Circuit court, de saison, en vrac, bio : comment manger plus responsable en Norvège ?

Pour votre santé, par souci pour l’environnement et/ou pour soutenir la production locale, vous avez peut-être cherché à manger « autrement », c’est-à-dire en dehors du circuit traditionnel des grandes surfaces. Après tout, l’offre bio et en vrac a explosé en France ces dernières années, alors qu’en Norvège elle peine encore à décoller.

Les grandes surfaces norvégiennes ont bien un choix (limité) de produits bios, mais ils sont souvent emballés individuellement sous plastique et ont souvent fait le tour du monde avant d’arriver dans nos étalages.

De nombreuses questions peuvent se poser avant l’achat :

  • Est-ce mieux d’acheter en vrac ? Même quand les aliments ont été produits dans des conditions désastreuses et ont fait le tour du monde.
  • Faut-il acheter local (notamment ceux avec le label NytNorge) ? Même s’ils ne sont pas de saison et ont passé des mois dans des réfrigérateurs. 
  • Est-ce que ces fruits bios venant de l’autre bout de l’Europe valent vraiment le coup par rapport au même fruit venant de Hardanger ?
  • Etc.

La réponse à ces questions est laissée au lecteur en exercice 😊. À la place, nous vous proposons une liste de moyens de consommer « autrement ». Sans trop de surprises, il y a beaucoup plus de choix dans la capitale à Oslo. N’hésitez donc pas à nous faire savoir en commentaire si nous en avons oublié.

Dans toute la Norvège

REKO

REKO signifie REttferdig KOnsum (« consommation équitable ») et est sans aucun doute votre meilleur allié. En bref, il s’agit d’un système de précommande de produits directement à des petits producteurs locaux, basé sur des groupes Facebook.

En pratique :

  1. Vous rejoignez un groupe Facebook à côté de chez vous (il y en existe plus d’une centaine en Norvège !).
  2. Avant chaque livraison, les producteurs postent ce qu’ils ont à vendre. Les administrateurs garantissent que ce sont des petits producteurs. À vous de lire les descriptions si vous souhaitez des légumes bios par exemple.
  3. Vous passez commande en laissant un commentaire Facebook ou en contactant directement le producteur.
  4. Vous allez chercher votre commande le jour de la livraison.

Si une bonne partie des producteurs proposent des légumes et des oeufs, on peut aussi y trouver de la viande, des poissons, des fruits, des plats déjà préparés, du miel, etc. L’organisation et le système de commande via des groupes Facebook est légèrement chaotique, surtout dans ceux ayant des milliers de membres et plusieurs dizaines de producteurs.

Les marchés fermiers (« Bondens Marked »)

Sur Bondensmarked.no vous trouverez la liste des marchés fermiers ayant lieu en Norvège (sous une « marque » lancée en 2003). S’ils permettent de pouvoir acheter des légumes et de la viande directement aux producteurs, il y a un petit risque de déception ! Ces marchés n’ont rien à voir avec les marchés de maraîchers que l’on trouve en France. Les vendeurs de viande, de lefser ou de hamburgers de rennes sont souvent bien plus présents que les vendeurs de légumes.

Les magasins « santé »

On trouve dans toute la Norvège des magasins dits « de santé » qui vendent de nombreux produits bios que ce soit entre autres des produits alimentaires, cosmétiques ou d’entretien de la maison. Les enseignes les plus connues sont notamment Life, Sunkost (seulement sur Oslo et alentour) et Kinsarvik Naturkost.

À noter qu’il existe aussi des « Life Foodstore », plus grands, qui vendent au détail des légumes frais bios, des épices, etc.

Les épiceries de quartier

Les épiceries de quartier (magasins avec aussi beaucoup d’alimentation internationale) ont souvent des légumes moins chers qu’en grande surface, avec un choix plus varié, mais qui ne sont quasiment jamais bios ni locaux. Par contre ils ont aussi souvent des olives et des fruits à coque en vrac.

Dyrket.no

Longtemps réservé à Oslo et ses environs, Dyrket.no est un magasin en ligne qui peut aussi livrer à Trondheim, Bergen, Stavanger et Kristiansand depuis août 2020 ! Tous les produits vendus sont bio / équitables et l’offre de ne se limite pas à l’alimentaire. 

Attention, depuis quelques mois ils ne vendent certains produits qu’en grosse quantité (par exemple des paquets de 25 kg de farine ou du kimchi par « unité » de 12 pots, etc.). Cela peut valoir le coup de commander avec des amis pour partager ensuite.

Selvplukk.com

Le site web Selvplukk.com liste un grand nombre de fermes dans tout le pays (bien que principalement aux alentours d’Oslo) où il est possible d’aller y ramasser soi-même les fruits et légumes. Certaines d’entre elles ont aussi une boutique sur place où il est possible d’y acheter leurs légumes. À noter que toutes ne produisent pas du bio.

Andelslandbruk.no

Sur le site Andelslandbruk.no, et particulièrement sur leur carte, il est possible de trouver des fermes qui pratiquent le « Andelslandbruk ». C’est-à-dire des fermes où il est possible de participer à la production avec comme avantage de pouvoir y acheter les légumes à prix réduit (voire gratuitement selon les conditions de chaque ferme).

Une autre bonne ressource pour trouver une ferme près de chez vous qui participe au « andelslandbruk » ou qui vend directement est cette carte des petits marchés (« markedshage ») de 2019. À défaut d’être 100% à jour, elle pourra vous guider dans votre recherche de fermes à proximité de chez vous.

Økoland.no

Okoland.no est probablement le plus gros site web marchand de produits bios en Norvège (à la fois nourriture, produits d’entretien, etc.) et la livraison est possible partout dans le pays. Cette enseigne correspond à la partie grand public de Norganic, un important importateur et détaillant de produits bios qui se retrouvedans d’autres boutiques.

Frittogvilt.com

Le site Frittogvilt.com livre de la viande locale dont les animaux ont été élevés en plein air dans de nombreuses villes de Norvège.

Matfra.no

Ce site web a une sélection (limitée) de fermes dans tout le pays vous permettant de voir leurs produits et de commander en ligne. Par contre, à vous de récupérer directement votre commande chez eux (le temps de transport est indiqué pour chaque producteur).

Via votre propre jardin !

Et oui, pourquoi pas s’y lancer grâce à notre article Des envies de jardinage en Norvège ? Suivez le guide !

Oslo et alentour

La ferme du roi (Bygdø Kongsgård)

Cette boutique est dans notre liste plutôt pour le fun, vu qu’il n’est pas toujours possible de pouvoir acheter des produits (elle n’est ouverte que lors d’événements spéciaux, ou quand le café est ouvert et qu’il y a des produits disponibles). Mais ils produisent des fruits, des produits laitiers et de la viande bio directement depuis Bygdøy ! Difficile de faire plus local.

Oslo Kooperativ

Probablement la meilleure option pour avoir des légumes à la fois bios, de saison, sans plastique et en circuit court ! Le principe de cette coopérative est le suivant :

  • Vous devenez membre à l’année (calendaire).
  • Vous commandez votre panier de légumes au moins deux semaines avant chaque livraison (le contenu n’est pas connu à l’avance).
  • Vous venez chercher vos achats le jeudi de la livraison (il y en a toutes les deux semaines en général).

À noter que :

  • Plusieurs fois dans l’année il est possible d’acheter de la farine, du miel, des œufs, des produits laitiers et de la viande.
  • Vous n’êtes pas obligé de commander à chaque fois !
  • En tant que membre, on vous demande d’être disponible pour aider à la distribution (pour peser les légumes et les donner à ceux qui viennent les chercher) au moins 2 fois dans l’année.

Fersk fisk og skaldyr fra fiskebåtene på Rådhusbrygga i Oslo

Vous voulez du poisson frais et en circuit court ? Rien de mieux que d’acheter directement sur un bateau qui revient de la pêche. Il faut suivre le groupe Facebook pour savoir quand les bateaux seront ancrés à la marina en face de l’hôtel de ville, et qu’est-ce qu’ils ont à vendre.

Dagensmat.no

Comme Dyrket.no, Dagensmat.no est un nouvel entrant sur le marché. La livraison n’était réservée qu’aux entreprises avant la crise du coronavirus, mais maintenant tout le monde peut passer commande. On y trouve énormément de produits (bios), que ce soit des légumes, de la viande ou du poisson.

Les épiceries fines

Toutes les boutiques qui suivent sont un peu difficiles à classer. Certaines vendent uniquement des produits bios, mais principalement venus de l’étranger. D’autres proposent principalement de la vente en vrac. Et surtout, certaines ne vendent des produits que sur une partie limitée de l’espace, le reste étant consacré à un café ou restaurant.

Mølleren Sylvia

Boutique avec un large choix de légumes exclusivement bios, et locaux autant que possible, y compris en hiver. Ils ont aussi des graines, légumineuses, épices et autres, en vrac. Leurs haricots secs proviennent de Suède et leur quinoa de Norvège !

Lokal

Nouveau venu (fin août 2020), cette boutique située à Skøyen se focalise sur les produits locaux et bios. Ils comptent ouvrir de nombreuses boutiques dans les années à venir. Ils font aussi café/restaurant et proposent des horaires d’ouverture larges, une bonne flexibilité pour les consommateurs.

Røtter

Avec 3 boutiques à Oslo et une à Nesodden, Røtter est une importante chaîne de magasins vendant des produits alimentaires et cosmétiques bios.

Ekte vare

C’est une autre boutique connue sur Oslo se focalisant sur les légumes bios et la vente en vrac.

Økohjertet

Ce magasin à Vika à Oslo vend des fruits et légumes bios, ainsi que des baies, de la viande et des produits laitiers. Il propose aussi du « en vrac ».

Landhandleriet

Petit restaurant et épicerie fine dans une vieille maison jaune sur Makrellbekken. Vous y trouverez des produits d’épicerie bio, des légumes frais et des produits secs, ainsi que des gâteaux faits maison.

Nøtteblanderen

Fruits à coque en vrac, mais pas forcément bios. De façon générale, et donc pas particulière à ce magasin, certaines noix ont un bilan écologique discutable (la consommation d’eau pour les amandes notamment) ou un bilan humain discutable (la récolte des noix de cajou).

Skafferiet

Une épicerie fine avec de la viande, des œufs et des légumes bio locaux.

Gutta på Haugen

Une chaîne d’épicerie fine avec de la viande, des œufs et des légumes bio locaux.

Smelters Mathus

Autre boutique avec des produits bios, à Bærums Verk cette fois-ci (un peu en dehors d’Oslo).

Bergen

Reindyrka

Première épicerie entièrement dédiée bio à Bergen.

Råvarene

LE magasin « zéro déchet » sur Bergen, ils ont beaucoup de produits du quotidien (pas forcément alimentaires).

Nøstetorget

Depuis 2016/2017 la vente directe de poissons depuis les bateaux à quai est possible, mais difficile de trouver comment en être tenu au courant. Si quelqu’un de Bergen pouvait nous l’indiquer, ce serait super :).

Halden

Halden Kooperativ

Petite sœur de la coopérative d’Oslo, en devenant membre (cotisation à l’année) il est possible d’acheter des paniers de légumes locaux de saison chaque mois !

Stavanger

Økologiske Dagligvarer

Peut-être la seule boutique sur Stavanger se focalisant sur des produits bios ? Sinon il faudra se pencher sur les fermes aux alentours, avec entre autres Nordland Gård à Sandnes.

Trondheim

Etikken

Un magasin « à but non lucratif »’ avec des produits biologiques et équitables, de la nourriture, des boissons, des articles ménagers naturels, des produits de soins corporels, etc. Ils ont aussi une boutique en ligne.

Lokalmatportalen.no

Un peu comme Matfra.no, mais pour chaque produit il faut voir s’il est possible de se faire livrer par le producteur ou aller le chercher ! Et à priori tous les producteurs sont de Trondheim et sa région.

Trondheim Kooperativ

Dans la même veine que Oslo Kooperativ et Halden Kooperativ, il est possible de devenir membre à l’année pour ensuite pouvoir acheter des paniers de légumes garantis bios, locaux et de saisons.

Tromsø

Eide handel

LA boutique pour acheter des produits locaux à Tromsø.

Lefsekjerringa

On sort un peu des les légumes et de la viande mais si vous aimez les lefser, vous devez connaître ce producteur locale du Nord-Norge !

Tønsberg

Bare vare

Premier magasin « en vrac » à Trønsberg, Anne-Sophie y a consacré un article sur un blog site : Bare Vare : boutique de vente en vrac à Tønsberg.

Remerciements

Merci à Axel, Gabrielle et Nicolas pour la relecture de cet article, ainsi qu’à Marion, Ludivine et Stéphanie pour les informations sur les villes autres qu’Oslo !

Portrait de Mylène, de chirurgien-dentiste à gérante d’un café à Fredrikstad

Mylène est bien connue parmi les Français dans le Østfold. Le café dont elle est la gérante à Fredrikstad, Café Cicignon, est non seulement un des cafés les plus « koselig » de la ville, mais c’est aussi un lieu de rencontre parmi les Français de la région.

Pourtant, rien ne la prédestinait à faire ce travail : avant de s’installer en Norvège, Mylène était chirurgien-dentiste à l’international ! Aperçu de ce parcours atypique dans cet entretien.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu venue en Norvège ?

Mylène : La première fois que je suis venue en Norvège, c’était il y a un peu plus d’une trentaine d’années. J’avais 19 ans et je rêvais de voir le soleil de minuit. J’ai donc fait un travail d’été pour financer mon premier voyage jusqu’au Lofoten, où je suis venue avec une copine.

20 ans plus tard, j’ai retrouvé mon carnet de voyage dans une malle. Quand je l’ai relu, je me suis aperçu que le premier endroit où j’ai posé le pied en Norvège, et où j’ai passé ma première nuit au camping, était Fredrikstad ! Il se trouve que 20 ans plus tard, j’allais avoir mon fils dans cette même ville, improbable !

Thomas : Que faisais-tu avant de t’installer en Norvège ?

J’ai d’abord été dentiste pour The American Medical Center (AMC). Au début dans la clinique à Moscou, puis à celle de Prague pour y ouvrir leur poste de chirurgie dentaire.

Après quelques années, j’ai déménagé à Paris pour y ouvrir mon propre cabinet dentaire aux Batignolles avec ma meilleure amie. J’y ai rencontré, à la Comédie Française, le frère d’un de mes amis, un Français qui est devenu mon compagnon (mais dont je suis désormais séparée) et qui vivait déjà à Fredrikstad depuis longtemps. Nous avons commencé une relation à distance pendant 4,5 ans entre Paris et Fredrikstad.

Il faut savoir que je suis passionnée par l’Europe de l’Est, ayant des racines familiales polonaise et ukrainienne, en plus de française. J’ai appris le russe en première langue étrangère et aie eu un coup de foudre pour la culture russe, la littérature, l’opéra, la danse.

De plus, Paris étant mon second amour après la Russie, il m’était impensable de venir habiter à Fredrikstad. Finalement, à un moment, j’ai voulu être maman … et j’étais enceinte lorsque j’ai déménagé. C’est alors que Fredrikstad est devenu ma nouvelle vie ! Déménager en Norvège a donc été un très gros changement de carrière, et de vie !

Tu n’as donc jamais été dentiste en Norvège ?

Non, je ne l’ai jamais été. Je suis arrivée déjà enceinte et comme le père de mon enfant voyageait tout le temps, mon bébé est devenu ma priorité. N’ayant pas de famille à Fredrikstad, j’ai décidé de me consacrer à mon fils et l’ai élevé à temps plein pendant 3 ans.

Étant donnée la différence de culture, n’a-t-il pas été difficile de te retrouver dans une ville où tu ne connaissais personne, avec un nouveau-né ?

Je me suis pris des vents avec des Norvégiennes de temps en temps, c’est sûr. Si un Norvégien s’installe dans mon village natal (une petite merveille du sud-ouest qui s’appelle Lauzun), les habitants vont tous venir lui poser des questions (« Est-ce vrai que vous mangez tout le temps du saumon ? », etc.), ils vont être curieux. Mais ici, les gens n’ont pas cette curiosité.

Ce qui est bien à Fredrikstad cependant, c’est qu’il y a beaucoup de couples mixtes, surtout à l’époque de mon arrivée, et donc d’autres étrangers qui sont venus par amour. Cela m’a permis d’avoir des amies australienne, russe, africaine, etc.

Avec les Norvégiens, cela m’a pris plus de temps. Mais à partir du moment où une personne connaît quelqu’un qui me connaît, c’est plus facile, car les gens me situent. Maintenant je suis très gâtée et j’ai des relations avec des Norvégiens formidables.

Est-ce qu’avoir un enfant a aidé à l’intégration ?

Oui, avoir un bébé a également aidé pour me faire des relations avec les Norvégiens, car il y a de nombreuses activités sociales autour des enfants. Le mois de décembre est notamment épuisant du fait de ces activités ! L’enfant est ici au cœur de la société, pour le meilleur. Mon fils ne se voit pas déménager en France.

Étant donné ta carrière professionnelle de dentiste, comment t’es-tu lancé en cuisine ?

Je suis restée à la maison jusqu’à ce que mon fils ait 3 ans. Quand mon fils a commencé à aller au jardin d’enfants, j’aurais pu valoriser ma carrière internationale de dentiste, mais j’ai décidé à la place d’essayer de vivre de ma passion (qui devenait presque obsessionnelle) pour la pâtisserie. Je fais partie des personnes qui pensent qu’il vaut mieux mourir avec des remords que des regrets. J’avais 42 ans et j’ai préféré essayer avec le risque de me planter plutôt que de ne pas essayer.

Pour nous qui sommes, au départ, des amateurs, l’accès au domaine semi-professionnel en pâtisserie s’est ouvert grâce aux boutiques, émissions de télévision ou blogs. Ce monde qui était réservé aux professionnels compte maintenant des personnes qui sont en quelque sorte des intermédiaires, c’est-à-dire des gens qui ne sont pas du tout du métier, mais qui ont osé s’y mettre.

Je me suis éduquée toute seule, notamment grâce à Pierre Hermé. J’ai une centaine de livres de pâtisserie chez moi, mais ce que j’aime beaucoup chez lui particulièrement c’est qu’il a une démarche scientifique et qu’il donne toutes les étapes, explications et astuces à savoir pour s’améliorer.

Comment es-tu devenue gérante de Café Cicignon ?

L’image que j’avais des cafés à Fredrikstad était celle d’endroits peu accueillants où l’on trouvait tout le temps les mêmes gâteaux industriels. Le Café Cicignon a été ouvert un jour par une dame norvégienne et je suis tombée amoureuse du local. Quand j’ai vu qu’elle faisait la pâtisserie elle-même, je suis allée la voir et lui ai dit (avec mon norvégien approximatif) que ce qu’elle faisait était formidable. C’est alors qu’elle me demande « Es-tu Mylène ? ».

Il se trouve que les gens qui venaient manger chez moi trouvaient que je cuisinais bien, et me passaient des commandes de gâteaux et de chocolats. Je n’en faisais pas énormément, mais une amie de cette dame m’avait déjà passé commande et lui avait parlé de moi. Elle m’a donc proposé de la rejoindre comme employée.

Six mois plus tard, elle était malheureusement en difficulté et a mis en vente le café. Elle m’a supplié de l’acheter, mais je n’y songeais pas vraiment. Une semaine plus tard, elle tombe d’une échelle et se retrouve aux urgences. Je me suis donc retrouvée à gérer en urgence le café avec une autre jeune fille. Après 2-3 mois, le café n’était toujours pas vendu, et l’idée a commencé à germer en moi. Puis un jour, une personne très intéressée pour reprendre le café est venu et c’est alors que je me suis sentie « agressée » et que j’ai décidé de le racheter. C’était il y a 8 ans.

Gérer un café est une activité prenante, aucun regret ?

J’ai adoré travailler au café à temps plein, mais il y a un peu plus de 2 ans, j’ai ressenti un besoin intellectuel et j’ai eu besoin de faire quelque chose d’autre. J’avais donc décidé de mettre en vente le café pour passer à autre chose, sans savoir quoi. C’est alors qu’au même moment, l’école internationale de Fredrikstad m’a offert un emploi de professeur en « Mat & Helse », en anglais. J’enseigne maintenant des modules tels que « la nourriture et la santé » (que je combine avec des principes de chimie et molécules), « la nourriture et l’agriculture » (incluant les conséquences de l’agriculture intensive ou de la production d’huile de palme) et « la nourriture et la culture » (par exemple l’histoire du chocolat ou Marco Polo).

J’ai aussi vendu la moitié des parts du café à une amie. J’y travaille maintenant seulement 3 fois par semaine et lors des évènements (soirées privées, concerts, anniversaires, etc.). Et je travaille petit à petit sur un livre de cuisine, mais sa sortie n’est pas pour tout de suite !

Comment la situation du COVID-19 a-t-elle affecté le café ?

Nous avons été fermés 7 semaines et j’ai vraiment cru que ça allait tuer le café, j’imaginais déjà les premières de couvertures avec ce titre. Au début, nous avons essayé de rester ouverts, mais nous nous sommes fait attaquer sur les réseaux sociaux par une personne qui considérait que certains restaurants et cafés ne faisaient pas leur part du « dugnad », et appelant à notre boycott. Il valait mieux être au chômage technique (permittert) que d’être ouvert et de ne pas avoir de client donc nous avons fermé.

Comme nous sommes une petite structure, nous avons reçu très peu d’aide de l’État. Donc 7 semaines avec quasiment aucunes aides et aucun revenu, ça a été très dur. Pour notre réouverture le 1er mai, un journaliste de NRK est venu une demi-heure avant l’ouverture du café (il n’était jamais venu au café, mais trouvait que notre page Facebook était sympa, avec des photos différentes par rapport aux autres cafés), et nous avons fait une interview en direct à la télévision (début à la 53e minute) ! Ça tombait très bien, car j’avais fait beaucoup de gâteaux pour la réouverture du café.

Suite à cette interview, beaucoup de gens sont venus, et le mois de mai 2020 aura été notre meilleur mois. Nous avons aussi eu beaucoup plus de tips que d’habitude et des petits mots de soutien. J’ai même un voisin qui est venu repeindre la porte bénévolement. 

Y a-t-il eu d’autres évènements particuliers qui ont marqué la vie du café ?

Le lendemain des attaques du Bataclan, j’ai trouvé 3 bouquets qui pendaient à la porte. Même si les Norvégiens n’expriment pas beaucoup leurs émotions, j’ai dû créer un petit autel devant la boutique pour qu’ils puissent avoir un endroit où adresser leur compassion.

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège ?

Je pourrais te citer plein d’endroits que j’aime en Norvège, mais mon endroit préféré est Hardangerfjord. J’y ai passé une semaine l’année dernière avec mon fils pendant les vacances. Nous avons logé dans une petite maison en rondins au bord de l’eau, et ces images de vergers au bord du fjord sont justes merveilleuses.

Verger à Hardangerfjord, photo par rheins

Le droit du travail norvégien. Qui consulter en cas de problème ?

Le droit du travail norvégien, personne ne s’y intéresse jusqu’à ce que certains soucis surviennent. Cet article n’a pas l’ambition de répondre à des cas particuliers mais d’informer sur les bases du droit du travail norvégien qui a ses propres règles et ses instances à contacter en cas de problème. 

  1. Quelques différences importantes avec la France (liste non-exhaustive): 
  • En Norvège il n’y a pas d’âge minimum pour travailler, c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a des enfants en Norvège du nord qui coupent les langues de cabillaud tous les hivers et se font un petit pactole. 
  • Il n’y a pas non plus de salaire minimum en Norvège, car celui-ci est dicté non pas par le Code du travail (Arbeidsmiljøloven) mais par les conventions collectives (Tariffavtale), avec un salaire minimum par branche. Voir ici pour le salaire minimum par branche. Le souci c’est quand une entreprise n’a pas adhéré à une convention collective, alors elle est uniquement tenue de respecter le Code du travail. 
  • Les Prud’Hommes n’existent pas sous la même forme en Norvège. Les institutions de l’État (comme par exemple l’Inspection du travail – Arbeidstilsynet) restent en général neutres et ne peuvent pas prendre parti mais elles peuvent faire des enquêtes (voir plus bas).
  • Les syndicats ont une toute autre place dans le milieu du travail en Norvège. En France 17% des employés sont syndiqués tandis qu’en Norvège on est à environ 50%. C’est donc beaucoup plus élevé, mais vous aurez remarqué que les Norvégiens font rarement grève. Peut-être un signe que leur voix est entendue et les conditions de travail négociées et n’arrivent que très rarement au conflit ouvert. 
  • Les améliorations de conditions de travail, augmentations salariales etc. sont négociées entre l’État, les syndicats d’employés et les syndicats de patrons. Ces négociations dites centrales se font annuellement et ont des répercussions sur les négociations locales opérées dans chaque branche, et même chaque entreprise.
  1. Les règles qui régissent vos droits et devoirs au travail
  • Le Code du travail – Arbeidsmiljøloven

La loi du travail norvégienne existe en anglais (!), il est possible de la consulter sur lovdata.no (registre de toutes les lois norvégiennes, accessible sur internet).

C’est une longue loi, comme vous pouvez vous imaginer, donc je ne vais pas la détailler ici, mais en gros cela explique les règles concernant les horaires de travail, les vacances, les droits et devoirs des employés et employeurs, les règles de préavis, etc.

Une chose est essentielle à savoir: en cas de conflit entre un contrat de travail et le Code du travail (un contrat par exemple qui donne à ses employés d’avoir des conditions pires que celles écrites dans la loi), alors c’est toujours la loi qui prime. Un employeur peut donner plus de droits et de meilleures conditions que mentionnées par le Code du travail mais pas des conditions pires. Dans ce cas c’est le Code du travail qui prime. Un exemple: si votre employeur requiert que vous n’ayiez droit qu’à 2 semaines de congés payés par an alors que le Code du travail en donne plus, le contrat n’est pas valide. 

  • La convention collective – Tariffavtale

La convention collective contient les règles particulières du droit du travail applicable à un secteur donné. Elle est négociée par les organisations syndicales représentatives des salariés et les organisations ou groupements d’employeurs (en Norvège il y en a deux principales: NHO et Virke). Elle peut être complétée par une “særavtale”, une convention spécifique à l’entreprise en particulier ou même à une question importante pour les employés. Par exemple vous travaillez dans un supermarché, il y a une convention collective pour toute la branche des supermarchés signée par votre employeur, et une convention spécifique sur les compensations durant les voyages de travail car votre supermarché vous oblige à voyager en Scandinavie pour faire des achats (exemple fictif). Attention, une entreprise n’a aucune obligation de signer une convention collective, et de nombreuses essaient de l’éviter à tout prix car cela veut dire qu’elles doivent par la suite donner plus de droits en employés, comme des augmentations salariales régulières et collectives, des avantages en nature comme le téléphone et l’internet.

  1. À qui parler en cas de problème?
  1. Les syndicats – Fagforening

En cas de problème lié aux questions de droit du travail, de salaire, de vacances payées, préavis (relevant du Code du travail), ou de problème/question lié aux principes inclus dans la convention collective, il est conseillé d’en parler à votre représentant syndical. Le délégué syndical peut dialoguer directement avec l’employeur et pourra défendre vos droits, avec le soutien en amont du syndicat duquel vous êtes membres. Encore faut-il être syndiqué, me direz-vous. Il y a un gros risque, surtout en ces temps surchargés pour les syndicats, que votre délégué syndical ne prenne pas le temps de vous aider si vous n’êtes pas membre. Inutile donc d’attendre qu’un problème survienne pour vous syndiquer (il faut payer une cotisation en fonction de son salaire tous les mois). En général les syndicats ont aussi une heure gratuite avec un avocat du travail voire un suivi juridique gratuit en cas de litige avec l’employeur. Se syndiquer est commun en Norvège, et en général on choisit soit le syndicat correspondant à son poste/éducation (ingénieur, juriste, universitaire etc.) soit le syndicat qui a le droit de négociation dans l’entreprise. Je conseille personnellement la seconde option (renseignez-vous auprès de vos collègues) car le syndicat en question aura alors beaucoup plus de poids dans un possible litige et les syndicats. Les délégués syndicaux peuvent aider sur les questions de salaire, de discrimination, de demande de meilleurs avantages (téléphone payé, fleksitid etc.). 

Certaines structures n’ont pas de délégué syndical si l’entreprise n’a pas signé de convention collective. Alors vous devez vous syndiquer dans votre coin ou tenter de les pousser à en signer une, comme les cyclistes de Foodora l’ont fait l’année dernière. Pas la peine d’être en grève, la plupart du temps un certain pourcentage de l’entreprise étant syndiqué peut convaincre l’entreprise de signer.

  1. Verneombud

Le ou la « Verneombud » est un représentant des salariés, dont la tâche est de veiller au bon environnement de travail des employés. Toute structure de plus de 10 employés a obligatoirement un Verneombud sinon l’employeur est dans l’illégalité. Son rôle est de s’assurer que la sécurité, la santé et le bien-être des employés sont pris en compte conformément aux dispositions de la loi. Par exemple cela peut concerner l’aération ou le bruit sur le lieu de travail, la sécurité des machines mais aussi la santé mentale. En cas de conflit personnel entre un-e employé-e et un-e chef-fe le Verneombud fera office de médiateur. Cette personne ne peut pas négocier les salaires. Voir ici pour les différences de rôles entre Verneombud et délégué syndical. 

  1. Inspection du travail – Arbeidstilsynet

L’inspection du travail est une agence gouvernementale qui fait partie du Ministère du travail et des affaires sociales. Leur mission est de veiller à ce que ces lois spécifiques sont appliquées: le Code du travail, la loi sur les vacances, et la loi sur les vacances annuelles ainsi que sur les jours fériés. Et que le public ait accès à l’information nécessaire sur ces lois. L’inspection du travail ne prendra pas votre parti dans un conflit avec un employeur, par contre elle a comme mission de faire respecter ces lois, et donc si vous donnez des informations sur un employeur, elle a le pouvoir de forcer l’employeur à se conformer aux lois par un avertissement, une amende, une fermeture des opérations ou une plainte à la police selon la gravité de l’affaire. Voici la page pour prendre contact. Elle a comme mission de répondre aux questions donc en cas de doute sur une loi du travail appelez-les et vous aurez des juristes spécialisés en droit du travail qui répondront gratuitement à vos questions.

Leur site est une mine d’or d’informations sur le droit du travail en Norvège, en anglais, polonais et norvégien, à lire avant de les appeler.

  1. Finanstilsynet

L’Autorité de surveillance financière de Norvège est une agence gouvernementale chargée de la surveillance des sociétés financières en Norvège, sur la base de la loi et des réglementations du parlement, du Ministère norvégien des Finances et des normes comptables internationales. Par exemple si votre employeur ne paie pas votre retraite, vous pouvez envoyer un mail à Finanstilsynet qui leur enverra un courrier et récoltera les informations pour s’assurer que l’employeur est en règle, et éventuellement le forcer à le faire.

  1. La police

En cas de violation grave d’une loi, la police doit être impliquée et dans certains cas peut mener à l’emprisonnement des personnes fautives.

Portrait de Bruno, professeur de guitare à Oppdal et pêcheur à la mouche

Beaucoup en rêvent, Bruno et sa famille l’ont fait : ils ont vendu leur maison en France pour venir s’installer en Norvège ! Heureusement, ils étaient bien préparés, mais leur installation n’a pas été de tout repos.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu venu en Norvège ?

Bruno : Il y a une vingtaine d’années, je travaillais dans des écoles de musique comme prof de guitare à Angers. Mon patron m’avait montré des photos de ses vacances et je me souviens avoir été frappé par la beauté des paysages, dont un plateau tout enneigé en plein été. C’était en Norvège. Le soir même, j’ai vendu notre voiture pour acheter son van aménagé « rustique » ! Je ne savais même pas où situer la Norvège sur une carte, mais c’était un coup de coeur !

À partir de cet instant, nous avons passé toutes nos vacances d’été en Norvège ! Le seul changement est que l’on a fini par troquer le van aménagé par un modèle plus grand puis par un camping-car au fur et à mesure que nos deux filles grandissaient. Toutes ces vacances nous ont permis de connaître la Norvège presque sur le bout des doigts.

Quand nos deux filles sont parties du foyer familial pour continuer leurs études, il y a environ 3 ans, nous avons décidé avec ma femme, Emmanuelle, de faire le grand saut et de déménager en Norvège.

Comment s’est déroulée votre installation ?        

Nous avons préféré être prudents. Emmanuelle enseignait dans un collège d’Angers en tant que professeur d’anglais. Elle a commencé par chercher un travail à distance. Au bout de 2 ans, elle a trouvé un poste à durée déterminée (vikariat) de prof d’anglais et espagnol, dans le Telemark. Je lui rendais régulièrement visite, et quand j’étais en France je commençais à vendre nos affaires, y compris notre maison pour pouvoir s’installer « correctement » ici.

Finalement, Emmanuelle a trouvé un poste d’enseignante d’anglais et d’espagnol à durée indéterminée à Oppdal. Ça tombait bien, car c’était une région que nous connaissions bien, qui est très propice à la pêche à la mouche, ma grande passion, presque aussi grande que celle de la musique. De plus, nous avions déjà des amis dans le coin que l’on avait connu pendant nos vacances d’été.

La dernière chose que j’ai vendue a été notre camping-car. C’est quand même assez grand et ça passe moins inaperçu. Nous avons acheté un van en Norvège que l’on a fait aménager en France et qui nous a permis de déménager ici. Il nous sert de voiture quotidienne, et comme transport pendant tous nos voyages. Aucun regret !

L’intérieur du van. Notez que Thomas a pris cette photo sans crier gare 🙂

Racontée comme ça, notre installation peut paraître facile, mais Emmanuelle a quand même envoyé 400 candidatures sur une période de 2 ans ! Quant à moi, j’ai gardé une clientèle française pour mes cours sur Skype, mais je travaille encore à développer une clientèle norvégienne.

Bien qu’Oppdal compte 7 000 habitants, cela reste une petite ville en pleine campagne. Le dépaysement n’est-il pas trop dur ?

Au début, nous avions loué une maison, comme celle que nous avions à Angers, mais elle était éloignée de la ville et la neige en hiver bloquait tout… Nous avons alors décidé de vivre en centre-ville. Durant nos recherches, nous sommes tombés amoureux d’un appartement que l’on a pu s’acheter. Petit bonus sympathique, il est au dernier étage et nous avons vue sur le massif de Dovrefjell !

Oppdal est une petite ville, certes, mais nous avons été agréablement surpris par son atmosphère. Il y a une salle de concert d’une grande qualité et des musiciens d’un très bon niveau qui y jouent. Il faut savoir que l’on y trouve « la » station de ski alpin de Trondheim, et elle rapporte de l’argent que la commune a su utiliser intelligemment pour améliorer le cadre de vie.

Nous avons aussi une très bonne boulangerie, Bakeriet SPRØ, où travaille un Français (ça ne s’invente pas).

Oppdal observé depuis la montagne Almann (Par Håvard Berland)

La nature autour d’Oppdal est magnifique. On trouve le massif du Dovrefjell plus au sud, le seul endroit de Norvège où l’on peut voir des bœufs musqués. À Hjerkinn, je conseille aussi une autre route, à partie de la route 26, une piste payante, mais une des plus belles selon moi.

Einunndalen est une piste avec un décor minéral magnifique. Le camping sauvage y est interdit pour préserver la nature. Pour ceux qui aiment la neige, l’hiver ici est exceptionnel. D’ailleurs beaucoup de mushers vivent dans cette région.

Tu as dit que vous aviez déjà des amis sur place ? Comment les as-tu rencontrés ? Est-ce des Norvégiens ?

Nous nous sommes fait des amis lors de nos nombreuses vacances d’été en Norvège. J’ai rencontré des gens en plein milieu de la rivière assez souvent et par d’autres intermédiaires. Je me souviens un jour à Tromsø, une amie nous a invités à un concert ou nous avons fait aussi le service (elle tenait un restaurant) et nous avons rencontré de super musiciens de jazz dont un qui est resté un copain et, ce n’est pas banal, qui est aussi passionné de nature et de pêche a la mouche…

Depuis que nous sommes installés pour de bon, Emmanuelle a rencontré des gens via ses collègues. Ils organisent des sorties ensemble, par exemple dans la montagne (Fjelltur), mais ça reste entre eux.

Nous avons rencontré d’autres personnes via une de ses collègues serbes. Parfois, ça ne se joue pas à grand-chose ! On se retrouve maintenant souvent. La majorité vient de Serbie justement, mais nous avons une culture assez similaire. Pour les Norvégiens, je dirais plus que nous avons des relations plus que des amis. Un dentiste, serbe aussi, m’a dit qu’en tant qu’étranger ici, tu auras beau tout comprendre il y aura toujours une petite barrière dans la langue.

Peux-tu m’en dire plus sur ton activité de professeur de guitare en Norvège ? Comment ça se passe en ligne ?

Je suis professeur de guitare classique depuis plus de 30 ans et j’ai commencé à enseigner via Skype en 2016. J’enseigne, et je joue, tout type de style, mais mon style préféré est le brésilien, j’ai d’ailleurs publié une 10ène de livres à ce sujet !

Pas mal d’élèves français m’ont  suivi  de France grâce à Skype, mais j’ai aussi des Français vivant en Norvège. Ils me disent ne pas avoir perdu au change, surtout dans ces temps de corona. Je commence doucement à essayer d’attaquer le marché norvégien, il fallait d’abord que ma maîtrise de la langue soit suffisamment bonne. La semaine dernière, j’ai eu un article dans le journal local et je viens juste de lancer mon site web, guitarama.no, en norvégien.

Si tu habites dans une région incontournable pour la pêche à la mouche, ce n’est pas un hasard. As-tu des conseils pour ceux qui veulent s’y mettre ?

J’ai toujours été passionné de ce sport. Je passe mon temps à arpenter les rivières en été et à monter les mouches en hiver. En Norvège, on pêche essentiellement de la truite, de l’ombre et du brochet. À noter que je relâche toujours les poissons.

Il suffit d’acheter un permis en magasin de sport, mais maintenant c’est surtout par SMS : tu envoies un code par SMS indiqué sur le panneau à côté de la rivière et tu es débité sur ta facture de téléphone, vive la Norvège !

Tout le monde peut s’y mettre avec le bon matériel. Les rivières de la région s’y prêtent particulièrement. Mais prendre un guide au début est une très bonne idée, y aller avec quelqu’un qui s’y connait permet de mieux en profiter. Et adhérer à un club de pêcheurs à la mouche pour avoir des cours de lancer donnera en plus une petite partie sociale !

Il m’arrive de pêcher en mer aussi, mais depuis le bord. Je me suis déjà fait quelques frayeurs en bateau sur une mer agitée et je n’ai pas envie de recommencer.

Bonne idée d’équipement : un pantalon Gore-Tex

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège, et pourquoi ?

D’habitude, je n’aime pas les villes, mais j’aime vraiment beaucoup Alta. Il y a une ambiance particulière, avec une forte culture samie. Un vieux guide du routard disait « passez votre chemin », mais ce serait dommage. Ils ont reconstruit le centre-ville de toute pièce il y a quelques années. La nouvelle cathédrale date d’il y a deux ans, elle est tout en acier et c’est magnifique.

La cathédrale d’Alta (Par Svein-Magne Tunli)

Portrait de Caroline, guide privé « Like a local »

J’ai rencontré Caroline (photo ci-dessus par Marco Carbone) lors des French Afterworks YCO à Oslo dont elle est une des organisatrices. Elle travaille dans le tourisme, un domaine que je ne connais pas du tout. Sur le point de faire le grand saut et de se lancer à son compte, nous avions fait cet entretien début mars.

Comme vous le savez, la crise du coronavirus est arrivée entre temps et a complètement arrêté les activités de ce secteur. Les affaires commencent doucement à reprendre, c’est donc un bon moment de découvrir son parcours.

Thomas : Pourquoi et comment es-tu arrivée en Norvège ?

Caroline : Je suis venue pour la première fois en Norvège en 2005, c’était un échange Erasmus à BI, une école de commerce à Oslo, et j’ai eu un vrai coup de cœur pour le pays.

Erasmus est une expérience superbe, que je recommande pour ceux qui peuvent en profiter. J’en avais profité pour visiter Stockholm et Copenhague aussi, et je m’étais dit que j’aimerais beaucoup revenir dans les pays nordiques plus tard.

Une fois mon master de tourisme terminé, j’ai été embauchée à Comptoir des Voyages à Paris, en tant que spécialiste des pays nordiques. À ce poste, il fallait que je connaisse bien les destinations que je vendais, donc j’ai souvent été envoyé sur le terrain en voyages d’études.

Ensuite, j’ai travaillé chez un autre voyagiste à Lyon, puis je suis arrivée en Norvège en 2013 quand j’ai trouvé un emploi à l’office de tourisme de Flåm dans la région du Sogn og Fjordane.

Flåm

Le dépaysement a dû être total après Lyon, n’est-ce pas ?

C’est sûr que c’était différent, Flåm c’est 300 habitants qui vivent à l’année et environ 5 000 touristes par jour en été !  Flåm est une des destinations les plus touristiques de Norvège grâce à son fameux train panoramique, le Flåmsbana, et son fjord, le Nærøyfjord, qui est classé au patrimoine de l’UNESCO.

C’est un endroit magnifique que je recommande, mais plutôt hors saison pour éviter la foule. Enfin sauf cette année :).

Quand je t’ai rencontré la première fois tu étais chez Terra Nova  à Oslo n’est-ce pas ?

Oui, quand mon contrat saisonnier à Flåm s’est terminé, je voulais rester en Norvège. C’est là que j’ai eu la chance d’avoir été embauchée chez Terra Nova à Oslo pour une durée de 1 an, puis par la suite j’ai obtenu un CDI (Terra Nova est un « tour operator incoming » faisant partie de l’entreprise Haman Group.)

En quoi consistait ton travail ?

Mon boulot principal était de vendre des voyages sur mesure, en Norvège et autres pays nordiques, pour des clients français. Je disais souvent que mon métier c’est de vendre du rêve.

Ça implique de construire un nouveau voyage à chaque fois en fonction des envies du client, et pour ça il faut connaître parfaitement la destination et faire du repérage. 

Les voyages de formation s’appellent les « eductours ». Généralement, ce sont les lieux de destination qui nous invitent afin que l’on connaisse et vende leur région par la suite. Par exemple: Visit Hardanger, Visit Flåm ou encore Innovation Norway en partenariat avec une région. Quand ils nous invitent, on part 4-5 jours avec des concurrents pour aller tester principalement les hébergements, les restaurants et les activités. Ils prennent soin de nous, on est vraiment chouchoutés. Ces voyages de formations sont des avantages dans notre travail. La majorité du temps, nous sommes au bureau pour la vente et de la production de voyage. 

Via cette partie de mon job, j’ai pu visiter la Norvège de Lindesnes, le point le plus du Sud, jusqu’au Cap Nord et même jusqu’au Svalbard, je pense avoir presque tout vu de la Norvège qui est un pays magnifique.

Tu t’es mise à ton compte début 2020. Pourquoi ce changement ?

C’est exact, en janvier. J’avais envie de changement après 6 ans dans la même entreprise. En l’occurrence, je me focalise maintenant uniquement sur Oslo en tant que guide privé. Au fil des années j’ai vu assez de clients qui cherchaient quelque chose de différent. Ils cherchaient une personne locale qui parle leur langue, à être en famille avec un guide privé sur quelques heures.

Cette idée me trottait dans la tête depuis un moment, et puis maintenant que j’ai eu la chance d’avoir vu toute la Norvège et une grande partie de la Scandinavie, c’était le moment pour moi de bouger sur le terrain, car j’adore rencontrer des gens et leur faire passer ma passion pour Oslo et le pays en me baladant.

Comment ont été les démarches pour te lancer à ton compte ?

Quand j’ai décidé de créer mon entreprise j’ai hésité entre deux structures : ENK (Enkelpersonforetak) ou AS (Aksjeselskap). La première est comme la version française autoentrepreneur et l’autre ressemble à une SARL. J’ai choisi de créer une AS, car bien qu’il y ait un peu plus de formalités et de coûts, nous sommes plus protégés en tant qu’individu. 

La procédure est assez simple : Il faut créer les statuts (par exemple via Stiftelsesdokument.no), ouvrir un compte bancaire professionnel en ayant un apport minimum de 30 000 NOK puis s’inscrire dans le registre de Brønnøysund et payer les frais.

En 3 semaines mon entreprise était créée ! Toutes les infos nécessaires sont en anglais sur Altinn.

En quoi consiste le travail d’un guide privé ?

Mes clients cibles sont principalement des gens en voyage à Oslo pour une journée ou deux et qui veulent voir autre chose que le Top 10 de Lonely Planet ou Trip Advisor. J’aimerais montrer la ville en dehors des sentiers battus, avec le point de vue de local. Par exemple, en passant par le quartier de Damstredet (une des plus vieilles rues d’Oslo), Blå, Mathallen, la rivière d’Akerselva, Grunerløkka, Grønland avec ses bars sympas dans les courts intérieurs et puis enfin les quartiers plus modernes comme le Barcode et Bjørvika.

Le « Top 10 » est incontournable cependant, non ?

Bien sûr, le but est de visiter une partie des incontournables aussi, mais en tant que guide je peux glisser des anecdotes lors de la visite. Parler des attaques de 2011 quand on passe près des bureaux du gouvernement par exemple. En parlant architecture, j’explique aussi comment se passe l’achat d’un appartement à Oslo, qui est bien différent de ce qui se passe en France.

Mes visites, c’est comme être avec un ami qui vous reçoit. La preuve, on s’arrête pour boire un café où on déjeune ensemble ensuite !

Quels sont des clients types pour ce genre de prestation ?

Ce sont principalement des gens de 35 à 60 ans « qui ont des moyens » et qui souhaitent un tourisme plus authentique et pas de masse. Certains prennent des guides privés pour chacune de leurs destinations. Ils sont de passage sur Oslo à peine 2 jours pleins, qui coïncide généralement avec le début ou la fin d’un voyage en Norvège. Ils veulent optimiser les visites sur les quelques heures dans la capitale.

Ce sont des gens curieux sur la vie quotidienne aussi ! Ça les arrange d’avoir une personne française qui peut comparer les deux cultures. Par exemple, nous allons parfois ensemble au Vinmonopolet lors des tours.

Aucun risque que ce soit lassant pour toi ?

Le centre-ville c’est une chose, mais je propose plusieurs itinéraires. Je propose aussi des tours dans la forêt, et un autre dans les îles d’Oslo. J’aimerais vraiment développer la Marka avec des randonnées avec pique-nique. 

Pourquoi ne pas aussi combiner une promenade dans Oslo avec un sauna après ou un tour de kayak ou paddle.

L’année prochaine j’aimerais aussi proposer de visiter la région de Viken, car elle est mal connue ! Sandvika et ses îles, Bærum Verk, Drøbak ou encore le musée de Kistefoss, etc.

Impossible de ne pas parler du COVID-19, comment as-tu été impacté ?

Le secteur du tourisme et de l’événementiel sont à l’arrêt. Au départ, l’impact était plus important pour les groupes que les individuels bien sûr, mais une fois que les aéroports ont été fermés ça a été fini pour tout le monde malheureusement. Je me rassurais en me disant que le tourisme avait toujours des hauts et des bas, mais je ne m’attendais pas à ce que la crise soit aussi profonde.

Je ne me suis pas découragée, j’ai profité de ce temps pour découvrir encore plus Oslo et faire du networking auprès des acteurs locaux pour me faire connaître. J’ai aussi développé mon site web mypromenade.net, une page Facebook et un compte instagram. Je me suis aussi inscrite sur Airbnb Experiences pour avoir une visibilité plus internationale. J’ai très récemment eu des Français et des Allemands comme clients.

Pour finir, toi qui as tout vu en Norvège, quel est ton endroit préféré et pourquoi ?

En fait, j’ai découvert au mois de juin un des fjords qui me manquait à mon palmarès et je crois que c’est mon coup de coeur : le Hjørundfjord. C’est le fjord secret qui se situe entre Ålesund et Geirangerfjord. 

Il ne fait que 35 kilomètres de long et se partage en deux au niveau du petit village de Sæbø. Il possède des montagnes à pic, des cascades incroyables, de superbes forêts et des villages pittoresques comme Bjørke, Leira, Viddal et Urke.

Faire un feu en plein air en Norvège : ce que dit la loi

En Norvège, il est courant de faire un feu de camp en bivouac, un barbecue au parc, ou encore des feux géants lors de la fête de la Saint-Jean. S’il est globalement moins contraignant de faire du feu qu’en France, il faut néanmoins respecter quelques règles, notamment la fameuse interdiction annuelle : bålforbud.

Interdiction annuelle de feu ouvert : 15 avril – 15 septembre
Interdiction annuelle et nationale de feu ouvert du 15 avril au 15 septembre

Selon le règlement sur la prévention des incendies (Forskrift om brannforebygging, chapitre 1, §3), il est interdit dans toute la Norvège, pendant la période du 15 avril au 15 septembre, de faire un feu ou un barbecue en forêt (skog), sur une terre non cultivée (utmark) ou à proximité de celles-ci. Le terme de utmark comprend plages (strandområder), terres de bruyère (lyng), terres enherbées (gress), fells (snaufjell, partie de la montagne au-dessus de la limite des arbres) et petites-îles/îlots (holmer).

Restent autorisées : 

  • Barbecue dans les parcs urbains (byparker) ou les espaces de plein air près des bâtis (friluftområder).
  • Barbecue sur votre balcon ou dans la cour ou le jardin de la copropriété. Mais attention, chaque copropriété a son propre règlement et il est souvent interdit de faire du feu de charbon. Vous avez aussi le droit de faire du feu ou brûler vos déchets verts dans votre propre jardin, si celui-ci ne se trouve pas à proximité de boisement.
  • Les barbecues fixes mis à disposition par la commune (godkjente bål- og grillplasser). On peut souvent trouver leurs emplacements sur le site de la commune, comme c’est le cas pour Oslo.
  • En forêt, les petits réchauds.

En plus de cette interdiction nationale, chaque commune a son propre règlement, qui est susceptible d’être ajustée en situation exceptionnelle. Il est important de se tenir au courant des mesures prises par votre commune sous peine d’amendes voire de prison. Par exemple, pendant la canicule d’été 2018, Oslo avait interdit tout feu en plein air, sous quelle forme que ce soit (source).

De l’intelligence et de la responsabilité de chacun

Mais alors, n’est-il pas possible de faire du feu dans la « nature » en période estivale ? Eh bien si ! Toujours d’après le règlement précité, même pendant la période d’interdiction, il est autorisé de faire du feu là « où il n’y a clairement pas de risque d’incendie ». La loi n’en dit pas plus. Ici la Norvège préfère miser sur l’intelligence et la responsabilité de chacun. Celui qui allume un feu doit savoir le maîtriser et l’éteindre. Pour lever la confusion, voici quelques exemples concrets (source) :

  • Sur la neige;
  • Après une bonne pluie;
  • Au bord d’un lac, d’un cours d’eau et éloigné d’arbres;
  • À la plage sur du sable et éloigné de toute végétation.
Encore beaucoup de neige au mois de mai? Profitez-en pour faire un feu!

Trois points que nous aimerions préciser:

Engangsgrill
Grillboks
Investissez dans un barbecue réutilisable!

Barbecue jetable (engangsgrill) : les engangsgrills pullulent dans les supermarchés norvégiens à l’arrivée du beau temps. Certes bon marché et pratiques, ils sont aussi un véritable désastre environnemental et une des principales causes de départ de feu (source). Nous vous conseillons de privilégier les barbecues fixes ou encore d’investir dans un barbecue portable réutilisable (source). Si toutefois vous utilisez l’engangsgrill, pensez à préparer une couche non inflammable avec des pierres ou du sable au lieu de poser directement sur l’herbe. Après l’usage, il doit être éteint, refroidi et jeté dans les poubelles dédiées (grillboks). Si aucune poubelle n’est à proximité, emportez votre barbecue avec vous et le jetez ultérieurement.

Droit de bois mort : contrairement en France, vous avez le droit de ramasser du bois mort et sec par terre pour faire votre feu, mais jamais des branches encore vivantes sur les arbres ou encore de l’écorce.

Roche moutonnée à Mærrapanna
Dégâts sur la roche à cause d’engansgrill

Roche moutonnée (svaberg) : ces roches polies et parfois striées par les glaciers font la beauté des côtes norvégiennes. Des cicatrices après l’utilisation d’un barbecue peuvent restées sur le rocher pendant des milliers d’années. Celui-ci risque même de fissurer à cause de la chaleur (source). Alors veiller à ne jamais poser votre barbecue directement sur ces rochers, utilisez du sable aussi souvent que possible !

Interdiction ou pas, faire du feu ne doit pas être pris à la légère et c’est à vous d’évaluer la situation. Pour finir, comme on dit en Norvégien : « Er du i tvil, så er du ikke i tvil! » (Dans le doute, abstiens-toi !). Bon feu !

Quelques ressources:
  • Informations en français rédigées par la Direction norvégienne de la protection civile. Informations et conseils en norvégien : ici, ici ou ici.
  • Chaque commune met en ligne ses règlements sur l’interdiction ou l’autorisation de feu. Il suffit de chercher dans un moteur de recherche  “bålforbud” + le nom de sa commune. Voici les liens des principales villes: Oslo, Bergen, Trondheim, Stavanger, Tromsø, Kristiansand.
  • Consulter le site météo Yr sur le risque d’incendie de forêt dans votre commune. Si l’indice de risque est plus de 40, il est déconseillé de faire du feu.

La France est passée en rouge : quelles sont les implications ? Quid de la quarantaine ?

On le redoutait, mais c’est bien arrivé : le jeudi 6 août, le gouvernement norvégien a classé la France dans les pays “rouges”, c’est-à-dire les pays dont :

  • Il est fortement déconseillé aux résidents norvégiens de voyager.
  • Tous les voyageurs de ces pays qui arrivent en Norvège devront respecter une quarantaine pendant dix jours.

Dans le cas de la France, la quarantaine est à respecter si vous entrez en Norvège le 8 août après 0h00 soit dans la nuit de vendredi 7 à samedi 8. À noter que maintenant il faut porter un masque dans les lieux/transports publics jusqu’à être rentrer chez soi.

Pour rappel, le critère pour classer un pays en rouge a été annoncé début juillet et est toujours le même : il faut que le pays en question dépasse 20 nouveaux cas de contamination au Covid-19 par 100 000 habitants sur les 14 derniers jours.

La quarantaine norvégienne

Il est important de rappeler que chaque pays définit ce qu’il pense être une mesure nécessaire de non propagation du virus après un voyage en zone qu’il considère à risque. La quarantaine en Norvège n’est pas comme le confinement en France.

Les règles de la quarantaine en Norvège sont (source 1, source 2) :

  • Ne pas aller au travail ou à l’école ;
  • Ne pas utiliser les transports en commun ;
  • Il est possible de se promener, en gardant une bonne distance de toutes les autres personnes (bien au-delà de 1 mètre) ;
  • Il est possible de faire les courses nécessaires au supermarché ou à la pharmacie ;
  • Il faut éviter de rendre visite aux gens/recevoir de la visite;
  • Les tests négatifs ne raccourcissent pas la quarantaine.

Notez que ces règles s’appliquent à toute personne arrivant dans ce cas de France, quelle que soit sa nationalité.

Les personnes devant observer la quarantaine de 10 jours doivent fournir une preuve de résidence pour un séjour continu à une adresse norvégienne pendant les 10 premiers jours après leur arrivée en Norvège. Une confirmation de réservation d’hôtel ou une lettre signée par un hôte privé sont des exemples de documents acceptés. Pour les séjours de moins de 10 jours, vous devez quand même fournir des documents pour les jours de votre séjour en Norvège. Les exigences en matière de documentation ne s’appliquent pas aux personnes résidant en Norvège. (source)

Pour être exempté de quarantaine en venant d’un pays « rouge », il faut rentrer dans des cases très spécifiques listés sur fhi.no :

  • Vous avez déjà eu la maladie et pouvez clairement le démontrer ;
  • Vous êtes un travailleur clé dans des fonctions critiques pour la société.

Les meilleures sources d’informations

Pour finir, vos meilleures sources pour suivre l’évolution des recommandations norvégiennes sont :

  1. Fhi.no, le site de l’institut norvégien de santé publique (en anglais)
  2. HelseNorge.no, le portail norvégien sur la santé
  3. Regjeringen.no, le site du gouvernement
  4. no.ambafrance.org, le site de l’Ambassade de France en Norvège

Avez-vous remarqué ? Il n’y a pas les groupes Facebook dans cette liste :). Malgré la bonne volonté de tous, les informations qui y sont données sont rarement à jour.

Guide des baies et fruits des bois à cueillir dans la nature norvégienne

L’été en Norvège arrive malheureusement lentement à sa fin, mais réjouissons-nous, car la saison de la cueillette de baies, elle ne fait que commencer !

L’été scandinave rime avec abondance de baies sauvages. Elles mûrissent du début de l’été jusqu’à la fin de l’automne et constituent une partie importante de la cuisine norvégienne.

Voici tout ce que vous devez savoir sur les délicieuses baies de Scandinavie.

Jordbær / Fraise / Strawberry

Fraises norvégiennes par Bjørn Erik Pedersen – Eget verk, CC BY-SA 4.0

Le grand taux d’ensoleillement en été est propice au développement des fraises en Norvège, ce qui fait que l’on en trouve très facilement en juin et juillet. Si vous avez passé vos vacances cet été dans le Møre og Romsdal, il vous aura été impossible de ne pas remarquer les stands de vendeurs de fraises omniprésents ! Mais ce n’est pas une baie sauvage, contrairement à sa cousine ci-dessous.

Markjordbær / Fraise des bois / Wild strawberry

Fraises des bois par James McNally – self-taken using canon ixus 50, CC BY-SA 3.0

Les fraises des bois sont minuscules, mais incroyablement sucrées et ont un parfum divin. Vous pouvez en faire des confitures ou tout simplement pour accompagner des crêpes ou des gaufres. On en trouve un peu partout en Norvège.

Bringebær / Framboise / Raspberry

Framboises par Pro2 – Eget verk, CC BY 2.5

Il n’est pas rare de trouver des framboisiers sauvages à côté d’un arrêt de bus ou sur le côté d’une rue résidentielle tranquille. Les framboises sauvages sont savoureuses, bien que légèrement moins sucrées et plus petites que leurs cousines qui se trouvent en magasin.

Blåbær / Myrtille / Bilberry (European Blueberry)

Myrtilles par Silvio Pašmik – Eige arbeid, Offentleg eigedom

Riches en antioxydants, les myrtilles sauvages se trouvent dans des buissons assez bas qui recouvrent les sols forestiers. Contrairement aux myrtilles surdimensionnées à chair pâle que nous pouvons acheter en supermarché, les myrtilles sauvages sont plus petites et à chair violette.

Solbær / Cassis / Black currant

Cassis (photo du domaine public)

Les cassis peuvent être assez aigres, mais se prêtent bien à la réalisation de tartes, de gâteaux ou de gelées. En Norvège cette baie s’utilise aussi beaucoup pour préparer une boisson chaude à emporter en randonnée ou en ski de fond : « Solbærtoddy ».

Rips / Groseille / Red currant

Groseilles (photo du domain public)

Les groseilles contiennent beaucoup de vitamine C et de minéraux, en plus de la pectine qui la rend appropriée pour faire de la gelée. Comme le cassis ci-dessus, les groseilles ne sont pas « locales » mais ont été introduites dans le pays il y a longtemps.

Bjørnebær / Mûre / Blackberry

Mûres (photo du domaine public)

Cette baie n’est pas très répandue en Norvège, car elle préfère les climats chauds, mais on en trouve dans les zones côtières du sud, près du fjord d’Oslo et autour de Sørlandet.

Stikkelsbær / Groseille à maquereau / Gooseberry

Groseilles à maquereau par Pixabay

Peu commune, on en trouve quand même en Norvège. Ces groseilles doivent leur nom au fait que leur jus peut servir d’assaisonnement aux plats à base de maquereaux. Il peut également aciduler les sauces.

Tyttebær / Airelle rouge / Lingonberry

Airelles rouges par Av Jonas Bergsten – Offentleg eigedom

Les airelles sont assez acides et il faut donc utiliser de grandes quantités de sucre pour rendre leur confiture plus appétissante. Mais c’est cette confiture qui est très commune dans la culture scandinave en tant qu’accompagnement de viande.

Multe / Plaquebière – Mûres arctiques / Cloudberry

Plaquebières par Arnstein Rønning / CC BY

Cette baie ne pousse pas en France et est donc assez méconnue des Français. Elle pousse en Norvège, mais reste rare, ce qui explique son prix élevé. Elle ressemble à une petite framboise orange et pousse en bord de marécages et dans les prés humides jusqu’à 1 400 m d’altitude.

Krekling / Camarine noire / Crowberries

Camarines noires par Opioła Jerzy – Eige arbeid, CC BY-SA 3.0

À ne pas confondre avec la myrtille, cette baie est aussi comestible, mais plutôt acide.

Svartsurbær / Aronia / Black chokeberry

L’aronia par GoranH

Cet arbuste se trouve un peu partout, même dans Oslo (notamment dans le quartier d’Hasle). La baie est facilement reconnaissable avec sa forme d’étoile au dessous. Un peu acide mais passe bien en confiture.

Tranebær / Canneberge / Cranberry

Canneberge par Pixabay

On en trouve surtout dans le Trøndelag et elle s’utilise souvent comment remplacement de l’airelle rouge.

Le mot de la fin : « Bærplukker »

« Bærplukker » par Aslak Raanes

Le « Bærplukker » est un outil bien pratique et souvent utilisé pour cueillir des baies forestières telles que les myrtilles, mais son utilisation est de plus en plus décriée à cause des dégâts qu’il cause aux buissons et au fait que son utilisation ramasse toutes les baies sans trier si elles sont mûres ou pas. Préférez encore utiliser vos mains pour préserver la nature ;).

Où partir skier cet été en Norvège ?

Vous avez bien lu, il est possible de skier en Norvège pendant l’été !

Il existe des microclimats en Norvège qui conservent de la neige tout au long de l’année, il y a même des endroits où il neige naturellement tous les mois de juillet ! Nous ferons l’impasse sur la nouvelle station de ski en intérieur dans les environs d’Oslo, qui est une vraie insulte à la lutte contre le changement climatique. Il est important ici de différencier les différents types de ski car chaque station d’été a sa spécialité (pour s’y retrouver voir notre Guide du ski en Norvège).

Sognefjellet Sommerskisenter

Située à deux pas du parc national du Jotunheimen, cette station de ski de fond est régulièrement ouverte de mai à mi-juillet (environ 180 nok / jour).

Galdhøpiggen Sommerskisenter

Petite station de ski alpin aussi dans le coin du Jotunheimen, elle est généralement ouverte de début mai à fin juillet, environ 405 nok / jour.

Stryn Sommerski

Petite station de ski alpin pas très loin de Geiranger ouverte généralement de mi-juin à fin juillet, environ 420 nok / jour.

Fonna Glacier Ski Resort

Cette petite station de ski alpin est située sur le glacier Folgefonna à 2h30 de Bergen en voiture. Si les conditions le permettent il est aussi possible d’y faire du ski de fond. Pass à partie de 395 nok / jour.

C’est peut-être la station avec le microclimat le plus étonnant. Il neige tellement que les remontées mécaniques sont généralement complètement ensevelies jusqu’en juin. Le 3 juillet 2020 il est tombé 35 centimètres de neige !

Ski de randonnée « sauvage »

Si les stations de ski alpin ne sont pas votre dada, il est possible de trouver des sommets encore enneigés pour pratiquer le ski de randonnée (cf. notre article sur le ski) en été, si les conditions le permettent. Notamment dans le Jotunheimen, à Svalbard, dans les Lyngen Alps ou encore parfois dans les îles Lofoten.

En dernier recours … le rollerski

Avide de ski de fond mais triste de ne pouvoir en faire qu’en hiver ? Essayez-vous au rollerski ! Il se pratique toute l’année sur le goudron, sur la route ou sur des pistes appropriées, mais attention aux chutes qui font bien plus mal que de tomber sur de la neige !

Portrait d’Émilie, bergère dans la vallée de Gudbrandsdal

Suite à un séjour en Norvège, Émilie s’est installée dans une ferme dans la vallée de Gudbrandsdal où elle est maintenant bergère. Avec son conjoint, ils font de l’élevage de moutons mérinos réputés pour leur laine d’exception. Comment se passe le quotidien de bergers norvégiens ? Nous en parlons dans ce portrait.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu venue en Norvège ?

Émilie : Je suis venue en Norvège en 2011 pour rendre visite à une amie d’enfance qui étudiait à Fosen, une école « viking » du côté de Trondheim. C’est une école où l’on peut apprendre à construire des bateaux de façons « traditionnelles », à construire des maisons en bois, à devenir autosuffisant, etc. Pour la petite anecdote, elle a fini ses études et est maintenant capitaine d’un bateau !

Il aurait été dommage de venir en Norvège juste pour une semaine, j’avais donc étendu mon séjour en travaillant dans des fermes via WWOOF … puis je me suis installée avec un des fermiers chez qui j’ai travaillé et nous avons maintenant 2 enfants.

Où se situe votre ferme ?

Elle se trouve dans la vallée de Gudbrandsdal. Il me faut une heure à pied pour aller au village de Kvam, situé lui-même à une heure de train de Lillehammer. Kvam est un petit peu connu pour son marathon, sa course de vélo et sa course de ski « Furusjøen Rundt ».

Nous avons la chance d’être du bon côté de la vallée, là où le soleil rayonne toute l’année, ce qui n’est pas le cas des autres maisons dans la vallée. Début décembre, nous avons 2 levers de soleil par jour vu la forme de la montagne ! J’essaye de sortir pour le premier qui dure 5 minutes et qui est tout rouge.

La ferme

Avais-tu déjà de l’expérience en tant que bergère ?

Pas du tout, j’ai tout appris ici ! J’ai une formation de psychomotricienne, mais ce métier n’existe pas en Norvège donc je ne peux pas faire valoir d’équivalence. J’ai d’ailleurs été assez déçue des connaissances sur les troubles des apprentissages ici. Ils essayent de placer les enfants sous « spectre autistique », « hyperactivite » ou « troubles du langage », car ils semblent méconnaître les autres diagnostics. Par contre, tous les aides et soutiens se passent à l’école ce qui est très bien !

Malgré maintes lettres de motivations, je n’ai pas pu trouver d’emploi dans mon domaine, bien que le journal local dise qu’ils avaient du mal à recruter. J’ai aussi créé un groupe de «bébégym ». 3 bébés sont venus, ça n’a pas duré longtemps, mais je me suis fait une copine, c’est déjà très bien ! Mais ça m’est arrivé de faire de la psychomotricité avec certains agneaux ! Je n’ai pas étudié pour rien !

Aujourd’hui, je suis aussi aide-soignante à 20 % (+ extras) dans une maison de retraite, je fais du remplacement quand du personnel est malade. Je suis payée niveau licence, car ils ont jugé que mon diplôme français était pertinent. Les conditions de travail sont super ! Après avoir travaillé comme psychomotricienne dans un EHPAD français je ne voulais plus jamais le refaire, trop de malaise du travail mal fait. Ici, je n’ai presque jamais eu à choisir entre 2 patients, ils ont tout ce qu’ils veulent quand ils veulent et nous bénéficions aussi constamment des formations gratuites. Pour revenir à la question, je m’amuse maintenant à réaliser des petits films explicatifs sur YouTube, car je vois que beaucoup de gens ne savent pas du tout ce qu’on fait au quotidien. Donc je transmets ce que j’ai appris. Ne venant pas de ce milieu j’arrive à me mettre au niveau des novices, j’y étais il y a 8 ans !

Émilie avec ses moutons

Combien de moutons avez-vous à la bergerie ? Produisez-vous aussi des légumes ?

Nous avons 130 moutons, ce qui est plutôt beaucoup pour la Norvège avec une moyenne de 70 moutons par troupeau. Le profil du terrain norvégien fait qu’il est souvent impossible d’en avoir plus, cela explique pourquoi on ne trouve pas de grosses « fermes usines » ici.

Nous avons un potager, mais les légumes sont juste pour notre consommation personnelle. Cela n’empêche pas que notre production de pommes de terre doit être déclarée à l’état.

Quels sont les meilleurs et pires moments du quotidien des bergers ?

Nous travaillons chez nous ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient ! Je peux rester 10 minutes de plus au lit si j’ai envie le matin. Mais on ne décroche jamais vraiment. C’est un avantage pour l’éducation des enfants. Ils vont devenir très débrouillards !

Les brebis sont en forêt en été et en septembre on randonne tous les jours pour les retrouver. Nous n’avons pas encore opté pour le collier GPS donc c’est comme une chasse au trésor, on ne sait pas si l’on va revenir bredouille le soir. Mais en tout cas, les moutons paissent dans le massif de Rondane donc c’est un plaisir d’aller les chercher, c’est très joli.

Dans l’étable, j’aime bien trier les moutons (par besoin nutritionnel, date de mise -bas, etc.), c’est là qu’on est vraiment au contact avec les animaux. J’aime bien aussi le travail de sélection de moutons à garder pour créer de la bonne laine. Et au printemps il y a une vingtaine d’agneaux qui a besoin de biberons, c’est très chou ! Il y en a toujours un qui finit dans le salon.

Les agnelages (mise bas des agneaux au printemps) c’est le meilleur et le pire en condensé. On est très joyeux quand ça commence et très soulagés quand ça finit. Imaginez 130 brebis qui mettent bas en 5-6 semaines ! On travaille 18 heures par jour, mais durant les 6h de sommeil on se relaye pour voir si une brebis a besoin d’aide pour mettre bas. Nos enfants sont encore petits donc c’est le chaos total. Mais d’ici 3 ou 4 ans, ils nous aideront ! Mon fils de 5 ans nourrit déjà les moutons.

Une maman avec ses petits

De quoi vivez-vous en tant qu’éleveur de moutons ? J’imagine qu’il y a la vente de viande et de laine, mais est-ce que vous avez des produits non bruts aussi ?

Nous vendons la viande à Nortura, une coopérative agricole norvégienne qui regroupe des abattoirs et d’autres usines de transformation liées à la viande et aux œufs.

Nous avons uniquement des moutons mérinos, qui ont l’avantage une viande avec une odeur moins forte. En contrepartie, ce sont des moutons plus petits donc nous sommes en désavantage, car Nortura paye au kilo de viande et selon le nombre de découpes par kilo. Ce qui compte pour eux ce sont les gros moutons. Une des races originelles norvégiennes, les « Spælsau », a pu avoir un label et avoir le même prix au kilo que les gros moutons bien qu’ils ont plus de découpes. Nous essayons d’obtenir la même chose pour les mérinos.

Nous avons aussi une boutique en vente directe de produits à base de laine très connue dans le milieu du tricot : Leine Merino ! Mais nous nous orientons petit à petit vers la vente directe de la laine brute à la filature ou à des marques de vêtements pour arrêter la boutique et nous concentrer sur la race. Aujourd’hui, nous vendons des pelotes et des patrons. Après tout, les Norvégiens apprennent le tricot à l’école et tout le monde porte de la laine donc ça marche bien ici, bien mieux qu’en France en tout cas !

Pour faire connaître notre village, les habitants se sont concertés pour créer un pull en utilisant notre laine avec comme motif la chaîne de montagnes de Rondane. C’est le « kvamsgenser ». Cet hiver, un chroniqueur américain avait acheté un kit de tricot sur notre site en croyant que c’était un pull fini et avait publié sa déception sur Twitter. Ça avait fait un petit buzz, il y a même eu un article aux Pays-Bas à cause de ça, c’était un bon coup de pub inattendu !

Des moutons mérinos ! Je pensais qu’ils ne se trouvaient qu’en Nouvelle-Zélande. Est-ce qu’ils sont communs en Norvège ?

Pas du tout, nous sommes quasiment les seuls à avoir des mérinos en Norvège. On trouve quelques autres fermiers, mais qui n’ont pas plus de 3 ou 4 moutons et ils viennent de chez nous.

La côte ouest est trop humide pour cette race, d’où la croyance qu’ils ne se plaisent pas en Norvège. Les nôtres viennent d’une lignée importée dans les années 30-40 par la grand-mère d’Anders (mon conjoint), qu’on a ensuite rafraîchie avec des inséminations successives. Dans les terres, ça se passe super bien. Ils supportent -20°C sans soucis, car le climat est sec. Nos moutons peuvent sortir toute l’année. Ils aiment manger la neige en hiver … et les sapins de Noël ! C’est la ruée, on leur en coupe plusieurs pour éviter qu’ils se blessent dans une baston générale.

Est-ce que tu penses qu’un essor de l’élevage de mérinos en Norvège dans le futur est possible ?

Je l’espère, car c’est une laine qui ne gratte quasiment pas et qui est bien solide. Elle a aussi beaucoup de graisse (suint) donc l’eau perle dessus au lieu de la pénétrer. Elle est plus isolante que les autres laines.

Nous avons un projet en route avec Innovation Norge, Grønn Framtid et la région Innlandet. Nous souhaitons trouver au moins 10 autres fermiers pour augmenter la population de moutons mérinos à au moins 1 500 têtes en Norvège pour ensuite commencer une collection de vêtements avec laine norvégienne. Des marques norvégiennes se sont déjà montrées intéressées, mais pour convaincre d’autres bergers il faut une garantie d’achat de la laine, et pour convaincre les marques il faut suffisamment de bergers… La laine de mérinos a un prix fixe international, donc pour les marques c’est rentable d’acheter localement, même dans un pays riche. Mais tant que la viande sera mal payée, les agriculteurs n’oseront pas de lancer.

C’est dommage que ça traîne, car aujourd’hui la laine utilisée en Norvège est importée de loin, donc pollue. Que ça soit pour les vêtements finis ou pour les pelotes à tricoter. Il y a un déficit de production de laine par rapport à la demande, et ce bien qu’il y ait plus de moutons que d’humains dans le pays (6 contre 5 millions) !

En Norvège, les agriculteurs ont parfois mauvaise réputation (ils sont pollueurs, il y a trop de subventions, etc.). Quelle est ton opinion là-dessus ?

C’est un sujet très complexe, il y a beaucoup de choses à dire et les journaux utilisent beaucoup trop de raccourcis.

Je suis très intéressée par l’écologie et voudrais faire au mieux. Je regrette qu’il y ait si peu de personnes qui se sentent concernées dans ce pays. Pour moi, les agriculteurs ont un grand rôle à jouer dans le développement durable. Malheureusement, les quelques écolos norvégiens sont très théoriques et ont, en général, peu de connaissance pratique du terrain. Ce qui leur fait parfois proposer des solutions complètement absurdes aux yeux des agriculteurs. Ils sont, au pire, agressif, au mieux, condescendants. Du coup, dans le milieu de l’agriculture, « écolo » sonne encore comme un gros mot. Il y a beaucoup de mépris d’un « camp » pour l’autre, alors qu’ils devraient travailler ensemble.

Ce manque de dialogue existe aussi pour le bien-être animal. Chacun étant persuadé d’être dans le bon camp se permet de ne même pas écouter l’autre alors que je pense que chacun veut sincèrement faire au mieux.

De manière générale ,ça me fait plaisir que les gens se soucient de l’éthique et de la nature, mais je souhaiterais un peu plus d’humilité dans nos certitudes, cela rendrait les débats plus polis et efficaces. L’écologie c’est tellement complexe qu’il n’y a aucune solution miracle applicable partout. Par exemple, le mouton est un animal qui produit beaucoup de gaz à effets de serre par rapport au kilo de viande obtenu, mais on oublie aussi qu’en broutant en forêt il réduit les risques d’incendie et qu’il produit de la laine. Or la laine est le vêtement le plus écolo (recherche de IWTO sur le sujet).

Moutons avec montagnes de Rondane enneigées au loin

Dans ce métier, nous avons 3 grosses responsabilités : la préservation de la nature, le bien-être animal et la sécurité alimentaire. Parfois, elles se contredisent et nous devons faire des choix.

Quant aux subventions que nous recevons, elles sont basées sur le nombre d’animaux, la quantité d’espace brouté, etc. Les règles changent un peu chaque année donc nous ne savons jamais vraiment ce qu’on va avoir.

Cette année, nous avons eu 400 000 nok en février, mais fin mai nous n’avons déjà plus rien. Si une roue de tracteur fait défaut, la remplacer coûte 30 000 kr et il faut les changer par deux ! Donc les milliards de subventions versées aux agriculteurs semblent énormes, mais ce n’est pas un revenu. C’est souvent confondu dans la presse. C’est comme confondre le prix de fonctionnement d’un hôpital et le salaire des infirmiers.

On nous dit que tout est cher en Norvège, dont la nourriture, mais le pourcentage du salaire des Norvégiens consacré à la nourriture est très faible par rapport à d’autres pays ! Pendant ce temps, le revenu personnel du PDG de NorgesGruppen (chaîne de supermarchés) est 2 fois la somme des subventions versées aux agriculteurs de tout le pays.

D’ailleurs, les revenus des paysans cités dans la presse sont aussi souvent faussés, car ils incluent tous les salaires du fermier, y compris leurs emplois à côté. Ce qui ne donne pas une idée du revenu de la ferme elle-même.

Est-ce pour ça que tu as ton travail d’aide-soignante à côté, car c’est nécessaire ?

Oui, comme pour tous les agriculteurs de ce pays ! Ce revenu complémentaire est nécessaire pour survivre en tant que bergère. Et c’est aussi bon pour mon bien-être, les patients ont plus de conversation que les moutons ! Ça me fait sortir. Même mon conjoint doit partiellement travailler à côté, comme lors la construction du tunnel à Kvam. Souvent, les agriculteurs ont un plein temps en plus de leur ferme, l’emploi payant les frais de la ferme.

Qu’en est-il de l’engagement des consommateurs ?

L’engagement des consommateurs est bien faible en Norvège. L’intérêt pour le commerce équitable n’est pas très visible. Le Norvégien lambda est très passif et discipliné : si les directives ne viennent pas d’en haut, il ne va pas faire. Je dois avouer que ça a un côté positif aussi, quand il y a eu des règles strictes pour le confinement, tout le monde a obéi bien gentiment et ça a été efficace.

Quand j’explique notre situation aux collègues de la maison de retraite, ils me disent que je n’ai qu’à arrêter la bergerie… les gens ne comprennent pas qu’il ne s’agit pas de mon problème personnel, mais d’un bien commun qui s’effiloche.

Cela dit, depuis quelques années il y a l’initiative REKO-Ring qui s’est développée, où les particuliers peuvent passer commande directement aux producteurs sans intermédiaires, via des groupes Facebook. Mais même si nous y gagnons plus, cela demande un effort de notre part supplémentaire : il faut de la préparation des commandes, la livraison, la communication, etc. Moins d’intermédiaires ne veut pas toujours dire moins cher pour le consommateur, il faut bien que l’on se rémunère pour ce travail aussi, et surtout comme nous sommes sous-payés par les boutiques, on va compenser ce manque quand on vend directement. Cela demande donc des consommateurs engagés et conscients des injustices. Mais je vois qu’il y en a de plus en plus, ça bouge !

Il y a donc un certain nombre de frustrations dans ce métier. Mais quand je marche avec mes moutons, je ne pense pas à tout ça. On est bien tous ensemble dans la nature. Et je me dis que j’ai de la chance de ne pas être coincée dans un bureau !

Les loups sont aussi un gros sujet en Norvège, avec des manifestations à la fois pro- et anti-loups se passant devant le parlement. Est-ce une grosse préoccupation des fermiers en Norvège ?

C’est un débat sans fin, le loup est un symbole de nature sauvage, et les humains en ont détruit bien assez. En même temps, la disparition des bergeries est aussi un risque pour la biodiversité ! Beaucoup d’insectes dépendent du fumier de moutons, des oiseaux dépendent de ces insectes, etc.

Loup que l’on trouve peut croiser Norvège par Andreas Tille – Eget verk, CC BY-SA 4.0

Le problème c’est que ce sont les gens qui gagnent le moins qui doivent risquer de sacrifier leurs revenus pour cet animal. Une attaque d’un loup représente environ 3 ans de déficit pour une bergerie et les compensations actuelles sont loin de rétablir l’équilibre.

On ramène souvent la discussion à l’argent, mais quand on gagne juste 1/3 du revenu médian d’un employé non diplômé, c’est un argument très concret ! Avec des revenus plus décents, par exemple en fixant un prix juste de la viande et en compensant correctement les pertes, on réconcilierait plus de bergers avec les prédateurs.

Il faut savoir aussi que les débats sont centrés sur le loup pour une autre raison aussi : les autres prédateurs font ça « proprement ». Un lynx va tuer et manger 1 mouton en entier, de façon silencieuse alors qu’un loup croque autant qu’il peut et fait beaucoup de blessés, entraînant souvent une mort lente et douloureuse, et surtout provoque la panique qui tue aussi et dont les pertes ne sont pas remboursées (mère perdue de vue, noyade, etc.).

Pour plus d’informations sur la situation de l’agriculture en Norvège il y a un livre très bien et très documenté qui s’appelle « En nasjon av kjøtthuer ».

Qu’en est-il du bien-être des animaux en Norvège ?

Les lois norvégiennes suivent les normes européennes et les autorités sont très strictes pour qu’elles soient respectées ce qui est une bonne chose ! Nous avons droit à des contrôles vétérinaires inopinés tous les 2 ans environ.

Grâce au froid rigoureux de l’hiver qui tue les germes, au fait que les animaux sont en liberté l’été et aussi à des règles d’hygiènes très strictes, les élevages norvégiens sont exempts de beaucoup de maladies. C’est aussi un des pays utilisant le moins d’antibiotiques par kilo de viande obtenu et de très loin (10 fois moins qu’en France) ! Les animaux d’élevage ici ont une haute qualité de vie.

Il existe aussi une application, « BeiteSnap » que n’importe qui peut télécharger gratuitement pour signaler des problèmes avec des moutons. Il faut signaler l’emplacement, le problème et essayer de lire le numéro du mouton, du moins la couleur de la boucle d’oreille et le propriétaire sera prévenu automatiquement. Ça fait plaisir de voir que les gens se soucient des bêtes et qu’ils prennent en général le temps de nous prévenir.

Émilie avec un agneau

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège, et pourquoi ?

Je n’ai pas tant eu l’occasion de visiter la Norvège, j’ai été très occupée ! Un endroit que je trouve très beau c’est la ville de Molde et ses alentours. Il y a plein de montagnes d’un côté et tous les habitants ont la vue dessus. Je n’y suis que passée, mais ça m’a donné envie d’explorer plus. Mais je pense que c’est beau à peu près partout dans ce pays !

Panorama de Molde, par Einar Engdal