finances de 2019 y mentionnait aussi la synergie culture-langue comme une priorité; avec douze actions y compris « donner un nouvel élan à la diplomatie culturelle, grâce au maintien de ses moyens, à un renforcement du rôle de l’Institut français et à la poursuite de l’expansion du réseau des alliances françaises (10 ouvertures par an) « .

Impacts pour la coopération franco-norvégienne

Nous sommes en mesure de nous demander comment cette fermeture affectera les relations bilatérales franco-norvégiennes. En effet selon le site du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, les relations bilatérales entre la France et la Norvège sont très fortes à de nombreux plans: au plan politique, avec des visites et relations entre chefs d’Etat et ministres, au niveau économique et au niveau culturel. 

Nous avons joint la Sénatrice Hélène Conway-Mouret par téléphone après la publication de son compte rendu de visite à Oslo où elle fait part de sa surprise en apprenant la nouvelle et de ses actions pour tenter de retourner la décision du gouvernement. « La fermeture de l’Institut français de Norvège, décidée cette année, est incompréhensible. Elle est contraire aux besoins et attentes locales et risque de tendre durablement les relations avec les autorités, car elle survient moins d’un an après la signature d’un nouvel accord cadre entre la Norvège et la France » nous confirme la Sénatrice Conway-Mouret. 

En effet le 24 septembre 2018, un nouvel accord cadre entre la Norvège et la France relatif à la coopération dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de l’innovation, de l’industrie et de la culture était signé. Le site de l’Ambassade royale de Norvège en France cite que cet accord « s’inscrit en droite ligne de la politique du Gouvernement norvégien qui souhaite intensifier la mobilité dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, et qui souhaite que la Norvège soit ainsi mieux placée dans les programmes de l’UE ». 

Mme la Sénatrice a donc envoyé un courrier à Mr Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des affaires étrangères, le 10 septembre 2019, pour lui faire part de ses inquiétudes, et a aussi envoyé une question au Sénat, qui est maintenant obligé de lui répondre par écrit sur la question de la fermeture de l’Institut. 

Cette fermeture serait aussi un coup dur de plus pour la communauté francophone et francophile de Stavanger avec la fermeture de l’école française à la fin de l’année scolaire 2018-2019 dû au retrait de Total. Avec la perte de l’Institut français c’est l’antenne culturelle et linguistique qui disparaît après l’antenne éducative. 

Selon l’avis de l’Assemblée nationale, cette décision ne sera actée que le 31 décembre 2019. Il semble donc encore y avoir un espoir de faire revenir le gouvernement sur sa décision. Rappelons qu’en 2013, une mobilisation massive de la population locale et française avait permis un retournement de situation sur la fermeture de l’Institut français de Berlin.

Une pétition adressée au Premier Ministre Edouard Philippe a été créée et peut être signée ici. Pour ceux qui veulent suivre les débats les plus récents à la Commission des affaires étrangères (13 novembre), voir la vidéo ici.

Nouveau développement à l’institut

Mise à jour: Le lendemain de la publication de cet article, le 22 novembre, le site de l’Institut annonçait qu’une nouvelle structure de droit local privée, c’est-à-dire une école de langue, reprendra l’activité de production de cours de français dès mars 2020. Cette structure sera gérée par deux anciens employés de l’Institut ainsi que deux personnes du groupe Les Mousquetaires. Cette entreprise devrait voir le jour même si l’Institut français est sauvé et ne ferme pas ses portes. Elle ne pourra par contre pas employer l’ensemble des 35 employés, dont des professeurs, qui perdront leur poste en contrat local. En espérant que cette structure réussisse à assurer tous les cours de l’Institut, elle n’a a priori pas vocation à remplacer toutes les activités de l’Institut, à savoir la coopération scientifique et l’offre culturelle qui restent l’apanage des Instituts français. Dans le cas de la Norvège, « les réductions d’effectifs réduiront de facto la capacité à produire une offre aussi conséquente que par le passé » explique Mr Mukkaden.

Nous souhaitons bonne chance à cette initiative, pour la promotion du français en Norvège!