Ce qui change pour les voyages depuis et vers la Norvége à partir du 15 juillet

Le 10 juillet, le ministère norvégien des Affaires étrangères a annoncé des changements à leurs règles et recommandations de voyages, valables à partir du 15 juillet. Les voici :

  • Les habitants (indépendamment de leur nationalité) des pays et régions suivants pourront librement rentrer en Norvège sans avoir à observer de quarantaine : Autriche, Belgique, Chypre, République tchèque, Danemark, Estonie, Finlande, France, Îles Féroé, Allemagne, Grèce, Groenland, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Malte, Pays-Bas, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suisse et Royaume-Uni, ainsi que les régions de Blekinge, Kronoberg et Skåne en Suède.
  • Les habitants de la Norvège pourront aussi visiter ces pays et en revenir sans avoir à observer de quarantaine.
  • Les pays de l’espace Schengen / EEE où les recommandations d’éviter tous les voyages non essentiels s’appliquent toujours sont : la Bulgarie, la Croatie, le Luxembourg, la Hongrie, le Portugal, la Roumanie, certaines parties de la Suède (voir ci-dessus).
  • Il est possible de venir en Norvège en passant par la Suède à condition de ne pas y faire d’étape et de maintenir ses distances (ne pas s’arrêter dans les magasins et stations stations-service par exemple).
  • Les personnes vivant hors de l’EEE mais ayant de la famille ou un.e amoureux.se résidant en Norvège peuvent entrer, avec quarantaine obligatoire, à condition de pouvoir fournir des papiers justifiant de leur lien.
  • La liste des pays et régions ci-dessus sera mise à jour et à disposition sur le site du FHI, l’Institut norvégien de santé publique environ tous les 14 jours, en fonction de leurs niveaux d’infections.
Carte du FHI pour le 15 juillet

À noter que le gouvernement tient à préciser que :

Les exceptions aux recommandations de voyage ne doivent pas être considérées comme un encouragement à voyager. Chacun devrait considérer toutes les conséquences potentielles avant de voyager.

La Norvège permettra les voyages sans quarantaine vers de nouveaux pays

Le 25 juin Erna Solberg et son gouvernement ont donné une conférence de presse pour mettre à jour les règles quant aux voyages vers la Norvège et pour les résidents en Norvège (étrangers et Norvégiens) voyageant à l’étranger.

Rappelons que pour l’instant la quarantaine de 10 jours est obligatoire pour les personnes allant en vacances dans tout pays étranger, sauf pour les pays nordiques et ce depuis le 15 juin. Les pays nordiques sont dans ce cas le Danemark, la Finlande, le Groënland, les Iles Féroé et l’Islande. Attention, la Suède était exclue sauf pour la province du Gotland qui remplissait les critères du gouvernement mais maintenant toute la Suède est en zone rouge . Voir cette carte de l’Institut norvégien de santé publique (FHI) pour avoir la carte mise à jour en temps réel.

Nouvelle liste ouvrant à certains pays européens

Le 25 juin, le gouvernement a répété déconseiller tous les voyages qui ne sont pas strictement nécessaires dans tout pays étranger. Ce conseil est valable jusqu’au 20 août. (Voir ici la source officielle du gouvernement). Une exception est faite pour les autres pays nordiques (voir ci-dessous). A partir du 15 juillet une autre exception sera faite pour les pays européens/de la zone Schengen qui satisfont certains critères de limitation de l’infection au Covid-19 émis par FHI.

Les critères pour savoir si un pays passe le test

FHI a précédemment fixé les trois critères qui permettre d’évaluer si un pays ou une région permet de ne pas faire de quarantaine au retour en Norvège. Ces critères seront probablement ceux utilisés pour définir la liste européenne.

  • La région doit avoir en moyenne moins de 20 nouvelles personnes infectées pour 100,000 habitants dans les deux dernières semaines.
  • La région doit avoir en moyenne moins de 0,5 nouvelle admission en soins intensifs pour 100,000 habitants dans les deux dernières semaines.
  • Le pourcentage de résultants positifs au test du Covid-19 doit être inférieur à 5%.

Voyager en France sans quarantaine au retour en Norvège? Réponse le 10 juillet

La grande question: Est-ce que la France fait partie de cette liste de pays européens dans lesquels il est accepté de voyager sans obligation de quarantaine au retour en Norvège, et qui est considéré comme « sûr » par les autorités sanitaires norvégiennes? Premier souci: nous ne connaissons pas encore la fameuse liste qui sera rendue publique le 10 juillet. Elle sera applicable dès le 15 juillet, donc à peine 5 jours plus tard. Second souci: le gouvernement l’a déjà fait pour la Suède et peut donc le refaire pour d’autres pays: exclure de sa liste certaines régions d’un pays sûr. En théorie il pourrait dire « Vous pouvez voyager en Italie sauf dans la région de la Lombardie », donc idem pour la France et ses régions les plus touchées.

La liste de pays vers lesquels les Norvégiens et résidents de Norvège peuvent voyager sans quarantaine sera mise à jour toutes les deux semaines, donc même si la première liste est restreinte, rien ne dit qu’elle ne sera pas plus inclusive lors des prochaines annonces. Mais le gouvernement se garde bien sûr le droit d’autoriser les voyages vers un pays le 15 juillet puis de le retirer de la liste à la prochaine annonce. Cela voudrait dire que vous êtes partis en vacances en pensant éviter la quarantaine au retour, entre temps la liste change et vous revoilà en quarantaine. Comme dit la Première ministre Erna Solberg, « Il y a un risque à prévoir des vacances à l’étranger lorsque ce pays a un taux d’infection bas, car il peut augmenter. Alors vous devrez être en quarantaine en rentrant ».

La Première ministre Erna Solberg a une réponse à la frustration des Norvégiens et autres résidents ne pouvant prévoir leurs vacances à cause de ces changements soudains. « C’est la situation épidémiologique qui est cruciale. Voyager à l’étranger comporte un certain degré d’imprévisibilité. Si vous voulez quelque chose de prévisible, vous devez prévoir vos vacances en Norvège ».

Qu’en est-il des pays hors Union européenne?

Aucune indication du gouvernement ou des autorités sanitaires ne laisse à penser que d’autres pays non-européens seront ajoutés à la liste des pays ne nécessitant pas de quarantaine au retour en Norvège. Donc les vacances à Copacabana ça sera pour l’année prochaine. Bonnes vacances quand même!

Portrait de Jean-Philippe, champion de course de chiens de traîneaux installé dans le Hedmark

C’est au détour d’une conversation que j’ai entendu parler de Jean-Philippe, un compatriote français installé en Norvège, ancien champion de France mi-distance de courses chiens de traîneaux. Il est installé à Hodalen dans le Hedmark (maintenant Innlandet), pas trop loin de Røros, où il continue la compétition et accueille les touristes amoureux de nature avec sa famille.

Au travers de ce portrait, j’ai voulu en apprendre plus sur ce sport un peu méconnu et sur le quotidien d’un musher à la campagne norvégienne.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu arrivé en Norvège ?

Jean-Philippe : Je suis mécanicien de formation mais je suis avant tout un grand passionné par les chiens de traîneaux depuis mon enfance.

J’ai commencé en tant que musher au Pic de Nore qui culmine à la croisée des départements de l’Hérault, de l’Aude et du Tarn d’où je suis originaire. À l’époque il y avait de la neige 2 mois par an, puis le temps passant, de moins en moins de neige malgré la passion grandissante… J’ai fini par partir deux ans en Alaska dans les environs de Fairbanks où les conditions sont optimales pour la pratique de ce sport.

J’ai continué à pratiquer la compétition, puis après avoir découvert la région du Hedmark lors de la compétition Femund en 2007, nous avons commencé à nourrir le projet de revenir avec ma compagne, Stéphanie.

Elle est venue en reconnaissance et a enchaîné les petits boulots et du volontariat dans les fermes le temps de trouver quelque chose. Il nous fallait trouver un endroit assez grand pour le chenil. Au bout de 6 mois, elle a fini par entendre parler d’une ferme sur Tolga à louer avec beaucoup d’hectares dans les environs de Røros. J’ai pris l’avion et pendant ma semaine sur place, nous avons eu la chance de trouver une autre ferme, à Hodalen, à louer encore plus grande et à 800 mètres d’altitude !

C’est ainsi qu’en 2009 nous nous sommes installés à Moen Gard, une grande ferme de bois au pied des hauts plateaux à Hodalen, au cœur de la nature norvégienne.

Vous êtes maintenant propriétaire de cette ferme et je sais que c’est que c’est le rêve de beaucoup de Français. N’a-t-il pas été trop difficile de l’acheter ?

Nous l’avons louée pendant 3 ans, puis nous avons contacté les 4 propriétaires pour savoir s’ils voulaient la vendre. Ils ont tous dit oui, nous avons eu une chance incroyable. En Norvège, on trouve beaucoup de fermes à plus de 4 millions de couronnes mais nous avons eu un bon prix.

Il faut savoir que l’achat d’une ferme (« småbruk ») vient avec des contraintes, dont celle de devoir y habiter pendant au moins 5 ans. Pour notre part, nous avons mis en location les champs et cela fait 7 ans maintenant que nous sommes propriétaires.

Comment se compose ton chenil ?

J’ai actuellement 27 chiens au chenil et s’y ajoutent quelques chiots chaque année. C’est important d’avoir des bons chiens, mais la lignée et la race ne font pas tout ! On est aussi un mauvais ou un bon entraîneur. Le contact social avec les chiens, c’est ce qui nous permet, avec des petits chenils, d’être au niveau.

Les entraînements sont terminés en cette saison, j’en profite pour faire des petits tours de formation pour les chiens les plus jeunes avec quelques chiens plus mûrs : ça donne de l’expérience aux petits et ça les calme un peu. De temps en temps je vais juste pêcher dans des lacs de montagne avec eux, pas de pression de chrono, les chiens sont heureux c’est que du bonheur.

Comment se passe l’entraînement ?

Je commence début août par des petites sorties de 5 à 10km. Puis les mois s’enchaînent et les entraînements deviennent plus longs et plus intensifs. Sur certaines courses j’arrive avec environ 3 000 km d’entraînement minimum !

Bien sûr, certains chiens ont besoin de beaucoup d’entraînement d’autres moins. Il faut arriver à trouver le planning qui correspond aux chiens et aux objectifs. Je peux très bien, par exemple, faire un run de 120km juste quelques jours avant le départ d’une grande course.

J’ai vu sur le site web de ton équipe « Sled Dog Montagne Noire » que tu pratiques la compétition moyenne et longue distance. Comment se déroule une course ?

Je fais de la compétition plutôt en longue distance en effet, mais j’ai commencé en sprint comme tout le monde, avec 4 chiens.

Les courses moyennes et longues distances en Scandinavie font de 200 jusqu’à 1200 km et il faut de 20 heures à … 6 jours pour en venir à bout ! La distance, la météo, le dénivelé, le repos des chiens et du conducteur, l’alimentation : tout rentre en compte !

Les 40 à 70 concurrents doivent être tous être autonomes avec tout ce dont ils ont besoin pendant toute la course (paille pour que les chiens dorment, nourriture, etc.). Il n’est généralement pas autorisé de recevoir de l’aide mais il y a des stations après chaque étape pour se réapprovisionner et éventuellement se délaisser des chiens fatigués ou blessés. C’est pour ça qu’il est très important d’avoir des « handlers » qui font un gros travail derrière : sur certaines courses ils peuvent intervenir pour les massages, la nourriture, etc. Ils font partie de l’équipe et on se retrouve à chaque « check point ». Pour les courses de longue distance comme la Femund, tu as besoin d’un handler qui te mette de grands coups de pied aux fesses, et qui te dise « tu vas faire ci, tu vas t’occuper des chiens, tu vas te bouger » parce que des fois avec la fatigue et le manque de sommeil t’as le cerveau au niveau des chevilles !

En pleine course

Niveau résultats, où est-ce que tu te situes ? Est-ce que tu trouves les Norvégiens fair-play ?

Je me débrouille ! Au-delà de mon titre de champion de France mi-distance décrochée en 2004, j’ai fini premier de La Grande Odyssée en 2014. Plus récemment, j’ai fini premier de la Mush Synnfjell en 2017, 2018, 2019 et 2020. J’ai aussi gagné le Gausdal Maraton en 2018, l’Amundsen Race en Suède, la Gruveløpet à Røros 2 fois et cette année la première édition de la Femundløpet 200km ! Quand je participe à une Fedmund, mon objectif est d’être dans les 10 premiers.

Vainqueur de la F200

Comme pour le ski de fond, ou tout autre sport d’hiver en fait, je trouve que les Norvégiens ne sont pas toujours très fair-play. Lors de mes deux premières victoires lors de la Mush Synnfjell, les journaux ont souvent parlé de ma « chance ». Il a fallu que je continue à gagner en creusant l’écart avec le 2e pour qu’ils arrêtent de parler de chance. Par contre en 2017 j’ai été disqualifié de la F600 (Fedmunløpet 600 km) alors que j’avais réalisé le meilleur temps sur la 1ère étape. Comme par hasard les vétérinaires ont trouvé que 2 de mes chiens avaient un pouls trop rapide et voulaient que je reste 1 heure de plus que les autres au check point. J’ai refusé et cela m’a valu ma disqualification. Très dur à avaler car je savais que mes chiens étaient en pleine forme et leur pouls était seulement dû au stress et aux conditions autour d’eux.

Il y a aussi des bons côtés à cette adversité : les Norvégiens ont une rage au niveau de la compétition, ça te permet de progresser. Tu ne t’endors pas sur tes lauriers et comme je suis compétiteurs aussi, ça me va.

Pour avoir vécu quelques années en Alaska, comment comparerais-tu les deux régions ?

En matière de sport, les mushers Norvégiens font plus de kilomètres qu’en Alaska. En Norvège j’entends parler de préparations de 5 000 km pour Femund 600 (600 km), alors qu’en Alaska certains ne font pas plus pour se préparer pour l’Iditarod (1 510 km).

Pour ce qui est paysage, les deux endroits sont magnifiques et se ressemblent. On y trouve de belles étendues de neige et de forêt, bref c’est le Nord.

Par contre au niveau faune, l’Alaska a beaucoup plus d’animaux. On y voit beaucoup plus d’élans, de lynx, de loups et d’ours. Pour l’anecdote, une fois où les chiens se mettaient à aboyer fort, je suis sorti voir ce qui se passait et il y avait un ours noir en train de faire la grosse commission à 20 mètres du chenil !

Vous vivez dans un coin un peu reculé quand même, comment s’est passé l’intégration en Norvège pour ta femme et votre fille ? Est-ce que ta compagne a trouvé un travail ? Vis-tu de ta passion ?

En effet, nous sommes un peu à l’écart. Notre domaine fait 250 hectares tout de même, avec tout ce qu’il faut pour le chenil, pour pêcher et se balader en forêt. Il y a environ 40 habitants dans le village d’Hodalen donc nous ne sommes pas dérangés.

Nous avons eu une fille en Norvège, qui a 9 ans maintenant et qui va avec l’école norvégienne. Nous lui donnons des cours de français et elle est bilingue. Ma compagne participe à la compétition, elle maintient aussi notre site web et les réseaux sociaux.

Il faut comprendre que le mushing a un coût, la longue distance implique une logistique importante et coûteuse également. Rien de tout cela ne serait possible sans des partenaires fidèles et confiants qui nous suivent et nous encouragent. Mais ça ne suffit pas pour en vivre, il faut quelque chose à côté.

C’est pour cela qu’avec Stéphanie nous avons créé Escapade Norvégienne, où : nous organisons des séjours nature en Norvège. Au final nous avons plein d’hectares à disposition avec forêt, lacs et rivière, autant en profiter !

Quelles sont les principales activités que vous proposez ?

Nous sommes surtout connus, pour la pêche à la mouche. Ce n’était même pas mon domaine de compétence, j’étais un vrai néophyte mais nous vivons dans un endroit avec de grosses densités de poissons (brochets, perches, ombres et truites) donc dès le début nous avons eu des clients venant de loin pour pêcher. Certains de nos clients participent même à des concours de pêche à la mouche à l’international. C’est un beau sport, proche de la nature, et nous relâchons 99% des poissons que nous attrapons !

On propose cette activité du 15 juin à début octobre. C’est un travail saisonnier qui s’enchaîne bien avec la saison de chiens de traîneaux et je suis au contact de la nature toute l’année : ça me va très bien.

Nous proposons aussi d’autres programmes, au coup par coup. Il nous arrive d’organiser de la pêche itinérante en canoë-kayak, des sorties en bivouac de lacs en lacs sur plusieurs jours, etc. Quand les gens nous contactent avec une idée et nous faisons un programme adapté. Pas besoin d’être un grand sportif, on s’adapte !

Nous acceptons aussi des clients en hiver, nous avons des pistes de ski de fond qui passent à 50m de la maison donc pour des gens passionnés de ski de fond c’est parfait. Les chiens, c’est pour la compétition même si pour certains clients sincèrement intéressés nous faisons quelques sorties.

Nous faisons aussi table d’hôte et mêlons gastronomie française et produit locaux pour le plus grand plaisir de nos hôtes.

Comment le coronavirus vous a-t-il affecté ? Allez-vous recevoir de l’aide de l’état ?

Nous sommes normalement complets tout l’été de début juin à fin septembre, mais cette année, rien. Le secteur du tourisme est le premier à souffrir de cette crise et nous n’y échappons pas car notre clientèle habituelle est principalement francophone et les frontières étant fermées beaucoup ont dû annuler leurs séjours. En contrepartie, tout le monde dit que les Norvégiens vont passer les vacances d’été dans le pays pour une fois, mais nous ne le ressentons malheureusement pas en ce qui nous concerne.

Heureusement nous sommes prévoyants et nous avons de l’argent de côté qui nous permet de ne pas mettre la clé sous la porte, mais cette année va être difficile. Nous sommes déjà à 350 000 nok de manque à gagner depuis le début de l’année par rapport à 2019.

Nous avons fait les démarches pour recevoir de l’aide de l’état mais nous ne nous faisons pas beaucoup d’illusions.

Nous essayons de mettre un vrai programme en place pour cet hiver avec plein de nouvelles activités, pour pouvoir rebondir suite à la crise.

Pour les personnes qui souhaitent en savoir plus sur votre offre, comment peuvent-ils en savoir plus et éventuellement vous contacter ?

Nous sommes en train de refaire le site web mais ils peuvent quand même y jeter un œil ainsi que sur notre page Facebook. Nous sommes joignables sur contact@escapade-norvegienne.com.

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège et pourquoi ?

Ce n’est vraiment pas évident de répondre à cette question car j’ai vu plein de choses et beaucoup de paysages fantastiques en Norvège.

Pour n’en donner qu’une je dirais la région du Finnmark en hiver. C’est un endroit splendide que j’ai parcouru plusieurs fois et c’est là que j’ai eu les meilleures sensations.

Dans les pleines enneigées

Découverte d’Oslo centre — 1è partie

Après avoir parcouru les quartiers est d’Oslo et ayant terminé notre première et précédente série sur les quartiers le long de l’Akerselva, il paraît naturel de poursuivre l’exploration et la découverte d’Oslo par le centre-ville, le cœur de la ville, le centre névralgique de la Norvège et de son histoire. Nous parcourons le centre au cours de cette série en trois étapes : la partie est du centre-ville depuis l’Akerselva explorant notamment Vaterland et le quartier gouvernemental ou Regjeringskvartalet (l’article ci-dessous). Ensuite l’hypercentre autour de la Karl Johans gate abordant les immanquables du centre : l’Oslo Sentralstasjon la gare centrale, la Domkirke ou Cathédrale, Le Storting ou le Parlement, Nationalteatret le Théâtre National et enfin le Kongelige Slottet, le Palais Royal et son parc, le Slottsparken. Et enfin le quartier historique de Christiania, l’Oslo historique de 1624 avec la forteresse de l’Akershus.

1è partie : l’Est du centre-ville

Comme annoncé dans l’introduction de la série nous continuons la découverte de la capitale de la Norvège depuis les rives de l’Akerselva où nous nous sommes quittés en ayant exploré les quartiers de Sagene et Grünerløkka liées à cette partie est du centre-ville surtout Vaterland. L’est du centre-ville est composé de petits microquartiers dont les limites sont parfois floues.

Aperçu du centre © Google Maps

Hausmannskvartalene

On accède à Storgata sur la rive ouest pittoresque de l’Akerselva et au centre-ville à travers le pont appelé Nybrua ou Nybroen, c’est-à-dire le pont nouveau, achevé en 1825. C’est le second plus vieux pont de la ville après celui de Vaterland. Une fois sur la rive ouest côté centre-ville nous nous trouvons sur ce que l’on peut appeler quartier Hausmannskvartalene ou quartiers Hausmann. La famille Hausmann est une famille de hauts militaires hauts gradés.

En 1701, on trouve la mention d’un général Caspar Hermann von Hausmann propriétaire de terres à Tåsen Nord dans la banlieue actuelle de la ville. Mais c’est 1732 que le lieutenant général Fredrik von Hausmann acheta les terres autour du fleuve appelé Ankerløkken. Ce qui explique le complexe Anker avec l’hôtel Anker, l’auberge de jeunesse Anker, la résidence étudiante et les nombreuses activités du complexe. Le nom Ancher ou Anker est bien sûr celui d’une des familles les plus puissantes et riches d’Oslo voire de Norvège. Son plus éminent représentant fut bien sûr Bernt Anker mort en 1805.

Sur les bords de l’Ankerparken on trouve bien évidemment la très belle Jakobs kirke ou église Saint-Jacques construite en 1875, Storgata ou Grand’rue, Torggata ou la rue de la place du Marché sont les grandes artères et repères de l’est du centre-ville qui mènent au centre-ville.

La grande rue de quartier Hausmannsgate traverse le quartier d’ouest en est. Le quartier est toujours imprégné de ce passé industriel et ouvrier le long de l’Akerselva et la route de Maridal, Maridalsveien. Mais c’est précisément vers l’est en empruntant vers la rue Hausmann que l’on aboutit à un très bel endroit le long de l’Akerselva, le pont Hausmann ou Hausmanns bru (ci-dessous), un magnifique moderne ouvrage blanc achevé en 1892. Hausmanns bru est aussi le point d’entrée d’un quartier s’étirant de la rivière au centre jusqu’à la Grand’Rue, Storgata.

Il s’agit du quartier de Vaterland.

Vaterland

Nous avons déjà eu l’occasion de mentionner que c’est sur les rives de l’Akerselva en évoquant notamment, à travers le quartier de Sagene entre autres, l’activité industrielle et les nombreuses scieries liées au commerce du bois qui fit la fortune des grandes familles d’Oslo. Ce commerce fut dominé également dès le milieu du XVIIIe par les Néerlandais.

Ceci explique en grande partie le nom Vaterland vient effectivement du néerlandais water qui signifie (comme en anglais) « eau » et land « terre ». Vaterland se rapporte donc à l’eau d’où sa localisation à l’aval de la rivière Aker près de la gare. Ce quartier est principalement situé entre l’Aker et Stortgata. Il est parfois assimilé à Grønland. Selon certaines cartes Vaterland englobe plusieurs rues et pâtés de maisons (Ebbels gate, Osterhaus, Møllergate, Mariboes gate, Carlmeyers gate et Bernt Ankers gata), comme sur cette carte de 1917 extraite du Store Norske Leksikon.Vaterland s’arrête au sud d’Hammersborg avec le Vaterlandstunnelen qui mène au quartier du gouvernement ou Regjeringskvartalet.

Lorsque Christian IV fonde Christiania sur les cendres du Grand Incendie de 1624, Vaterland et Grønland ne furent que des banlieues et firent partie de la nouvelle colonie de travail, Sagene. Le développement de Vaterland est intrinsèquement à la rivière et aux industries qui s’y développèrent. En 1636, l’église de Vaterland fut inaugurée. En 1647, Vaterland tout comme Grønland furent vouées à la destruction dans le cadre des guerres entre les royaumes de Suède et de Danemark-Norvège, mais 45 bourgeois contribuables réussirent à éviter leurs destructions.

En 1654 fut construit le Vaterlandsbroen, ou Pont de Vaterland sur l’Akerselva (image tirée d’industrimuseum.no). C’est le pont le plus ancien de la ville. À partir de cette année-là, Gamlebyen, Grønland et Vaterland à l’est furent reliés à Christiania. En 1682, Vaterland compte 1424 habitants soit ce qui en fait le quartier le plus peuplé de la ville, contre 92 à Grønland, 89 à Sagene, contre 46 habitants à Gamlebyen. À eux deux, Vaterland et Pipervika représentaient 40% de la population de la ville. En 1701 le Vaterlandsbroen dut être réparé.

C’est également à Vaterland, que l’armée suédoise dirigée par le roi Charles XII en Suède lors de la Grande Guerre du Nord (1700-1721) lors de son invasion de la Norvège établit sa garnison après son entrée dans la ville sans résistance le 22 mars 1716 et y mena le siège de forteresse pendant près de deux mois avant de lever le siège. Au deuxième siècle le quartier se développe vers l’ouest avec le début de la construction de Vaterlands Storgade. Vaterland fut un des premiers quartiers à être pavé à la fin du XVIIIe siècle en 1795. La grand-rue de Vaterland change de nom en 1829 et devient l’actuelle Brugata, la rue du Pont. Vaterland est aussi le quartier où l’Armée du Salut ou Frelsersarméen commença son travail social. C’est d’ailleurs dans ce quartier vers Lilletorg que l’on trouve la Croix Rouge ou Røde Kors, mais aussi Médecins Sans Frontières (Lege Uten Grenser) ou encore Caritas à entre Hausmannsgate.

Ce quartier de Vaterland est bien sûr pour son joli parc vert le Vaterlandsparken là où l’Akerselva s’arrête. C’est aussi dans ce quartier que l’on trouve près de la gare un des plus célèbres hôtels de la ville le Radisson Blu Plaza de 34 étages, près de la gare, que l’on peut apercevoir dans le film norvégien Skjelvet.

Le cœur de Vaterland outre son parc et son pont est constitué des rues de Brugata, Stenersgate où l’on trouve bien sûr une des plus grandes salles de concert de la capitale et du pays, Oslo Spektrum pouvant accueillir jusqu’à 9700 spectateurs.

Oslo Spektrum
Source : oslospektrum.no

C’est également au coin de Storgata et de Brugata que l’on trouve un des plus grands centres commerciaux du centre-ville, Gunnerius Shoppingsenter du nom de l’évêque Johan Ernst Gunnerus (1718-1773) évêque de Trondheim, théologien et naturaliste né à Christiania. On lui doit notamment un des premiers écrits de botanique sur la Norvège Flora Norvegia en 2 volumes. Il a donné son nom à une rue Biskop Gunnerus gate entre Lybbekegata et la gare.

La grande rue de cette partie s’appelle tout simplement Storgata ou Grand’Rue de ce que l’on appelle Kirkeristen ce virage entre la gare et la cathédrale, jusqu’à l’Akerselva. Si la rue s’appelle la Grand’Rue elle n’est pourtant pas la principale.

On trouve néanmoins le Folkteatret qui est une institution. C’est en effet l’ancêtre de l’Opéra ou Operahuset qui se trouve à Bjørvika que nous avons déjà évoqué. C’est en effet en 1938 que fut créé Den Norske Opera ou Opéra norvégien. C’est en 1959 que l’Opéra s’installa au Folkteatret sur Storgata. En 1989 commença un travail d’enquête en vue d’établir d’un propre opéra dans un bâtiment réservé à cet usage. C’est en 1999 que le Storting ou Parlement a approuvé que l’opéra serait construit à Bjørvika.

On connaît la suite le chantier débuta à Bjørvika en 2003 et le bâtiment fut inauguré en 2008.

Dans les rues au-delà de Storgata au sud d’Hausmanns gate à l’est de Torggata, on trouve des bâtiments officiels comme le Département des Étrangers ou Utlendnigsdirektoratet (à l’angle des rues Carlmeyer et Hausmann) ou le Commissariat de police du Centre ou Sentrum Politistasjon sur Hammerborgsgata.

Le « quartier » possède des rues faisant référence à des personnages qui ont marqué l’histoire de la ville. C’est notamment la Bernt Ankers gate ou rue Bernt Anker, une des rues perpendiculaires à Torgata et Storgate. Bernt Ancher ou Anker (1746-1805). Bernt Anker est marchand de bois et armateur, un des hommes les plus riches de Norvège (1 million et demi de riksdaler de l’époque) à sa mort. Il fit donc partie du patriciat de la ville, de la noblesse danoise et posséda des domaines comme Paléet 1773, Sommerro (autour de l’actuel parc du Château), Ullevål (1787), Tåsen ou encore Frogner (1790).

Torggata, Hammersborg et le quartier gouvernemental (regjeringskvartalet)

Torggata ou rue du Marché est l’une des grandes rues de cette partie est du centre-ville. Elle s’étend de l’Akerserlva à l’est et débouche sur Stortovet au cœur de la ville à l’est. Torggata est une rue vibrante et dynamique avec beaucoup de restaurants, des boutiques d’alimentation avec étals colorés pleins de légumes et fruits. On y trouve les anciens thermes Torggata Bad qui ont donné la rue voisine de Badstugata. Aujourd’hui c’est un vibrant lieu de spectacle et de divertissement. C’est sur Hammersborggata à l’angle de Torggata que se trouve le Vaterlandstunnelen qui mène au quartier gouvernemental une rue en amont.

Torggata conduit à Youngstorget, la place du marché Young du nom de Jørgen Young un marchand. C’est seulement au XIXe siècle qu’est mentionnée Nytorvet ou nouvelle place du marché, aujourd’hui Youngstorget, plus précisément en 1860 lorsque la place fut pavée. C’est une place centrale et vibrante et politique. C’est autour de la Youngstorget que l’on trouve les sièges des deux grands partis norvégiens Venstre le parti de centre droit le plus ancien parti de Norvège et l’Arbeiderparti, l’AP ou parti travailliste dirigé par Jonas Gahr Store. On trouve aussi le siège de l’Union ou Association Touristique norvégienne ou Den Norske Turistforening (DNT) fondé en 1868, qui gère des gîtes ou hytte dans tout le pays, mais aussi les sentiers de randonnée. Ainsi que le siège du plus grand syndicat de travailleurs Lands Organisasjon i Norge (LO), nouveau nom de l’Arbeidernes Faglige Landsorganisasjon (AFLO) fondé en 1899.

C’est d’ailleurs à Youngstorget (ci-dessus) que le 26 avril 2012 que les Osloïtes se rassemblèrent malgré la pluie portant des roses rouges et blanches pour manifester leur opposition à Breivik auteur de l’attentat du 22 juillet 2011 dans le quartier du gouvernement (voir ci-dessous) ayant fait huit morts, comme un acte de résistance. La performance de Lillebjørn Nielsen interprétant la version norvégienne de Rainbow Race de Pete Seegher pour promouvoir la non-violence. La chanson s’écoute sur youtube (Barn av Regnbue ou Enfants de l’arc-en-ciel). La photo ci-dessous qui le rappelle se trouve au 22. Juli-senter.

Autour de Youngstorget on trouve plein de petits bars de quartier et restaurants notamment dans son Bazar datant de 1877. Sur Youngs gate qui entoure la place et débouche sur Storgata se trouve aussi Kulturhuset un bâtiment sur plusieurs réaménagé en café/bar sur plusieurs étages avec la bibliothèque au premier étage, et des tables de shuffle. Le dernier étage appelé Laboratoriet abrite des tables de ping-pong, mais est une des scènes de musique où se produisent différents groupes de musiques jouant des styles différents. Sur Youngstorget on trouve une célèbre poissonnerie Fiskeriet qui est aussi une bonne adresse de poisson voisin de Tavernan qui propose une cuisine de poissons et Italiennes. Youngstorget accueille un marché hebdomadaire. Elle accueille souvent des foodtrucks proposant diverses cuisines du monde. Youngstorget héberge un marché à Noël proposant produits artisanaux, produits gastronomiques norvégiens et des produits samis provenant du Trøms et du Finnmark. Youngstorget est reliée à Storgata par un passage couvert accueillant le Folketeatret, mais aussi de nombreux restaurants modernes. La dernière partie de Torggata qui débouche Stortorvet abrite également cafés et restaurants comme le célèbre Café Sør.

Le regjeringskartalet à Hammersborg

On peut voir à travers ce projet de rénovation du quartier gouvernemental ci dessus le nouveau Regjeringskvartalet tel qu’il sera dans les prochains moins. On peut voir aussi un plan large du centre d’Oslo. On reconnaît l’Høyblokka au premier plan et la Youngstorget en forme carrée avec sa fontaine.

Hammersborg est un petit quartier comprenant le quartier du Gouvernement et certains ministères ce qui fait qu’il est logique de l’intégrer dans le Centre même s’il fait partie administrativement du grand quartier de St Hanshaugen. On délimitera ce quartier avec Møllergata au sud, Akersgata à l’ouest et au nord le célèbre de Vår Frelses Gravlund.

Hammersborg doit son nom au pasteur Jens Christophersen Hammer qui possédait une ferme vers 1720. Le premier bâtiment de ce qui allait être une banlieue de Christiania, ce fut l’Église du Christ qui fut construite en 1626, mais détruite en 1756. C’est d’ailleurs à cette époque qu’Hammersborg fut appelé Pladsen Hammersborg (Place Hammersborg en danois). Ce fut à partir des années 1730 qu’Hammersborg se construit comme une banlieue, mais fut en partie détruit en 1876 dans l’idée d’y construire une mairie. À partir de 1794 Hammersborg fut intégrée à la ville. En 1868 fut construite une école Hammersborg Skole qui fut détruite en 1976.

Hammersborg est le lieu où se tient le Quartier du Gouvernement ou Regjeringskvartalet entre les rues de Mollergata au sud, Akersgata à l’ouest, Grubbegata et Hospitalgata à l’est.

Le quartier du Gouvernement est un complexe de plusieurs bâtiments représentant le centre du pouvoir politique en Norvège. L’ensemble de l’espace est en cours de rénovation pour créer un Quartier Gouvernemental vert et pittoresque. La rue de l’Hospital ou Hospitalgata est depuis plusieurs mois (projet ci dessus).

En suivant notre itinéraire on y accède via, Møllergata (relie Maridaksveien et Youngstorget og Eva Kolstads gate qui a ainsi été nommé en l’honneur Eva Lundegaard Kolstad (1918-1999). Kolstad fut une femme politique norvégienne du parti Venstre qui s’engagea pour l’émancipation des femmes qui fut son grand engagement politique avec la Norsk Kvinnesaksforening (NKF) l’Association pour la Cause des Femmes. Elle fut la première médiatrice de l’Égalité (likestillingsombud) de Norvège et du monde en 1978. Elle atteint sa carrière politique dans les années 1970 en étant la ministre de la Consommation et de l’Admininistration du gouvernement de Lars Korsvald (1972-1973) avant d’être la présidente du parti Venstre (1974 à 1976). Berit Kvæven ancienne dirigeante de la NKF et vice-présidente du Venstre décrivit Eva Kolstad comme « le porte-étendard de la cause féminine pendant plus de cinquante ans ».

Grubbegata est une des rues du quartier gouvernemental qui s’étend de Grensen au centre-ville à l’ouest jusqu’à Hammersborg à l’est, qui abrite notamment le ministère de la Culture et coupe le quartier gouvernemental en deux. Cette partie derrière le siège du gouvernement avec vue sur Akersgata. Depuis Grubbegata on accède à la place de la Cour Suprême de Justice du royaume de Norvège ou Høyesterett- plus grande justice/juridiction. C’est en 1666 que l’Overhoffretten (OHR) est établie comme plus haute cour de justice de Norvège. C’est le 25 janvier 1667 que la Cour Suprême tint sa première session annuelle. En 1797 l’Overhoffretten (OHR) changea de nom en Stiftoverretter (SOR).

La Cour Suprême de justice de Norvège prit son nom actuel de Norges Høyesterett après l’adoption de la Constitution du 17 mai 1814. Elle fut établie en 1815. Elle se compose de 20 juges, et est présidée par le Høyesterettsjustitiarius.

Elle siège dans l’Høyesterettshus, un long bâtiment reconnaissable à sa couleur saumon (ci-dessous) anciennement bâtiment de la Justice, depuis 1903.

Face à l’Høyesterettshus sur Høyesteretts plass et à l’angle d’Akersgata, on trouve le ministère des Finances ou Finansdepartement qui date de 1906 et qui fut l’ancien bâtiment du gouvernement. L’actuel ministre des Finances, Jan Tore Sanner (depuis janvier 2020) est le vice-président du parti Høyre d’Erna Solberg depuis 2004.

Ci-dessus, l’ancien bâtiment du gouvernement datant de 1906 et abritant aujourd’hui le ministère des Finances ou Finansdepartement, en face de la Cour Suprême sur la place de la Cour Suprême ou Høyesterettsplass.

Le bâtiment le plus emblématique et le plus connu (ci-dessus) est le bâtiment Høy blokk (Høyblokka ou H-blokk) littéralement le Bâtiment Haut qui est effectivement une haute tour de dix-huit étages dont la construction fut achevée en 1958 par Erling Viksjø. Viksjø est également l’architecte ayant dessiné ce que l’on appelle le Y-blokk achevé en 1969, appelé ainsi en raison de sa forme en Y. Le bâtiment sur lequel se trouve une magnifique fresque de Picasso côté Akersgata a par une décision de justice été condamné à la destruction cette année en 2020, suscitant une vive opposition qui se poursuit toujours avec des manifestations par le mouvement, « La Y stå ! » pour « laisse le bâtiment Y en place » ou « ne touchez pas au bâtiment Y ». Des pourparlers sont en cours pour conserver les fresques de Picasso. Le bâtiment n’a pas été touché par les attentats du 22 juillet 2011 d’où l’incompréhension, la stupéfaction et l’opposition de nombreux Norvégiens à sa destruction. Le Parlement donnera sa décision la semaine à venir (3 juin). Libération a publié un article sur la destruction et pour ceux qui comprennent bien le norvégien, la NRK a consacré un reportage samedi soir le 30 mai (lørsdagsrevyen) qui en fait l’histoire de bâtiment montrant aussi des images pour se situer ainsi que l’attentat du 22 juillet 2011.

La fresque Les Poissons sur le bâtiment Y ou Y-blokk qui doit être détruit et pour laquelle se bat le mouvement La Y stå.

Le Regjeringskvartalet fut la cible des attentats le 22 juillet ou 22. juli (tjueandre juli) 2011 ayant tué huit personnes dans cette zone d’Oslo. Le 22 juillet 2011 vers 15h26 explosa une bombe dans le quartier du Gouvernement. Ce fut le premier attentat terroriste sur le sol norvégien. Tout le monde pensa à Al-Qaida. Ce fut pourtant ironiquement la première partie du plan macabre de l’extrémiste Anders Behring Breivik qui ensuite tua sur l’île d’Utøya 69 jeunes de l’AUF pour Arbeiderpartiets Ungdomsfylking, l’organisme politique des jeunes travaillistes, puisqu’il accusa le gouvernement travailliste (à l’époque dirigé par Jens Stoltenberg) de favoriser l’immigration et l’islamisation de la société. L’explosion fit des dégâts dans sur Akersgata et Grubbegata. Cela déclencha une vague d’émoi et de résistance dans le pays, lorsqu’à 23h20 il fut établi que le terroriste était un Norvégien blanc, comme le rassemblement comme le 26 avril 2012 sur Youngstorget.

En 2015 fut créé un centre dans l’un des bâtiments touchés le 22. Juli-senter (ci-dessus) qui conserve les stigmates de l’explosion. Le centre est gratuit et se trouve sur la place Johan Nygaardsvoll (Premier ministre de 1935 à 1945) entre le H-Blokka et le ministère des Finances. Le centre retrace avec une chronologie précise le déroulement des attentats du 22 juillet 2011, des témoignages et tweets de l’époque :

« Bombe i Oslo. Skyting på Utøya. Er det krig ?» (Bombe à Oslo. Tir à Utøya. Est-ce la guerre ?).

Erik Vistnes

« vil bare våkne opp og oppdage at dette er en fryktelig drøm.. #osloexpl #Utøya ( je veux juste me réveiller et découvre que c’est un horrible rêve)

Sur Akersgata côté ouest, on trouve le siège (image ci-dessous) entre autres de la plus célèbre maison d’édition en Norvège Cappelen Damm. Fondée en 1829 par Jorgen Wright Cappelen avec le nom JW Cappelen comme maison d’édition et librairie (forlagsbokhandel), la boutique ouvrit entre Storgata et Brugata en juillet 1829. Quelques années plus tard, un Danois Niels Wilhelm Damm ouvrit sa propre librairie en 1843 à Grønland. Le fils de Niels, Harald Christian développa la librairie en maison d’édition après un séjour aux États-Unis. Harald Christian Damm enseigna le dessin et rêvait d’être illustrateur. Les deux maisons d’édition devinrent des géants de l’édition. Très concurrentielles les maisons d’éditions Cappelen et Damm finirent par fusionner en 2007 pour devenir Cappelen Damm.

Un peu plus loin dans la rue on trouve également le siège central de groupe médiatique Schibsted (Akersgata 55, image ci-dessous) qui est un groupe de presse possédant de grands journaux norvégiens comme Aftenposten, Verdens Gang ou VG, Bergens Tidende. Le nom Schibsted vient de Christian Schibsted qui fonda en 1860, Christiana Adresseavis en 1860 qui devient Aftenposten en 1861.

Aftenposten est le journal le plus connu et le plus lu, l’équivalent du Monde en France.

Enfin on trouve au 59 de la rue Akersgata on trouve le siège des ministères des Communes et de la Modernisation ou Kommune og modernisering Department soit l’aménagement du territoire et de la réforme territoriale comme par exemple la réorganisation et la fusion des régions ou fylke avec le passage de 19 à 11 régions ; mais aussi des Affaires Familiales (Barne og Familie departement) et du ministère des Transports (Samferdelsdepartementet). Ils sont respectivement occupés par Nikolaj Astrup, Kjell Ingolf Ropstad et Knut Arild Hareide.

De retour sur le Regjeringskvartalet on trouve plusieurs bâtiments emblématiques de cette partie de la ville. Le premier est l’église de la Trinité ou Trefoldighetskirke une immense église construite en 1858 en style néogothique. L’église, possédant une coupole et pouvant accueillir plus de 1200 personnes, est selon le site visitoslo.com « l’édifice ecclésiastique de la capitale » on la reconnaît à sa couleur rouge brique due à ses tuiles.

Trefoldighetskirke ou Église de la Trinité(1858) et la Deichmanske Bibiotek (1933)

Le quartier abrite un autre bâtiment très célèbre, de couleur verte en style antique avec ses colonnes antiques c’est la Bibliothèque centrale municipale d’Oslo ou Deichmanske. Le bâtiment qui abrite la bibliothèque date de 1933 cependant la bibliothèque est beaucoup plus ancien. En 1780 Carl Deichman un puissant propriétaire et membre de la chancellerie et qui fut un grand bibliophile rassembla ses milliers d’ouvrages (environs 6000) et ses 221 manuscrits et créa la bibliothèque Deichmanske. Celle-ci fut la première bibliothèque publique de Norvège puisqu’elle fut ouverte seulement 5 ans après sa création en 1785. Nous savons que la Deichmanske eut plusieurs sites, Dronnigens gate en 1803, puis ouvra en 1826 à Tollbugata avant de déménager à son emplacement d’Arne Garbors plass nommé en l’honneur de l’écrivain Arne Garborg (1851-1924). La magnifique bibliothèque abrita une magnifique peinture colorée à son plafond du premier étage. Le site d’Hammersborg a fermé ses portes le 31 décembre dernier. La nouvelle Bibliothèque Deichmanske/ Deichman centrale ouvrira et inaugurera son nouveau bâtiment dans le nouveau quartier aménagé de Bjorvika en face de l’Operahuset le 28 juin prochain, au lieu de la date initiale fin mars 2020 en raison du coronavirus.

La bibliothèque Deichmanske

Derrière la Deichmanske on trouve une très belle église reconnaissable à sa flèche c’est la Svenska Margetakyrkan ou église suédoise de Sainte Madeleine achevée en 1925. On doit le nom de Margreta ou Marguerite au nom de la princesse Margreta de Suède qui est pourtant morte avant que l’édifice ne soit fini. C’est une possession de la Svenska Kyrkan (churkan) ou Église suédoise. N’oublions pas que la Norvège est devenue indépendante qu’en 1905 après avoir été sous domination suédoise depuis l’Union des deux pays en 1814. Dès 1911 la Svenska Kyrkan employa un pasteur Oscar Krook à Oslo dans des locaux loués sur Akersgata. C’est lors d’une visite pastorale en 1916 que l’archevêque Nathan Söderblom décida d’ériger à Oslo une église propre pour la communauté suédoise. Il inaugura l’église en 1925 réalisée par l’architecte suédois Lars Israel Wahlman. Située sur Grubbegata, la Svenska Margretaskyrkan fut l’un des bâtiments touchés par l’attentat du 22 juillet 2011, puisque l’explosion souffla le vitrail Vigeland qui fut remplacé par un nouveau en novembre 2014.

Derrière la bibliothèque longeant les rues curvilignes de Fredenborgsveien et de Grubbegata se trouve deux parcs qui rappellent l’existence de l’Église du Christ ou Kristkirke (1626-1756) avec cimetière du Christ ou Krist kirkegård (derrière la Margetakyrkan) ou encore le Kristparken entouré par l’Hammersborg Torg adjacent avec derrière le siège de la compagnie de construction de logement OBOS et Møllergata. Ci-dessous Hammersborg Torg avec la Margretakyrkan et Obos.

Le quartier est alors composé de rues colorées cachées.

Voyages, Voyages. Les règles de déplacement depuis et vers la Norvège à partir du 1er juin.

Attention, cet article concerne uniquement les règles en place pour ceux et celles voulant sortir ou entrer sur le territoire norvégien, qui sont donc décidées par le gouvernement norvégien. La France et les autres territoires ont leurs propres règles.

Le gouvernement norvégien a comme prévu fait une annonce aujourd’hui 15 mai sur les consignes relatives aux voyages (travail et loisir). Depuis le 14 mars tout voyage non nécessaire était fortement déconseillé par le Ministère des affaires étrangères (UD- Utenriksdepartementet).

Erna Solberg nous informe qu’en cas de vacances en Norvège, les grand-parents peuvent passer leurs vacances avec leur petit-enfants même s’ils sont dans les catégories à risque. Cette information est intéressante pour les couples franco-norvégiens par exemple qui ont des grand-parents vivant en Norvège. Cela ne veut pas dire que les grand-parents peuvent venir de France pour passer des vacances avec votre famille, voir plus bas pour plus d’explications.

Les voyages à l’étranger sont toujours déconseillés jusqu’au 20 août 2020, c’est-à-dire jusqu’à la fin des vacances scolaires norvégiennes. Le gouvernement veut éviter que les Norvégiens partent en vacances et créent une seconde vague de contagion en rentrant, et qu’ils soient bloqués à l’étranger comme des milliers de Norvégiens qui ont demandé l’aide de l’Etat pour rentrer. Le devoir de quarantaine en rentrant de l’étranger, si voyage il devait y avoir, est à présent de 10 jours.

Cependant des exceptions aux règles de quarantaine et d’autorisation de voyages existent à présent:

  • Dès le 1er juin, les voyages de travail seront autorisés dans les pays nordiques. Le devoir de quarantaine (10 jours) est alors à la discrétion des voyageurs, qui peuvent décider seuls s’ils ont besoin de respecter cette quarantaine ou non (par exemple s’ils sont malades).
  • Dès le 15 juin le gouvernement pourrait autoriser les voyages de loisir (vacances) dans les pays nordiques.
  • Dès le 20 juillet le gouvernement pourrait autoriser les voyages de loisir (vacances) vers certains pays européens dépendant de leurs chiffres d’infectés, de morts etc.
  • Les Norvégiens du continent et résidants pourront visiter Svalbard dès le 1er juin.

Conclusion: Une possibilité, mais pas une certitude, d’autorisation de voyages vers la France à partir du 20 juillet si celle-ci a des chiffres jugés sains par la Norvège (nous ne connaissons pas les critères de l’acceptation/refus à ce jour). Autre possibilité à partir du 20 août si les mesures s’assouplissent (et cela peut coïncider car les vacances scolaires en France se terminent plus tard que les norvégiennes).

D’autres règles sont aussi valides pour les ressortissants européens souhaitant venir rendre visite à des membres de leur famille vivant en Norvège, et nous avons compilé quelques cas de figure:

  • Je veux venir en Norvège pour visiter un membre de ma famille qui y vit. 

Même si cela est possible, il y a des restrictions et tous les cas de figure ne sont pas acceptés par les autorités norvégiennes. Si vous ne résidez pas en Norvège, et avez un membre de votre famille ici, il n’y a que quelques situations dans lesquelles vous pouvez les visiter.

1- Le membre de votre famille doit résider en Norvège et être soit Norvégien soit ressortissant de l’EEA

2- La personne qui lui rend visite doit aussi être Norvégien ou résidant de l’EEE

3- Le lien de famille doit être: parent d’un enfant mineur, tuteur d’un enfant mineur, fiancé, époux-épouse ou concubin. Les grands parents ne sont pas inclus dans la définition, pas plus que les petits-amis s’ils ne résident pas en Norvège. Les enfants majeurs non plus, les frères et soeurs non plus.

  • Je ne vis pas en Norvège mais souhaiterais venir comme touriste après le 15 juin

Nous n’avons pas d’information précise sur ce cas de figure mais a priori cela ne sera pas possible.

  • Je suis Norvégien ou ressortissant européen résidant en Norvège et je veux partir en vacances après le 15 juin

Vous êtes soumis aux mÊme règles que les Norvégiens. Si vous voulez aller en vacances dans un pays nordique à priori aucun problème, par contre pour rentrer en France ou dans un autre pays européen cela sera peut-être possible à partir du 20 juillet.

 

 

L’Institut français de Norvège de Stavanger ferme, celui d’Oslo survit à capacité réduite

La communauté française et francophile de Norvège attendait une réponse depuis la fin 2019 : l’Institut français de Norvège va-t-il fermer ? 

Contexte

Nous publiions un article exclusif du 21 novembre 2019, informant nos lecteurs de la décision du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères de fermer l’Institut français de Norvège d’ici juin 2020. Avec autour de 6000 Français installés en Norvège et de nombreux Norvégiens et étrangers francophiles, la mobilisation a été importante pour maintenir cet institut en vie. 

Une pétition avait été lancée et signée par 2880 personnes (à ce jour), et des pressions furent exercées à un haut niveau de l’Etat. Dès le 29 novembre le Ministre annonçait en pleine séance publique qu’il ré-examinerait la décision de fermer l’Institut français de Norvège et depuis nous attendions des nouvelles. 

La fin de l’année et l’adoption du Projet de Loi de finances 2020, nous avons enfin une réponse qui nous vient principalement d’une lettre du Ministre de l’Europe et des affaires étrangères Mr Jean-Yves Le Drian datée du 2 mars 2020 que nous avons pu consulter. Cette lettre est une réponse au courriers envoyés en septembre 2019 et en janvier 2020 par Mme Hélène Conway-Mouret, la Vice- présidente du Sénat et Sénatrice pour les Français de l’étranger, où elle lui demandait de revenir sur sa décision de fermer l’Institut français, au regard de son importance pour la coopération franco-norvégienne. Un entretien avec l’ambassadeur de France en Norvège Mr Pierre-Mathieu Duhamel fin avril 2020 nous a aussi permis de mieux comprendre la décision finale du Ministre.

Les décisions en résumé

  • L’antenne régionale de l’Institut à Stavanger ferme définitivement.
  • Le bureau central reste ouvert, et continuera ses activités depuis le bâtiment à Holtegata à Oslo. 
  • Les économies budgétaires demandées par le gouvernement au Ministère de l’Europe et des affaires étrangères sont maintenues. Presque 80% de la masse salariale de l’Institut disparaît, et uniquement les employés  en contrat expatrié lié au Ministère de l’Europe et des affaires étrangères sont retenus. On passerait donc de 43 employés fin 2019 (Oslo et Stavanger) à 9, voire 6 dans la structure finale. 
  • Il y a une externalisation des cours de français qui ne sont plus opérés ni financés par l’Institut français de Norvège. Par chance une nouvelle structure très professionnelle a déjà repris les cours de l’Institut. Elle a été créée par deux anciens employés de l’Institut ainsi que des fondatrices des Mousquetaires. 
  • Notons que les trois autres instituts devant fermer en même temps : le Brésil, le Costa Rica et le Canada dans le Projet de loi de Finances 2020 fermeront comme prévu.

Ce que dit la lettre du Ministre

Le Ministre écrit dans sa lettre à la Sénatrice:

« J’ai finalement décidé de maintenir cet EAF [ndlr: Établissement à autonomie financière, dans ce cas l’Institut français de Norvège] compte tenu des nouvelles considérations qui ont été portées à mon attention. Il y a essentiellement trois raisons à cela: 

  • Alors que l’évaluation préliminaire de la situation financière de l’Institut français de Norvège faisait apparaître une faiblesse de l’autofinancement liée au déficit important de cours de langue ces dernières années, l’externalisation de cette activité permettra d’amoindrir considérablement les charges notamment de personnel, pesant sur l’Institut comme sur le budget du service culturel de l’ambassade. 
  • L’EAF reste un réceptacle de financements dédiés au partenariat culturel qui représentent une part substantielle de l’activité de diplomatie d’influence en Norvège. Si nous ne maintenons pas l’EAF, nos partenaires norvégiens risquent de se désengager de nombres d’activités, au premier rang desquelles la contribution au financement du lycée René Cassin d’Oslo; 
  • Il s’agit de préserver la « marque » Institut français de Norvège dont la perspective de disparition a troublé les autorités norvégiennes et la communauté française en Norvège ». 

Le Ministre nous informe aussi dans cette lettre que « l’antenne de Stavanger, qui est (…) structurellement déficitaire, de l’Institut français de Norvège sera bien fermée ». La communauté française de Stavanger perd donc un de ses piliers de la vie francophone et francophile, à peine un an après la fermeture de l’école française de Stavanger

Réactions à chaud

Mr Christian Gaussen, franco-norvégien à l’origine de la pétition qui a réuni 2880 signatures, se « félicite de la très forte mobilisation des communautés françaises et francophones. La décision finale n’est pas très satisfaisante, mais pour essayer d’en voir le côté positif, le pire a été évité et l’Institut n’est pas tout à fait mort, juste en semi-coma. Si la fermeture totale avait été actée, une reprise aurait été beaucoup plus improbable.” 

Selon Mr Stéphane Mukkaden, Conseiller consulaire des Français de Norvège et d’Islande « le gouvernement prétend revenir sur sa décision de fermer l’Institut Français mais ne change absolument aucune des décisions prises. Les employés licenciés ne sont pas réintégrés et l’offre tournée vers le public est bel et bien privatisée. On a de la chance, cette offre est reprise par 2 entrepreneures fantastiques et extrêmement compétentes, Hélène du Parc et Marion Tanguy, et je les soutiens de tout coeur ».

La masse salariale de l’Institut passe de 43 à 9 (ou 6) personnes

La raison initiale de fermeture de l’Institut est une demande du gouvernement au Ministère de l’Europe et des affaires étrangères de « rendre des postes » afin de faire des économies. Selon l’administration de l’Institut, en 2019, celui-ci employait:

  • 7 agents travaillant au sein de l’institut employés directement par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères (contrat expatrié), 
  • 10 agents non enseignants employés directement par l’institut (contrat norvégien), et
  • 24 enseignants de français (contrats norvégiens, souvent en temps partiel)
  • 2 personnes à Stavanger

En externalisant les cours de français, le Ministère fait donc une économie de 24 postes d’enseignants. Une source souhaitant rester anonyme proche de la direction de l’Institut nous informe qu’au minimum 8 des 10 employés avec contrat de droit local sont aussi concernés par les changements. Les deux employés de l’antenne de Stavanger perdent aussi leur emploi dû à la fermeture totale du bureau local. Il resterait donc maximum 9 personnes au lieu de 43. La même source nous indique par ailleurs qu’au final l’Institut pourrait muter plusieurs employés vers l’ambassade de France en Norvège et il n’emploierait finalement que 6 employés au total. Soit une réduction de près de 80% de la masse salariale dans le meilleur des cas. Dans la lettre envoyée par Mme la Sénatrice Conway-Mouret en 2019, les 6 employés restants étaient déjà prévus avant le changement de décision du Ministre.

Les cours de français perdent le financement du gouvernement 

Le Ministre nous apprend donc que, comme prévu, le gouvernement français ne financera plus les cours de français en Norvège qui selon sa lettre étaient déficitaires.

Le site de l’Institut français nous indique que deux anciens employés et enseignants de l’Institut Gilles Vogt et Magali Rouyter-Johnsen se sont associés à la structure Les Mousquetaires et assurent la continuité des cours de français depuis mars 2020 dans leur nouvelle structure KULT Norge. Ils assureront les cours de français à Oslo, mais rien n’est prévu à notre connaissance à Stavanger. L’ambassadeur de France en Norvège Mr Pierre-Mathieu Duhamel nous apprenait dans un entretien du 28 avril 2020 que « l’Institut français restera dans les mêmes locaux où il accueillera, dès que la reprise des cours sera possible, les activités du centre de cours, dorénavant assurées par la structure Kult ». Les prix ne changeront pas non plus. 

L’offre de cours est donc maintenue voire améliorée au vu de l’expérience combinée des anciens employés de l’Institut et des Mousquetaires.

La France ne veut pas risquer de perdre les financements norvégiens pour la culture

La seconde raison avancée par le Ministre est que les deux institutions françaises établies en Norvège que sont l’Institut francais et le lycée René Cassin reçoivent tous deux des fonds du gouvernement norvégien. Dissoudre l’Institut francais aurait donc probablement mené à la perte des subventions norvégiennes à l’Institut: 233 000 EUR par an (environ 2,5 millions de NOK par an). Le Ministre s’inquiète aussi dans cette lettre que « Si nous ne maintenons pas l’EAF, nos partenaires norvégiens risquent de se désengager de nombres d’activités, au premier rang desquelles la contribution au financement du lycée René Cassin d’Oslo ». L’école française perçoit depuis décembre 2017 3,3 millions d’Euros du ministère de l’éducation norvégien et 1,2 millions d’Euros de la municipalité d’Oslo pour le fonctionnement de la maternelle enregistrée comme « barnehage ». Un total de 4,5 millions d’Euros par an soit environ presque 50 millions de NOK.

L’ambassadeur Mr Duhamel nous confirme que « l’ambassade est aussi très attentive à la coopération éducative en continuant à soutenir activement le lycée français René Cassin d’Oslo ainsi que les programmes accueillant de jeunes Norvégiens en France dans le cadre des sections norvégiennes ou des baccalauréats professionnels ».

Qu’advient-il de la francophonie en Norvège et ailleurs?

Plusieurs questions demeurent sans réponse.

Lorsqu’une entité extérieure et sans fonds publics prend en charge intégralement l’offre de cours de français, qu‘advient-il si elle en venait à connaître des difficultés financières, voire une faillite? Même si cela n’est pas souhaitable, c’est envisageable par ces temps de pandémie. « En cas de besoin de financement, même temporaire, pour maintenir l’offre de cours de français en Norvège, ni le Ministère ni l’Institut francais de Norvège ne les aidera à moins d’une mobilisation du public » nous indique Mr Mukkaden

La fragilité d’une externalisation totale pourrait donc affaiblir les ambitions de la France pour la francophonie dans le monde. En mars 2018 le Président Macron faisait un discours à l’Institut de France où il est mention de « renforcer la place de la langue française dans les pays où elle est apprise comme langue étrangère ». Le Projet de loi des Finances de 2019 y mentionnait aussi la synergie culture-langue comme une priorité.

Qu’advient-t-il de l’offre culturelle française et de la coopération scientifique?

La continuité de l’offre culturelle de l’Institut, et la coopération scientifique qu’elle assurait jusqu’à présent sont les d’autres grandes interrogations de ce changement. La France et la Norvège ont signé en 2018 un nouvel accord-cadre relatif à la coopération dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de l’innovation, de l’industrie et de la culture, et l’ambassadeur de Norvège Mr Pierre-Mathieu Duhamel nous assurait lors d’un entretien le 28 avril 2020 que ces pôles seront « renforcés » sans donner de détails sur les modalités de ce renforcement.

Il ajoute que même si les cours de sont plus assurés directement par l’Institut, « la coopération linguistique et éducative en Norvège n’est pas externalisée. C’est bien l’institut qui va poursuivre les activités de coopération linguistique et de promotion de la langue française en lien avec les partenaires locaux et notamment le ministère norvégien de l’éducation ». 

Note de l’auteur: De nombreuses personnes clé dans ce dossier ont été sollicitées à de nombreuses reprises entre octobre 2019 et mai 2020, mais ces demandes ont toujours trouvé lettre-morte chez le député Alexandre Holroyd, la députée Anne Genetet ainsi que la directrice de l’Institut français de Norvège Mme Catherine Crosnier.

Portrait de Bertrand, juge-dégustateur chez Vinmonopolet

Lors d’une soirée « Les Amis du Vin » sur Oslo, j’ai appris qu’un Français travaillait dans un Vinmonopolet, plus précisément celui d’Aker Brygge à Oslo. Cette information tombait à pic car quelques jours plus tard j’organisais une soirée raclette avec des Norvégiens pour leur faire découvrir ce plat si typique de l’hiver et j’avais besoin de conseils pour trouver un bon vin pour l’accompagner.

Je suis donc allé à la rencontre de Bertrand et avant de repartir avec mes bouteilles, nous avons convenu de faire un entretien quelques semaines plus tard, retranscrit ci-dessous.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu arrivé en Norvège ?

Bertrand : Je suis arrivé en Norvège en décembre 2005. Avant ceci, j’enchainais les petits CDDs en France sans travailler dans ce que je souhaitais. J’ai étudié l’écologie et plus particulièrement la gestion des espaces naturels. Je n’avais pas non plus d’attaches particulières en France hormis ma mère et mes frères. Et puis je suis parti travailler bénévolement au Ladakh dans le nord de l’Inde pendant 6 mois avec une ONG. C’était en 2004 et en rentrant, j’ai eu le blues de « l’étranger », accentué par le fait que je ne faisais que des petits boulots de subsistance.

Il faut savoir que j’ai toujours été attiré par la Scandinavie : sa littérature (particulièrement la littérature moyenâgeuse), sa musique métal, ses espaces naturels immenses, sa tranquillité. J’ai toujours eu aussi un attrait pour le froid même si je viens du sud de la France, de l’Aveyron plus précisément. Et j’étais surtout un gros fou de montagne, d’où la Norvège parmi les pays scandinaves.

En 2005, je suis donc arrivé en Norvège avec comme idée de m’immerger autant que possible dans la culture en apprenant la langue le plus rapidement possible et par le travail car je n’avais que très peu d’argent. J’ai des amis Français qui s’étaient et sont toujours installés à Hundorp dans Gudbrandsdal et travaillent dans l’agriculture. Je les ai rejoints et habitait chez eux. Je viens d’une famille de paysans-éleveurs et j’ai ainsi commencé à travailler comme ouvrier agricole dans deux fermes en vaches laitières et comme bûcheron dans une des deux.

Donc rien à avoir avec le monde viticole à la base. Qu’est-ce qui s’est donc passé ensuite ?

Je suis resté un peu moins de deux ans dans Gudbrandsdal à travailler comme ouvrier agricole et bûcheron mais aussi à profiter de la montagne autant en hiver qu’en été. Les massifs de Rondane et de Jotunheimen sont tout proches. 

Mon but ensuite était d’aller dans les îles Lofoten, toujours à travailler comme ouvrier agricole car c’était facile de trouver du travail dans ce secteur mais surtout pour profiter au maximum de ces îles magiques. Mais lors d’une fête à Lillehammer chez une amie, j’ai rencontré ma copine actuelle, Française, qui travaillait sur Oslo.

S’est posée la question de la rejoindre dans la capitale, mais pour y faire quoi ? Avec mon expérience professionnelle et mes études, j’ai postulé dans les quelques fermes des alentours, dont celle du Roi. Mais cela restait bien limité et il n’y avait pas de postes disponibles. Il me fallait absolument un revenu et j’ai trouvé un poste de facteur que j’ai occupé pendant un an et demi.

Un autre de mes intérêts depuis longtemps était le vin, fin 2008 j’ai donc postulé à une offre du Vinmonopolet. J’ai commencé à 14 heures par semaine dans la boutique de Røa, puis celle de CC Vest en 2010 à temps plein, et maintenant à Aker Brygge depuis 2011. En même temps que le travail j’ai passé des formations sur le vin en interne et externe (Wine and Spirit Education Trust, WSET).

Ton parcours n’est vraiment pas banal ! Quel est ton métier et ton rôle actuellement au sein du Vinmonopolet ?

Je suis à la fois employé dans la boutique d’Aker Brygge comme caviste-fonctionnaire comme j’aime bien le dire à mes amis en France, et je travaille aussi en tant que juge-dégustateur au siège social.

À quoi consiste le rôle de juge-dégustateur ?

Tous les six mois, le Vinmonopolet publie des appels d’offres pour des produits que l’on va ensuite retrouver dans les rayons de l’ensemble des magasins de Norvège. Ces produits (vin, bière, spiritueux ou sans-alcool) sont liés à des critères de sélections bien définis comme la région de production, les ingrédients, processus de fabrication, etc. Les différents importateurs envoient des échantillons et nous, les juges-dégustateurs, les dégustons à l’aveugle. Nous attribuons une note à chacun en fonction de leur respect des critères de l’appel d’offres. Et en bout de chaîne, les responsables achats du Vinmonopolet décident en fonction de nos notes, de la disponibilité et des prix quels produits vont être achetés pour se retrouver dans les rayons des magasins.

Comme je ne connais pas du tout ce domaine, je pensais que le Vinmonopolet était un importateur (voire le seul !) en Norvège. Combien y en a-t-il dans le pays ?

Non, pas du tout. Le monopole n’est que sur la vente au détail de l’alcool supérieur à 4,7%. L’importation et la production sont privées, l’hôtellerie et la restauration ne passent pas par nous. Les particuliers aussi peuvent importer leur vin d’ailleurs depuis quelques années, mais en payant une taxe énorme. Ce qui rend la pratique sans intérêt !

Avant 1996 soit deux ans après l’entrée de la Norvège dans l’Espace Économique Européen, le Vinmonopolet détenait aussi le monopole de la production et de l’importation d’alcool. Cette situation monopolistique était bien entendu en conflit avec les règles de l’EEE et donc le monopole n’a été gardé que sur la vente au détail.

On retrouve plus de 400 importateurs à l’heure actuelle, ce qui est un nombre très élevé ! C’est un secteur très concurrentiel, surtout depuis 5-6 ans. Il est possible qu’à l’avenir, ce chiffre diminue.

Sais-tu pourquoi et depuis quand y a-t-il ce monopole d’État sur la vente d’alcool (de plus de 4.7%) en Norvège ?

La création du Vinmonopolet remonte à 1922, mais l’histoire commence un siècle avant, dès la dissolution de l’union entre le Danemark et la Norvège en 1814. Avant cette date, les taxes sur les produits norvégiens étaient très élevées, le Danemark souhaitant tirer le maximum de revenus de la Norvège.

La disparition de l’emprise danoise et la baisse des taxes qui a suivi, ont eu pour conséquence une forte hausse de la consommation d’alcool (quasiment que des spiritueux à l’époque) qui a été problématique pendant plus d’un siècle. À l’époque on ne parlait pas de santé publique mais d’ordre public, c’est-à-dire des gens complètement ivres dans les rues. Mais surtout des problèmes sociaux car une partie des revenus des foyers consacrée à la nourriture et à la subsistance était désormais dévolue à l’alcool. N’oublions pas qu’à cette époque la Norvège est un pays pauvre et elle va le rester jusqu’à la découverte du pétrole dans les années 1960.

Les autorités norvégiennes ont tenté d’endiguer ce phénomène pendant plus d’un siècle via la création de taxes sur la production et la consommation, des restrictions sur la production et les débits de boisson… Dans la seconde partie du XIXème siècle, se développe un mouvement de prohibition en relation avec les mouvements ouvriers, féministes et l’Église qui va prendre de plus en plus d’ampleur.

En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, le parlement interdit la vente de spiritueux et de vins fortifiés afin que les matières premières, à savoir les céréales et les pommes de terre, ne soient réservées qu’à la nourriture. En 1918, l’interdiction est étendue à tous les alcools de plus de 12%.

C’est à ce moment-là que le mouvement de prohibition est à son plus haut niveau et à lieu en 1919 un référendum afin de confirmer la loi de 1918. Le score pour l’interdiction de l’alcool est écrasant avec 62%.

À cette époque, un des principaux revenus de la Norvège a l’exportation vient de la vente du poisson salé et/ou séché et les principaux clients sont les pays producteurs de vin (France, Espagne, Italie et Portugal). Ces pays n’ont pas apprécié que la Norvège cesse d’acheter leur alcool : « Pourquoi achèterions-nous votre poisson, si en contrepartie vous n’achetez pas nos vins et alcools? ». Suite à des tractations entre les différentes parties, la Norvège fondait en 1922 le Vinmonopolet. L’institution avait les droits exclusifs sur l’importation et la vente de vins, vins fortifiés et bières supérieures à 4,75%. Et sur la production d’eau-de-vie qui était réservée à des fins médicales, pas à la consommation!

En 1926, nouveau référendum sur l’interdiction de la consommation d’eau-de-vie et cette fois-ci, c’est l’inverse du vote de 1919 et l’interdiction est levée.

Anecdote : En Norvège, il n’a eu lieu que 5 référendums et je trouve plutôt marrant que 2 soient liés à des questions sur l’alcool. Les deux premiers sont sur l’indépendance et l’adoption d’une monarchie en 1905 et le dernier en 1994 sur l’adhésion à l’UE. [ndlr : il y a eu 6 référendums au total avec celui de 1972 sur l’entrée dans la CEE]

Bon, ma réponse est un peu longue, mais je trouve intéressant de voir l’histoire de la Norvège au travers du prisme de l’alcool.

Il y a des reliques de cette prohibition quand même, comme la fermeture des Vinmonopolet le jour des votes et le jour avant par exemple, non ?

Je ne pense pas qu’il y ait de reliques de la prohibition mais il est évident que l’État contrôle fortement le commerce de l’alcool. En ce qui concerne la fermeture des boutiques Vinmonopolet le jour des votes c’était vrai il y a quelques années. Ce sont désormais les communes qui décident et seulement certaines boutiques sont fermées ces jours-là.

La mission principale du Vinmonopolet est d’effectuer une vente responsable de l’alcool (pas de vente aux mineurs et moins de 20 ans pour les spiritueux, pas de vente aux personnes ivres…) et de limiter sa consommation, principalement via des taxes sur l’alcool élevées et un accès limité. Mais maintenant 97% de la population vit à moins de 30 km d’un Vinmonopolet. Il n’a pas toujours été aussi facile qu’aujourd’hui d’acheter du vin, bière forte et spiritueux en dehors des centres urbains. J’ai moi-même connu ça quand j’habitais dans Gudbrandsdal, où il fallait conduire ¾ d’heure pour atteindre la plus proche boutique, mais ça c’est le passé.

Anecdote : avant 1996 il n’y avait pas de libre-service dans les Vinmonopolet mais que des comptoirs. Il fallait feuilleter un catalogue papier pour choisir ce que l’on voulait acheter, puis donner sa liste à un employé derrière un comptoir qui s’occupait d’aller chercher la marchandise. La dernière boutique à vendre au comptoir a été celle de Grunerløkka à Oslo, elle a été rénovée en libre-service en 2011.

Un Vinmonopolet avec les comptoirs. Source

J’ai entendu dire qu’en vrai les différentes boutiques n’appartiennent PAS à l’état. Et qu’elles sont indépendantes. Est-ce vrai ?

Depuis 1939 toutes les parts privées ont été achetées par l’état qui est donc le seul actionnaire. Les boutiques sont donc gérées par le Vinmonopolet. On en dénombre 323 à l’heure actuelle qui sont divisés en 7 catégories selon les ventes qu’elles réalisent. De la plus petite catégorie avec environ 290 produits différents à la plus grande avec environ 3600 produits différents.

Parmi ces boutiques, nous avons 7 boutiques spéciales, dont Aker Brygge, considérée comme la boutique «phare» de l’entreprise. Ces boutiques effectuent des lancements spéciaux tous les 2 mois, ce sont souvent des produits destinés aux amateurs, des vins fins, des produits difficiles à trouver et/ou en faibles quantités, un peu exclusifs aussi et donc recherchés par certains clients. Mais pas uniquement.

Chaque année notre lancement de vins de Bourgogne fait le tour de la presse et des télés norvégiennes avec des gens qui dorment plus de 15 jours devant la boutique pour être les premiers à avoir certaines bouteilles rares comme les vins du Domaine de la Romanée Conti, Armand Rousseau, Roulot… On a près de 200 personnes qui sont là lors de l’ouverture de la boutique, c’est un peu le chaos !

Lors de nos lancements de bière, c’est beaucoup plus tranquille. Il n’y a que quelques brasseries qui sont très recherchées comme les Belges de Cantillon ou de Westvleteren.

Queue devant le Vinmonopolet d’Aker Brygge en décembre 2016 © Jon Haugan

Comment sont fixés les prix par conséquent ?

Dans le prix de vente, la plus grosse proportion est les taxes perçues par l’État qui varient en fonction du type de produits (bière, vin, spiritueux). Parmi ces taxes on retrouve la TVA bien sûr, la taxe sur l’environnement et les emballages et bien entendu la taxe sur l’alcool qui représente la part du lion. Cette dernière varie en fonction du degré alcoolique et du volume.

Il y a le prix d’achat à l’importateur et l’avance du Vinmonopolet qui est assez faible comparée à d’autres secteurs de la vente. La marge de l’importateur n’est pas non plus énorme vu la forte concurrence comme je te l’expliquais précédemment.

Si je comprends bien, contrairement à la croyance populaire, on peut donc se retrouver avec des vins moins chers qu’en France, mais dans le milieu/haut de gamme, n’est-ce pas ?

Oui ! Ce n’est évidemment pas la majorité et c’est quand même largement dans le haut de gamme, donc cela reste valable pour l’amateur. Au-delà d’un certain prix, comptez au-delà de 400 à 500 NOK, les prix sont assez similaires si l’importateur ne se prend pas une grosse marge ou s’il a des frais logistiques peu élevés . Pourquoi ? Car la proportion de la taxe sur l’alcool sur le prix final est beaucoup moins importante, comme expliquée précédemment elle n’est fonction que du degré alcoolique et du volume. Ça veut dire que les vins pas chers en France sont très chers ici alors que les vins chers en France sont au même prix ici voire un peu moins chers.

Pour certains vins très recherchés et spéculatifs, les prix sont clairement moins chers mais c’est très difficile d’en acheter car évidemment les clients se jettent sur ces vins. C’est le cas de producteurs bourguignons ou piémontais plus particulièrement.

Enfin, certains producteurs qui essaient de pénétrer le marché norvégien ont délibérément des prix plus bas ici. C’est le cas du domaine alsacien Zind Humbrecht avec ses grands crus. Cela reste quand même cher.

À titre personnel, tu seras un peu biaisé c’est sûr, mais es-tu pour ou contre la fin du monopole ?

Le Vinmonopolet est mon employeur donc si c’est la fin du monopole, je perds mon emploi. Je suis donc contre la fin du monopole à titre personnel.

Si je me place du côté du consommateur, ça dépend.

Il faut tout d’abord bien comprendre que le monopole sur la vente au détail est une chose, les taxes en sont une autre et les horaires de ventes en sont encore une autre. Contrairement à ce que j’entends, ce n’est pas le Vinmonopolet qui décide du taux des taxes mais l’État par voie législative. Ce qui veut dire que si le monopole est supprimé, les taxes resteront identiques à aujourd’hui.

Si le monopole disparaît et donc que soudainement les grandes surfaces vendent tout type d’alcool et que fleurissent des cavistes indépendants, en tant qu’habitant d’Oslo je m’en moque. Les prix et le choix seraient sans doute assez similaires à aujourd’hui.

Par contre à la campagne et dans les zones reculées du pays, le changement va se faire sentir. Les frais de transport pour le fin fond du Finnmark sont évidemment beaucoup plus élevés que pour Oslo ou Bergen donc les prix risqueraient d’augmenter. En outre, le choix deviendrait beaucoup plus limité voire très très restreint en dehors des centres urbains. Alors que le Vinmonopolet gère ça équitablement aujourd’hui. Les prix sont les mêmes à Kirkenes et à Oslo.

Une petite opinion sur les habitudes de consommation d’alcool en Norvège ?

Les mœurs changent petit à petit mais on reste sur un mode de consommation à l’anglo-saxonne. C’est-à-dire qu’on boit peu en semaine et puis on se saoule le week-end habillé en costard ou robe de soirée. Ça titube fort dans les rues d’Oslo le samedi après minuit.

Lorsque je suis arrivé, les collègues de travail te regardaient sévèrement si tu proposais d’aller boire une bière après le boulot un mardi. Non, il fallait attendre le vendredi (fredagspils) ! Heureusement que c’est différent maintenant !

Encore une chose qui m’a choqué et me choque toujours, c’est lorsque tu es invité chez des amis un samedi soir. Tout le monde apporte sa boisson pour soi et on ne partage pas avec les autres. On garde sa bière ou son vin sous sa chaise. En France, on a l’habitude que tout le monde partage ce qu’on apporte. Mais ici on ne partage pas ! C’est presque impoli. Je pense que l’alcool doit rester convivial.

Comme je le disais cela change et les gens boivent désormais de l’alcool sans être ivres et vont au restaurant ou au bar en milieu de semaine, en tout cas dans les centres urbains. Les accords mets et vins prennent de plus en plus d’importance comme la gastronomie en général.

Y a-t-il un réflexe d’achat de vin français en Norvège ? Quelles sont les plus grosses ventes ?

Tout d’abord, la plus grande partie des ventes de vin sont des ventes en « bag in a box » (BIB) de 2 ou 3 litres, une forme évoluée du cubi ! Cela représente 55% pour être précis.

Et le vin le plus vendu en Norvège est un vin californien « Falling Feather » que l’on retrouve en BIB et bouteille. Pourquoi ? C’est un vin moyennement puissant, rond, très peu tannique et légèrement sucré. Un vin Coca-Cola, charmeur mais sans aucun caractère et malheureusement de piètre qualité.

Les vins français sont perçus comme des vins qualitatifs et plus chers que leurs concurrents alors que ce n’est pas forcément vrai. Que ce soit pour la qualité ou le prix ! 

La vente de vin rouge est cependant complètement dominée par l’Italie, puis Espagne et enfin la France. Pour le vin blanc, l’Allemagne est en tête suivie de près par la France et ensuite l’Italie et le Chili. Je parle en volume car si on parle en valeur, la France se positionne en seconde place juste derrière l’Italie pour le vin rouge et en tête pour le vin blanc.

Les “harrytur” (voyages en Suède) et les magasins Tax Free vous font concurrence, n’est-ce pas ?

Oui, c’est une grosse concurrence ! D’après le FHI (Folkehelseinstituttet), 21% des achats d’alcool au détail se font en Suède et aux Tax Free et ce sont des statistiques faibles, le Systembolaget [ndlr: plus ou moins l’équivalent suédois du Vinmonopolet] gardant ses statistiques de ventes secrètes. Et ceci n’est pas près de s’arrêter, sauf peut-être avec le coronavirus et si la couronne norvégienne dégringole [ndlr: l’entretien a eu lieu au tout début de l’épidémie].

Quant aux duty free des aéroports, ils sont énormes ! Je crois que la Norvège est le seul pays à en avoir à l’arrivée. Tout le monde s’y arrête et achète le maximum du quota autorisé, c’est à dire 6 bouteilles de vin.

À Strømstad, petite bourgade suédoise proche de la frontière sud de la Norvège, il y a deux boutiques du Systembolaget, dont la plus grosse du pays !

Pour rappel, la mission principale du Vinmonopolet est d’avoir une vente responsable de l’alcool. Dans l’hypothèse où plus de 50% des ventes aient lieu en Suède et en duty free, se poserait alors la question de la légitimité d’un monopole.

J’ai découvert les bouteilles de vin en plastique avec bouchon dévissable en Norvège, de même que les canettes de vin. As-tu croisé d’autres conteneurs inhabituels pour nous français ?

Le plus curieux que j’ai croisé est les petites gourdes comme les « pom’potes ». Je ne vois pas l’intérêt hormis des emballages superflus. Certains y trouvent un côté utile donc ça peut augmenter.

En ce qui concerne la capsule à vis, la France est très conservatrice sur le sujet, on en trouve peu. Par contre ici c’est très courant et il y a des avantages car ne plus avoir de bouchons en liège, cela veut dire la disparition du goût de bouchon et moins de variabilité entre bouteilles donc pour le vin de consommation courante c’est clairement un avantage. Les vins du Nouveau Monde l’ont adopté depuis longtemps. Le célèbre Château Margaux à Bordeaux a fait des essais plutôt prometteurs sur la capsule à vis ! Mais de là à changer toute la production ? Peut-être pas.

Un petit conseil à nous donner sur comment choisir le vin au restaurant ? Choisir le 2è moins cher, est-ce bonne idée ou pas ?

C’est simple, laisse-toi guider par le sommelier ! Même dans un resto moyen ici, les sommeliers ont plus de connaissances qu’en France.

Et surtout, on ne prend pas le moins cher ! C’est là où ils se font la plus grosse marge, il vaut mieux miser sur plus haut et les régions plutôt méconnues. Les vins au verre, c’est pareil, c’est sur eux que la marge est la plus importante.

En parlant de ça, as-tu des restaurants avec de bons sommeliers à recommander ?

Ce n’est évidemment que sur Oslo puisque c’est la que j’habite. Il se passe beaucoup de choses sur Trondheim avec des restaurants comme Credo, Fagn ou Røst Teaterbistro mais on reste sur le haut de gamme.

Pour Oslo :

  • Tranen (là où a eu lieu l’entretien ;)), une pizzeria sur Alexander Kiellands plass, laissez-vous guider par Jonas.
  • Nektar, un bar à vin près de Vulkan tenu par Veslemøy qui connaît ses vins sur le bout des doigts.
  • Chez Colin, brasserie française proche de Nektar.
  • Le Benjamin, brasserie dans le bas de Grunerløkka.
  • Brasserie Ouest dans Frogner. J’y suis allé deux fois et chaque fois c’était très bon et un sommelier qui propose une carte des vins éclectique.
  • Brutus à Tøyen et proche de Grønland. C’est pour les fans de vins natures. Beaucoup de plats à base de produits fermentés. Mathias, un franco-norvégien se fera un plaisir de vous accueillir.

J’ai entendu parler de toi via Les Amis du Vin, peux-tu m’en dire plus ?

C’est un club de dégustation francophone ouvert à tous. Tous les mois sont organisés des réunions avec des thèmes différents. Que ce soit sur les cépages, régions, etc. J’anime des réunions avec mon ami Jean-Yves Lingner qui a fondé le club il y a environ 25 ans.

Le but avec ces événements est de se faire plaisir tout en apprenant et d’avoir une image décomplexée du vin. L’ambiance est bon enfant, les gens sont là pour passer du bon temps. Je recommande !

Bertrand comme orateur lors d’une soirée « Les Amis du Vin »

Je trouve que le milieu du vin reste malheureusement assez snob et plutôt élitiste, je déteste ces aspects-là. C’est avant tout le plaisir qu’il faut mettre en avant. Je prends mon pied lorsqu’un vin est délicieux, quand il a du caractère et une histoire à raconter. Ainsi lors de soirées entre amis, on privilégie la dégustation à l’aveugle pour ne pas être influencé par l’étiquette. Cela fait tomber pas mal de vins de leur piédestal. Le terme grand cru sur une étiquette ne veut pas dire que le contenu est exceptionnel. Ce qui ne veut pas dire l’inverse non plus. Certaines de mes plus grandes émotions sont des grands crus. Je pense que l’ouverture d’esprit et l’humilité sont les principales qualités que toute personne doit avoir dans le milieu du vin.

D’ailleurs, je recommande à ceux qui s’intéressent au vin la lecture du livre “Antiguide du Vin et de la Vinasse” de Stéphane Rose. Un grand moment de poilade, surtout pour les nerds du pinard comme moi.

Quelles sont les tendances actuelles ?

Au niveau des vins, les blancs, rosés et effervescents sont en augmentation, surtout les rosés dont les ventes ont carrément explosé ces dernières années. Au niveau des vins rouges ce sont les vins légers et faciles à boire sans trop de structure tannique qui sont en augmentation. Le Pinot Noir est le cépage que tout le monde veut boire.

Pas mal de personnes boivent les vins en dehors des repas, donc les vins puissants et charpentés sont un peu délaissés. Et puis il y a une légende qui dit que les tanins donnent des maux de tête donc les gens évitent les vins tanniques ce qui est bien entendu une ineptie ! C’est un problème de déshydratation. Donc pour éviter la gueule de bois, la règle est simple, on boit un verre d’eau par verre de vin bu. Et on boit des vins de bonne qualité ! Ce qui ne veut pas dire chers.

Côté spiritueux, la baisse est générale et le marché petit. Le Cognac est le segment le plus frappé par cette baisse alors qu’il représentait une proportion importante. Il faut savoir que la Norvège a longtemps été un marché très important pour Cognac ! Plusieurs maisons de Cognac en France ont des noms à consonance scandinave. Mais les spiritueux sont maintenant dominés par le whisky. Personnellement je suis plus fan de rhum. J’aime beaucoup aussi les eaux-de-vie de fruit, c’est un superbe produit mais peu développé en Norvège.

Côté bière, après une explosion ces dernières années surtout avec les brasseries artisanales, cela commence à stagner. Par contre le marché est fortement dominé par les IPAs et surtout les Juicy IPA, ou New England IPA. Ces dernières sont des bières très fruitées, qui ressemblent à des sodas. C’est pas du tout mon truc par contre.

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège et pourquoi ?

Question assez difficile car au niveau du paysage il y a pleins d’endroits magiques comme les différents fjords, Møre og Romsdal, Les Lofoten ou Senja. Comme j’aime beaucoup la montagne, je dirais le massif de Rondane car c’est aussi le premier massif qui m’ait fasciné, je l’ai parcouru à ski et à pied. J’ai habité à côté. C’est un massif qui ne ressemble pas aux autres. Il n’y a que des monts ronds, pelés, et des espaces à perte de vue. Les autres massifs sont plus alpins comme le Jotunheimen, Trollheimen et Hardangervidda quoique plutôt plat n’a pas le même charme. C’est pour moi l’un des paysages les plus singuliers de Norvège.

Rondane par Ot / CC BY-SA

Les mesures de la Norvège face au COVID-19 pour le mois de mai

Comme le dit le dicton :

En avril, ne te découvre pas d’un fil ;
En mai, fais ce qu’il te plaît* ;
* Si le gouvernement te le permet

Le 7 mai le gouvernement norvégien a annoncé de nouvelles mesures dans le but de retrouver une certaine normalité dans le pays tout en continuant à lutter contre la pandémie. Rappelons que le pays avait largement fermé le 12 mars, mais des mesures d’assouplissement ont commencé déjà le 20 avril, voir ici pour plus d’informations.

Les nouvelles mesures d’ouverture sont (par thème) :

Institutions scolaires

  • À partir du 11 mai toutes les écoles pourront ouvrir. Jusqu’à présent uniquement les crèches, maternelles et classes de primaire équivalent CP, CE1, CE2 et CM1 (1.-4. klasse) avaient été ouvertes. Maintenant toutes les autres classes du CM2 à la fin du lycée ouvriront de nouveau. Attention, deux choses à noter: les écoles qui ne sont pas prêtes pourront ouvrir plus tard, et une ouverture des écoles ne veut pas dire que les enfants iront à l’école tous les jours.
  • Les étudiants qui ont besoin d’être dans leurs institutions physiquement peuvent retourner à l’université. Cela concerne environ 30% des étudiants.
  • Les folkehøyskole restent fermées.

Sport, culture, sorties, etc.

  • Dans l’ensemble, notons que la distance minimale entre des personnes qui ne sont pas du même foyer a été ramenée à 1 mètre, que ce soit en intérieur ou en extérieur (préalablement 2 mètres).
  • Les écoles de conduite peuvent ouvrir dès la semaine prochaine
  • Les salles de bingo peuvent aussi rouvrir (ndlr : on sent le lobby des mamies qui était actif).
  • Les entrainements sportifs vont passer de 5 personnes maximum à 20 personnes. Par contre interdiction d’utiliser les vestiaires.
  • Réunions entre amis: aussi 20 personnes et non plus 5 (qui ne sont pas de votre foyer). Une petite fête entre amis est donc de nouveau possible.
  • Les parcs d’attractions et les bars (endroits qui vendent de l’alcool mais ne vendent pas de nourriture) pourront ouvrir dès le 1er juin.
  • Les entraînements en piscine recommenceront (par exemple pour les cours de piscine scolaires) dès le 1er juin.
  • Rassemblements publics jusqu’à 50 personnes de nouveau autorisés (concerts, mariage dans une salle louée, cinémas, etc.) à partir du 7 mai, du moment que la règle des 1 mètre peut être respectée. Il faut qu’il y ait une « personne/organisation responsable » pour l’évènement. (« ansvarlig arrangør » en norvégien, difficile à traduire surtout qu’aucune définition n’a été donnée par le gouvernement).
  • Une annonce faite préalablement et passée inaperçue: L’association DNT a commencé à rouvrir ses chalets petit à petit mais il faut absolument avoir réservé sa place en avance avant d’y aller et il faut venir avec ses draps de lit (les sacs de couchage sont interdits).
  • Les salles de sport pourront probablement ouvrir dès le 15 juin.

Voyages

  • La quarantaine lorsque nécessaire passe de 14 à 10 jours (par exemple en arrivant de l’étranger, même sans symptômes).
  • Aucun changement au niveau des voyages à l’étranger, qui sont totalement déconseillés sans raison valable (pas de voyage de loisir/vacances). Le gouvernement nous annonce que l’on doit se préparer à devoir être en quarantaine après un voyage jusqu’à après l’été.
  • Ce que l’on ne sait toujours pas : Sur les voyages en dehors de la Norvège, de nouvelles mesures seront annoncées le 15 mai. On ne sait pas si/quand cela va changer et donc comment vont se passer les vacances d’été.

Travail

  • Les employeurs doivent pouvoir assurer que leurs employés ont minimum 1 mètre de distance entre eux à tout moment. Sinon les employés doivent rester en télétravail, surtout à Oslo afin d’éviter trop de monde dans les transports.
  • Le personnel médical n’a plus l’interdiction de sortir du territoire norvégien.
  • Ouverture des frontières pour les travailleurs saisonniers.

Le 17 mai

  • Le 17 mai, pas de « barnetog » (marche d’enfants) mais les chorales et les fanfares sont autorisées sans maximum en nombre de personnes, tant qu’ils respectent les distances autorisées entre musiciens.
  • Le 17 mai, les écoles pourront être utilisées par 50 personnes. Le gouvernement encourage les fêtes à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur. N’oubliez pas que si vous organisez un « 17. mai frokost », pas plus de 20 personnes ne peuvent être réunies.
  • Attention sur ce sujet les communes ont assez de latitude.

À Oslo

Découverte historique des quartiers d’Oslo Est — 3ème partie : Oslo au fil de l’eau, entre industrie et nature

Finissons notre exploration des quartiers Est de la capitale norvégienne (cf. les première et la deuxième parties) en explorant les quartiers au fil de l’Akerselva ou fleuve Aker qui coule du nord au sud de la ville.

Ces quartiers sont Grünerlokka-Sofienberg et Sagene-Torshov.

Carte d'Oslo
Carte d’Oslo

Grünerløkka et Sofienberg

Un des grands noms qui apparait dans la tête et directement sur une carte lorsqu’on s’intéresse à Oslo est bien évidemment, le quartier très connu Grünerløkka (ci-contre) ou plus précisément Grünerløkka-Sofienberg. C’est un quartier devenu branché et bucolique le long de la rivière Aker, l’Akerselva, qui le borde à l’ouest. On en oublierait presque son héritage industriel et ouvrier s’il n’était pas parsemé de bâtiments rappelant les rutilantes activités industrielles d’autrefois aussi que la rivière Aker. Le quartier de Grünerløkka- Sofienberg se trouve à l’ouest de Tøyen, au nord de Grønland au sud-est de Sagene et au sud-est de Torshov. Le quartier est bordé à l’est par le quartier de Tøyen.

Sofienberg

À l’ouest de Tøyen et du Jardin Botanique se trouve le quartier de Sofienberg (norvégien « montagne de Sofie ») qui est l’autre partie moins connue du quartier de Grünerløkka-Sofienberg. Ce fut Jacob Nielsen qui acheta les terres et renomma l’endroit d’après le prénom de son épouse Sofie. Cependant ils se complètent à un tel point qu’on ne les distingue que très superficiellement sur des cartes. Ils partagent le même paysage bucolique, même héritage industriel.

Dans sa continuité avec Toyen à l’est et de Grünerlokka à l’ouest le quartier de Sofienberg est effectivement dominé par le vert des parcs. Bordé par le Jardin botanique le quartier est marqué par son magnifique un immense parc surtout sis en son centre verdoyant et pittoresque, le Sofienberg parken. Le parc est tellement grand qu’il se divise en deux avec la très jolie église de Sofienberg qui fut inaugurée en 1877.  En fait le parc se situe à l’ouest de Dælenenga et Rødelokka, deux parties du quartier de Sofienberg, intégrées à Oslo lors de l’extension de 1878.

Le nom Dælenenga provient du domaine de Dælen (ou anciennement Dolin/Dolvin renvoie à une plaine naturelle (-vin) situé dans une vallée (dal) et le suffixe -eng signifie prairie) ou Dælengård. Dælenenga qui se trouve au milieu de Sofienberg est reconnaissable à son terrain de sport ouvert depuis 1916. Au bord du stade se trouve son école très reconnaissable à sa façade rose datant 1920. La paroisse de Sofienberg ou Sofienberg menighetshus se situe juste après.

Lorsque se rend vers l’est dans les rues adjacentes du parc, on voit tout de suite une vision de l’héritage industrielle comme si on se retrouvait plongé dans l’époque de la Révolution industrielle dépeinte dans les romans de Dickens avec par exemple des bâtiments et encore des anciennes cheminées d’usine. La plus connue de celle-ci se trouve au-dessus du parc parmi les noms de rue au nom de villes scandinaves comme la Københavnsgate (rue de Copenhague ci-dessous) Malmögate ou encore Karlstads gate.

Københavnsgate

Dans ces rues des anciennes tuileries (teglverk) ou encore des usines de draps de toile ou seilduk se voient encore même dans les toponymes comme Seilduksgata ou encore Teglverksgata ou Verksgata.

Cette usine très connue est bien sûr la chocolaterie ou sjokoladefabrikk Freia ; célèbre marque de chocolat norvégien que vous avez certainement pu voir vu dans tous les supermarchés ou les kiosques (Narvesen, 7-Eleven) si vous habitez ou avez visité la Norvège.

L’usine Freia ouvre ses portes dans le microquartier de Rodeløkka en 1889 au 25A Verksgata. La chocolaterie a été fondée par Fredrik Christensen mais doit son succès à la volonté d’un homme, Johan Throne Holst. Après des études de commerce en 1887 à Hambourg, Johan revient à Kristiania avec son ami Peer Sandberg pour monter un commerce de café, thé, sucre, cigares, vin et spiritueux. En 1892 Johan Trane Holst accomplit son rêve de devenir un industriel en achetant l’usine Freia. Six ans après l’usine connaît un développement fulgurant passant de 7 à 60 employés et devient la Freia Chocolade Fabrikk Aktieselskap (AS ou société anonyme). Malgré d’autres chocolateries fondées avant ou après, seul Freia subsista jusqu’à aujourd’hui. En 1914 Freia reçut un prix d’honneur pour être une entreprise pionnière en terme technique, sociale et mercantile et développa une filiale au Danemark puis s’étendit à la Suède avec une entreprise sœur à Sundbyberg en 1916. Johan Throne Holst passa le témoin en 1939 à Erik Pedersen. Il mourut en 1946 : Pedersen se retira en 1948 et passa le relais au fils aîné de la famille Throne Holst, Harald en 1948 qui dirigea l’entreprise avec son frère Henning puis Per en 1972. Freia produit des barres de chocolat, les fameux Kvikk Lunsj, des desserts, des biscuits ; confiseries et tout type de produit autour du chocolat et sa boutique sur la Karl Johans gate à Oslo s’affiche en grand.

Entre Dælenga et Rodeløkka on trouve également d’autres réminiscences du passé industriel de la ville et du quartier comme des industries de laiterie (meieri).

L’autre bijou dans cet écrin de verdure c’est le quartier de Rodeløkka, un magnifique quartier dans Grünerløkka. Le quartier doit son nom à Frederik Rode qui fut doyen de la paroisse et qui possédait une résidence d’été à cet endroit. Les rues de Stockholmsgate, Malmøgate Gøteborgsgata une des rues voisines à la chocolaterie Freia. Ce petit quartier est niché entre Dælenenga et la Carl Berners plass.

S’il est si particulier, c’est pour son charme typique de ses maisons traditionnelles scandinaves en bois aux couleurs vives : jaune ; rouge ; vert ou encore rose. Ces quelques rues au nom de villes norvégiennes (Tromsø, Vardø, Hammerfest) et les deux rues principales Solhauggata et la grande rue Langgata (ci-dessous) ont un parfum d’antan presque comme si le visiteur se retrouvait dans l’Oslo des années 1950 et goûtait à l’authenticité des villes norvégiennes un peu oubliée avec l’étalement urbain et les blockhaus d’une métropole. Les maisons en bois datent effectivement des années 1860 et 1870 une vraie pépite lorsque le découvre la première fois surtout lorsqu’il débouche sur les immeubles de Trondheimsveien.

Un des vestiges industriels de Rodelokka, la fabrique de sabots et chaussures en bois ou Treskofabrikk.

Sofienberg possède de magnifiques rues colorées aussi aux couleurs pastels notamment au sud de son parc comme la Sverdrupsgate (à gauche) Rathkes gate (à droite) :

Grünerløkka

Immeuble à l’angle de Schleppegrells gate et de Toftes gate

Grünerløkka est bien plus connu que Sofienberg mais la frontière entre les deux est bien floue et davantage géographique pour mieux se situer.

Grünerløkka aussi intimement appelé Løkka (le nom løkke (leuqueu) – løkka à la forme définie- signifie terrain (vague) ou enclos) par les locaux, tire son nom de la famille Grüner, une famille venant d’Allemagne du Nord près de Hambourg ayant immigré en Norvège au XVIIème siècle. Le premier Grüner un certain Peter Grüner est maître de la monnaie dès 1643, poste que la famille occupera jusqu’en 1688.

En 1672, le chef de famille Friedrich ou Fredrik Grüner achète au roi Christian V (1670-1699) et à la Couronne le domaine de Nedre Foss ou Nedre Foss Gård (ci-contre), soit au bas (nede) du torrent (foss) en référence au haut débit de la rivière parsemée de cascades rutilantes et puissantes dans sa partie aval. Nedre Foss qui est aujourd’hui un restaurant plutôt chic (mais que je recommande cependant) fut à l’origine la possession de l’Eglise catholique durant la période médiévale. Cependant lors du passage à la Réforme sous le règne de Christian III de Danemark-Norvège (1534-1559) en 1536 les biens de l’Eglise en Norvège comme au Danemark dont Nedre Foss furent confisqués et la propriété devient la propriété de la couronne.

Le domaine abrite un très bon restaurant chic et se situe à Grüner parken. Le silo à grains en arrière-plan date de 1953 et a été reconverti en résidence étudiante comme on peut le voir sur l’arrière-plan de la photo (page précédente).

Les Grüner occupèrent d’importantes charges en Norvège. Fredrik fut myntmester ou maître de la monnaie lors qu’il acheta Nedre Foss (ci-dessus). Malheureusement il mourut deux ans après avoir son achat. Les Grüner comme Peter Grüner continuèrent d’exercer de hautes responsabilités dans l’administration comme postmester, maître des postes, mais il semble qu’ils n’aient plus de liens avec Grünerløkka après 1674 qui revint à la Couronne.

Au XIXe siècle le quartier industriel de Grünerløkka évolue de manière significative dans son intégration à la ville d’Oslo ou Christiania (nom d’Oslo de 1624 à 1925) par la construction en 1825 du deuxième pont de la ville, le « Pont neuf » ou Nybro/Nybrua avant d’être 1859 partie apparente de la ville depuis comme Grønland, Vaterland, Gamlebyen à l’est et Pipervika à l’ouest. En 1861 le marchand Thorvald Meyer achète Grünerløkka à la Couronne ce qui explique que la rue principale de Grünerløkka ; la Thorvald Meyers gate, aujourd’hui après le pont Nybrua depuis la ville (Storgata), porte son nom. En 1877, l’intégration de Grünerløkka dans la ville se poursuit par l’arrivée du trikk (tramway) dans le quartier, le reliant ainsi à la Vestbanen qui se trouve dans l’actuelle Aker brygge à Pipervika. Aujourd’hui les lignes 11, 12 et 13 (à destination des quartiers nord de Grefsen et de Kjelsås) desservent le quartier.

Le quartier de Grünerløkka est un effectivement ancien quartier industriel qui s’est transformé en un quartier à la mode, jeune et bourgeois bohème. C’est un beau quartier où il fait bon vivre entre ces grandes artères colorées aux teints pastel :  Markveien, Thorvald Meyers gate et Toftes gate. Grünerløkka est un quartier également très fréquenté pour ses parcs comme le bois au bouleau Birkelunden, Olaf Ryes plass ou encore les bords verdoyants le long de la rivière Aker cela donne une touche magique à ce quartier dont la rue principale Thorvald Meyersgate est devenue un lieu de rassemblement avec plusieurs bars et restaurants prisés proposant une cuisine variée, internationale et moderne attirant de nombreux Osloïtes et touristes.

Grünerløkka est donc le pur produit du mélange entre industrie et charme verdoyant ce qui se voit surtout le long de l’Akerselva, car les industries avaient besoin de l’énergie hydraulique. Le quartier de Grünerløkka ne manque pas d’usines et de bâtiments en brique foncée rappelant la Révolution industrielle et l’Angleterre d’Oliver Twist tout droit sorti de l’univers de Dickens. Voici une exploration non exhaustive de l’héritage industriel de Grünerløkka.

Lorsque l’on descend vers la rivière Aker, l’Akerselva, l’on trouve beaucoup d’anciens sites industriels. Au début de Trondheimsveien après le pont venu du centre-ville se trouve la célèbre brasserie Schou (prononcez skaeu). En 1800 Johan Thrane, une des grandes familles commerçantes d’Oslo fonde une brasserie dans le lieu-dit de Fjerdingen (actuel Grünerløkka-Sofienberg). C’est Christian Julius Schou qui reprit l’établissement et qui lui donna le nom de cette institution de Grünerløkka et de la ville.

En continuant le long de la rivière Aker (Akersgate) sur la rive d’en face se trouve une ancienne distillerie ou brenneri se trouve un haut lieu de la musique et du divertissement d’Oslo, Blå, un lieu de concert branché à l’allure hippie, ouvert à tout style de musique. Blå est une institution du divertissement à Oslo sur les bords de l’Akerselva (ci-dessous).

Un peu plus loin un autre bâtiment industriel a été transformé est l’ancien silo de grains de Nedre Foss, sur Grüner parken, datant de 1953. C’est depuis 1999, une résidente étudiante.

La suite de la ballade est bucolique le long de l’Akerselva avec des torrents aux débits impressionnants faisant d’Oslo, une capitale unique dans le monde. Si on continue la découverte industrielle, on trouve les vieux bâtiments industriels d’Øvre Foss – partie supérieure du fleuve. À son apogée le long du fleuve contait des moulins à papier, moulins à huile, moulins de salpêtre, tannerie et usine de cuir, usine d’alun, moulin de céréales, filature.On trouve du côté d’Øvre Foss on trouve une autre fabrique de voiles de bateau, la Christiania Seildugs fabrikk (ci-dessous).

Fondée en 1856 et conçue par Peter Høier Holtermann, elle fut le plus grand bâtiment de Christiania et environs avec le château. Cela correspond au développement de la marine norvégienne à voile des années 1850 à 1914. Ultérieurement la fabrique de voiles se développa en produisant des filets et équipements de pêche, des cordes ; des sacs ; des serviettes et des chiffons. En 1908 l’usine comptait 920 employés. L’usine ferma ses portes en 1960. En 1999 l’ancienne usine devient le local communal réunissant les écoles d’état d’art industriel et de l’artisanat, l’académie d’art, ainsi que les hautes écoles de ballet, théâtre et d’opéra (Statens håndverks- og kunstindustriskole, Statens kunstakademi, Statens balletthøgskole, Statens teaterhøgskole, Statens operahøgskole en norvégien). En 2010 elle devient la Haute École des Arts d’Oslo ou Kunsthøgskole i Oslo. Avec ses 500 étudiants, 200 employés et ses 40 000 mètres carrés la Kunsthøgskole i Oslo est l’un des plus grands centres d’enseignement de l’art et du design d’Europe du Nord.

Toujours à Øvre Foss on trouve un ancien atelier de mécanique de l’Aker ou Akers Mekaniske Verksted- ou alors à l’époque Agers Mekaniske Værksted qui démarra en 1842. Les fondateurs appartenaient au milieu des entrepreneurs et fondateurs d’entreprises des années 1840 et des années 1850 avec des origines professionnelles différentes (mécaniciens, militaires, fonctionnaires ou encore homme d’affaires). Peter Streenstrup qui fut capitaine de vaisseau fut une des figures de l’entreprise et qui en fut le premier dirigeant étendit l’entreprise en 1854 en achetant l’île d’Holmen (Tjuvholmen aujourd’hui) à Aker Brygge pour se développer dans l’industrie des chantiers navals. Steenstrup mourut en 1863.

L’atelier mécanique de l’Aker ou Aker Mekaniske Verksted fondé en 1841 et fermé en 1952

Le dernier bâtiment que l’on abordera dans cette exploration industrielle de Grünerløkka c’est la Brasserie Ringnes célèbre productrice de l’une des bières les plus consommées en Norvège la Ringnes. En 1877 les frères Amund et Ellef Ringnes fondent la Ringnes & Co à Grünerløkka. En plus de la bière Ringnes, l’entreprise produit également les deux marques d’eaux minérale et gazeuse, les célèbres Imsdal depuis 1990 (produit à Imsdal dans l’Østerdalen, est du pays) et Farris (Larvik, Norvège de l’Ouest) depuis 1993. Ringnes produit donc 180 millions de litre de bière et boissons gazeuses soit le quart de la production nationale le siège social de Ringnes, à Grunerløkka :

L’Akerselva

Outre l’industrie c’est la nature qui domine cette partie avec le fleuve Aker ou Akerselva qui depuis sa source dans le lac Maridalsvannet dans la banlieue nord d’Oslo à Kjelsås parcoure et serpente presque 10 kilomètres à travers la ville dans plusieurs quartiers avant de se jeter dans le fjord. Ce qui explique les nombreux toponymes comme Akersgate (rue de l’Aker) ou encore Akershus festning (forteresse de l’Aker où se situe l’embouchure du fleuve dans le fjord d’Oslo). Le fleuve puisse possède plusieurs torrents (foss en norvégien) en son aval.

Sagene et Torshov

Sagene est un ancien quartier ouvrier et industriel qui se situe de part et d’autre de l’Akerselva au nord et nord-est de Grünerløkka. Torshov qui se situe au nord de Grünerløkka le long de l’Akerselva et à l’est de Sagene. C’est un quartier clairement marqué par son héritage industriel.

Autrefois le quartier était dénommé Sagene-Torshov puis Sagene en 2004. Le nom de Sagene vient du norvégien sag signifiant « scie » et donc Sagene signifie « les scies » en raison des nombreuses scieries (sagbruk) qui s’y trouvaient. Ce quartier apparait dès le XVIIe siècle où est établie en 1600 une colonie de travailleurs par Christian IV le bâtisseur. C’est à cette même époque que l’on commence l’exploitation de mines de fer et de charbon. L’image ci-contre rappelle que Sagene  fut un quartier industriel et ouvrier.

En 1741 l’école de Sagene ouvre ses portes, c’est la première école « populaire » ou allmueskole (ou folkskole), à l’est de l’Akerselva. C’est également à Sagene en 1855 que fut érigé le premier commissariat de police. En 1686 Oliver Bentse obtient un privilège royal d’établir un moulin à papier sur la rive ouest de l’Aker. Moins de dix ans plus tard en 1695 son exploitation ou Bentse Brug (bruk) devient la première papeterie de Norvège ce qui explique le nom du Bentsebru (pont Bentse) entre Sagene et Torshov ou encore la rue Bentsebrugsgate. Sur la rive ouest du fleuve se trouve le centre de Sagene avec son église en brique rouge de style néogothique datant de 1891.

En ce qui concerne Torshov qui se trouve à l’est de l’Aker sa rue principale est la Vogts gate et un quartier assez coloré notamment une des ses rues Vogts gate.

Torshov possède un magnifique grand parc avec un monticule donnant de la hauteur sur la ville.

Au nord de Torshov le long du fleuve se situe Lilleborg où se trouve justement l’héritage industriel du quartier et de la ville. En 1687 le pouvoir royal décide d’implanter des savonneries, des moulins à huile et des papeteries ou encore des industries de cuir. En 1812 un militaire Ludvig Mariboe établit une usine de vêtement ou Klædesfabrikk à Lilleborg. En 1850 une filature (spinneri/spinderi) fut établie par Peter Møller.

Sagene et Torshov possèdent de nombreuses maisons traditionnelles scandinaves.

Certains bâtiments industriels de Sagene -Torshov à Torshov ont été réaménagés et retransformés c’est le cas de l’ancien hall du tramway (trikkestallen) du quartier de Sagene devenu un théâtre de marionnettes (dukke- ou dokketeater)

C’est avec Sagene et Torshov sur les rives de l’Akerselva que se termine notre série sur la découverte historique des quartiers est d’Oslo.

J’ai particulièrement apprécié d’écrire cet article en particulier, car quand je suis arrivé en Norvège en septembre 2018 c’est à Grünerlokka-Sofienberg que ce fut ma première vue d’Oslo et de la Norvège en juillet 2018 pour mes vacances en Norvège puis j’ai résidé dans deux auberges de jeunesse Anker Hostel sur Storgata et Anker Appartments à Københavnsgate, Dælenenga, Sofienberg.  En espérant que cela vous aura plu et enrichi votre connaissance de la ville si vous y habitez, voulez la visiter si vous habitez ailleurs en Norvège.

Des envies de jardinage en Norvège ? Suivez le guide

Nous remercions Arnaud pour la rédaction de cet article et sa contribution à LaNorvege.no !


Vous sentez depuis quelque temps un besoin grandissant de retour à la terre ? C’est normal, le soleil renaissant entre vos 4 murs et l’expectative d’un confinement en Norvège pour l’été constituent un excellent cocktail d’envies pour se rapprocher de la nature. Si ce sentiment est de plus rasséréné par des désirs d’autarcie et de visions de fin du monde, une solution abordable s’offre à vous : le jardinage. 

Mais c’est déjà le mois d’avril et vous vous dites qu’il est déjà bien tard, que vous n’avez pas les pouces verts, pas le temps, pas la place. En fait il ne vous reste que l’envie. Pas de soucis, tout est encore possible et nous allons essayer de vous donner quelques tuyaux pour arroser vos nouvelles ambitions. 

Que planter ou semer en avril ?

Les nuits sont encore bien fraîches et peuvent encore descendre en dessous de zéro. Beaucoup de plantes supportent bien ces températures. Des oignons (« løk ») déjà bien sortis supporteront par exemple d’être ensevelis sous la neige pendant quelque temps. Les salades et choux également. Sans compter les poireaux (« purre ») qui se régalent par temps froid et supporteront parfois tout un hiver. Sans pousser davantage, certes, mais c’est vous dire la résistance de cette plante vivace. 

Finalement, la Norvège est le pays des légumes racines, et ce qu’il est le plus commun de trouver ici comme produits locaux devrait logiquement pouvoir se retrouver dans votre carré de terre : betteraves (« rødbet »), rutabaga (« kålrot »), céleri rave (« knollselleri ») ou branche (« stangselleri »),  navet (« nepe »).

L’inconvénient des légumes précités c’est le temps très long qu’il leur faut pour arriver à maturité et la saison très courte dont vous disposez. Oubliez donc vos propres semis et procurez-vous directement des bulbes et jeunes plants.

Il est heureusement des plantes racines qu’il est toujours possible de semer et c’est à vrai dire le bon moment : carottes (« gulrot »), panais (« pastinak »), radis (« reddik ») et dans une moindre mesure le navet. 

Les salades comme la batavia sont aussi dans le top des légumes à cultiver. Il est encore temps de les semer, voire même d’en semer régulièrement pour vous permettre d’en manger toute la saison. La salade a finalement besoin d’assez peu d’espace, résiste très bien au froid et prédateurs et pousse assez vite pendant nos étés très lumineux. 

Et pour finir les choux. Très populaires en Norvège car ils y poussent bien, le chou cabus (« hodekål ») comporte plusieurs variétés ou noms : « spisskål », « rødkål », « savoykål », « hvitkål » ou « sommerkål ». Là encore, il vous est conseillé de trouver des plants.

Quelques légume-racines

Je débute et souhaite commencer par des choses simples

Bien vous prend, Michelangelo n’a pas commencé par la Chapelle Sixtine. 

Je ne l’ai pas évoqué plus haut pour vous en garder la primeur cher(e) débutant(e), mais il existe une plante qui pousse vite, résiste bien aux limaces, se cuisine sous plusieurs formes et est considérée comme un des superaliments : le chou kale frisé (« grønnkål »). Il est possible de trouver des plants, mais il n’est pas trop tard pour le semer maintenant, plutôt en intérieur pour accélérer la germination mais qui supportera bien les nuits froides dès qu’il dépassera quelques centimètres. 

Un autre légume qui pousse rapidement et résiste bien lui aussi : le petit pois (« erte »). En revanche pensez à lui permettre de grimper pour qu’il puisse s’épanouir. Vous pouvez par exemple planter dans le sol à côté de lui une branche bien ramifiée. Vous aurez alors tout le loisir d’observer sa quête de verticalité, le déploiement de ses crochets aventuriers et son chemin vers la lumière. Alléluia !

On parle de légumes et j’en allais oublier les fraises. Il est très facile de se procurer des fraisiers et c’est aussi le moment de les planter. L’un des avantages est que le fraisier repart l’année suivante. Certaines espèces sont aussi remontantes, c’est-à-dire qu’elles peuvent donner des fruits durant toute la saison. La fraise Korona dispose d’un des meilleurs rendements, ça ne s’invente pas. Les fraisiers peuvent aussi pousser en jardinières, toutefois, attention aux pies, très friandes de ce fruit. Et pour les petits espaces, on peut aussi les faire pousser à la verticale avec une tour à fraise (exemples disponibles sur YouTube). 

Bon entre nous, tous les légumes cités ici sont « simples » à faire pousser. Il n’y a finalement qu’à les regarder et désherber un peu autour de temps en temps. La complexité pour de beaux plants réside plus dans le choix de leur environnement. C’est-à-dire le type de terre, l’ensoleillement et la conjugaison avec d’autres plantes.

Où trouver des graines et des plants ?

Les traditionnels Plantasjen et Hageland ont un assez grand choix de graines et vendent aussi des plants à cette période de l’année. Mais dépêchez-vous, les magasins sont pris d’assaut en ce moment et les plants ne sont disponibles que peu de temps. 

Il est aussi possible de trouver des graines dans des magasins comme Rema 1000 et chez la plupart des fleuristes, mais je recommande particulièrement les graines issues de l’agriculture bio et produites en Norvège, comme Solhatt. Solhatt propose également une série d’articles très utiles.

Durant la période d’avril et mai beaucoup d’initiatives fleurissent également de part et d’autre. Sur Oslo, Landbrukskvartalet organise parfois des petits marchés (« Plantebyttemarked ») où il est possible d’acheter des plants réalisés par des particuliers ou semi-professionnels.  Il existe aussi des serres coopératives dans certains quartiers où les habitants vendent leur propre production. Comme par exemple Dr. Dedichens Drivhus dans le quartier de Haugerud.

Des groupes Facebook, en norvégien, permettent aussi de se renseigner et se donner des idées, comme par exemple « Grønnsaksdyrking i Norge » et « Grønnsaker fra hagen ».

Des amis me disent que les limaces sont un enfer

Vos amis sont bien avertis. 

En tant que permaculteur débutant, j’attache beaucoup d’importance au respect des animaux et de toute cette faune qui vit dans le sol et rend le jardin fertile et spongieux. Je bénis les vers de terre, je vénère la faune épigée et je chante les organismes anaérobiques. Tout n’est qu’amour. Tout ? Non ! Car une espèce d’irréductibles envahisseurs résiste encore et toujours à la biodiversité : arion vulgaris, la limace de jardin, c’est-à-dire le « brunsnegle ».  Brrrr….  

La limace, le pire ennemi de votre potager…

Cette limace, importée du Portugal et sur la liste noire des espèces envahissantes de Norvège résiste à tout, mange tout, est partout. Elle se reproduit très vite et ses œufs enfouis résistent très bien à l’hiver. Seul un été chaud et sec comme durant la sécheresse de 2018 peut vous en défaire. 

À en croire les résidents de la ferme d’Alm Østre près de Hamar, la limace est une spécificité bien Osloïte. 

Néanmoins il existe des solutions pour en limiter les effets, mais attention, votre karma va en prendre un coup. 

Le piège le plus efficace testé jusqu’à présent est le piège à bière (« øl sneglefelle »). Les limaces, attirées par l’odeur, se laissent tomber dans le pot enfoncé au niveau du sol et meurent, d’ivresse probablement. Ce n’est donc qu’une demi-peine. 

Nez fin mais assez peu fine bouche, la limace se contente d’une pils du plus mauvais brassage.

Le « sneglekant », disponible à Biltema consiste en une barre métallique inclinée qui se place sur le sommet de la « plantekasse » posée au sol. Les limaces sont à priori incapables de les franchir. Cela dépend certainement de leur dimension (de la limace ou de l’angle métallique), j’ai déjà vu des limaces jouer dessus à saute-mouton et rire. J’ai des preuves. 

Les cendres de la cheminée sont aussi censées freiner la progression de ces rampants. Il doit s’agir là d’une légende, mes limaces les ayant confondus avec un toboggan. Cette année je tente donc les coquilles d’œuf broyées. On verra bien. 

Le fil métallique posé au sol pourra faire partie de votre arsenal. Naturellement il ne faut pas qu’il soit galvanisé. Je vais en faire l’essai cette année mais je suis tout de même assez sceptique. 

Des méthodes plus naturelles sont également possibles, les limaces ne s’attaquent pas à certaines plantes et d’autre sont même barrières, comme le cassis. 

Il existe également des poisons à limaces, je le dis ici par honnêteté intellectuelle mais ne souhaite pas en faire la promotion. 

Finalement la méthode recommandée et la plus efficace consiste à faire fréquemment le tour du jardin, en particulier quand il y a peu de lumière et beaucoup d’humidité et de les retirer à la main, ou au ciseau, c’est selon vous et votre karma. Veillez surtout à bien protéger vos jeunes plants, les limaces s’attaquent plus difficilement aux plants adultes et aux tiges dures.

Je n’ai pas de jardin, que faire ?

Gardez vos yeux pour pleurer, il y a des solutions. 

La ville d’Oslo dispose d’un programme pour inviter tous ses citoyens à devenir des fermiers de ville. « Urbant landbruk » propose par exemple d’adopter une « dyrkingkasse » ou de démarrer un projet commun avec voisins ou amis.

Oslo dispose aussi de beaucoup de petites parcelles cultivables, comme par exemple à Tøyen, Bøler, Sørenga ou Sagene. Peu onéreuses à l’année, il faudra quand même vous y prendre à l’avance pour en louer une. Parsellhager.no recense une liste des initiatives sur Oslo et les personnes à contacter. N’hésitez pas  à y aller faire un tour.

Il existe aussi des fermes ou des espaces privés ou publics dont il est possible de devenir membre et contribuer avec vos petites mains en contrepartie d’une quantité de légumes. Voici une liste de liens non exhaustive de ces « andelslandbruk » à Oslo et dans toute la Norvège :

Ce lien résume plusieurs initiatives proposées par la commune d’Oslo. 

Et puis dans la catégorie partage, on avait peur qu’il n’arrive jamais, le AirBnB du jardinage est arrivé. Ouf ! Que d’anxiété et sueurs froides en moins. Rien de tel qu’une application mobile pour se rapprocher de la terre. Merci à Bill, Steve, Larry, Sergei et tous les autres. 

Une autre possibilité est de faire pousser sur votre balcon. Pas de problème avec ça, mais il faut juste vérifier quelques paramètres comme le taux d’ensoleillement, la profondeur de terre et la chaleur. Les courgettes ont par exemple des racines plus traçantes que plongeantes, mais nécessitent beaucoup de soleil et chaleur. Idem pour les tomates. Préférez d’ailleurs les tomates cerises qui poussent plus vite (plants disponibles actuellement à Hageland ou Plantasjen). Mais pour ces derniers attendre que les nuits passent les 10 degrés avant de les mettre dehors. Les petits pois peuvent bien s’adapter à la culture en pot, de même que les fraises, les poivrons, les piments et beaucoup de plantes aromatiques.

Et si vous n‘avez rien de tout ça, il vous reste la nature. Dans les forêts de Norvège, mais aussi dans les villes, il est possible de cueillir nombre d’espèces comestibles. Et comme c’est la saison, une bonne soupe d’orties sera assurément la manière la plus écologique de vous nourrir.