Portrait de Yann, maître des mots

Yann de Caprona n’est pas Norvégien ni linguiste. Et pourtant, il est l’auteur de l’épais dictionnaire d’étymologie thématique du norvégien. Passionné des langues, intarissable sur les mots et leurs origines, nous faisons un petit tour des mots avec lui. Amateur de photographie et grand voyageur, l’article sera agrémenté de quelques-uns de ses clichés.

Qixuan: Bonjour Yann, quand et pourquoi es-tu venu en Norvège?

Yann : Je me suis installé à Oslo en 1985 car marié à une Norvégienne. J’étais déjà venu quelques fois en Norvège, surtout dans le Grand Nord. Ma famille maternelle est suédoise, mais j’ai grandi à Rome et j’ai fait mes études supérieures à Paris.

Comment s’est passée ton intégration en Norvège ?

Ce fut difficile pour moi au début de trouver du travail. À l’époque, mes diplômes français n’étaient pas reconnus. J’ai postulé alors en Suède et trouvé du travail dans l’Agence suédoise pour l’aide au développement. Je suis revenu ensuite en Norvège et ce fut alors plus facile. J’ai travaillé dans la coopération internationale dans de différentes institutions : aux différents ministères, notamment au Ministère des Affaires Étrangères, à la Croix-Rouge, à Riksrevisjonen (la Cour des Comptes) …

J’ai appris le norvégien sur le tas, comme je parlais déjà le suédois. Au début quand j’essayais de parler le norvégien, les gens me disaient : « Tu sais quoi, quand tu parles norvégien, ça ne sonne pas naturel. Garde ton suédois, on te comprend très bien ! » Alors j’ai continué à parler le suédois. Puis, petit à petit je plaçais çà et là des mots norvégiens, et progressivement sont venus la sonorité et le rythme de la langue. [NDLR : l’intercompréhension orale entre le suédois et le norvégien est aisée].

Toi qui as vécu à Oslo pendant 35 ans, comment la ville a-t-elle changé ?

Au début, le choix des aliments était un peu maigre pour un étranger. Mais l’offre culturelle était déjà assez variée, surtout pour le cinéma. Depuis la ville a bien sûr beaucoup grandi, surtout depuis les années 2000. Mais ce qui me fascine c’est que quand on demande aux habitants d’Oslo ce qu’ils préfèrent de leur ville, beaucoup répondent la forêt. Pas la ville, mais la forêt ! L’âme norvégienne est encore ancrée dans les campagnes et où il est mal vu d’afficher sa réussite. Les mœurs vont sûrement changer plus vite en milieu urbain au contact des autres cultures. Il y a une qualité de vie indéniable ici, avec une confiance dans les autorités, moins de différences sociales que dans bien des pays, et beaucoup d’importance au temps libre.

D’où est venue ta passion pour les langues ?

J’ai grandi dans un environnement multiculturel. Je suis un enfant d’expatriés depuis plusieurs générations. Ma mère est Suédoise et mon père Franco-Américain mais j’ai grandi en Italie. J’étais à l’école Française, mes parents parlaient souvent anglais entre eux. Très tôt je me suis intéressé aux mots et aux parentés entre ceux-ci. Les mots portent les traces de l’Histoire. Mon mot préféré en norvégien est kalkun (dinde). Il a une origine étymologique ahurissante.

Quand j’étais à la Croix-Rouge, je travaillais dans l’aide humanitaire et mon quotidien était famine, diarrhée, viols, tortures, inondations etc. L’étymologie des noms de lieux fut mon bol d’air. Érythrée vient du grec Ἐρυθραίᾱ (rouge, car au bord de la Mer Rouge) et Cameroun du portugais camarão (crevette, parce que les Portugais y virent beaucoup de crevettes …)

Peux-tu nous dire quelques mots sur la langue norvégienne et ses spécificités ?

La spécificité du norvégien réside dans ses deux formes écrites – bokmål et nynorsk – qui s’influencent mutuellement et ses nombreux dialectes. La langue est moins normée que dans le reste de la Scandinavie ou en France. Les Norvégiens ont par ailleurs une passion pour les dialectes et adorent deviner la région d’origine d’un nouvel interlocuteur par son dialecte.

En dehors des langues nordiques (norrois/vieux norvégien et danois), c’est le bas allemand (Niederdeutsch) qui a le plus contribué au vocabulaire norvégien – surtout en bokmål –, bien plus que le latin, le grec, le français, l’allemand moderne et plus récemment l’anglais. Cette influence du bas-allemand témoigne du passé hanséatique de la Norvège. Exemple : Skredderen tenkte at trøya passa fortreffeleg, men kunden klaga og meinte at plagget var kort og tøyet simpelt og grovt. (« Le tailleur pensait que le chandail allait parfaitement, mais le client se plaigna et trouva que le vêtement était trop court et le tissu simple et rêche »). À part at, og et var, tout vient du bas-allemand!

Comme en allemand, il est en norvégien facile de créer des mots (souvent à rallonge). Les Norvégiens font parfois preuve d’une créativité étonnante. La mallette des hommes d’affaires par exemple : stresskoffert, mallette à stress ! Ou alors en 2010 lors d’une éruption volcanique en Islande qui a fortement perturbé les vols en Europe, un journaliste a inventé le mot askefast (« immobilisé par les cendres », sur le modèle de værfast « immobilisé par le mauvais temps »), et le mot fut d’emblée adopté par tous.

Et entre nos deux langues, quelles ont été les influences ?

Il y a eu deux grandes périodes de l’apport scandinave en français : l’émigration des Vikings en France au IXe siècle, puis du XVIIIe au XXe siècle. Les Vikings nous léguèrent seulement quelques dizaines mots d’origine norroise en français et les dialectes normands, notamment dans les domaines maritime, nautique et de la pêche : « équiper » (skipe), « havre » (havn), « quille » (kjøl), ou « crabe » (krabbe) par exemple. Entre 1700 et 2000, le français a importé un peu plus d’une cinquantaine de mots scandinaves, en particulier du suédois pour la science (Celsius, nickel, tungstène…). Le norvégien a plutôt contribué dans le domaine de la nature (fjord, rorqual) et du ski (ski, slalom, fart…). Dans le sens inverse, le français a enrichi le norvégien dans pratiquement tous les domaines, mais surtout militaire, politique, philosophique, scientifique, technique, économique, artistique et gastronomique : Armé, guvernør, positivisme, probabilitet, betong, kommersiell, matiné ou dessert. Parfois j’entends les railleries des Français sur les mots d’origine française mal orthographiés en norvégien (kø, klisjé, sjampanje, sjåfør…). Mais non voyons, c’est une autre langue et les Norvégiens adaptent les mots à l’orthographie de leur langue. À long terme c’est une force pour la langue de ne pas se retrouver avec une orthographie compliquée comme en français ou en anglais. La plupart des langues européennes écrivent « foto » au lieu de « photo » sans ph inspiré du grec et ne s’en portent pas plus mal !

Qu’en est-il de l’évolution de la langue norvégienne ?

Toute langue doit de temps en temps faire une réforme de l’orthographe pour ne pas se fossiliser. Je trouve navrant que la timide réforme en France ait rencontré tant de résistance, surtout qu’elle cherchait à corriger certaines aberrations. L’orthographe est très normée en français. Ici en Norvège l’orthographe est bien plus en évolution avec une grande flexibilité.

Un des grands défis pour la langue norvégienne est que le milieu de la recherche utilise de plus en plus d’anglais en créant peu de nouveaux mots norvégiens quand cela est possible.

Sur ton dictionnaire étymologique du norvégien, peux-tu nous parler un peu de sa genèse et du processus d’écriture ?

Ayant quitté la Croix-Rouge je voyageais moins. Ma nouvelle façon de voyager fut d’errer dans des dictionnaires étymologiques. Mais ces dictionnaires donnaient la réponse aux mots de façon alphabétique. N’y aurait-il pas un dictionnaire par thèmes ? Avec le temps, je commençais à déceler des tendances dans certains thèmes de la langue norvégienne. Les termes maritimes sont surtout d’origine néerlandaise, les termes financiers d’origine italienne… Je demandai en 1995 à la Bibliothèque universitaire d’Oslo s’il existait un grand dictionnaire étymologique organisé par thèmes. La réponse fut : «Ce dictionnaire n’existe pas. Vous devez l’écrire vous-même…». Alors l’idée a germé en moi.

Avant de voyager avec les mots, Yann a parcouru le monde de l’Antarctique au désert jordanien, de l’Indonésie à la Pantagonie.

À partir de 2000 j’écrivis plusieurs articles étymologiques dans le style de causerie dans la revue interne de Riksrevisjonen. Certains articles furent repris dans la presse norvégienne et étrangère (Suisse, Finlande…). En 2006 je pris contact avec des éditeurs pour publier ces articles. Beaucoup m’avaient refusé mais l’éditeur Kagge était positif pour une publication sous forme de dictionnaire. J’ai mis six ans à l’écrire, pendant mes temps libres : 1920 pages, 57 thèmes, plus de 12 000 mots couverts. Pour chaque mot : définition, étymologie, mots apparentés et dérivés en norvégien et autres langues (surtout latin, français, grec, celtique, lituanien, russe et sanskrit).

Ce dictionnaire est un ouvrage de vulgarisation. Je ne suis pas linguiste et je ne propose rien de neuf mais simplement de regrouper les mots. Ce livre est destiné aux personnes curieuses qui aiment les langues et l’Histoire, ou aux spécialistes intéressés par le vocabulaire de leur domaine. J’ai essayé de faire en sorte que chaque mot soit pour le lecteur le temps d’une petite découverte ! Il a été publié en 70 000 exemplaires et obtint en 2013 le prix Brage (la plus haute récompense littéraire en Norvège). Je crois que c’est le premier dictionnaire au monde avec plus de 2 000 mots classés par thème !

Pour les Français qui apprennent le norvégien, quels conseils peux-tu leur donner ?

Je leur conseille une immersion totale dans la langue, avec le moins possible de contact avec sa langue d’origine. Les livres, les journaux, la télévision, la radio…  Lorsqu’on apprend une nouvelle langue, il faut s’imaginer entrer dans une pièce sombre où il faut prendre son temps pour s’accoutumer de l’obscurité. Si on allume souvent la lumière, on revient un peu chaque fois à la case départ. Et surtout, il ne faut pas avoir peur de parler !

Des projets pour la suite ?

Maintenant j’ai pris ma retraite et chaque année la longueur des hivers devient plus difficile. J’aimerais retourner en Méditerranée pour les hivers. En ce moment j’écris un nouveau dictionnaire étymologique sur les noms de lieux du monde entier, classés par pays. C’est prévu pour 2025 !

Et enfin pour finir, quel est ton endroit préféré de la Norvège ?

Pour habiter, c’est Oslo. Pour visiter, j’ai été récemment à Senja. C’est une île au sud de Tromsø, dans le nord de la Norvège. Ça ressemble beaucoup aux Lofoten, mais avec moins monde.

Senja et ses montagnes spectaculaires

Lectures conseillées :

  • Yann de Caprona : Norsk etymologisk ordbok – tematisk ordnet, 1920 pages, Oslo, Kagge forlag, 2013
  • Yann de Caprona : Kjærlighetens etymlogi – Etymologisk ordbok med ord knyttet til kjærlighet, 192 pages, Oslo, Kagge forlag, 2014
  • Elisabeth Ridel: Les Vikings et les mots – L’apport de l’ancien scandinave à la langue française, Paris, Editions errances, 2009
  • Jan de Vries : Altnordisches etymologisches Wörterbuch, Leiden, Brill, 1977 (pour le norrois)
  • Hjalmar Falk & Alf Trop : Etymologisk ordbog over det norske og det danske sprog, 1903-1906
  • Alf Trop : Nynorsk etymologisk ordbok, Kristiania, Aschehoug, 1919
  • Harald Bjorvand & Fredrik Otto Lindeman : Våre arveord, Oslo, Instituttet for sammenlignende kulturforsking, Novus forlag, 2007 (deuxième édition). Très bon pour les mots dérivés du norrois, mais plutôt écrit pour des spécialistes.

Comment choisir son syndicat en Norvège?

Nous recevons de nombreuses questions sur la question des syndicats en Norvège. Nous avons déjà écrit sur les 5 choses à savoir. Nous répondons maintenant à la question « comment choisir son syndicat ? ».

1. Les syndicats norvégiens sont-ils politisés?

Au genre de question « Quel syndicat norvégien est de tendance socialiste, pas communiste? » il est pratiquement impossible de répondre. Les syndicats ne sont pas particulièrement politisés en Norvège, au delà du fait qu’ils défendent les droits de leurs membres. Évidemment, vu l’importance du Parti des travailleurs (Arbeiderpartiet, souvent raccourci en « Ap »), des liens existent entre la confédération syndicale LO et le parti. Attention LO est une confédération de syndicats : seuls des syndicats peuvent en être membre, pas des individus. Ils ont environ 900 000 membres. LO fait des dons à Ap, et voit un intérêt politique à ce que ce parti gagne vu que ce parti a par exemple dans son programme d’augmenter la partie déductible des impôts de la cotisation syndicale. Le parti Ap défend aussi de manière générale le syndicalisme et les droits des travailleurs, donc le lien est évident. NHO et Virke, les deux syndicats d’employeurs, sont plus proches des partis de droite vu que ceux-ci défendent plus leurs intérêts. Tout ceci est à un niveau bien plus élevé des besoins que vous aurez de votre syndicat, et tel ou tel syndicat n’est pas en soi politisé.

Je ne conseille donc pas du tout de prendre cela comme critère. Mais alors comment choisir?

2. Votre corps de métier, votre éducation

Certains Norvégiens choisissent de se syndiquer par branche d’éducation. Par exemple si vous être ingénieur vous pouvez vous syndiquer à Tekna, et si vous êtes diplômé d’un domaine des sciences sociales vous pouvez devenir membre de Samfunnsviterne. La confédération de syndicat Akademikerne regroupe ceux qui veulent s’associer aux personnes qui ont fait des études supérieures, quelles qu’elles soient. D’autres se syndiquent par corps de métier. Par exemple si vous travaillez dans un supermarché Handel og Kontor sera le plus approprié. Si vous êtes électricien ou informaticien EL og IT sera votre choix. Voir la liste en fin d’article.

3. Qui a le mandat de négociation salariale?

Devenir membre d’un syndicat doit être motivé par un besoin. Le besoin d’être protégé et défendu en cas de pépin. Le besoin d’avoir une personne expérimentée qui négocie votre salaire. Le besoin de consulter quelqu’un qui connaît le Code du travail norvégien en cas de question. Le besoin d’avoir une bonne assurance, ou le besoin d’avoir un taux préférentiel pour son emprunt immobilier. Certains syndicats comblent certains de ces besoins mieux que d’autres. Sachez aussi que ce choix peut être différent selon que votre employeur a signé une convention collective (tariffavtale) qui assure une négociation pluriannuelle sur les avantages sociaux, les salaires, le recrutement etc. Un syndicat avec mandat de négociation aura par exemple la possibilité de demander à ce que personne ne soit licencié lorsque l’employeur veut se réorganiser. Il pourra exiger que le nombre de contrats en CDD soit plus bas, pour que plus de gens soient en CDI, et bien plus.

Si votre but est d’avoir un salaire négocié, d’être protégé en cas de problème, alors je conseille fortement de se syndiquer au syndicat de votre entreprise/employeur qui a le mandat de négociation (forhandlingsrett) avec l’employeur. Cela peut être deux voire trois syndicats dans le cas des grosses structures. Renseignez-vous auprès de vos collègues. L’avantage dans ce cas c’est qu’avec ce mandat, le syndicat peut nommer des représentants syndicaux en interne qui sont « à votre service ». Ce sont des employés comme vous, mais qui connaissent beaucoup de choses sur l’entreprise, et ont des pouvoirs importants de négociation. Pas juste sur les salaires mais aussi sur les avantages en nature, le recrutement d’autres employés voire même de la direction. Ils peuvent aussi négocier en cas de licenciements si l’entreprise va mal, et même dans les renouvellements de contrats temporaires. Ils sont aussi formés en Code du travail et autre. Vous n’aurez jamais autant de soutien d’un syndicat dont vous êtes membre mais qui gère des dizaines voire des centaines de milliers de membres travaillant dans beaucoup de branches différentes.

4. Si votre entreprise n’a pas de syndicat avec mandat/pas de convention collective

Si l’entreprise n’a pas de convention collective (tariffavtale) alors il n’y aura pas de syndicat avec mandat de négociation. Vous pouvez demander à ce que celle ci soit signée (voir la lutte des cyclistes de Foodora pour avoir une convention collective). Il ne faut pas être beaucoup de membres pour exiger une telle convention collective, mais les employeurs peuvent être frileux car ils se retrouvent à devoir négocier beaucoup de choses et donner plus de droits à leurs employés. Si aucun syndicat n’a de mandat de négociation, alors il est conseillé de choisir un syndicat selon d’autres critères tels que: éducation, corps de métier, autres avantages qui vous intéressent comme des assurances ou des taux d’intérêt immobilier intéressants. Ils auront un numéro que vous pourrez appeler en cas de pépin mais ils n’auront pas le même pouvoir qu’un syndicat au niveau local. Ne pas oublier qu’il est conseillé de se syndiquer avant les problèmes, car ils ne prennent pas d’affaires rétroactives, en général il faut avoir été membre 3 mois pour qu’ils prennent un nouveau litige.

5. Quels syndicats existent en Norvège?

Il existe des dizaines de syndicats en Norvège, certains très imposants comme Fagforbundet et ses (presque) 400 000 membres et d’autres plus petit comme Norsk Kabinforening et ses 700 membres (quasiment tous personnel navigant de compagnies aériennes). Nous n’allons donc pas faire une liste exhaustive, mais voici des pistes pour vous orienter. Une bonne approche est aussi de demander autour de vous à des collègues de travail, des gens de votre corps de métier voire même des amis sur leur expérience avec tel ou tel syndicat. Vous pouvez aussi les appeler directement et leur demander les avantages à devenir membre chez eux.

Pour avoir plus de poids lors des négociations, quasiment tous les syndicats se sont regroupés au sein de 4 organisations. Ci-dessous, vous trouverez les liens vers ces 4 organisations et leurs membres.

  • Landsorganisasjonen i Norge (LO) est la plus grande organisation d’employés de Norvège. 22 syndicats de divers groupes professionnels y sont affiliés, dont Handel og Kontor pour les travailleurs de bureaux et de supermarchés, EL & IT Forbundet pour les électriciens et travailleurs dans le secteur informatique, Industri Energi et Fagforbundet. Ils regroupent des membres d’horizons divers, dans le secteur municipal, départemental et privé.
  • Hovedorganisasjonen for universitets- og høyskoleutdannede (Unio) est la deuxième organisation d’employés de Norvège en terme de nombres de membres. Parmi les syndicats qui composent Unio figurent Norsk Sykepleierforbund (syndicat des infirmiers et infirmières), Utdanningsforbundet, Politiets Fellesforbund (syndicat des policiers) et Norsk Fysioterapiforbund (syndicat des kinés).
  • Yrkesorganisasjonenes Sentralforbund (YS) compte 19 syndicats et couvre tous les secteurs de la vie professionnelle, y compris Yrkestrafikkforbundet pour les chauffeurs de bus, Bibliotekarforbundet (syndicat des bibliothécaires), Lærernes Yrkesforbund et Farmasiforbundet (syndicat des pharmaciens).
  • Enfin, Akademikerne est une organisation qui regroupe les syndicats dont les membres doivent avoir eu au moins un master. Parmi ceux-ci figurent Arkitektenes Fagforbund, Den norske legeforening, Den norske tannlegeforening og Samfunnsviterne. Attention, les syndicats membres de Akademikerne ont rarement un mandat de négociation dans une entreprise.

À noter que NITO fait bande à part. C’est un syndicat pour ingénieurs, souvent en « concurrence » avec le syndicat Tekna, membre de Akademikerne.

Se syndiquer en Norvège, 5 choses à savoir

1. Les Norvégiens se syndiquent presque 3 fois plus que les Français

En Norvège 49% de la population active est syndiquée, contre 17% en France. Oui vous avez bien lu (voir ici pour la source, mais ces informations se trouvent facilement). On aurait pu croire que les Français sont bien plus syndiqués puisqu’il y a plus de grèves en France. Mais alors pourquoi si peu de grèves en Norvège, si tant de gens sont syndiqués? En Norvège les syndicats sont puissants et ont un rôle majeur dans le monde du travail. Il ne sont pas puissants parce qu’ils montrent les dents, mais parce qu’ils négocient les salaires et beaucoup d’autres choses de manière collective au niveau national et local, avec les syndicats de patrons ainsi qu’avec l’État. Se syndiquer en Norvège n’est donc pas un acte politique, c’est quelque chose finalement d’assez banal, qui est comme une sorte d’investissement dans sa vie professionnelle pour obtenir des développements positifs (meilleur salaire, etc.) et éviter les pépins (être licencié en cas de réorganisation de structure grâce à de l’aide juridique, etc.) sans pour autant entrer dans un quelconque conflit. La cotisation sert justement à ce que le syndicat, qui est plus grand que vous, s’occupe de ces choses pour vous. Donc le but de se syndiquer est justement d’éviter la grève! Alors défaites-vous de vos a priori sur les syndicats en France, ici c’est différent.

2. Ne pas se syndiquer peut être perçu négativement en Norvège

En France, se syndiquer peut être perçu négativement, et devenir représentant syndical n’en parlons pas. Je suis moi même devenue représentante syndicale en Norvège il y a quelques années et s’en sont suivies des questions inquiètes de ma famille. « Mais tu vas être très mal vue par tes employeurs! Tu vas rater des opportunités! ».

S’il est vrai que certaines entreprises norvégiennes discriminent basé sur l’adhésion à un syndicat (même si c’est formellement illégal et assez rare), dans la plupart des cas c’est tout le contraire. Cela est souvent vu comme complètement normal, avec une discussion dès l’embauche sur ce sujet vu que les entretiens peuvent avoir lieu avec un représentant des employés souvent aussi représentant syndical. Dans le secteur public et certaines grandes entreprises c’est même l’inverse, ne pas être syndiqué peut être mal vu par vos collègues qui auront l’impression que vous faites cavalier seul. La raison est simple: être syndiqué en Norvège est vu comme une participation à la progression collective de l’entreprise ou la collectivité. Les frais d’adhésion permettent de payer la professionnalisation de ceux qui vont négocier les salaires collectivement par exemple. Si vous n’êtes pas membre vous ne participez pas à cet effort, mais récoltez les fruits quand même vu que les augmentations salariales et autres bénéfices négociés s’appliqueront aussi à vous. Il peut y avoir une différence de perception entre le privé et le public en Norvège mais dans l’ensemble les employés sont massivement syndiqués.

3. Les syndicats alors, ça sert à quoi? Protection et négociation

Dans ces temps de crise et de mise au chômage technique massive, il n’est pas nécessaire d’expliquer pourquoi il peut s’avérer utile d’avoir une organisation professionnelle spécialisée dans le droit du travail que l’on peut appeler pour avoir des informations. Les syndicats offrent aussi une aide juridique, par contre il faut avoir été adhérent depuis au moins 3 mois en général ! Cela pour éviter que les gens ne deviennent membres pour un fait passé.

Un syndicat qui a signé une convention collective avec un employeur a beaucoup de pouvoir. Ses représentants peuvent négocier de nombreuses choses pour ses membres, et plus il a de membres et plus il peut négocier. Cela va des négociations salariales collectives ou même individuelles, à un rôle de protection en cas de licenciements, restructuration et autres gros changements en entreprise. Les délégués syndicaux sont formés en droit par le syndicat mère, que ce soit en droit du travail, droit des vacances ou droit de la sécurité sociale. Ils sont aussi formés pour savoir négocier, et sont au courant de beaucoup d’informations confidentielles qu’ils ne peuvent divulguer, mais qu’ils ont le droit d’utiliser pour aider leurs membres. Par exemple, si vous pensez être discriminé au niveau du salaire sur la base de l’orientation sexuelle, handicap, origines, ou parce que vous êtes une femme, sans vous divulguer les salaire des autres un délégué syndical peut vérifier dans les données brutes pour voir si vous avez raison.

En cas de restructuration, un syndicat peut exiger que personne ne sera licencié.

4. Meilleurs taux d’intérêts, assurances, abonnement téléphone etc.

De nombreuses personnes sont aussi intéressées de se syndiquer simplement pour les réductions sur les prix des assurances, les taux d’intérêts préférentiels pour les prêts immobiliers, et même les réductions sur abonnements téléphoniques ou locations de voitures qui viennent avec.

Imaginez qu’une entité viennent négocier avec une entreprise de téléphone ou une banque forte de ses 950 000 membres et donc clients … ils ont évidemment des tarifs préférentiels pour leurs membres. Actuellement par exemple, les taux d’intérêts pour les prêts immobiliers proposés par Danske Bank aux membres d’un syndicat affilié à Akademikerne ou ceux proposés par SpareBank1 aux membres d’un syndicat affilié à LO sont quasiment imbattables.

Certains syndicats fournissent aussi une aide juridique gratuite même pour les questions qui ne sont pas d’ordre professionnel !

5. Se syndiquer, c’est aussi une histoire d’argent

Certains syndicats prélèvent un pourcentage de votre salaire, d’autres un prix fixe annuel. Pour ceux qui prélèvent une adhésion indexée sur votre salaire, elle est en général d’environ 1,4% du salaire mensuel brut. Avec les assurances cela monte à environ 500-600 NOK pour un salaire annuel de 550 000 NOK. Vous avez le choix de payer par facture ou par un prélèvement directement sur votre salaire. C’est vu comme très normal d’informer son employeur de son affiliation syndicale pour que le prélèvement soit automatique. Cela signifie aussi que votre délégué syndical est automatiquement au courant de votre adhésion et vous impliquera dans les décisions quant à l’entreprise.

Pour l’adhésion fixe, elle est autour de 4 à 5 000 NOK dans les syndicats membres de Akademikerne. Moins chère, donc, mais attention car si votre syndicat n’a pas mandat de négociation et n’a pas signé la convention collective avec votre employeur, il ne pourra vous aider que de manière limitée en cas de licenciement par exemple.

Vous aurez une déduction fiscale de maximum 3 850 NOK par an pour les frais d’adhésion à un syndicat. Ce montant n’a pas changé depuis longtemps et est une des batailles politiques du parti Arbeiderpartiet.

Si vous êtes étudiant, au chômage ou en chômage technique (« permittert ») vos frais seront très réduits (de 90% ;-). Ce sont ceux qui gagnent de l’argent qui paient plus, donc. Mais alors pourquoi payer tant d’argent? Ce que vous payez c’est par exemple les formations des délégués syndicaux, la possibilité d’accéder à un avocat gratuitement et toute la protection assurée par un syndicat. Si vous avez été en Norvège quelques temps vous verrez que cela vaut vraiment la peine. On ne sait pas ce qui va nous tomber sur la tête, et se syndiquer est une sorte d’assurance. Attention, certains sont meilleurs que d’autres alors faites votre petite enquête pour trouver le bon selon vos besoins. Voir notre futur article sur comment bien choisir son syndicat.

Vocabulaire clé:
  • fagorganisert: syndiqué
  • fagorganisasjon/fagforening: syndicat
  • medlemskontigent: frais d’adhésion
  • fradrag for fagorganisasjonskontigent: déduction fiscale annuelle sur les frais d’adhésion à un syndicat
  • tariffavtale: convention collective
  • goder: avantages (hors salaire, tels que le téléphone et internet payés, une 6ème semaine de vacances offerte, chalets à la disposition des employés)
  • lokale lønnsforhandlinger: négociations salariales locales, c’est-à-dire au niveau de l’entreprise
  • sentrale lønnsforhandlinger: négociations salariales nationales
  • lønnsoppgjør: augmentations salariales (négociées collectivement)
  • LO: Landsorganisasjon i Norge, la plus grosse association de syndicats de Norvège (environ 950 000 personnes). Une personne ne peut pas être membre de LO, seulement des syndicats qui la composent.
  • NHO: Syndicat d’employeur majeur.
  • Virke: Autre syndicat d’employeurs majeur.

Les meilleurs endroits proches d’Oslo pour faire du ski de fond

Les habitants d’Oslo ont la chance incroyable de pouvoir accéder en transport en commun à près de 2 600 km de pistes de ski de fond aménagées, dont au moins 90 km éclairés la nuit ! En vrai, les conditions sont très rarement réunies pour avoir toutes ces pistes de préparées mais il est quand même possible de profiter de quelques centaines de kilomètres chaque hiver.

Pour information, la majorité des pistes autour d’Oslo est balisée et préparée par l’association Skiforeningen. Ils s’occupent aussi de la sécurisation des pistes sur les lacs (vérification de l’épaisseur de glace, traçage en motoneige et pose de poteaux ou bambous indiquant des passages sûrs). Leur slogan, «Det snør ikke spor», signifie « Il ne neige pas des pistes ». Ce slogan nous rappelle la chance que l’on a d’y avoir accès gratuitement, alors n’hésitez pas à devenir membre 😉.

Le reste des pistes est préparé par Oslo kommune et Bymiljøetaten.

Vous avez lu notre introduction au ski de fond et êtes prêts à dévaler les pistes ? Les sources à connaître pour en trouver et connaître leurs états de préparation sont :

  • Le site web de Skiforeningen
  • L’application mobile iMarka
  • UT.no skiturforslag (possibilité de trouver de nombreuses idées de sorties à ski, mais pas de voir l’état des pistes). D’ailleurs ce site est une bonne source d’inspiration de sorties même en été, maintenu par l’autre grosse organisation de Norvège, DNT.

Si la couleur des pistes vous indique quand elles ont été préparées pour la dernière fois, il faut en général choisir un autre menu pour savoir le type de piste : il est bien plus facile de se faire plaisir sur une piste préparée par une chenillette que sur une piste où seule une motoneige a pu se faufiler (sauf si vous cherchez des pics l’adrénaline bien sûr) . Voici donc notre sélection, pour tous les niveaux.

Pour débutants

Malheureusement la topographie d’Oslo n’est pas vraiment plate, et débuter dans un coin avec beaucoup de dénivelés est une recette pour se casser les pattes.

Sognsvann snøpark (– Ullevålseter)

Le lac de Sognsvann est un endroit très fréquenté, notamment le trajet pour aller à Ullevålseter et en revenir. Il est plutôt pas mal pour les débutants malgré le monde qu’il peut y avoir, mais pour les grands débutants pas besoin d’aller autour du lac. Il y a une petite piste plate de l’autre côté des bâtiments.

Øvresetertjern (entre Tryvann et Frognerseteren)

Les alentours du lac Øvresetertjern sont relativement plats, beaucoup de cours de skis pour débutants ont d’ailleurs lieu à cet endroit. L’altitude permet d’avoir de la neige de qualité plus longtemps mais en contrepartie la piste est très courte de pleine de monde.

Skansebakken – Fløyta

Les amateurs de ski savent que Skansebakken, au cœur de Sørkedalen, est un bon point de départ. La piste qui va à Fløyta représente 3.8 km de plat, accessible en bus ou en voiture. On peut même pousser jusqu’à Storebekkbua pour un bon entraînement (y compris pour les enfants).

Bykrysset (By i lommedalen) – Greinehytta

À l’ouest d’Oslo, 5 km de plat dans la vallée de Lommedalen. En bus il faut aller jusqu’à l’arrêt Bykrysset.

Burud – Vensåsseter

Toujours à l’ouest, 4.1 km relativement plats dans la forêt. Il faut une voiture de préférence pour commencer depuis le parking de Burud.

Skullerud

Skullerud est un des endroits d’Østmarka (à l’est d’Oslo donc) qui est le plus souvent préparé, on y trouve des pistes pour tous les niveaux.

Solemskogen–Linderudkollen

Piste courte mais plate entre ces deux points de départ de pistes plus longues, à l’est de Maridalsvannet.

Ekeberg

Il est possible de skier sur le plateau d’Ekeberg quand la météo s’y prête et qu’il y a assez de neige ! On y trouve, entre autres, une boucle de 2.4 km.

Bygdøy

La presqu’île de Bygdøy se trouve au niveau de la mer, autant dire que les pistes sont rarement assez enneigées. Mais quand elles le sont, c’est le pied et hyper central !

Pour intermédiaires (10 à 30 km)

Movatn

Movatn est la dernière station de train en direction nord qui est toujours en zone 1 de transport public ! Attention, il n’y a qu’un train toutes les 2 heures donc il ne faut pas le louper. Il est possible de faire une boucle en passant par Nittedal, visiter le chalet de Sinober et ses chèvres et/ou de rentrer en ski jusqu’à Kjelsås.

Skansebakken

Oui encore, même recommandation que pour les débutants car en poussant jusqu’à Heggelivatnet cela fait une bonne ballade avec une belle vue.

Frognerseteren

Frognerseteren est sans aucun doute l’endroit le plus prisé pour démarrer sa sortie en ski. Il a l’avantage d’être un des endroits les plus en hauteur d’Oslo donc la neige tient plus longtemps. De là les possibilités sont nombreuses, comme partir vers Nordmarkskapellet, Kikutstua ou Ullevålseter (puis Sognsvann).

Ullevålseter © Thomas Bassetto

Nøklevann

Point de départ de nombreuses randonnées à l’est d’Oslo, il est possible de rejoindre le chalet de Mariholtet ou Rustadsaga.

Fossum – Brunkollen

Un peu excentré, mais le côté ouest d’Oslo n’est pas assez représenté pour l’instant. L’avantage de ce parcours est de pouvoir dîner à Brunkollen si le chalet est ouvert ! 

Le tracé de Sørkedalsrennet (25 km)

Annulée en 2020 (manque de neige) et en 2021 (pour cause de pandémie), le tracé de 2019 reste un classique. Il part et arrive du côté de Sørkedalen.

Sørkedalsrennet 2019

Pour confirmés (30+ km)

Skansebakken

Décidément, ce point de départ convient à tous les niveaux. Rien de tel que de partir de Skansebakken pour aller à Løvlia par exemple.

Sollihøgda – Kongens utsikt

Attention, on sort un peu d’Oslo. Sollihøgda est accessible en voiture ou en bus 200 (dont avec la compagnie Brakar et NON Ruter !) mais est un bon point de départ pour aller jusqu’à Sørsetra puis Kongens utsikt ! Par jour de beau temps on peut apercevoir Gaustatoppen.

Kongens utsikt avec Gaustadtoppen © Thomas Bassetto

Le tracé de Holmenkollmarsjen (35 ou 54 km)

Grand classique à Oslo (comme peuvent l’être le marathon et Holmenkollstafetten), Holmenkollmarsjen représente un grand tour dans la forêt d’Oslo qui va jusqu’à Kikutstua et fini dans le stade d’Holmenkollen. Normalement il y a plusieurs tracés de proposés mais il n’y en a qu’un en 2021 de 35 km.

Le tracé habituel de 54 km qui part de Sørkedalen est toujours disponible sur le site de Skiforeningen pour inspiration.

➡️ PDF du tracé 2021

Nordmarka på langs, de Grua à Sognsvann (45 km)

Rien de tel pour passer une bonne journée que de prendre le train tôt pour Grua et revenir en ski jusqu’à Oslo (Sognsvann) avec collation à Kikutstua. Comptez environ 45 km pour traverser la forêt d’Oslo en diagonale.

Le tracé de Grenaderløpet (90 km)

Une des plus longues course de Oslomarka, de Varingskollen à Asker : 90 km !

Accessible en voiture

Plusieurs des destinations citées plus haut sont accessibles en transport en commun et en voiture, mais il y en a d’autres ou la voiture est nécessaire. Il est utile de la connaître quand l’enneigement n’est pas suffisant ou pour éviter les foules du dimanche :

À noter que Skiforeningen à un service de bus, le Skibuss, qui peut amener jusqu’à Ringkollen, Mylla ou Brovoll quand les conditions s’y prêtent.

Conclusion

Voilà, vous avez de quoi explorer marka pour, au moins, les 10 à 20 prochaines années :o).

Merci à Bruno, Christian et Nicolas pour la relecture et les idées !

Portrait de Georges, en Norvège depuis 1966

Georges s’est installé en Norvège, il y a déjà 55 ans ! La Norvège de l’époque était bien différente de celle d’aujourd’hui, nous en parlons dans ce portrait.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu venu en Norvège ?

Georges : En première année d’université à Strasbourg il était possible d’avoir une heure de cours de langue scandinave par semaine. Les cours de danois et de suédois étant pleins, je me suis rabattu sur les cours de norvégien.

J’ai ensuite décidé de continuer mes études en Norvège. Je suis donc arrivé le 9 janvier 1966, avec le train de nuit de Copenhague. Il y avait 1,5 m de neige à Oslo : maintenant les hivers en Norvège c’est de la rigolade ! J’ai tout de suite été mis dans l’ambiance. L’hiver 1966 a été un des plus froids de la décennie. C’était aussi l’année du championnat du monde de ski nordique à Holmenkollen. Un Norvégien m’a expliqué que si je survivais à cet hiver-là, je serais apte à vivre dans ce pays. 

Le matin de mon arrivée je suis allé directement m’inscrire à l’université, où il m’a été donné une chambre, et où j’ai étudié le norvégien pendant 1 an et demi. J’ai ensuite obtenu un bachelor d’histoire de l’art et un master de français. Après les études, j’ai donné quelques heures de cours par semaine à l’université d’Oslo. J’ai ensuite enseigné pendant 3 ans à l’université de Bergen, puis je suis revenu à Oslo enseigner le français à BI. Je suis retourné 3 ans à Bergen dans les années 90, avant de revenir de nouveau à BI où j’y ai enseigné le français, incluant non seulement la grammaire, la traduction, la littérature, mais aussi la société, la vie économique et la culture d’entreprise française jusqu’à ma retraite en 2012. 

Après autant d’années ici, as-tu envisagé de demander la nationalité norvégienne ?

J’en ai fait la demande il y a quelques mois, je voulais attendre qu’il y ait la possibilité pour la double nationalité. Avant 2020, il fallait abandonner la nationalité française. 

Je connais une Française qui avait abandonné sa nationalité française, mais qui l’a récupéré après avoir été déçue des résultats du référendum de 1992.

Peux-tu nous décrire la Norvège « d’avant », par exemple au niveau de la nourriture ?

Quand je suis arrivé en 1966, il n’y avait aucun centre commercial. Tous les magasins étaient des petits magasins familiaux, des épiceries de quartier, et des bouchers ou poissonneries « du coin ». Même si ce n’était pas toujours évident avec la langue, il y avait un contact direct avec les gens.

Il y avait un certain type de boutique qui s’appelait « melk og brød butikk », et qui ne vendait littéralement que du pain et du lait. À ce moment-là, et pendant les 10 à 15 années qui ont suivi, je buvais un litre de lait par jour ! Tout le monde le faisait, ça faisait partie de la culture. C’est un peu resté de nos jours, étant donné qu’il y a des distributeurs de lait qui se trouve tout aussi bien dans les cantines que dans les hôtels.

Boutique « Melk og Brød », photo par Bergens Tidende

Le déjeuner avec les « tartines » (brødskiver og pålegg) est également un élément de culture qui existait avant et qui n’a pas changé. C’était un peu difficile pour moi au début. En France, les gens s’arrêtent vraiment pour le midi pour faire ses courses, se faire à manger et avoir une pause. Alors qu’ici la matinée ne finissait jamais (mais les journées se finissaient tôt). Au début de mes années étudiantes, je rentrais dans ma chambre universitaire à midi et je me préparais un repas complet, comme pour le soir. Mais j’ai été vite en faillite, car c’était bien sûr trop cher. Donc j’ai arrêté et j’ai commencé à faire comme les Norvégiens, rentrer à 16h – 17h pour un vrai repas.

On m’a dit que Rema 1000 a commencé en tant que … Rema 500. Est-ce vrai ?

Les premiers magasins Rema ont ouvert en 1979 et vendaient 500 produits différents. Mais il n’y en avait pas à Oslo, ils ont commencé dans la région de Trondheim puis se sont étendus à Bergen et à Stavanger. À Oslo, notre chaine de magasins était Rimi (racheté par ICA puis Coop). Par contre, tous ces supermarchés étaient tout petits ; il y avait le strict minimum comme à l’épicerie du coin. Et tous les magasins fermaient vers 16h ou 17h. Le samedi, les magasins fermaient à 13h, et tout était fermé le dimanche. Il fallait bien bien prévoir ses courses !

Le premier magasin Rema de Bromstad contenait 600 articles. Crédit photo: Rema 1000

Est-ce que tu y trouvais quand même ce que tu voulais ?

Non, il n’y avait pas grand-chose ! Ma mère m’envoyait régulièrement des paquets de nourriture avec des rôtis, des gâteaux aux pommes, etc. Quand je racontais comment c’était en Norvège, les gens disaient « Oh les pauvres ! Là où ils habitent, il n’y a rien à manger ». Ce n’est plus vrai, mais ce sont des clichés qui restent, comme le fait de dire qu’il fait toujours froid en Norvège.

Je me souviens qu’on ne trouvait que deux types de pain : un pain de campagne et un pain blanc. Autrement, les produits communs tels que brunost, makrell i tomat ou leverpostei se trouvaient déjà. Le « lunsj » est toujours le même depuis que je suis arrivé. Il m’est arrivé, étant étudiant, de venir avec un matpakke type ridderost, qui sentait un peu fort. Et donc les gens se plaignaient un peu et me demandaient de le mettre à un autre endroit. Le brunost ça ne sent rien par comparaison.

Et au niveau du quotidien ?

La grande différence comparée à maintenant était qu’il n’y avait pas de stress, tout était calme. Oslo était un grand village endormi. Tu pouvais bien sûr aller au cinéma ou au théâtre, mais c’était calme. Maintenant, c’est une métropole comme les autres : il y a les mêmes magasins internationaux, tout est ouvert tout le temps, etc. Alors qu’avant, il n’y avait que des marques et magasins norvégiens, tenus par des familles.

Le seul magasin un peu spécial à l’époque était quand tu voulais acheter du vin. C’était déjà le vinmonopolet, mais il fallait faire la queue pour acheter sur catalogue en comptoir. Les gens n’étaient pas trop pointilleux, ils commandaient les vins en demandant « deux litres du vin avec l’étiquette bleue », alors que moi je commandais en fonction du type de vin.

Un Vinmonopolet avec les comptoirs. Source

Pour sortir en ville pas de Starbucks ni d’Expresso House : il y avait seulement les « brun café » et les « brun restaurant », des petits cafés et des restaurants traditionnels, norvégiens et familiaux, mais pour y prendre un verre, il fallait aussi commander à manger. Tu allais souvent dans les restaurants pour simplement pouvoir boire de l’alcool. 

Niveau télévision, il y avait une chaine en noir et blanc qui diffusait notamment du théâtre filmé. Le samedi soir, toute la Norvège était devant cette chaîne pour regarder les programmes de variétés et les débats animés de 20h à minuit. Je pense avoir appris le norvégien de tous les jours en regardant les films et les programmes étrangers à la télévision, car tout était sous-titré en norvégien, comme au cinéma, et le contenu était de bonne qualité. 

Est-ce que les « harrytur » (les aller-retour en Suède pour faire le plein de nourriture moins chère) existaient déjà ?

Oui, on en faisait avec le travail, mais il n’y avait pas les grands centres commerciaux suédois. C’est venu une fois que les Norvégiens ont eu plus d’argent, qu’ils ont commencé à dépenser plus, et que les prix dans les magasins ont également augmenté.

Quand tu es arrivé, connaissais-tu beaucoup de Français ?

Non, on devait être 3 à l’université. Maintenant, il y en a partout. Quand tu te promènes en ville, ça parle français tous les jours.

Le pétrole en Norvège, qui a fait sa richesse, a été découvert en 1969 alors que tu étais déjà ici. Comment as-tu perçu le changement après cette découverte ?

On entendait parler de la découverte du pétrole dans les journaux, mais au début de son exploitation, il y avait beaucoup plus d’entreprises étrangères que norvégiennes. Ce ne sont d’ailleurs que des étrangers qui travaillaient sur les plateformes, et ça ne nous a pas changé le quotidien. D’ailleurs, le fonds souverain ne date que des années 90.

Par contre, je me souviens qu’au début des années 80, il y a eu un changement de gouvernement, qui est passé à droite, et c’est là qu’on a commencé à remarquer une transformation. Tout commençait à être privatisé, il a eu l’apparition des radios locales, la télévision est passée de 1 à 2 chaines, etc. Tout d’un coup, il se passait quelque chose et les mentalités des gens ont commencé à évoluer.

Est-ce que ce changement coïncide avec les débuts du boom de l’immobilier ?

Oui, ça a commencé au même moment. J’ai acheté un appartement à Oslo en 1994, ce n’était pas cher, mais l’année d’après, ça a commencé à augmenter. Les gens venaient en visite avec leur attaché-case, remplis de billets, pour pouvoir acheter les appartements en liquide, sous la table. J’ai vu plusieurs fois des gens ouvrir leur attaché en visite pour montrer l’argent !

Pour se faire une idée, nous avions acheté un appartement de 60 m² pour 1000000 de couronnes, mais 2 à 3 ans après sa valeur avait doublé voire triplée. Au final l’augmentation ne s’est jamais vraiment arrêtée (à Oslo), même maintenant en période de pandémie.

Pris moyen du m2 en Norvège, sources: SSB et autres

Quel est l’évènement qui t’a le plus marqué ?

Le 22 juillet 2011 bien sûr. J’étais devant ma télévision en train de regarder le tour de France quand j’ai entendu l’explosion. Ça a été l’évènement le plus affreux.

Y a-t-il des changements que tu préfères maintenant ?

Comparé à avant, tu peux faire et acheter ce que tu veux. Par exemple, si tu voulais acheter de la bière un samedi, et parce que les magasins fermaient à 13h, il fallait aller dans LE magasin ouvert jusqu’à minuit. Il se situait dans le métro de Grønland, au sous-sol. Il y avait une queue d’étudiants tous les samedis soir ! La seule condition pour acheter est qu’il fallait également acheter de la nourriture pour le même montant que l’alcool. Donc tu ressortais avec une bière et plusieurs pains. Une grande différence entre la Norvège et la France est qu’il y a moins de contrôles ici. Le système te fait confiance jusqu’à ce que tu fasses une erreur et que tu te fasses prendre.

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège ?

Sans hésiter, la ville de Bergen. J’y ai habité dans les années 70 et ça ressemblait à une ville avec un centre, un port et des bâtiments imposants autour. C’était tout petit, mais ça donnait l’impression d’avoir plus de vie qu’à Oslo. Aujourd’hui, c’est différent, ça a une autre ambiance, mais ça reste une ville plus vivante qu’Oslo. Je trouve que les gens y sont plus décontractés.

Bergen en hiver, photo par Michael Fousert

Les 7 biscuits norvégiens de Noël et leurs recettes

Parmi les traditions culinaires norvégiennes de Noël, il y a celle que l’on appelle « De syv slag » qui consiste à préparer (et déguster) 7 types de biscuits pour les fêtes de fin d’année.

En réalité, il existe plus de 20 types de biscuits différents ! Chaque famille a ses préférences, et plus ou moins de volonté d’en réaliser 7 sortes différentes chaque année 😉.

Voici notre « Top 10 » des biscuits norvégiens de Noël, avec des liens vers leurs recettes. Sans surprise, les ingrédients sont assez souvent les mêmes (beurre, farine, œuf, sucre, épices dont cannelle, etc.) mais attention, certains ont même besoin de matériel spécifique pour être préparés (qui peuvent se trouver à des prix raisonnables sur Finn ou sinon dans les boutiques de cuisine).

Pepperkaker

Ce sont des biscuits souvent en forme de cœurs, d’animaux ou autres figures. Pas plus épais que quelques millimètres, ils ont un goût assez prononcé en cannelle, clou de girofle, gingembre et cardamome.

Définitivement le plus connus de tous les biscuits de Noël, il se trouve dans beaucoup de boutiques et sur de nombreux stands des marchés de Noël. Il n’est pas rare de voir des entreprises organiser des concours de fabrication de pepperkaker ou de maison en pepperkaker parmi leurs employés.

Beaucoup de boulangeries vendent la pâte déjà prête (pepperkakedeig), il ne vous reste ainsi plus qu’à les découper avec des « pepperkakekorm », voire même d’en faire des maisons…

Recette : https://www.matprat.no/oppskrifter/tradisjon/pepperkaker/

Smultringer

Photo: Tine

Très célèbres, ce sont des donuts frits dans de la graisse de porcs (saindoux).

Recette : https://www.matprat.no/oppskrifter/tradisjon/smultringer/

Sandkaker (aussi Sandbakelse)

Photo: Detsøteliv

Il se trouve sous plusieurs formes, mais la plus répandue est définitivement celle d’une petite tarte. Croyez-le ou non, il n’est pas obligatoire de la remplir même si l’existe des recettes où ces biscuits sont fourrés à la crème, à la vanille ou avec de la multe.

Les moules de chez Cacas

Recette : https://www.detsoteliv.no/oppskrift/sandkaker

Sirupssnipper

Photo: Mills.no

Il se trouve sous la forme de losanges, avec une pâte similaire au pepperkaker, et avec une demi-amande au-dessus.

Recette : Rien de mieux que la vidéo en français de l’ambassade de Norvège en France ☺️ : https://www.facebook.com/norvegeenfrance/posts/3486334818119348

Berlinerkranser

Photo: NRK Mat

Biscuit en forme d’anneaux, dont les extrémités sont l’une en dessous de l’autre, et saupoudrés de sucre perlé. Son nom laisse à penser qu’il a été importé d’Allemagne.

Recette : https://www.nrk.no/mat/berlinerkranser-1.13776034

Goro

Photo: Tine

Croisement un biscuit et une gaufre, les goro sont pressés à plat et généralement aromatisés à la cardamome. Pour leur donner cette forme si particulière, il faut se munir de presses ou moules plus ou moins modernes :

Recette : https://www.tine.no/oppskrifter/kaker/vafler-og-smakaker/goro

Krumkaker

Similaires aux Goro, ces biscuits sont un hybride avec des gaufres. Ils nécessitent aussi une presse spécifique, et un outil pour les façonner en forme de cône :

Recette : https://www.matprat.no/oppskrifter/tradisjon/krumkaker/

Fattigmann

Photo: Mills.no

Le nom signifie littéralement « homme pauvre » soit disant car les préparer (à une époque où la farine était un produit de luxe) rendaient les familles pauvres. Simple en apparence, ils demandent un peu de technique pour parvenir à faire passer un coin du losange dans une ouverture faire au milieu :

Recette : https://www.tine.no/oppskrifter/kaker/vafler-og-smakaker/fattigmann

Kokosmakroner

Photo: MatPrat

Sans aucun doute le plus facile à préparer : les rochers coco.

Recette : https://www.matprat.no/oppskrifter/tradisjon/kokosmakroner/

Serinakaker

Photo: Meny

Pour finir, celui qui ressemble le plus à un cookie !

Recette : https://www.tine.no/oppskrifter/kaker/vafler-og-smakaker/bestemors-serinakaker

Le mot de la fin

Joyeux Noël et n’hésitez pas à partager avec nous vos créations sur notre page Facebook !

Portrait de Yous, pâtissier-entrepreneur en Norvège

Si vous étiez sur les groupes Facebook des Français en Norvège au début de la crise du coronavirus, il vous a été impossible de rater les photos des pâtisseries de Yous !

Ses messages ont fait leur petit buzz et ont même donné lieu à la confection de chocolat dans sa cuisine à Grünerløkka à Oslo, qui a abouti à des ventes de lapins et d’œufs en chocolat pour Pâques « à la sauvette » par sa fenêtre. Alors qu’il ouvre très bientôt, avec son associé Théo, le salon de thé « Mendel’s » dans le quartier de Bislett à Oslo, c’est l’occasion de revenir sur son parcours.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu venu en Norvège ?

Yous : Je travaillais en tant que pâtissier depuis quelques années à Londres (au club très fermé de la « UK Royal Navy » à St James’s Square, puis chez Harrods). La vie à Londres est très particulière, dans le sens où tout va très vite, c’est toujours très stressant, il y a énormément de monde tout le temps et partout. C’est une ville qui ne s’arrête jamais. L’expression « marche ou crève » prend tout son sens (rire), mais c’est aussi une ville pleine d’opportunités et de choses à voir. Finalement j’ai commencé à en avoir assez du stress, j’étais désireux d’un peu de changement. Je suis retourné en France sans vraiment savoir quelle serait ma prochaine aventure, mais je ne voulais pas forcément m’y éterniser.

Une après-midi de juin 2014, je buvais un café sur une terrasse du centre-ville de Nantes avec un ami de longue date, on parlait de faire un « road trip », mais lui n’aime pas du tout la chaleur. Nous avons choisi, au hasard, d’aller en Norvège. Quelques jours après, nous prenions la route. Nous avons roulé jusqu’aux îles Lofoten depuis Nantes. Une fois arrivé là-haut, j’ai eu une révélation ! C’était une énorme claque en plein visage. Des paysages mystiques et uniques au monde, un air pur et vraiment éclatant de mystère qui a tout de suite attisé ma curiosité. Une fois de retour, après avoir passé un mois sur les îles Lofoten, je n’arrivais pas à m’ôter cette idée de la tête de retourner en Scandinavie. J’ai décidé de fabriquer un camper van et de retourner vivre en Norvège. J’ai trouvé un travail à Oslo chez Pascal et j’ai déménagé à Oslo en mai 2017.

Qu’as-tu fait comme formation ?

À la base, j’ai des diplômes en finance et comptabilité. Mais j’ai grandi avec un père qui était chef cuisinier dans son propre restaurant. J’ai toujours été sensibilisé à l’art de la table, au bien mangé et au fait maison. Mon père a été très juste et attentionné. Par conséquent, l’idée de devenir pâtissier m’a toujours trotté dans la tête. J’ai donc, avec mes diplômes en finance-compta par correspondance en poche, suivi un cursus de CAP pâtissier, puis une mention complémentaire dessert à l’assiette et un BTM pâtissier chocolatier confiseur dans la maison la maison Flandrin. Une très bonne maison pâtisserie chocolaterie du centre-ville de Nantes où je suis resté 5 ans en apprentissage et où j’ai eu une première expérience en tant pâtissier chocolatier. C’était une maison qui avait la passion du service et aussi qui arborait fièrement le savoir pointilleux à la française. Une entreprise incroyable qui aujourd’hui n’existe malheureusement plus.

Finalement, ce n’est pas mal d’allier l’aspect gestion et marketing à la formation en pâtisserie. De mon point de vue, l’un ne va pas sans l’autre. Si vous réalisez un très bon gâteau, mais que vous ne savez pas le mettre en valeur, ça reste un bon produit, mais qui ne se vendra pas. Chaque détail, chaque petit paramètre a son importance même s’ils paraissent anodins.

Qu’est-ce qui t’a amené à te lancer dans ton entreprise ?

J’ai tout d’abord été, en Norvège, pâtissier et en charge des macarons chez Pascal. J’ai beaucoup appris, c’était intéressant. Puis il y’a eu l’émission de télé sur TV3 Norge, où j’ai eu un rôle amusant. Pascal a su me faire confiance, et je le remercierai toujours pour cette confiance. L’équipe à cette époque était très dynamique. J’en garde un super souvenir.

J’ai ensuite décidé d’aller travailler en tant que chef pâtissier au Scandic de Holmenkollen. Suite à des changements dans leurs offres en pâtisserie dans lesquelles je ne me retrouvais pas, j’ai quitté mon poste pour travailler sur mon projet de salon de thé et pâtisserie.

Cela faisait un moment que j’avais le projet d’avoir ma propre entreprise, pour pouvoir exprimer ma créativité de manière libre. Ce qui est intéressant en Norvège est que c’est un pays qui reste jeune dans le domaine de la gastronomie. Si vous voulez avoir une vraie expérience culinaire scandinave, il faut aller dans les restaurants haut de gamme et recommandés par le guide Michelin et/ou des restaurants de renom. Il y a un fossé entre ces restaurants de luxe et les restaurants de « tous les jours ». Ce fossé se retrouve également en pâtisserie. L’idée est donc de pouvoir apporter une expérience dont les Norvégiens n’ont pas l’habitude d’avoir.

Au fil des anecdotes, je me suis aperçu qu’il y a beaucoup de Norvégiens qui ont un certain manque au niveau de la culture gastronomique. Par exemple, beaucoup d’entre eux ne peuvent pas faire la différence entre un bon et un mauvais chocolat ou entre un bon et un mauvais gâteau. Il est donc non seulement important d’être exigeant avec nos produits, mais aussi de trouver une manière d’inculquer cette valeur à nos clients. Il faut donc proposer quelque chose qui donne envie, qui attire par son aspect et que ce soit également exploitable en termes de marketing. Nous réfléchissons par exemple à avoir un QR code sur le packaging des produits qui mène vers un descriptif de tous les ingrédients et du processus de fabrication directement sur votre smartphone. Sur le long terme, j’aimerais proposer de la pâtisserie honnête et intuitive.

Tu as quitté le Scandic début 2019, Mendel’s ouvre fin 2020. Que s’est-il passé entre-temps ?

Quand le plan commençait à devenir sérieux dans ma tête, et que j’avais les idées bien en places, j’ai eu l’idée de proposer à Théo de me rejoindre sur ce projet. Théo est un jeune pâtissier qui a travaillé en tant que responsable durant 4 ans chez Sébastien Bruno et que j’ai rencontré après avoir déménagé en Norvège (le monde de la pâtisserie française est petit ici). À ce moment-là, son projet était de quitter la Norvège et de partir travailler en Suisse, mais comme il a de bonnes compétences dans ce milieu, je lui ai proposé de s’associer. Nous nous complétons bien, car il a des compétences de production qui peuvent s’allier avec mes compétences un peu plus marketing et créations.

Il y a eu un plan initial mi-2019 avec deux investisseurs français qui étaient intéressés pour un business plan, mais qui ont laissé tomber quelques mois plus tard juste avant Noël. J’ai donc mis le projet un peu entre parenthèses pour pouvoir retrouver des moyens financiers via des petits boulots.

Mais maintenant nous avons de nouveaux investisseurs, et l’ouverture de la boutique se rapproche de plus en plus, si les travaux se passent comme prévu et si le coronavirus ne vient pas plus nous embêter.

Comment avez-vous trouvé de nouveaux investisseurs pour le projet ?

Un jour, je suis allé dans une boutique de décoration et j’ai trouvé des moules à œufs sympas. Avec Pâques qui arrivait, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec les réseaux sociaux. Je contacte alors Théo et lui propose de faire des chocolats pour Pâques, à l’origine juste pour s’occuper. Mais après que des amis aient partagé nos chocolats sur les réseaux sociaux, ça a suscité la curiosité et de plus en plus de personnes m’ont contacté pour passer commande ! Cela m’a réconforté dans mon idée de base, c’est-à-dire qu’il y avait de l’envie en Norvège dans ce genre de produits un peu haut de gamme. C’était un moment très marrant, car j’habitais au rez-de-chaussée et ma fenêtre donnait directement dans la rue ; les gens passaient donc commande et venaient directement les récupérer par la fenêtre. C’était un moment de partage et de rencontre unique.

Nous avons vendu tout ce que nous avions produit. Je n’avais posté que quelques photos sur Instagram, donc les personnes qui ont passé les commandes nous ont connus par le bouche-à-oreille. Nous avons tout de même envoyé des commandes à Lillehammer, Stavanger, Bergen, Trondheim, Kristiansand, Larvik, Bodø et aussi à d’autres endroits à la campagne. Je recevais aussi des photos en retour des personnes qui avaient commandé, des vidéos des enfants qui ouvraient les paquets reçus par la poste le jour de Pâques. C’est aussi pour ça que j’aime ce métier, qu’il y ait un vrai échange, l’envie de faire plaisir et une réelle motivation pour moi !

Ça nous a aussi permis d’être repérés par la compagnie Brødbakerne, ils nous ont achetés des lapins qu’ils ont ensuite vendus dans leurs boutiques. Ils ont vu une synergie avec des produits qu’ils avaient déjà, et au final, nous avons fait un partenariat avec eux pour ouvrir une boutique un peu plus « premium ».

Où sera situé « Mendels’s » et est-ce que tu peux me décrire le salon ?

La localisation exacte du salon de thé Mendel’s est encore tenue secrète, mais elle sera aux alentours de Bislett avec des places assises, extérieures et intérieures. Il sera possible bien sûr de commander des boissons chaudes, mais aussi d’acheter des pâtisseries et chocolats à consommer sur dans un cadre très convivial et/ou à emporter à la maison. Par la suite, l’idée est de faire un jardin d’hiver sur la terrasse pour pouvoir s’asseoir dehors toute l’année, et avoir une vingtaine de places à l’intérieur. C’est assez limité, mais c’est ce qui fait le charme de la boutique. Ce qui prendra le plus de place sera le laboratoire ouvert, délimité par une grande baie vitrée, les clients auront une vue sur ce qu’on fabrique en temps réel, c’est aussi une preuve de qualité. Je trouve qu’avoir un laboratoire ouvert amène un charme et une autre dimension à la pâtisserie. Je voulais casser avec cette image de chaîne de café bar ou tous les produits semblent être les mêmes.

On a également pensé à des détails que d’autres cafés bars n’ont pas, de la qualité des sièges à celle des pattes de lion pour les tables. Nous aimerions apporter quelque chose de moins « neutre » que les autres cafés sur Oslo, quelque chose de plus recherché et dynamique.

Est-ce que vous embauchez ?

Nous ne sommes pas actuellement dans la phase d’embauche. Il faut encore finaliser la boutique. Nous allons certainement commencer la production à deux, mais avec 70 – 80 places assises avec la terrasse, il faudra très certainement embaucher rapidement après, en boutique et production.

Les photos sur votre compte Instagram sont superbes, et je sais que tu les prends toi-même. Est-ce que tu t’intéresses aussi à la photographie ?

La photographie est un art qui m’a toujours passionné, je fais de la photo depuis que je suis petit. Je suis né au Maroc et j’ai grandi en Afrique durant les premières 11 années de ma vie. Durant ce temps je n’ai jamais quitté l’Afrique une seule fois, ce continent et a été une source d’inspiration et un immense terrain de jeux ! Mon grand-oncle avait un réel don pour la photo et il avait un vieux Nikon argentique (que j’ai toujours et que j’utilise de temps en temps), je me suis juste mis à cliquer sur le bouton en prenant tout et n’importe quoi en photo. Plus je grandissais plus l’intérêt d’avoir un sujet à capturer devenait primordial. Le voyage, les rencontres, les évènements de la vie de manières générale devenaient donc des sujets que j’adorais capturer.

La photographie en tant qu’œuvre d’art est un sujet complexe. Aujourd’hui, la photo à moins de chance de nous impressionner qu’à l’aube de son invention, en 1826. Un flot d’images se déverse sur nos écrans de téléphone à longueur de journée… Un photographe tient entre ses mains le pouvoir de transformer la réalité, c’est le principe des mises en scène. Il compose son propre univers avec des fragments de réalité. En décorant un intérieur, en habillant un modèle, ou dans mon cas de composer avec mes propres créations (gâteaux, macarons, etc.). J’aime aussi les photos de portrait ou de paysages, car je suis curieux du monde et des évènements qui m’entourent.

Aujourd’hui mon métier de pâtissier me permet de créer des sujets, de la matière à capturer et par la suite les partager. Enfin de compte tout ce que je fais, l’art que je pratique à travers la photo, la pâtisserie, la cuisine est une question de partage et l’envie de générer des émotions.

Pour finir, selon toi quel est le plus bel endroit en Norvège ?

J’en ai plusieurs que je préfère, mais s’il ne faut en donner qu’un ce sont les îles Lofoten. J’ai pas mal voyagé, mais quand je suis arrivé aux iles Lofoten la première fois, j’ai été frappé par le côté mystique, c’est un endroit absolument extraordinaire, et qui, je pense, met tout le monde d’accord. Un sentiment de retour à l’essentiel, j’ai beaucoup été inspiré durant mes voyages aux îles Lofoten. J’encourage tous ceux qui aiment la nature d’y aller !

Le congé paternité en Norvège, qui y a droit et comment en profiter?

Le congé paternité en Norvège a la réputation d’être très avantageux et bien plus long qu’en France. Tristan Champion en a même fait un livre, La barbe et le biberon, où il relate son propre congé paternité pour son deuxième enfant à Oslo, et le changement d’opinion sur la nécessité de ce congé avant de le prendre (en habitant à Paris) et après (à Oslo). Aujourd’hui le congé paternité en France est de 11 jours payé de 9 à 89 Euros par jour. Il va être amené à 28 jours dès le 1er juillet 2021.

En Norvège, le congé paternité est payé à 100% du salaire dans une limite de 6G (environ 600.000 NOK par an soit environ 60.000 Euros par an brut) pour une durée minimum de 15 semaines, auxquels s’ajoutent 2 semaines dès la naissance de l’enfant. La durée du congé paternité peut s’étendre jusqu’à 34 semaines (!) soit plus de 8 mois selon certaines conditions.

Dans tous les cas, il y a certains critères à remplir pour pouvoir profiter de ce droit. Cet article se veut à jour au moment de sa publication, mais rien ne vaut la source officielle, c’est-à-dire le site de NAV qui a un planificateur de congé parental assez bien fait, et une hotline pour les questions des utilisateurs. Notez que même après avoir envoyé une demande avec des dates précises il est toujours possible de modifier ses souhaits tant qu’ils ne sont pas rétroactifs.

Quel est le congé paternité, qui y a droit?

Le congé paternité est un congé rémunéré par la caisse de sécurité sociale norvégienne (NAV) qui compense le père pour sa perte de revenus pendant le congé pris pour s’occuper de son enfant.

La beauté de la Norvège c’est qu’il ne faut pas nécessairement être dans un couple hétérosexuel pour avoir droit au congé paternité. Vous pouvez aussi être dans un couple homosexuel (deux hommes), ou être père célibataire. En cas d’adoption le père a aussi droit au congé paternité. Le but de ce congé est de s’occuper de son enfant, mais aussi de créer un lien unique avec l’enfant alors que l’autre parent est retourné au travail. Les études montrent que c’est bénéfique pour beaucoup de choses y compris l’égalité à la maison par exemple dans les tâches domestiques. Pour plus d’infos voir le site de NAV.

Critères préalables à remplir

L’élément le plus important à comprendre pour l’obtention du congé paternité norvégien est qu’il dépend du droit de la mère de l’enfant à son congé maternité payé. Je m’explique. Pour avoir droit à un congé maternité rémunéré, une mère a besoin de prouver qu’elle remplit trois critères:

  • elle a travaillé minimum 6 mois dans les 10 mois précédant l’accouchement
  • elle a gagné au minimum 50 676 kr dans une année (½G)
  • elle vit en Norvège. Notez qu’il n’est pas nécessaire d’être de nationalité norvégienne ou même résidente permanente

Si une mère ne remplit pas cette condition elle n’aura pas droit au congé maternité payé mais à une somme unique (voir ci-dessous). Si la mère ne remplit pas ces critères, le père perd son droit au congé paternité payé. De nombreux couples se sont brûlé les ailes sur ce point, car le père a par exemple un bon travail en Norvège, travaille depuis plusieurs années et est même peut-être de nationalité norvégienne. Cela n’a aucun impact sur le droit au congé paternité si la mère ne remplit pas les trois critères. Le cas a même été amené devant la cour de l’EFTA pour discrimination. Voir plus bas. Il semble y avoir des exceptions, par exemple lorsque la mère est étudiante. Alors le père a tout le même le droit au congé paternité malgré l’absence de travail suffisant de la mère. A voir avec NAV qui a un service dédié à ces questions.

Dans le cas d’un couple homosexuel, c’est le père biologique qui a les droits du parent numéro 1 (la mère et son congé maternité dans l’exemple ci-dessous). Le droit au congé paternité du second père qui n’est pas le père biologique dépendra donc de ce que le père biologique a remplit les trois critères expliqués ci-dessus.

Pendant combien de temps?

Si vous y avez droit, le congé paternité est divisé en minimum deux parties. La première partie se prend à la naissance de l’enfant, et s’appelle « omsorgspermisjon ». Elle dure 2 semaines consécutives et ne constitue pas en soi le congé paternité rémunéré par NAV, mais un droit des pères a rester avec leur enfant nouveau-né et aider la mère. C’est un droit protégé par le Code du travail norvégien, et il est souvent rémunéré par l’employeur (à hauteur de 100% du salaire). Notez que si les employeurs rémunèrent en général les nouveaux pères pendant ces 14 jours ce n’est pas une obligation légale de le faire.

La seconde partie constitue le « réel » congé paternité. Il est constitué de 15 semaines rémunérées à 100% du salaire ou 19 semaines à 80% du salaire. À cela s’ajoute une période commune (fellesperiode) de 15 à 18 semaines que les parents peuvent se séparer comme ils l’entendent. Les pères peuvent alors obtenir de 0 à 18 de ces semaines supplémentaires de congé paternité (qui s’ajoutent à leurs 15-19 semaines initiales). Notez que les 15-19 semaines du congé paternité de base ne sont pas transférables à la mère ou autre parent. Elles sont perdues si elles ne sont pas prises par le père dans les 3 ans qui suivent la naissance de l’enfant. Si le couple a un autre enfant avant la fin des 3 ans tous les congés parentaux doivent être pris avant le début d’un congé pour un nouvel enfant.

Un père célibataire a droit aux deux quotas (père + mère) de 50 semaines rémunérées mais pas aux 3 semaines que la mère a avant le terme et aux 6 semaines pour se remettre de l’accouchement.

Si vous n’avez pas assez travaillé, une somme unique

La « engangsstønad » vient d’être augmentée, et est maintenant de 84 720 kr. C’est une somme unique encore une fois dépendante de la situation de la mère de l’enfant. Elle doit avoir peu ou aucun revenu et doit vivre en Norvège. C’est elle qui recevra la somme, et cela fera office de rémunération pour le couple vu que le père a alors perdu son droit au congé paternité. C’est une somme peu importante si l’on compare par exemple le salaire complet que touche un couple pour la perte de revenus pendant un congé parental qui peut être monter jusqu’à 600 000 kr selon les revenus du couple. Une adoption donne aussi le droit à cette somme, à moins que vous adoptiez l’enfant de votre conjoint.

Quand faire la demande?

La demande de congé paternité se fait avant la fin du congé maternité de la mère. Attention, si la mère prend par exemple des vacances puis un congé sans solde après son congé maternité et que le père travaille toujours pendant cette période, le père ne doit pas attendre pour envoyer sa demande, il sera alors trop tard. Il faut en effet envoyer sa demande au plus tard la veille du dernier jour officiel de congé maternité de la mère pour NAV. Pas la veille du premier jour de congé paternité du père.

Attention, second point où de nombreux pères se sont brûlé les ailes, comme le montre un récent scandale en Norvège : de nombreux pères ont perdu tout ou une partie de leur congé paternité car ils ont soit envoyé leur demande à la mauvaise date, ou leur employeur a envoyé les informations sur le salaire du père à NAV en retard.

Plainte contre la Norvège pour discrimination des pères

L’ESA (EFTA Surveillance Agency) a fait une plainte contre la Norvège pour discrimination contre les hommes et plus précisément les pères dans sa politique de congé parental. En 2019 la cour de l’EFTA a jugé que la Norvège ne discriminait pas les pères, malgré les 5000 pères qui perdent leur droit au congé paternité dû à la règle du congé du père dépendant de celui de la mère. La Norvège n’a donc aucune obligation de changer ses règles, mais la ministre de l’égalité de l’époque elle-même se disait « déçue de la décision de la Cour » (!).

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Pour finir je conseille de nouveau la page de NAV pour planifier son congé parental, qui est assez bien faite. En cas de question n’hésitez pas à les appeler ils sont très réactifs.

Portrait de Fabrice, statisticien à l’agence nationale norvégienne de sécurité du médicament

Fabrice est statisticien chez Statens Legemiddelverket, l’équivalent norvégien de notre Agence Nationale de sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM). Il fait partie des équipes chargées d’émettre leur avis sur l’autorisation de nouveaux médicaments et vaccins au sein de la Norvège, et indirectement de l’Union européenne via des coopérations entre pays. Comme l’on peut s’en douter, les dernières semaines ont été très occupées par la COVID-19, d’autant plus qu’il travaille sur le vaccin de Pfizer qui a beaucoup fait parler de lui !

Thomas : Quand et pourquoi es-tu arrivé en Norvège ?

Fabrice : Je suis arrivé en Norvège en 2011. À la base, j’avais fait mes études en Suède et je travaillais en tant que chercheur dans le sud de la Suède depuis 5 ans. Nous pensions déménager, mais ma femme étant suédoise, et ayant deux enfants en très bas âges, nous voulions rester en Scandinavie. La Norvège est donc venue assez rapidement comme une bonne option. Le plan initial était d’y rester 2 ans avant de revenir en Suède, mais nous sommes restés car nous y avons trouvé notre bonheur.

Où travaillais-tu quand tu es arrivé en 2011 ?

J’ai commencé à travailler à l’université d’Oslo, en tant que chercheur dans la génétique de l’évolution et l’écologie. J’y suis resté jusqu’en 2018. J’ai eu l’occasion de pas mal voyager et de profiter d’un réseau international lié à l’université d’Oslo.

Mais je n’étais plus satisfait avec le système académique, j’ai donc décidé de chercher autre chose et je suis tombé par hasard sur une offre d’emploi à Statens Legemiddelverket, dont le travail consiste à réguler la mise sur le marché des nouveaux médicaments en Norvège, y compris vaccins et équipements électroniques médicaux (tout ce qui est médical et a un rapport thérapeutique). Ça fait maintenant plus de 2 ans que j’y travaille.

Les bureaux de Statens Legemiddelverket. Source : Statens Legemiddelverket

Qu’est-ce qui vous a fait rester en Norvège ?

Ma femme a également commencé à travailler à l’université d’Oslo, ce qui lui plaisait bien. Habiter à Oslo nous apportait un bon équilibre entre la nature et la vie culturelle, ce qui nous plaisait beaucoup. Même en ayant des enfants en bas âges, et en étant donc limité dans ce que nous pouvions faire, il y avait aussi la possibilité de faire des activités en hiver (avec les sports d’hiver) et en été (avec la mer). D’autre part, Oslo est une grande ville, avec une vie gastronomique et une vie culturelle qui nous a bien plu. 

Avant de venir à Oslo, nous habitions à Lund, qui est une petite ville universitaire dans le sud de la Suède. Mais la ville d’Oslo permet de tout combiner sans avoir à aller dans une autre ville, comme nous avions à le faire en allant à Malmö ou à Copenhague. La nature suédoise est belle, mais celle d’Oslo est encore plus belle.

Peux-tu nous en dire un peu plus en quoi consiste ton métier ?

La majorité du temps, j’étudie des rapports qui sont envoyés par des entreprises pharmaceutiques qui ont des nouveaux médicaments ou vaccins à proposer et j’émets un avis positif ou négatif (avec toute une équipe de collègues avec chacun sa spécialité). Même si la Norvège n’est pas membre de l’Union européenne, elle fait partie de l’espace économique européen ; et à ce titre, elle fait partie de l’EMA (European Medicines Agency), qui correspond à l’organisme qui régule la mise sur le marché des médicaments dans l’UE, y compris en Norvège et en Islande. Bien que ces deux derniers pays participent à l’étude des dossiers de mise sur le marché et produisent des rapports avec avis positif ou négatif, ils n’ont pas le droit de vote, car ils ne font pas partie de l’Union européenne.

Le système pharmaceutique norvégien dépend donc énormément de l’UE. Cependant, même si des médicaments sont autorisés en Norvège au même titre que les autres pays d’Europe, chaque pays doit négocier son prix avec les entreprises pharmaceutiques. Ce qui peut créer des différences assez marquantes entre les pays : un médicament qui peut être acheté sans ordonnance en France, mais pas en Norvège, ou vice versa, médicaments pas forcément remboursés au même prix ou juste introuvable malgré leur autorisation.

J’imagine que cette année vous êtes pas mal occupés par rapport aux discussions liées aux traitements ou vaccins contre la COVID-19 ?

En tant que membre de l’EMA, la Norvège était déjà impliquée dans les discussions liées aux médicaments existants, par exemple au Remdesivir, pour traiter les malades atteints du COVID-19 avant l’été. Mais en plus de cela, nous avons en ce moment un rôle particulier par rapport aux vaccins (qui est une priorité désormais dans notre organisation), car la Norvège est l’un des 3 pays qui étudient les rapports issus du laboratoire Pfizer et liés au vaccin dont nous entendons parler actuellement. 

Les données liées à ce vaccin viennent donc d’être mises à notre disposition, et nous donnerons notre avis détaillé avant qu’il n’y ait un vote par tous les pays membres. Il est très important de faire la différence entre ce qui a été annoncé dans les médias (correspondant à la communication faite par Pfizer), et la validation des données qui n’ont actuellement été vus que par un comité indépendant, composé d’un statisticien et d’un médecin. L’annonce d’une efficacité de 95% est une très bonne nouvelle, mais les données n’ont pour l’instant pas été validées. C’est donc positif, mais il faut relativiser. Et l’étude des effets secondaires sera aussi minutieuse et comptera autant dans l’avis que nous rendrons.

Par contre, il est vrai que les processus sont accélérés. Les délais d’étude des vaccins ont par exemple été réduits de 3 mois à environ 3 semaines, en augmentant les effectifs et en mettant la priorité sur certains dossiers par rapport à d’autres. C’est en tout cas positif de voir que la Norvège a un rôle important à jouer. Mais rien n’est bâclé ou négligé. 

Vue d’artiste du vaccin. Source : Daniel Schludi

Les autres pays de l’UE ne seront-ils pas impliqués dans cette étude ?

Trois pays de l’EMA, dont la Norvège, seront impliqués. Les autres baseront leur décision sur nos rapports et les autres données qui auront été issues. 

Est-ce qu’il y a d’autres vaccins à l’étude en ce moment ?

Oui il y en a plusieurs. Nous nous attendons peut-être à une quinzaine de vaccins annoncés pendant les deux prochains mois. C’est donc la course en ce moment, mais il est difficile de dire lequel aura l’autorisation en premier. Même s’il y a des annonces dans les médias, il y a toujours des compléments d‘information qui sont demandés aux laboratoires, et la décision dépend donc aussi de leur temps de réponse.

Ça va se jouer à peu de chose près, mais on peut espérer qu’il y ait un premier vaccin autorisé d’ici à janvier, voire avant. Après, il y a une grande différence entre l’autorisation temporaire, la mise sur le marché et la production du vaccin. Par exemple, il a été annoncé dans la presse que la Norvège aurait le droit à 2 millions de doses du vaccin de Pfizer (de quoi l’utiliser sur 1 million de personnes, car il faut 2 doses/pers.), mais il faut suffisamment de temps pour qu’il soit produit.

Même si le processus de mise sur le marché est accéléré, il y a ensuite un processus très rigoureux lié à la production, car la qualité de chaque batch de vaccin doit être surveillée. D’un point de vue réglementaire, il y aura des processus très rigoureux à mettre en place, et ça mettra donc beaucoup de temps pour produire un vaccin de qualité constante. Ce n’est pas parce que le vaccin fonctionne qu’il peut facilement être produit sur des millions de doses.

Que penser de l’annonce de Moderna et de son vaccin efficace à 95% ?

Comme dit précédemment, il est impossible d’émettre un avis et même inutile de commencer un quelconque débat sans avoir pu consulter les données brutes de leurs tests, mais ça reste aussi très prometteur. On peut s’en réjouir, mais prudence…

Que peux-tu me dire sur vos critères de sélection ?

L’un des points importants de mon travail est de regarder l’efficacité d’un vaccin ou d’un médicament, combien de temps dure l’immunité, empêche-t-il la propagation du virus ou prévient seulement les symptômes, etc. Mais en même temps, il faut trouver un point d’équilibre entre l’efficacité et la sécurité (à savoir les risques d’effets secondaires). L’intention pour ce type de vaccin est de le distribuer de manière massive, donc même si le taux d’effets secondaires n’est « que » de 0,01%, cela peut avoir des effets néfastes considérables lorsqu’il est administré à 5 millions de personnes. C’est pourquoi nous avons des processus très rigoureux pour rejeter tout effet secondaire grave. Je travaille en tant que statisticien et beaucoup avec les chiffres pour ce qui est de l’efficacité, mais s’il y a un risque d’effet secondaire grave, la sécurité est plus importante que les statistiques. Il faut savoir que les rapports que nous recevons des entreprises pharmaceutiques incluent beaucoup de données brutes, telles que la date et heure à laquelle un patient a développé des symptômes, quand est-ce qu’il a consulté son médecin, etc. On parle de milliers de pages et de tableaux de données. Nous avons donc vraiment la possibilité de fouiller dans les détails et de ne pas laisser passer certaines choses. Et les trois pays impliqués dans les études rendent leur avis de manière indépendante, complétés par tous les autres pays membres.

Données brutes. Photo by Mika Baumeister

Un problème qui fait débat est que lorsqu’il y a un premier vaccin qui est accepté et sûr, il y a un principe d’éthique qui se pose, qui fait que ce n’est plus acceptable de prodiguer de placebo. Actuellement, une partie des patients reçoivent un placebo, et c’est comme cela que nous pouvons voir et juger de l’efficacité d’un vaccin. Par contre, un vaccin autorisé peut être comparé à un nouveau vaccin en phase de test pour vérifier que son efficacité soit aussi bonne, mais il faut alors changer ou stopper les essais cliniques en cours. Il y aura donc des discussions par rapport aux phases de tests après qu’il y en ait un qui ait déjà été accepté. 

Tu as mentionné la vérification des différents batchs durant la production, êtes-vous aussi impliqué à ce stade ?

Oui. Lors de la production, nous recevons des échantillons de chaque batch afin d’effectuer des tests et contrôler leur qualité. Les tests sont effectués en laboratoire et nous contrôlons les résultats contre les critères d’acceptance de qualité. Il peut donc arriver que certains batchs (et donc vaccins produits) soient refusés, car ils ne sont pas en accord avec ces critères. 

Comment vois-tu 2021 dans ta boule de cristal ?

Je vois une première partie de 2021 très difficile, puis une amélioration due tout d’abord à l’été qui arrive (le facteur climatique), et au fait que nous commencerons la vaccination à échelle plus large. Je vois la deuxième partie d’année bien meilleure, avec beaucoup moins de confinement, et un retour « presque » à la normale. Je pense aussi qu’on aura tous tiré des leçons de vie avec des choses que nous ne voudrions pas voir se reproduire de nouveau.

Nous avons un peu plus de chance en Norvège, qui peut s’expliquer entre autres du fait de la densité de population, mais il faut encore s’attendre à des semaines et mois difficiles à venir. 

Mais ce n’est que mon opinion (et pas celle de mon employeur) !

Merci pour toutes ces informations ! Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège ?

Sans hésiter, je dirais Gudvangen, localisé près de Flåm dans le fjord le plus étroit de Norvège : Nærøyfjord. L’endroit donne plus l’impression d’être dans un canyon que dans un fjord. J’y suis allé cet été, mais j’aimerais déjà y retourner.

Petite introduction à la double imposition franco-norvégienne

La question de savoir où déclarer et payer ses impôts revient souvent pour les personnes changeant de pays ou vivant « à cheval » entre plusieurs pays. C’est en particulier le cas pour ceux et celles ayant des revenus dans plusieurs pays ou qui sont propriétaires de biens immobiliers en dehors de leur pays de résidence principale.

Il n’est pas forcément évident de s’y retrouver dans les textes officiels français et norvégiens. Votre centre des impôts, qu’il soit français ou norvégien, répondra en général uniquement pour la fiscalité du pays concerné, mais n’aura pas les réponses concernant la fiscalité de l’autre pays ou la manière dont les deux s’articulent.

Cet article, écrit et relu par plusieurs contribuables lambda eux-mêmes confrontés à la question depuis longtemps, essaie de donner des éléments de réponse. Il n’est qu’indicatif, n’est pas écrit par des experts et ne traite pas des très nombreux cas particuliers. Il est aussi très axé sur l’imposition des revenus du capital (revenus fonciers). Les informations données ci-dessous sont basées sur des sources vérifiées, mais que cela ne vous empêche pas de prendre vos responsabilités (ce qui signifie que les nôtres ne sont pas engagées). Pour toute question spécifique, il convient de s’adresser aux administrations fiscales des pays concernés ou à des fiscalistes professionnels.

N’hésitez pas à vous reporter à l’article du ministère des Affaires étrangères sur la Convention fiscale entre la France et la Norvège.

Le texte clé en ce qui concerne les Français en Norvège est la convention bilatérale :

Petit avertissement

L’échange automatique d’informations est devenu la norme entre administrations fiscales des pays de l’OCDE, institutions financières et employeurs.

Dans le passé certains prenaient le risque de ne pas déclarer dans un pays ce qu’ils percevaient ou détenaient dans un autre. Au-delà de tout jugement moral, il est illusoire aujourd’hui de croire que vous échapperez ainsi à l’impôt. Depuis plusieurs années déjà l’administration fiscale demande des comptes aux résidents en Norvège sur leurs biens et revenus en France, y compris par exemple sur des propriétés ne dégageant aucun revenu, des biens détenus en nue-propriété, etc.

Où dois-je payer mes impôts ?

Comme la plupart des pays du monde, tant la France que la Norvège appliquent les principes généraux suivants :

  1. Vous êtes imposable sur la totalité de vos revenus et de votre patrimoine dans le pays dans lequel vous résidez. Ceci concerne salaires et traitements, revenus du capital, revenus fonciers, et ensemble du patrimoine, qu’il soit financier, immobilier ou autre. 
  2. Les biens immobiliers sont imposables dans le pays dans lequel ils se situent, tant pour d’éventuels revenus locatifs que pour toutes les taxes locales et une éventuelle imposition sur le patrimoine.
  3. Mais ces revenus locatifs sont aussi imposables dans votre pays de résidence. Pour compenser cette double imposition (dans le pays où se situe le bien et dans le pays où vous résidez s’il est différent), la plupart des pays développés ont mis en place des conventions bilatérales de non double imposition.

Important : On parle à tort de non double imposition. Dans les faits on doit déclarer certains revenus et biens dans les deux pays, et on est imposé dans les deux pays, mais un calcul réduit ou annule l’impact de cette « double imposition ».

La résidence fiscale

La règle générale est que vous êtes résident fiscal dans un pays si vous y avez votre foyer, si vous y êtes physiquement plus de la moitié du temps ou si vous y avez l’essentiel de vos intérêts économiques.

Il existe des exceptions dans lesquelles nous ne rentrerons pas ici. C’est par exemple le cas de certains fonctionnaires français postés en Norvège ou de praticiens de certaines professions réglementées françaises résidant en Norvège, mais exerçant en France.

Si vous faites partie des exceptions ou si votre lieu de résidence n’est pas évident parce que vous vivez à cheval sur deux ou plusieurs pays, reportez-vous aux textes officiels (voir liens ci-dessous) et consultez les administrations fiscales ou des experts.

Les normes précises appliquées par l’administration fiscale norvégienne se trouvent sur le site de Skatteetaten.

Les normes précises appliquées par l’administration fiscale française se trouvent sur le site des Impôts.

Si par « malheur » vous êtes, aux termes de ces critères, résident fiscal des deux états, reportez-vous à l’article 4 de la convention bilatérale entre la France et la Norvège qui statue sur votre cas.

Les conventions bilatérales de non double imposition

Lorsque ces conventions existent, ce qui est le cas entre la plupart des pays développés et notamment entre la Norvège et la France, les administrations fiscales appliquent des mécanismes permettant d’effacer la double imposition qui résulte de ce qui précède. Ces mécanismes sont essentiellement de deux types :

  1. L’impôt que vous avez payé dans l’autre pays est déduit de l’impôt dû dans votre pays de résidence. C’est le mécanisme qui s’applique en Norvège pour vos revenus d’origine française : la Norvège calcule selon les barèmes norvégiens l’impôt dû sur l’ensemble de vos revenus et de votre patrimoine, y compris hors de Norvège. Vous demandez via un formulaire joint à votre déclaration en Norvège la déduction de l’impôt payé en France.
  2. L’impôt payé dans l’autre pays est compensé par déduction d’un impôt théorique dans votre pays de résidence. C’est le mécanisme qui s’applique à vos revenus d’origine norvégienne si vous résidez en France. L’administration fiscale française ne tient pas compte de l’impôt réellement payé en Norvège, mais calcule ce qu’aurait été l’impôt français sur vos revenus norvégiens, puis déduit cet impôt théorique de la somme due.

Quel que soit le mécanisme appliqué, ce calcul ne change pas le calcul de votre assiette fiscale dans votre pays de résidence, donc votre tranche marginale d’imposition.

Quelle imposition sur les revenus du capital en Norvège et en France ?

En Norvège, le taux d’imposition sur les revenus du capital, qu’ils soient financiers ou locatifs, est de 22% pour 2019 et 2020. Une exception est faite pour des revenus locatifs sur une entité louée faisant partie de votre résidence principale, voir le site des taxes pour toutes les conditions exactes. 

Attention : si vous louez 5 biens ou plus, quel que soit le pays dans lequel se trouve le bien et, quels que soient la taille des biens et le montant des loyers le fisc norvégien considère qu’il s’agit de revenus professionnels, et il vous faut enregistrer une entreprise (Enkeltpersonsforetak – ENK ou Aksjeselskap – AS) et réaliser une déclaration de revenus professionnelle.

Pour ce qui est de la France, en tant que non-résident, d’éventuels revenus financiers ne sont plus imposables en France. En revanche les biens immobiliers, quelle que soit leur nature, restent imposables en France et sont soumis :

  • Aux taxes locales : taxe foncière (toujours à la charge du propriétaire) et éventuellement taxe d’habitation (si le bien n’est pas loué), taxe sur les logements vacants, etc.
  • Imposition sur le patrimoine immobilier (I.F.I.) si la valeur de vos biens situés en France dépasse le plafond de 1,3 millions d’euros.
  • Imposition sur le revenu à un taux forfaitaire minimum (à la date de rédaction, 20% jusqu’à un certain seuil de revenu, de 30% au-delà).
  • Contribution de Solidarité (7,5% à date)
  • Contributions sociales (CSG, CRDS), sauf s’il est possible de prouver qu’on est affilié à un système de solidarité européenne autre que le français (dans le cas présent, si vous êtes affilié au norvégien)

Note 1 : Si la totalité de vos revenus mondiaux induit un taux d’imposition français inférieur au taux forfaitaire, vous pouvez demander à bénéficier de ce taux moyen en renseignant le fisc français de l’ensemble de vos revenus mondiaux et en cochant la case 8TM sur le formulaire 2042-C de votre déclaration de revenus.

Note 2 : Pour obtenir l’exemption des contributions sociales (CSG et CRDS) et bénéficier du taux plus bas de la contribution de solidarité, il faut impérativement cocher les cases 8SH et/ou 8SI sur le formulaire 2042 de votre déclaration de revenus.

Note 3 : Si vous avez payé les contributions sociales françaises sur des revenus antérieurs à 2019, sachez que ceux-ci peuvent vous être remboursés à condition que vous puissiez prouver que vous étiez affilié à un régime de sécurité sociale européen autre que le français.

Voir aussi l’article de l’administration fiscale française « Je suis non-résident, suis-je redevable des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, Prélèvement de solidarité) ? ».

Cas pratique : comment déclarer des revenus fonciers français si vous résidez fiscalement en Norvège

Comme décrit ci-dessus vous devez déclarer en France et en Norvège.

  • Vous déclarez en France vos revenus fonciers (formulaire 2044 ou 2044-SPE que vous reportez sur la déclaration générale 2042), mais ne déclarez pas vos revenus norvégiens.
    Rappel : Pensez à cocher les cases 8SH et 8SI sur le formulaire 2042, et le cas échéant la case 8TM.
  • Vos revenus fonciers français sont ensuite à reporter sur votre « Skattemelding » norvégien, ainsi que l’impôt payé en France qui viendra en déduction de votre impôt norvégien
    • Pour déclarer vos revenus fonciers, vous annexez à votre « Skattemelding » un formulaire RF-1189 par bien (qu’il soit norvégien, français ou autres) en appliquant les règles norvégiennes en ce qui concerne les revenus, frais et charges déductibles
    • D’éventuels revenus financiers hors de Norvège (par exemple intérêts, plus-values, dividendes…).
  • Vous déclarez dans la partie patrimoine (« formue ») la valeur de vos biens français. Vous déclarez également dans cette partie vos encours d’emprunts, encours bancaires hors de Norvège, etc. Des exceptions existent néanmoins, notamment pour les résidences principales ou résidences de villégiature (non locatif).
    Attention, pensez également à déclarer des biens dont vous ne tirez ni revenus ni avantages, tels que des parts dans des indivisions, des sociétés agricoles, des biens que vous détiendriez en nue-propriété… Tout cela entre dans votre patrimoine et vous sera réclamé par le fisc norvégien sur la base d’informations transmises par les autorités françaises !
  • Le formulaire RF-1147 vous permet de déclarer les impôts payés en France ou dans d’autres pays, qui viendront en déduction de l’impôt dû en France.

Pour aller plus loin

Vous avez lu la convention collective, consulter le site des impôts norvégiens (Skatteetaten répond par chat/téléphone), consulter le site des impôts français et vos questions sont toujours sans réponse ? Nous ne les aurons logiquement pas non plus, n’hésitez donc pas à consulter un cabinet de fiscalistes.