Portrait de Fabrice, statisticien à l’agence nationale norvégienne de sécurité du médicament

Fabrice est statisticien chez Statens Legemiddelverket, l’équivalent norvégien de notre Agence Nationale de sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM). Il fait partie des équipes chargées d’émettre leur avis sur l’autorisation de nouveaux médicaments et vaccins au sein de la Norvège, et indirectement de l’Union européenne via des coopérations entre pays. Comme l’on peut s’en douter, les dernières semaines ont été très occupées par la COVID-19, d’autant plus qu’il travaille sur le vaccin de Pfizer qui a beaucoup fait parler de lui !

Thomas : Quand et pourquoi es-tu arrivé en Norvège ?

Fabrice : Je suis arrivé en Norvège en 2011. À la base, j’avais fait mes études en Suède et je travaillais en tant que chercheur dans le sud de la Suède depuis 5 ans. Nous pensions déménager, mais ma femme étant suédoise, et ayant deux enfants en très bas âges, nous voulions rester en Scandinavie. La Norvège est donc venue assez rapidement comme une bonne option. Le plan initial était d’y rester 2 ans avant de revenir en Suède, mais nous sommes restés car nous y avons trouvé notre bonheur.

Où travaillais-tu quand tu es arrivé en 2011 ?

J’ai commencé à travailler à l’université d’Oslo, en tant que chercheur dans la génétique de l’évolution et l’écologie. J’y suis resté jusqu’en 2018. J’ai eu l’occasion de pas mal voyager et de profiter d’un réseau international lié à l’université d’Oslo.

Mais je n’étais plus satisfait avec le système académique, j’ai donc décidé de chercher autre chose et je suis tombé par hasard sur une offre d’emploi à Statens Legemiddelverket, dont le travail consiste à réguler la mise sur le marché des nouveaux médicaments en Norvège, y compris vaccins et équipements électroniques médicaux (tout ce qui est médical et a un rapport thérapeutique). Ça fait maintenant plus de 2 ans que j’y travaille.

Les bureaux de Statens Legemiddelverket. Source : Statens Legemiddelverket

Qu’est-ce qui vous a fait rester en Norvège ?

Ma femme a également commencé à travailler à l’université d’Oslo, ce qui lui plaisait bien. Habiter à Oslo nous apportait un bon équilibre entre la nature et la vie culturelle, ce qui nous plaisait beaucoup. Même en ayant des enfants en bas âges, et en étant donc limité dans ce que nous pouvions faire, il y avait aussi la possibilité de faire des activités en hiver (avec les sports d’hiver) et en été (avec la mer). D’autre part, Oslo est une grande ville, avec une vie gastronomique et une vie culturelle qui nous a bien plu. 

Avant de venir à Oslo, nous habitions à Lund, qui est une petite ville universitaire dans le sud de la Suède. Mais la ville d’Oslo permet de tout combiner sans avoir à aller dans une autre ville, comme nous avions à le faire en allant à Malmö ou à Copenhague. La nature suédoise est belle, mais celle d’Oslo est encore plus belle.

Peux-tu nous en dire un peu plus en quoi consiste ton métier ?

La majorité du temps, j’étudie des rapports qui sont envoyés par des entreprises pharmaceutiques qui ont des nouveaux médicaments ou vaccins à proposer et j’émets un avis positif ou négatif (avec toute une équipe de collègues avec chacun sa spécialité). Même si la Norvège n’est pas membre de l’Union européenne, elle fait partie de l’espace économique européen ; et à ce titre, elle fait partie de l’EMA (European Medicines Agency), qui correspond à l’organisme qui régule la mise sur le marché des médicaments dans l’UE, y compris en Norvège et en Islande. Bien que ces deux derniers pays participent à l’étude des dossiers de mise sur le marché et produisent des rapports avec avis positif ou négatif, ils n’ont pas le droit de vote, car ils ne font pas partie de l’Union européenne.

Le système pharmaceutique norvégien dépend donc énormément de l’UE. Cependant, même si des médicaments sont autorisés en Norvège au même titre que les autres pays d’Europe, chaque pays doit négocier son prix avec les entreprises pharmaceutiques. Ce qui peut créer des différences assez marquantes entre les pays : un médicament qui peut être acheté sans ordonnance en France, mais pas en Norvège, ou vice versa, médicaments pas forcément remboursés au même prix ou juste introuvable malgré leur autorisation.

J’imagine que cette année vous êtes pas mal occupés par rapport aux discussions liées aux traitements ou vaccins contre la COVID-19 ?

En tant que membre de l’EMA, la Norvège était déjà impliquée dans les discussions liées aux médicaments existants, par exemple au Remdesivir, pour traiter les malades atteints du COVID-19 avant l’été. Mais en plus de cela, nous avons en ce moment un rôle particulier par rapport aux vaccins (qui est une priorité désormais dans notre organisation), car la Norvège est l’un des 3 pays qui étudient les rapports issus du laboratoire Pfizer et liés au vaccin dont nous entendons parler actuellement. 

Les données liées à ce vaccin viennent donc d’être mises à notre disposition, et nous donnerons notre avis détaillé avant qu’il n’y ait un vote par tous les pays membres. Il est très important de faire la différence entre ce qui a été annoncé dans les médias (correspondant à la communication faite par Pfizer), et la validation des données qui n’ont actuellement été vus que par un comité indépendant, composé d’un statisticien et d’un médecin. L’annonce d’une efficacité de 95% est une très bonne nouvelle, mais les données n’ont pour l’instant pas été validées. C’est donc positif, mais il faut relativiser. Et l’étude des effets secondaires sera aussi minutieuse et comptera autant dans l’avis que nous rendrons.

Par contre, il est vrai que les processus sont accélérés. Les délais d’étude des vaccins ont par exemple été réduits de 3 mois à environ 3 semaines, en augmentant les effectifs et en mettant la priorité sur certains dossiers par rapport à d’autres. C’est en tout cas positif de voir que la Norvège a un rôle important à jouer. Mais rien n’est bâclé ou négligé. 

Vue d’artiste du vaccin. Source : Daniel Schludi

Les autres pays de l’UE ne seront-ils pas impliqués dans cette étude ?

Trois pays de l’EMA, dont la Norvège, seront impliqués. Les autres baseront leur décision sur nos rapports et les autres données qui auront été issues. 

Est-ce qu’il y a d’autres vaccins à l’étude en ce moment ?

Oui il y en a plusieurs. Nous nous attendons peut-être à une quinzaine de vaccins annoncés pendant les deux prochains mois. C’est donc la course en ce moment, mais il est difficile de dire lequel aura l’autorisation en premier. Même s’il y a des annonces dans les médias, il y a toujours des compléments d‘information qui sont demandés aux laboratoires, et la décision dépend donc aussi de leur temps de réponse.

Ça va se jouer à peu de chose près, mais on peut espérer qu’il y ait un premier vaccin autorisé d’ici à janvier, voire avant. Après, il y a une grande différence entre l’autorisation temporaire, la mise sur le marché et la production du vaccin. Par exemple, il a été annoncé dans la presse que la Norvège aurait le droit à 2 millions de doses du vaccin de Pfizer (de quoi l’utiliser sur 1 million de personnes, car il faut 2 doses/pers.), mais il faut suffisamment de temps pour qu’il soit produit.

Même si le processus de mise sur le marché est accéléré, il y a ensuite un processus très rigoureux lié à la production, car la qualité de chaque batch de vaccin doit être surveillée. D’un point de vue réglementaire, il y aura des processus très rigoureux à mettre en place, et ça mettra donc beaucoup de temps pour produire un vaccin de qualité constante. Ce n’est pas parce que le vaccin fonctionne qu’il peut facilement être produit sur des millions de doses.

Que penser de l’annonce de Moderna et de son vaccin efficace à 95% ?

Comme dit précédemment, il est impossible d’émettre un avis et même inutile de commencer un quelconque débat sans avoir pu consulter les données brutes de leurs tests, mais ça reste aussi très prometteur. On peut s’en réjouir, mais prudence…

Que peux-tu me dire sur vos critères de sélection ?

L’un des points importants de mon travail est de regarder l’efficacité d’un vaccin ou d’un médicament, combien de temps dure l’immunité, empêche-t-il la propagation du virus ou prévient seulement les symptômes, etc. Mais en même temps, il faut trouver un point d’équilibre entre l’efficacité et la sécurité (à savoir les risques d’effets secondaires). L’intention pour ce type de vaccin est de le distribuer de manière massive, donc même si le taux d’effets secondaires n’est « que » de 0,01%, cela peut avoir des effets néfastes considérables lorsqu’il est administré à 5 millions de personnes. C’est pourquoi nous avons des processus très rigoureux pour rejeter tout effet secondaire grave. Je travaille en tant que statisticien et beaucoup avec les chiffres pour ce qui est de l’efficacité, mais s’il y a un risque d’effet secondaire grave, la sécurité est plus importante que les statistiques. Il faut savoir que les rapports que nous recevons des entreprises pharmaceutiques incluent beaucoup de données brutes, telles que la date et heure à laquelle un patient a développé des symptômes, quand est-ce qu’il a consulté son médecin, etc. On parle de milliers de pages et de tableaux de données. Nous avons donc vraiment la possibilité de fouiller dans les détails et de ne pas laisser passer certaines choses. Et les trois pays impliqués dans les études rendent leur avis de manière indépendante, complétés par tous les autres pays membres.

Données brutes. Photo by Mika Baumeister

Un problème qui fait débat est que lorsqu’il y a un premier vaccin qui est accepté et sûr, il y a un principe d’éthique qui se pose, qui fait que ce n’est plus acceptable de prodiguer de placebo. Actuellement, une partie des patients reçoivent un placebo, et c’est comme cela que nous pouvons voir et juger de l’efficacité d’un vaccin. Par contre, un vaccin autorisé peut être comparé à un nouveau vaccin en phase de test pour vérifier que son efficacité soit aussi bonne, mais il faut alors changer ou stopper les essais cliniques en cours. Il y aura donc des discussions par rapport aux phases de tests après qu’il y en ait un qui ait déjà été accepté. 

Tu as mentionné la vérification des différents batchs durant la production, êtes-vous aussi impliqué à ce stade ?

Oui. Lors de la production, nous recevons des échantillons de chaque batch afin d’effectuer des tests et contrôler leur qualité. Les tests sont effectués en laboratoire et nous contrôlons les résultats contre les critères d’acceptance de qualité. Il peut donc arriver que certains batchs (et donc vaccins produits) soient refusés, car ils ne sont pas en accord avec ces critères. 

Comment vois-tu 2021 dans ta boule de cristal ?

Je vois une première partie de 2021 très difficile, puis une amélioration due tout d’abord à l’été qui arrive (le facteur climatique), et au fait que nous commencerons la vaccination à échelle plus large. Je vois la deuxième partie d’année bien meilleure, avec beaucoup moins de confinement, et un retour « presque » à la normale. Je pense aussi qu’on aura tous tiré des leçons de vie avec des choses que nous ne voudrions pas voir se reproduire de nouveau.

Nous avons un peu plus de chance en Norvège, qui peut s’expliquer entre autres du fait de la densité de population, mais il faut encore s’attendre à des semaines et mois difficiles à venir. 

Mais ce n’est que mon opinion (et pas celle de mon employeur) !

Merci pour toutes ces informations ! Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège ?

Sans hésiter, je dirais Gudvangen, localisé près de Flåm dans le fjord le plus étroit de Norvège : Nærøyfjord. L’endroit donne plus l’impression d’être dans un canyon que dans un fjord. J’y suis allé cet été, mais j’aimerais déjà y retourner.

Petite introduction à la double imposition franco-norvégienne

La question de savoir où déclarer et payer ses impôts revient souvent pour les personnes changeant de pays ou vivant « à cheval » entre plusieurs pays. C’est en particulier le cas pour ceux et celles ayant des revenus dans plusieurs pays ou qui sont propriétaires de biens immobiliers en dehors de leur pays de résidence principale.

Il n’est pas forcément évident de s’y retrouver dans les textes officiels français et norvégiens. Votre centre des impôts, qu’il soit français ou norvégien, répondra en général uniquement pour la fiscalité du pays concerné, mais n’aura pas les réponses concernant la fiscalité de l’autre pays ou la manière dont les deux s’articulent.

Cet article, écrit et relu par plusieurs contribuables lambda eux-mêmes confrontés à la question depuis longtemps, essaie de donner des éléments de réponse. Il n’est qu’indicatif, n’est pas écrit par des experts et ne traite pas des très nombreux cas particuliers. Il est aussi très axé sur l’imposition des revenus du capital (revenus fonciers). Les informations données ci-dessous sont basées sur des sources vérifiées, mais que cela ne vous empêche pas de prendre vos responsabilités (ce qui signifie que les nôtres ne sont pas engagées). Pour toute question spécifique, il convient de s’adresser aux administrations fiscales des pays concernés ou à des fiscalistes professionnels.

N’hésitez pas à vous reporter à l’article du ministère des Affaires étrangères sur la Convention fiscale entre la France et la Norvège.

Le texte clé en ce qui concerne les Français en Norvège est la convention bilatérale :

Petit avertissement

L’échange automatique d’informations est devenu la norme entre administrations fiscales des pays de l’OCDE, institutions financières et employeurs.

Dans le passé certains prenaient le risque de ne pas déclarer dans un pays ce qu’ils percevaient ou détenaient dans un autre. Au-delà de tout jugement moral, il est illusoire aujourd’hui de croire que vous échapperez ainsi à l’impôt. Depuis plusieurs années déjà l’administration fiscale demande des comptes aux résidents en Norvège sur leurs biens et revenus en France, y compris par exemple sur des propriétés ne dégageant aucun revenu, des biens détenus en nue-propriété, etc.

Où dois-je payer mes impôts ?

Comme la plupart des pays du monde, tant la France que la Norvège appliquent les principes généraux suivants :

  1. Vous êtes imposable sur la totalité de vos revenus et de votre patrimoine dans le pays dans lequel vous résidez. Ceci concerne salaires et traitements, revenus du capital, revenus fonciers, et ensemble du patrimoine, qu’il soit financier, immobilier ou autre. 
  2. Les biens immobiliers sont imposables dans le pays dans lequel ils se situent, tant pour d’éventuels revenus locatifs que pour toutes les taxes locales et une éventuelle imposition sur le patrimoine.
  3. Mais ces revenus locatifs sont aussi imposables dans votre pays de résidence. Pour compenser cette double imposition (dans le pays où se situe le bien et dans le pays où vous résidez s’il est différent), la plupart des pays développés ont mis en place des conventions bilatérales de non double imposition.

Important : On parle à tort de non double imposition. Dans les faits on doit déclarer certains revenus et biens dans les deux pays, et on est imposé dans les deux pays, mais un calcul réduit ou annule l’impact de cette « double imposition ».

La résidence fiscale

La règle générale est que vous êtes résident fiscal dans un pays si vous y avez votre foyer, si vous y êtes physiquement plus de la moitié du temps ou si vous y avez l’essentiel de vos intérêts économiques.

Il existe des exceptions dans lesquelles nous ne rentrerons pas ici. C’est par exemple le cas de certains fonctionnaires français postés en Norvège ou de praticiens de certaines professions réglementées françaises résidant en Norvège, mais exerçant en France.

Si vous faites partie des exceptions ou si votre lieu de résidence n’est pas évident parce que vous vivez à cheval sur deux ou plusieurs pays, reportez-vous aux textes officiels (voir liens ci-dessous) et consultez les administrations fiscales ou des experts.

Les normes précises appliquées par l’administration fiscale norvégienne se trouvent sur le site de Skatteetaten.

Les normes précises appliquées par l’administration fiscale française se trouvent sur le site des Impôts.

Si par « malheur » vous êtes, aux termes de ces critères, résident fiscal des deux états, reportez-vous à l’article 4 de la convention bilatérale entre la France et la Norvège qui statue sur votre cas.

Les conventions bilatérales de non double imposition

Lorsque ces conventions existent, ce qui est le cas entre la plupart des pays développés et notamment entre la Norvège et la France, les administrations fiscales appliquent des mécanismes permettant d’effacer la double imposition qui résulte de ce qui précède. Ces mécanismes sont essentiellement de deux types :

  1. L’impôt que vous avez payé dans l’autre pays est déduit de l’impôt dû dans votre pays de résidence. C’est le mécanisme qui s’applique en Norvège pour vos revenus d’origine française : la Norvège calcule selon les barèmes norvégiens l’impôt dû sur l’ensemble de vos revenus et de votre patrimoine, y compris hors de Norvège. Vous demandez via un formulaire joint à votre déclaration en Norvège la déduction de l’impôt payé en France.
  2. L’impôt payé dans l’autre pays est compensé par déduction d’un impôt théorique dans votre pays de résidence. C’est le mécanisme qui s’applique à vos revenus d’origine norvégienne si vous résidez en France. L’administration fiscale française ne tient pas compte de l’impôt réellement payé en Norvège, mais calcule ce qu’aurait été l’impôt français sur vos revenus norvégiens, puis déduit cet impôt théorique de la somme due.

Quel que soit le mécanisme appliqué, ce calcul ne change pas le calcul de votre assiette fiscale dans votre pays de résidence, donc votre tranche marginale d’imposition.

Quelle imposition sur les revenus du capital en Norvège et en France ?

En Norvège, le taux d’imposition sur les revenus du capital, qu’ils soient financiers ou locatifs, est de 22% pour 2019 et 2020. Une exception est faite pour des revenus locatifs sur une entité louée faisant partie de votre résidence principale, voir le site des taxes pour toutes les conditions exactes. 

Attention : si vous louez 5 biens ou plus, quel que soit le pays dans lequel se trouve le bien et, quels que soient la taille des biens et le montant des loyers le fisc norvégien considère qu’il s’agit de revenus professionnels, et il vous faut enregistrer une entreprise (Enkeltpersonsforetak – ENK ou Aksjeselskap – AS) et réaliser une déclaration de revenus professionnelle.

Pour ce qui est de la France, en tant que non-résident, d’éventuels revenus financiers ne sont plus imposables en France. En revanche les biens immobiliers, quelle que soit leur nature, restent imposables en France et sont soumis :

  • Aux taxes locales : taxe foncière (toujours à la charge du propriétaire) et éventuellement taxe d’habitation (si le bien n’est pas loué), taxe sur les logements vacants, etc.
  • Imposition sur le patrimoine immobilier (I.F.I.) si la valeur de vos biens situés en France dépasse le plafond de 1,3 millions d’euros.
  • Imposition sur le revenu à un taux forfaitaire minimum (à la date de rédaction, 20% jusqu’à un certain seuil de revenu, de 30% au-delà).
  • Contribution de Solidarité (7,5% à date)
  • Contributions sociales (CSG, CRDS), sauf s’il est possible de prouver qu’on est affilié à un système de solidarité européenne autre que le français (dans le cas présent, si vous êtes affilié au norvégien)

Note 1 : Si la totalité de vos revenus mondiaux induit un taux d’imposition français inférieur au taux forfaitaire, vous pouvez demander à bénéficier de ce taux moyen en renseignant le fisc français de l’ensemble de vos revenus mondiaux et en cochant la case 8TM sur le formulaire 2042-C de votre déclaration de revenus.

Note 2 : Pour obtenir l’exemption des contributions sociales (CSG et CRDS) et bénéficier du taux plus bas de la contribution de solidarité, il faut impérativement cocher les cases 8SH et/ou 8SI sur le formulaire 2042 de votre déclaration de revenus.

Note 3 : Si vous avez payé les contributions sociales françaises sur des revenus antérieurs à 2019, sachez que ceux-ci peuvent vous être remboursés à condition que vous puissiez prouver que vous étiez affilié à un régime de sécurité sociale européen autre que le français.

Voir aussi l’article de l’administration fiscale française « Je suis non-résident, suis-je redevable des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, Prélèvement de solidarité) ? ».

Cas pratique : comment déclarer des revenus fonciers français si vous résidez fiscalement en Norvège

Comme décrit ci-dessus vous devez déclarer en France et en Norvège.

  • Vous déclarez en France vos revenus fonciers (formulaire 2044 ou 2044-SPE que vous reportez sur la déclaration générale 2042), mais ne déclarez pas vos revenus norvégiens.
    Rappel : Pensez à cocher les cases 8SH et 8SI sur le formulaire 2042, et le cas échéant la case 8TM.
  • Vos revenus fonciers français sont ensuite à reporter sur votre « Skattemelding » norvégien, ainsi que l’impôt payé en France qui viendra en déduction de votre impôt norvégien
    • Pour déclarer vos revenus fonciers, vous annexez à votre « Skattemelding » un formulaire RF-1189 par bien (qu’il soit norvégien, français ou autres) en appliquant les règles norvégiennes en ce qui concerne les revenus, frais et charges déductibles
    • D’éventuels revenus financiers hors de Norvège (par exemple intérêts, plus-values, dividendes…).
  • Vous déclarez dans la partie patrimoine (« formue ») la valeur de vos biens français. Vous déclarez également dans cette partie vos encours d’emprunts, encours bancaires hors de Norvège, etc. Des exceptions existent néanmoins, notamment pour les résidences principales ou résidences de villégiature (non locatif).
    Attention, pensez également à déclarer des biens dont vous ne tirez ni revenus ni avantages, tels que des parts dans des indivisions, des sociétés agricoles, des biens que vous détiendriez en nue-propriété… Tout cela entre dans votre patrimoine et vous sera réclamé par le fisc norvégien sur la base d’informations transmises par les autorités françaises !
  • Le formulaire RF-1147 vous permet de déclarer les impôts payés en France ou dans d’autres pays, qui viendront en déduction de l’impôt dû en France.

Pour aller plus loin

Vous avez lu la convention collective, consulter le site des impôts norvégiens (Skatteetaten répond par chat/téléphone), consulter le site des impôts français et vos questions sont toujours sans réponse ? Nous ne les aurons logiquement pas non plus, n’hésitez donc pas à consulter un cabinet de fiscalistes.

Nouvelles règles anti-COVID d’automne en Norvège

Mise à jour du 3 novembre : nous avons complété la partie sur Oslo avec 3 nouvelles règles et rajouté les nouvelles règles à Tromsø.


Que d’annonces cette semaine ! Il faut dire que les chiffres ne sont pas très bons, alors aussi bien le gouvernement norvégien au niveau national que plusieurs grandes villes ont annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre l’épidémie de COVID-19. Les mesures nationales sont valables au moins jusqu’à début décembre 2020. Notez que la ville d’Oslo a mis en place les mesures les plus strictes du pays, suivie par la ville de Bergen. Cela signifie que selon où vous vous trouvez des mesures anti-COVID seront différentes, plus ou moins strictes, donc lisez bien les règles applicables au niveau national et celles au niveau local.

Les conférences de presse de début de semaine avaient semé un peu de confusion, elles ont donc été suivies de clarifications au fil des jours. Voici donc notre résumé, avec des liens vers les sources officielles, comme d’habitude.

Les règles s’appliquant à toute la Norvège (à partir du mercredi 28 octobre)

Sources : le communiqué de presse du gouvernement, questions-réponses sur VG, réponses aux lecteurs de VG, le site du ministère de la Santé

Réunions privées/chez des particuliers

  • Chez soi, dans un jardin ou un chalet, il ne faut pas avoir plus de 5 invités (en plus des membres du foyer). Si les 5 invités sont du même foyer, la limite peut être plus élevée. Par exemple, deux familles avec des enfants (très) nombreux.
  • La règle ci-dessus ne s’applique pas pour les enfants de la même classe de maternelle ou d’école primaire. Il est toujours possible de faire un gros rendez-vous (sans les parents) entre eux.
  • Les rassemblements privés, dans un lieu public ou dans des locaux loués ont une limite de 50 participants maximum. Par exemple les mariages, les fêtes d’anniversaires dans le foyer de la copropriété, etc.
  • 200 personnes max dans un lieu public avec places fixes attribuées (c’æetait dæejøa le cas avant).

Evénements publics/en plein air

  • La limite au nombre de personnes qui peuvent participer à un événement en plein air où tout le monde est assis à une place assignée est limitée à 600.
  • De manière générale, le gouvernement demande à tout le monde de participer à moins d’événements sociaux, de les faire durer moins longtemps et de socialiser avec le moins de personnes possible sur la période d’une semaine. Voir plus bas au niveau de la ville d’Oslo où le nombre de personnes extérieures au foyer que l’on rencontre par semaine ne peut pas excéder 10 personnes.

Changement des règles de quarantaine

Les changements concernent surtout les employeurs et leurs employés venant de l’étranger, qui pouvaient dans certains cas limiter la quarantaine. Ces exceptions sont maintenant beaucoup plus difficiles à obtenir, cf. covid-19-forskriften § 6 c ou la partie « Karanteneregler » du communiqué du gouvernement.

Nouvelles règles de quarantaine pour les employeurs de travailleurs arrivant de l’étranger

  • Quarantaine de 10 jours obligatoire sans possibilité d’exemption pour les personnes arrivant de pays classés rouge au terme des critères de l’Espace Européen. Ca concerne notamment la France, la Pologne et tous les pays dont le taux de contagion est supérieur à 150 / 100 000 habitants.
  • Possibilité d’exemption de quarantaine durant les heures de travail pour les travailleurs arrivant de pays n’étant pas classés rouges par l’Espace Européen, après un premier test PCR négatif réalisé sur le territoire norvégien, et avec nouveau test tous les 3 jours.
  • Les employés concernés doivent être logés en chambre individuelle durant les 10 premiers jours, même pour ceux ayant des tests négatifs.

Pour rappel, les principales règles de la quarantaine sont :

  • Se faire tester (avant/pendant/après) n’est pas obligatoire et le faire quand même ne permet pas d’éviter la quarantaine.
  • Il faut avoir, avant d’arriver en Norvège, un logement de quarantaine, qui ne peut pas avoir de pièces partagées (sauf si vous retournez dans votre colloc’ ou votre propre maison) pour passer les 10 jours complets. Un camping avec douches partagées ou une auberge de jeunesse ne sera donc pas l’affaire.
  • Il n’est pas possible de changer de logement pendant ces 10 jours.
  • Le masque est obligatoire dans les transports lors de l’entrée dans le territoire jusqu’à l’arrivée au domicile où vous passerez votre quarantaine.
  • Il est possible de sortir uniquement pour prendre l’air, pour faire les courses vitales et aller à la pharmacie (sans prendre les transports en commun), si vous pouvez garder une distance de 1 mètre avec les gens et sans prendre les transports en commun.

Mesures locales pour les municipalités à forte infection

Cette semaine, le gouvernement a aussi suggéré un nombre de mesures qui pouvaient être appliquées au cas par cas. Bien évidemment, ces mesures ne peuvent qu’être plus strictes et les mesures nationales ne peuvent être assouplies au niveau local.

Oslo et Bergen font partie des grandes villes ayant appliqué des règles plus contraignantes.

Oslo (règles applicables à partir du 29 octobre)

Sources : site web de la ville, définition du FHI de contact proche, article du 29 de NRK, post Facebook du 29, article du 31 sur NRK

Quarantaine (nouvelles règles du 31 octobre)

  • Les personnes ayant été contact avec des gens contaminés et qui développent des symptômes doivent être isolés comme s’ils étaient malades. Avant, ces contacts devaient juste respecter une quarantaine. L’isolement veut dire, entre autre, chambre à part à la maison et interdiction stricte de sortir.
  • Toutes les personnes ayant été contact avec des gens contaminés doivent se faire tester.
  • Les adultes en quarantaine dans un même foyer familial doivent autant que possible se tenir à distance les uns des autres.

Port du masque

  • Masques obligatoires dans les transports en commun lorsque vous ne pouvez pas garder une distance d’un mètre.
  • Masques obligatoires dans les espaces publics fermés (magasins, centres commerciaux) où une distance d’un mètre ne peut être respectée.
  • Masques obligatoires à l’intérieur des pubs, bars, restaurants pour tous les employés dans les zones avec des clients, et pour les clients lorsqu’ils ne sont pas assis à une table.

Vie sociale

  • Pas d’alcool servi après minuit dans les bars et restaurants.
  • Aucun nouveau client ne peut entrer dans les bars et restaurants après 22h00.
  • Restrictions sur les sports d’équipe récréatifs pour les adultes.
  • Interdiction des rassemblements privés de plus de 10 personnes à domicile.
  • Vous ne devrez pas avoir plus de 10 contacts proches au cours de la semaine en milieu social, à l’exception des membres de votre foyer familial et des classes dans les jardins d’enfants et les écoles primaires. Un contact proche est une personne avec qui vous avez été à moins de deux mètres de distance pendant plus de 15 minutes OU avec qui vous avez eu un contact physique direct. Des collègues vus en dehors d’un arrangement professionnel encadré sont à comptabiliser dans des 10 contacts proches.

Autre

  • Les emplois de bureau doivent obligatoirement être en télé-travail, et obligation pour tous les employeurs d’offrir aux salariés les outils nécessaires au télétravail. Les employeurs devront pouvoir prouver qu’ils ont rendu possible le télétravail et que leur personnel a été informé qu’ils devraient effectuer le travail de bureau à domicile dans la mesure du possible.
  • Limite de 20 personnes à tous les événements en salle qui n’ont pas de places attitrées, au lieu de 50 au niveau national.
  • Maximum 200 personnes lors d’événements où les gens sont placés.

Bergen (règles applicables à partir du 29 octobre)

Sources : site web de la ville

Port du masque

  • Les masques sont obligatoires dans les transports en commun et à l’intérieur des lieux publics (magasins, centres commerciaux, restaurants, cafés et locaux agréés) où il est impossible de maintenir une distance d’un mètre.

Vie sociale

  • Les clients doivent fournir une pièce d’identité lors de la visite des restaurants, cafés et locaux agréés, et les listes des invités doivent être conservées. Cela comprend également les établissements qui ne servent pas d’alcool. Les clients qui ne fournissent pas de pièces d’identité se verront refuser l’entrée.
  • Les boîtes de nuit et autres établissements autorisés à vendre de l’alcool ne peuvent pas accepter de clients après minuit. De plus, il est interdit de vendre des boissons alcoolisées du groupe 3 (spiritueux) après minuit.

Autre

  • Les rassemblements privés de plus de dix personnes et les rassemblements où une distance d’un mètre ne peut être maintenue sont interdits. Le nombre de personnes et les limites de distance ne s’appliquent pas aux enfants de la même cohorte dans les jardins d’enfants et les écoles.
  • Pas plus de 50 participants peuvent assister à des événements publics en salle sans places attitrées. Si les places le sont, la règle nationale d’un maximum de 200 personnes s’appliquera.
  • Il n’est pas permis d’organiser des événements en plein air avec plus de 200 participants en même temps.

Drammen (règles applicables à partir du 30 octobre, au moins jusqu’au 15 novembre)

Sources : article de BT

  • Vous ne devrez pas avoir plus de 10 contacts proches au cours de la semaine en milieu social, à l’exception des membres de votre foyer familial et des classes dans les jardins d’enfants et les écoles primaires.
  • Limite de 20 personnes à tous les événements en salle qui n’ont pas de places attitrées, au lieu de 50 au niveau national.
  • La recommandation sur le télétravail pour tous ceux qui en ont la possibilité est maintenue.
  • Il est recommandé d’éviter les transports en commun aux heures de pointe sur les tronçons où il y a généralement forte affluence.
  • La recommandation d’utiliser un masque dans les transports en commun vers et depuis Oslo lorsque vous ne pouvez pas vous tenir à un mètre des transports en commun est maintenue pour les adultes et pour les jeunes allant au collège ou au lycée.

Tromsø

Sources : article NRK du 3 novembre

  • Forte incitation au télétravail
  • Utilisation du masque dans les transports publics si une distance d’un mètre n’est pas possible
  • Enregistrement de tous les clients dans les restaurants/bars, même ceux qui ne vendent pas d’alcool
  • Maximum de dix visiteurs à la fois au domicile
  • Recommandation de respecter une distance d’un mètre entre adultes même au domicile
  • En cas de symptômes même très légers, il faut rester chez soi

Quid de Noël ?

Tout le monde se demande s’il sera possible de rentrer en France ou si la famille et les amis pourront venir nous rendre visite, malheureusement personne n’est devin.

Témoignages : « La Norvège, c’est fini pour nous » — Partie 2

Voici le deuxième et dernier article sur les raisons qui ont poussé certains Français à partir de Norvège.

Comme expliqué dans le premier article, je (Thomas Bassetto) suis arrivé en Norvège complètement par hasard, mais je m’y suis plu et ai même demandé la nationalité norvégienne en début d’année. Cependant, pour un bon nombre de mes amis Français, 2020 aura été l’année de leur départ. Y compris parmi ceux qui étaient là depuis plus de 10 ans ! J’ai donc été curieux de connaître leurs motivations.

Cette deuxième partie s’attarde sur les différences culturelles, les liens d’amitié, les hivers et pour finir sur le point de vue de ceux qui sont déjà rentrés en France depuis plusieurs mois ou même plusieurs années.

Les différences culturelles

Il n’y a pas encore d’articles traitant des différences culturelles entre la Norvège et la France sur ce site, mais ça ne saurait tarder 😉. En attendant, c’est la raison qui est revenue le plus souvent dans les témoignages que j’ai reçu.

Après plus de 10 ans à Stavanger puis Oslo, Alexandre m’a dit avoir profité du beau pays qu’est la Norvège autant que possible, mais que « Souvent la famille, les amis, mais surtout la simplicité, l’aisance de vivre dans un pays qui est le nôtre, que nous comprenons et qui nous comprend, m’a manqué. Car oui, vivre à l’étranger, cela demande des efforts d’adaptation. Et dix ans après mon arrivée, j’avais toujours le sentiment de devoir faire ces efforts chaque jour pour me fondre dans la masse, être accepté et adopter le style de vie « à la Scandinave », un style qui au final était très éloigné du mien. ».

Olivier estime qu’il faut aimer la nature pour s’intégrer : « Ça [ndlr: être rentré en France] vient sans doute aussi du fait que je n’aime pas tellement les balades en nature, et qu’en dehors de ça, il n’y a pas énormément de choses à faire autour d’Oslo. Je pense que pour les gens qui adorent la nature, la Norvège est un pays merveilleux. Mais pour une personne qui est peut-être un peu plus citadine, ce n’est sans doute pas une destination de rêve. ».

Nathalie avait tout essayé, ou presque, pour s’intégrer : « J’ai de suite pris des cours de norvégien, trouvé un travail en temps qu’enseignante de français, me suis mise au ski de fond, au tricot, et appris à aimer la cannelle. Huit hivers pour essayer de comprendre la culture, s’intégrer, apprendre à aimer plein de nouvelles choses assez éloignées de ma personnalité et de mes goûts habituels. Le temps passe, il est difficile de trouver des arguments « contre » la Norvège, tout est parfait sur le papier. Un niveau de vie élevé, un pays sûr, une économie plus que stable, une nature époustouflante, des gens bienveillants… et pourtant je ne me sens pas à ma place. Puis une rupture amoureuse, deux nouveaux jobs, 3 appartements plus tard, arrive la pandémie. Et la réalisation que cette vie « parfaite » n’est peut-être pas celle qui est parfaite pour moi. La Norvège est mon 3e pays d’expatriation, celui où je suis resté le plus longtemps, et pourtant celui qui est le plus éloigné de ma personnalité. ».

Antoine, 7 ans en Norvège est marié à une Norvégienne. Il a fini par en partir plus ou moins dégoûté : « Jai vécu dans énormément de pays et la Norvège est le seul pays ou j’ai détesté vivre». Parmi les nombreux sujets que l’on a abordé, il y a celui de l’éducation et des différences culturelles : « Je trouve le système éducatif ici calamiteux. Il n’y a que le Guatemala qui est comparable. Une des conséquences est l’extrême pauvreté du contenu dans les médias. Je retiens aussi le refus culturel du débat sur absolument tout. Ils veulent éviter le conflit donc il n’y a pas de débat d’idées et les questions de premier ordre ne sont jamais discutées. Dans ce pays, il y a des choses, des fondements, qui ne peuvent jamais être remis en question. C’est comme s’ils détenaient la vérité divine, c’est très triste. Quelque chose qu’il est impossible à comprendre sans avoir vécu en Norvège, c’est leur attitude de supériorité morale. Ça, ça m’a bouffé. ».

La difficulté de se faire des amis Norvégiens

Thibaud, arrivé en 2006 pour travailler dans un bar d’hôtel a été refroidi par la différence de comportement : « J’ai constaté dès mes premières semaines un énorme « culture gap » (ndlr: fossé culturel). Avec des gens qui ont un comportement, une attitude, un savoir-être totalement différents qu’en France. Le blocage des Norvégiens par rapport à la langue. J’ai eu beaucoup de « potes » norvégiens mais jamais “amis”, des gens avec lesquels je m’entendais très bien. Mais une fois en soirée ou en groupe, la barrière de la langue apparaissait et cette personne était plus complice avec des personnes parlant norvégien. Leur anglais disparaissait petit à petit. ». Pour conclure, « Et tout ça a abouti à un ras-le-bol général et overdose et culture gap… 🙂 ». (ndlr: voir l’histoire de Thibaud et ses déboires professionnels racontés dans la première partie de cet article).

Quand j’ai discuté avec Max, il en avait gros sur la patate comme on dit : « L’imperméabilité du réseau social norvégien me fait partir. Cela fait 5 ans que je suis ici et mes voisins ne me parlent toujours pas… Le garage mécanique local refuse encore de me servir. Bref, nous n’avons malheureusement aucun ami Norvégien ! Le racisme des locaux est très lourd à porter. Après je veux préciser que je vis dans la campagne profonde et je suis persuadé que le Norvégien des villes est bien plus ouvert. Et pour terminer : la nourriture. Le manque d’intérêt des locaux pour la nourriture hormis les patates et les pølser (ndlr: saucisses). Je pourrais continuer des heures à dire ô combien il est difficile de vivre ici. ».

Julie a abordé le côté « riche » de la Norvège, qui ne fait pas tout : « Oui c’est sûr tout est beau, neuf, riche en Norvège, mais je n’y étais pas heureuse pour autant. Personnellement je vois la richesse dans les rapports humains plus que dans la Tesla ! Les gens sont, disons-le, assez froids. Je n’ai pas un seul ami norvégien, mais par contre énormément d’amis très précieux internationaux. ».

Bastien est venu par amour pour une Norvégienne, et a décidé de rester malgré leur divorce, avant de finalement partir : « J’ai eu de bonnes relations sur mon lieu de travail, mais les Norvégiens n’ont pas par habitude d’entretenir des relations très poussées en dehors du travail lorsqu’ils ont déjà leur cercle d’amis et leur famille. C’est encore plus marqué quand l’on n’a pas de famille soi-même. J’en ai conclu que la Norvège, du moins Tromsø, n’est pas vraiment adaptée aux personnes célibataires. Décoder les émotions des Norvégiens a toujours été difficile et je me suis souvent remis en cause. Je me fais facilement des amis lorsque je suis ailleurs qu’en Norvège, mais les Norvégiens ont toujours été un casse-tête pour moi. Cela a contribué à un isolement social douloureux. Au niveau des relations amoureuses, je n’ai jamais pu de nouveau avoir une relation sérieuse avec quelqu’un d’autre (après mon divorce). On sent qu’il n’y a pas beaucoup d’habitants à Tromsø, on a vite fait le tour de Tinder ! ».

Pour Anne-Lise, « les premières années étaient certes très excitantes, et j’ai passé chaque vacances dans différents coins du pays. Après, une certaine solitude et lassitude se sont installées. ». Elle a aussi eu « un ras le bol de la bouffe en Norvège, de toujours acheter les mêmes tomates qui viennent d’Espagne, d’acheter mon poulet sous vide, toujours les mêmes saucisses, mêmes briques de lait et de jus de fruits, etc. Heureusement le pays s’est développé ces dernières années en matière de variété alimentaire, mais pour moi ce n’était pas suffisant. Sinon et je m’en rends compte d’autant plus maintenant que je vis en France, il y a en Norvège un manque d’activités ou d’associations sportives et culturelles. ». Mais ce n’est pas tout, elle a aussi évoqué « la hausse du prix de l’immobilier qui rend quasi impossible tout achat dès lors qu’on est célibataire et étranger, et du coût de la vie. L’éducation aussi, moi qui suis enseignante je trouve le niveau scolaire norvégien au ras des pâquerettes, la pauvreté journalistique du pays… Ce sont tous ces petits détails accumulés qui m’ont fait réfléchir à un autre avenir. ».

Les hivers difficiles

Personnellement, le côté froid de la Norvège me plaît, et les longues nuits d’hiver sont compensées par les longues journées d’été, mais je comprends que ce ne soit pas la tasse de thé de tout le monde. Surtout que j’habite à Oslo où les hivers sont plus courts que par exemple au nord du cercle polaire.

Bastien, qui a vécu au nord de la Norvège, a fini par s’en lasser : « J’ai longtemps adoré le froid et la neige, mais je m’en suis lassé à force. Les 7-8 mois de neige et les opérations de déblayage sont usants à force. Le besoin de chaleur et de soleil s’est fait de plus en plus ressentir ». De plus il a été directement confronté au manque de vitamine D : « J’ai une maladie chronique qui s’est déclarée 6 mois après mon arrivée en Norvège qui a souvent été active pendant la période de la Nuit polaire, donc le manque de soleil et de vitamine D ont été des facteurs importants (pour partir). J’ai pensé que revenir habiter dans le « sud » me ferait du bien. ».

Même son de cloche pour Julie, l’émerveillement a laissé place à la lassitude : « J’avais beaucoup d’appréhension pour les hivers longs et le manque de lumière. Après tant d’années en Scandinavie je confirme que c’est devenu un calvaire surtout les dernières années. Au début c’est folklorique on découvre, mais après un moment la vie est quand même dur de ce côté-là ! ».

Pour Thibaud par contre, les hivers ont été difficiles dès le début : « L’hiver a été rude, long et sombre, peu de soleil… Et chaque hiver a été plus dur que le précédent pour moi. ».

La Norvège manquera

Comme déjà dit dans la première partie, en général on ne quitte pas un pays dans lequel on se plaît ! Sans rancune, plusieurs personnes ont tenu à parler des côtés positifs de la Norvège et de ce qu’il va leur manquer ou leur manque déjà.

Nathalie a plein de bonnes choses à dire sur Oslo et la Norvège en général : « Je souhaite garder un souvenir positif d’Oslo : de comment je l’ai vue grandir en 8 ans. Ses couchers de soleil roses, son nombre grandissant de musées, son fjord, en passant par le calme de ses habitants, sa facilité administrative, mais surtout de mes rencontres et amitiés pour la vie 😊 ».

Max aussi a fini par dire que la Norvège n’est pas facile à quitter : « En même temps c’est avec une boule au ventre que nous nous résignons à partir, car cela reste malgré tout un des plus beaux pays du monde. Un véritable système social qui fonctionne. Du plein emploi pour tous. De la tranquillité à revendre ».

Julie a mentionné les généreux congés parentaux du pays : « Nous avons eu la chance de profiter de nos congés maternité et paternité et de profiter de nos 3 enfants. ».

Les joies du retour au bercail

Tous ceux qui ont témoigné ne sont pas forcément rentrés en France, mais ceux qui l’ont fait ont aussi partagé leur expérience.

Nathalie : « Là où je me sens le mieux, à cet instant, est la France. Le choix d’où nous souhaitons faire notre vie est tellement personnel, et certaines raisons feront sens à certains, mais moins à d’autres. La question n’est pas ce qui m’a fait quitter la Norvège, mais plutôt ce que je préfère (re)trouver actuellement, dans un pays qui me correspond plus. Il s’avère que c’est la France pour le moment, mais qui sait, ce n’est peut-être pas ma destination « finale » ( « finale » étant un drôle de concept, non?) ».

Julie, rentrée fin juillet : « Pour nous rentrer en France nous paraît logique et pas triste comme la plupart des gens qui rentrent parce qu’ils n’ont pas le choix (et là ça doit être terrible alors !). Nous sommes très heureux d’avoir pu gérer une reconversion professionnelle tous les deux en même temps et trouver deux jobs en France durant la période confinement. C’est comme si nous faisions une nouvelle expatriation vers une terre inconnue, on doit tout (re)découvrir, plus de « helsestasjon » (ndlr: centre local de suivi de la petite enfance en Norvège) pour les enfants ou autre crèche où les enfants dorment dehors dans leur poussette. C’est un tout autre monde de l’enfance que nous allons découvrir. Je suis ravie de retrouver ma baguette au coin de la rue. Par contre oui c’est plus compliqué au niveau administratif et il y d’autres problèmes en France, mais bon un pays de 68 millions et de 5 millions ce n’est pas comparable. ».

Anne-Lise : « Refaire sa vie en France n’est pas si désagréable (moi qui pendant longtemps ai renié mon pays). Retrouver les marchés, produits frais à moindre coût, la gentillesse des gens et tout simplement parler sa langue et se comprendre sans avoir mal à la tête ou être épuisée à la fin de la journée, en somme retrouver sa culture et que de belles choses à voir en France ! ».

Mehdi, de retour à Paris, est allé droit au but : « J’aime le soleil et la bonne bouffe comme la majorité des gens ! 😊 ».

Nicolas est le seul parmi ceux qui m’ont répondu à être en France depuis déjà plus de 2 ans. Il aura passé 24 ans en Norvège, bien intégré dans la société norvégienne (il s’était acheté un bunad pour homme, il fartait lui-même ses skis avant chaque sortie) mais il a pourtant décidé de rentrer en France avec sa femme Suédoise et leurs deux filles : « L’idée est venue un peu toute seule. Il n’y a eu aucun soudain élément déclencheur, mais par exemple nous voulions consommer moins, et plus sain. Nous ne trouvions pas comment faire ça en Norvège sans se ruiner. Ma femme était enthousiaste à l’idée d’habiter en France, donc nous avons franchi le pas. Tous mes potes ont été surpris ! Avec la vente de notre maison près d’Oslo, que nous n’avions pas fini de rembourser, nous avons pu nous acheter une maison vers Bordeaux, sans prêt… Ma femme est kiné et a un meilleur pouvoir d’achat en France qu’en Norvège ! C’est vrai pour beaucoup de professions libérales, alors que pour d’autres métiers comme coiffeurs/coiffeuses le pouvoir d’achat est meilleur en Norvège. On a aimé la Norvège, mais nous aimons aussi l’idée d’avoir eu plusieurs vies dans une vie et maintenant nous nous plaisons en France. ».

Et pour finir, Fadi, que nous avons déjà croisé dans la première partie. Naturalisée Française, en couple avec un Norvégien depuis 14 ans, elle a essayé de s’installer 2 fois en Norvège sans succès. Elle na pas vraiment de soucis avec la Norvège mais pour elle la France restera toujours le pays où elle préfère vivre : « Je n’ai pourtant aucune attache familiale en France et aussi étrange qu’il puisse paraître, j’aime ce pays qui me manque à chaque fois que j’essaie de le quitter. A mes yeux il reste le plus beau et le plus agréable à vivre malgré le climat social et bien d’autres sujets à polémique que je préfère éviter. J’ai posé mes valises en France, pays que j’adore depuis mon enfance pour sa culture, son climat, sa nature, sa gastronomie  et même ses râleurs. En tant que Française d’origine étrangère, ce pays m’a accueilli, m’a ouvert ses bras et m’a permis de m’intégrer dans son système. ».

Conclusion

Pour reprendre un point commun de tous ces témoignages : chaque pays a ses points forts et ses points faibles, qui varient en fonction des gens. Pour écrire cette série d’article, j’avais explicitement demandé des témoignages aux Français partant de Norvège. Il en reste encore plus de 5000 dans le pays, dont la majorité s’y plait toujours !

Ce qui compte dans la vie, c’est de trouver un bon équilibre qui nous correspond entre le rythme familial, le travail et l’argent. Certains trouvent cet équilibre en Norvège, d’autres non.

Témoignages : « La Norvège, c’est fini pour nous » — Partie 1

Les principales raisons qui poussent les gens à venir s’installer en Norvège sont connues :

  • Pour le travail ;
  • Par amour pour un(e) norvégien(ne) ;
  • Par amour du pays et/ou de sa culture.

Pour ma (Thomas Bassetto) part, je suis arrivé en Norvège complètement par hasard, mais je m’y suis plu et ai même demandé la nationalité norvégienne en début d’année. Cependant, pour un bon nombre de mes amis Français, 2020 aura été l’année de leur départ. Y compris parmi ceux qui étaient là depuis plus de 10 ans ! J’ai donc été curieux de connaître leurs motivations.

J’ai fini par lancer un appel à témoignage pour recueillir plus de retours. J’en ai reçu une vingtaine au total, certains anonymes, d’autres non. Il m’aura fallu plusieurs mois pour trouver comment les retranscrire au mieux, c’est-à-dire sans faire trop long tout en respectant les souhaits de chaque personne ayant témoigné. Au final ce seront donc deux articles, découpés en thèmes.

Il faut garder en tête que cette « étude » souffre d’un biais de sélection, c’est-à-dire que l’on ne connaîtra que les raisons des personnes qui ont volontairement choisi de témoigner. Les témoignages sont retranscrits « tel quels » et ce sont donc des ressentis personnels. Je ne vous le cache pas, ils sont plutôt négatifs dans l’ensemble (on ne part généralement pas d’un pays où l’on se sent bien).

Certains prénoms ont été modifiés à la demande de leurs auteurs.

Un manque de préparation

Jérôme n’a pas directement répondu à mon appel à témoignages, mais nous avions discuté de son article « Pourquoi j’ai quitté la Norvège au bout de 5 jours » il y a quelques mois.

Je recommande sa lecture, mais en conclusion il faut venir un minimum préparé si on ne veut pas avoir à quitter la Norvège très vite : « Je m’y suis pris comme un pied. J’aurais dû me renseigner sur le fonctionnement du système norvégien avant de foncer tête baissée ». Surprise (non), la vie est chère en Norvège et les démarches pour s’y installer ne sont pas forcément si simples.

Le système de santé

Le système de santé en Norvège est un sujet qui passionne les résidents étrangers. Sur Facebook, les messages parlant du système norvégien sont toujours les plus enflammés. Difficile d’en tirer une quelconque conclusion, car ce sont toujours les personnes les plus insatisfaites (avec raison ou pas) qui sont les plus vocales, n’est-ce pas ?

Pour Nathalie cependant, il a été facile de trancher : « Je suis partie de Norvège, car le côté médical est mauvais, mon fils qui est né avec un handicap (que j’ai découvert, car j’ai du insister !) n’était pas suivi correctement. Tout était compliqué, bref la Norvège c’est bien si tu es en pleine forme ou que tu as les moyens d’aller dans le privé 😉. ».

Anne-Lise a appuyé sur les différences avec le système français que l’on connaît bien après avoir vécu longtemps ici : « […] le manque de mutuelle, le manque de prise en charge des soins, cette hausse du secteur privé pour être soigné en temps voulu est pour moi néfaste…ça devient une médecine pour les riches! ».

Les départs prévus

Il y a bien sûr les travailleurs détachés, envoyés par leurs entreprises pour un nombre d’années connu en avance et qui repartent quand leur contrat se termine. Aucun ne m’a contacté :).

Le témoignage de Julie a été plus inattendu. Son conjoint et elle sont arrivés en 2009 à Oslo pour travailler en tant que danseurs à l’opéra d’Oslo, ils sont rentrés en France en 2020 pour diverses raisons, mais elle m’a surtout dit : « nous avons toujours su et nous avons toujours voulu rentrer en France à un moment ».

Un peu le même son de cloche pour Olivier : « Je suis resté en Norvège 13 ans, pour diverses raisons, et je ne me suis jamais vraiment senti comme chez moi. C’est un peu difficile à expliquer, mais le jour où j’ai posé mes valises à Oslo, pour le travail, je me suis immédiatement dit que je ne finirai pas ici. ».

Quant à Fadi, elle m’a dit : « Je savais avant de venir vivre en Norvège que ce n’était pas dans ce pays que je désirais m’installer. ». Devenue Française par choix (naturalisation), en couple avec un Norvégien depuis 14 ans, elle a essayé de s’installer 2 fois en Norvège sans succès. La France reste son pays de cœur et leur petite famille est tombée d’accord sur avoir un pied à terre dans les deux pays et ils passent « seulement » quelques semaines par an en Norvège.

Les problèmes d’ordre professionnel

La Norvège, avec sa (quasi-)égalité homme-femme, ses salaires élevés et son meilleur équilibre vie privée-travail fait souvent rêver. Cela n’empêche pas les mauvaises expériences, comme en témoigne Marie : « Dans le cas de mon mari et moi-même, nous avons quitté la Norvège parce que nos employeurs nous exploitaient et parce que nous n’avons pas réussi à nous intégrer. Nous avons été recrutés en tant que chefs pâtissiers et nous sommes restés 6 mois sur place. Nous avons choisi de retourner vivre en Océanie (NZ) ou nous avions déjà vécu deux ans et demi et où les mentalités nous correspondent plus. ».

Pour Thibaud, qui travaillait dans le domaine de l’hôtellerie dans le Sogn og Fjordane, c’est plutôt le manque de rigueur au travail qui l’a fait partir : « J’ai aussi l’impression, qu’après 4 ans presque, la philosophie du pays et des gens se résument à « on verra ». J’entends par là que très peu de choses sont prévues, planifiées, pensées jusqu’au bout… Tout est fait à moitié, presque fini, les règles sont flexibles, à moitié respectées, etc. Je trouve beaucoup de négligence et un manque de principes et de valeurs dans l’attitude des Norvégiens que j’ai côtoyé. ».

Pour Julie, une des raisons de leur départ a été le changement de la directrice de la danse à l’opéra, « Je tiens à le préciser, car elle est en grande partie pourquoi nous quittons aussi la Norvège », mais elle m’a aussi rappelé que les horaires plus « relax » en Norvège s’appliquent plutôt aux employés de bureau qu’aux autres domaines : « Nous ne sommes pas dans un travail [ndlr: danseurs] où comme beaucoup de Français au lieu de bosser jusqu’à 19h ils se retrouvent à bosser jusqu’à 16h du coup je comprends cette envie folle de rester et de se convaincre que c’est fantastique. Mais nous bossions comme des fous, week-end compris ».

Pour Anne-Lise, comme pour beaucoup d’autres, c’est la somme de plusieurs raisons qui l’ont fait quitter la Norvège après 12 ans sur place. L’une de ces raisons était son travail : « Mon employeur (un établissement scolaire à Oslo) faisant des siennes. Suite à déficit budgétaire de 8 millions de couronnes depuis quelques années, il a tout fait pour que je démissionne à défaut d’arriver à me faire virer… Je n’ai jamais été aussi maltraitée que cette année, cela s’est terminé en combat juridique d’un an avec l’aide de l’Utdanningsforbundet. ».

Antoine, qui est parti après 7 ans en Norvège, a été direct : « Il y a un vrai déni des hiérarchies entre individus. On l’accepte dans le ski de fond mais pas au travail, à cause de la Janteloven. La méritocratie n’existe pas car tout le monde se vaut soi-disant. Elle est remplacée par un mélange vaseux de népotisme et d’aléatoire. Les recrutements et promotions se font comme en Sicile il y a 40 ans : d’abord la famille et les amis. ».

Mehdi est venu en Norvège suite à la forte sollicitation d’un laboratoire norvégien avec qui il avait des projets en commun déjà en France. Il a déménagé après de longues négociations et aura vécu 7 mois à Trondheim et 3 ans et demi à Oslo. Cependant il s’est retrouvé limité, sans évolution de carrière possible : « Je sentais que le système dans lequel je travaillais était fait pour que je stagne. Sur le plan de carrière [ndlr: Research Scientist], je ne voyais pas une grande possibilité d’évolution. Je ne voulais pas changer d’entreprise non plus en Norvège. ».

Même son de cloche pour les possibilités d’évolution de la part de Bastien : « Je me suis lassé de mon emploi en informatique (dans la même boîte pendant 10 ans, aucune perspective d’évolution, mal payé, mais très bonne ambiance et conditions de travail) […] au point de reprendre en parallèle de mon travail des études (en psychologie) à temps partiel. ».

Je termine cette section par un témoignage de Max : « Je suis arrivé ici pour faire seulement une saison dans la restauration et ce sont les paysages et les conditions de travail qui m’ont fait rester. Après plusieurs hivers et plusieurs saisons d’étés, nous avons décidé de partir pour retourner au Canada. Nous avons (ma femme, russe, et moi) un manque de motivation quant à nos emplois respectifs. Le fait que les Norvégiens soient vraiment lents dans leur travail et peu investis nous frustre assez souvent. De plus nous trouvons que la position de gérant (manager) que nous avons tous les deux n’est pas facile ici, nous sommes continuellement remis en cause par nos équipes ».

L’éloignement familial

Habiter à l’étranger, cela implique de vivre loin de sa famille avec tous les inconvénients qui vont avec : aller-retours chers (surtout quand on n’habite pas à côté d’un aéroport international), se sentir coupable quand un proche est malade et a besoin de soutien, obligation de rendre visite à tout le monde quand on rentre pour ne froisser personne, etc.

Pour Bastien, cette raison a été importante : « […] le fait d’être loin de tout, sa famille, ses amis, des endroits où il se passe quelque chose en Europe. Voyager à partir de Tromsø est onéreux et pas facile. J’adore voyager, pouvoir passer facilement d’un pays à un autre (surtout en train !) pour en apprécier les cultures et les langues différentes. Tout ça me manquait. ».

Pour Anne-Lise, les raisons familiales ont été les plus importantes : « Je suis retournée vivre en France cette année, les raisons sont multiples : […] passer mes vacances en France pour rendre visite à ma famille et se ressourcer, alors que j’aspirais aussi à d’autres voyages. Finalement mon père a fait un AVC grave et ce fût l’élément déclencheur […] je ne pouvais pas rester en Norvège sans aider mes parents dont la vie a basculé sans prévenir. Maintenant je suis près des miens et je peux passer mes vacances comme bon me semble. ».

Enfin Julie, déjà en France, confirme que ça lui manquait : « En tout cas nous sommes heureux de retrouver nos racines et nos familles ! Ça n’a pas de prix ! ».

Fin de la première partie

Je sais que me donner ces témoignages a demandé pas mal d’efforts et de courage, je tiens donc sincèrement à remercier tous ceux qui ont pris le temps de discuter avec moi !

Dans la deuxième partie, j’aborde les autres raisons, dont … les différences culturelles et les hivers !

Avoir recours à la fécondation in vitro (FIV/IVF) en Norvège

Introduction

Beaucoup de personnes demandent régulièrement des informations sur le déroulement de la grossesse en Norvège, mais certaines peuvent également se demander comment avoir recourt à une Fécondation In Vitro (FIV en français, IVF en norvégien pour In Vitro Fertilisering).

Étant donné la nature de ce site (non médical), et parce que chaque personne a un profil de santé différent, cet article donne des informations factuelles sur les démarches et étapes en Norvège, mais il ne constitue pas un avis médical. Il est également focalisé sur la procédure dans le service public même si le privé est aussi abordé.

Qu’est-ce qu’une FIV?

La fécondation in vitro ou FIV est une technique de procréation assistée qui consiste à pratiquer une fécondation, c’est-à-dire une rencontre des spermatozoïdes et de l’ovule en laboratoire, in vitro, donc en dehors du corps de la femme. La fécondation in vitro est une technique à laquelle ont recours les couples désirant avoir un enfant qui font face à un problème d’infertilité

Source : PasseportSanté

En Norvège, les FIV peuvent, dans certains cas, être subventionnées par l’État, au travers de la sécurité sociale norvégienne. Cela permet alors de réduire les coûts considérablement et d’être pris en charge par le secteur public. C’est cette option dont il sera principalement question dans la suite de l’article, mais nous essaierons aussi de couvrir le fait d’aller le privé.

Comment avoir droit aux FIVs dans le secteur public ?

Comme pour la (quasi-)totalité des recours à la médecine spécialisée en Norvège, vous devez préalablement consulter votre médecin traitant (fastlege). Il évaluera votre cas et décidera d’émettre une demande de consultation directement à l’hôpital (henvisning) ou de vous envoyer préalablement chez un(e) gynécologue pour un examen préliminaire. 

Il est assez commun de devoir attendre 2 ans d’essais infructueux par « voie naturelle » pour pouvoir être pris en charge ; à moins d’un facteur négatif de santé ou d’âge réduisant considérablement vos chances de grossesse naturelle.

Qui a droit aux FIVs en Norvège?

Un certain nombre de critères (adaptés en fonction de la situation) et questions seront pris en compte pour évaluer votre priorité pour un traitement. Ces critères se trouvent dans la section « Veiledende prioriteringskriterier » (critères indicatifs de priorisation) : 

  • Votre âge : vous devez avoir moins de 38 ans ;
  • Votre situation familiale : durée et stabilité de la relation, si l’un des conjoints a déjà eu des enfants lors d’une précédente relation ;
  • Votre mode de vie : consommation d’alcool et de tabac ;
  • Votre état de santé général ;
  • Etc. 

À noter que, depuis le 1er juillet 2020, il est également possible aux femmes célibataires d’avoir accès aux FIVs en Norvège, ainsi qu’aux couples lesbiens. Attention, certaines procédures comme le recours à une mère porteuse sont toujours illégales en Norvège.

Si vous ne répondez pas à certains critères, il vous est toujours possible de vous tourner vers le privé. Dans ce cas aucunement besoin de henvisning ou d’évaluation de votre médecin traitant. Vous faites alors la démarche par vous-mêmes hors du système public et des hôpitaux publics. Les règles vont alors être différentes d’une clinique à une autre et c’est à vous de faire vos recherches.

À l’étranger : certains Norvégiens ont souvent eu recours aux FIVs dans des cliniques au Danemark ou en Espagne, très souvent dus au fait que les dons et congélations d’ovocytes étaient jusqu’à récemment interdits en Norvège, et les femmes célibataires n’avaient pas le droit au recours à la FIV. Un grand dossier était même apparu dans Aftenposten sur ce sujet.

Les principales étapes du traitement

  1. Prise en charge : avant de commencer tout traitement, vous aurez préalablement un rendez-vous avec un docteur gynécologue pour faire un bilan sur votre santé, ainsi qu’une infirmière pour vous expliquer comment utiliser les médicaments qui vous seront prescrits. Il vous sera également remis des feuilles de traitement qu’il vous faudra prendre avec vous pour chaque rendez-vous.
  2. Traitement :
    1. Premier jour de menstruation : vous devrez appeler l’infirmière. Lors de cet entretien, elle vous rappellera les médicaments que vous avez à prendre et planifiera votre premier rendez-vous de contrôle par échographie (généralement une semaine après le début de cycle).
    2. Échographie (ultralydkontroll) : celle-ci a souvent lieu l’après-midi pour que vous puissiez faire une prise de sang le matin même. Elle permet d’évaluer l’efficacité du traitement. En fonction des résultats de cet examen, le dosage des médicaments sera adapté et d’autres contrôles seront éventuellement planifiés jusqu’au prélèvement d’ovules.
    3. Prélèvement d’ovule (egguthenting) : si la taille des ovules le permet, un prélèvement sera planifié. Celui-ci est généralement environ 2 semaines après le début du traitement ; ce sera aussi le moment où le futur père (pour les couples hétérosexuels) devra donner son échantillon pour la fécondation.
    4. Fécondation (befruktning) et insémination (tilbakesetting av embryo) : le lendemain du prélèvement d’ovules, vous serez contactée pour savoir combien ont été fécondés (si cela a été possible) et planifier l’insémination. es embryons restants seront congelés et un justificatif vous sera délivré.
    5. Suivi après insémination : un test de grossesse par prise de sang (graviditetsblodprøve) sera effectué 12 jours après l’insémination. Une infirmière vous contactera le jour même pour vous informer du résultat. 
      • S’il est positif, c’est une très bonne nouvelle ! Il est possible qu’une échographie supplémentaire vous soit planifiée avant que vous ne soyez suivi comme toute autre femme enceinte.
      • S’il est négatif, vous pouvez vous mettre d’accord sur la reprise d’un traitement.

En cas de doute ou question au cours du traitement, vous avez un contact direct vers le service des infirmières et vous pouvez consulter votre dossier sur www.minjournal.no

À combien de FIV, subventionnées par la sécurité sociale, puis-je avoir recours ?

La sécurité sociale norvégienne couvre jusqu’à 3 tentatives (forsøk), correspondant à 3 prélèvements d’ovules.

Vous pouvez effectuer plus de ces 3 tentatives, mais vous ne serez dans ce cas plus couvert pour la sécurité sociale et les frais associés seront bien plus élevés.

Quel est le coût associé aux FIV (chiffres valides en 2020) ?

Dans le cas où les FIV sont subventionnées par la sécurité sociale:

  • Consultation à l’hôpital : 375 nok par consultation
    Les consultations à l’hôpital sont prises en compte pour la franchise (egenandel), permettant d’obtenir la frikort. Vous payerez donc au maximum la valeur totale de egenandel par an (soit 2 460 nok en 2020): https://helsenorge.no/betaling-for-helsetjenester/frikort-for-helsetjenester)
  • Tentative (forsøk) : 1 500 nok par tentative
  • Médicaments sous ordonnance : il faut compter environ 10 000 nok de médicaments par forsøk. Lorsque la somme totale dépensée pour les médicaments dépasse la valeur de 17 416 nok, celle-ci est prise en charge par HELFO.

Pour demander le remboursement du surplus payé, il faut remplir un formulaire dédié en ligne auquel il faut joindre les justificatifs de forsøk (erklæring fra lege) ainsi que les reçus détaillés des pharmacies. Il est donc important de garder tous les reçus et justificatifs.

Dans le cas où FIV sont subventionnées par la sécurité sociale coût associé est donc de 21 916 nok (17 416 + (3 x 1500)), auquel il faut ajouter l’egenandel.

Dans le cas où elles ne le sont pas, les prix dépendent de la clinique consultée et du type de traitement requis. Des informations se trouvent généralement sur les sites internet, mais à titre d’exemple de l’établissement privé Livio :

  • 1 500 – 2 000 nok la consultation préliminaire
  • Forfait de 35 800 nok pour 1 tentative (forsøk)
  • Forfait de 71 600 nok pour 3 tentatives (forsøk)

Ces prix n’incluent ni le coût lié aux médicaments ni divers coûts possibles supplémentaires tels que la congélation d’embryon.

Quelques considérations à prendre en compte

  • Comme la majorité des traitements médicaux, avoir recours à une FIV est un processus qui peut se révéler fatiguant physiquement et mentalement. Il est donc important de bien s’entourer.
  • En fonction de votre traitement, il se peut que vous ayez besoin de venir plusieurs fois la même semaine à l’hôpital. Par conséquent, vous devez vous assurer de pouvoir vous rendre disponible pour des rendez-vous qui peuvent être planifiés très peu de temps en avance. 

Beaucoup d’informations complémentaires sont disponibles sur :

Circuit court, de saison, en vrac, bio : comment manger plus responsable en Norvège ?

Pour votre santé, par souci pour l’environnement et/ou pour soutenir la production locale, vous avez peut-être cherché à manger « autrement », c’est-à-dire en dehors du circuit traditionnel des grandes surfaces. Après tout, l’offre bio et en vrac a explosé en France ces dernières années, alors qu’en Norvège elle peine encore à décoller.

Les grandes surfaces norvégiennes ont bien un choix (limité) de produits bios, mais ils sont souvent emballés individuellement sous plastique et ont souvent fait le tour du monde avant d’arriver dans nos étalages.

De nombreuses questions peuvent se poser avant l’achat :

  • Est-ce mieux d’acheter en vrac ? Même quand les aliments ont été produits dans des conditions désastreuses et ont fait le tour du monde.
  • Faut-il acheter local (notamment ceux avec le label NytNorge) ? Même s’ils ne sont pas de saison et ont passé des mois dans des réfrigérateurs. 
  • Est-ce que ces fruits bios venant de l’autre bout de l’Europe valent vraiment le coup par rapport au même fruit venant de Hardanger ?
  • Etc.

La réponse à ces questions est laissée au lecteur en exercice 😊. À la place, nous vous proposons une liste de moyens de consommer « autrement ». Sans trop de surprises, il y a beaucoup plus de choix dans la capitale à Oslo. N’hésitez donc pas à nous faire savoir en commentaire si nous en avons oublié.

Dans toute la Norvège

REKO

REKO signifie REttferdig KOnsum (« consommation équitable ») et est sans aucun doute votre meilleur allié. En bref, il s’agit d’un système de précommande de produits directement à des petits producteurs locaux, basé sur des groupes Facebook.

En pratique :

  1. Vous rejoignez un groupe Facebook à côté de chez vous (il y en existe plus d’une centaine en Norvège !).
  2. Avant chaque livraison, les producteurs postent ce qu’ils ont à vendre. Les administrateurs garantissent que ce sont des petits producteurs. À vous de lire les descriptions si vous souhaitez des légumes bios par exemple.
  3. Vous passez commande en laissant un commentaire Facebook ou en contactant directement le producteur.
  4. Vous allez chercher votre commande le jour de la livraison.

Si une bonne partie des producteurs proposent des légumes et des oeufs, on peut aussi y trouver de la viande, des poissons, des fruits, des plats déjà préparés, du miel, etc. L’organisation et le système de commande via des groupes Facebook est légèrement chaotique, surtout dans ceux ayant des milliers de membres et plusieurs dizaines de producteurs.

Les marchés fermiers (« Bondens Marked »)

Sur Bondensmarked.no vous trouverez la liste des marchés fermiers ayant lieu en Norvège (sous une « marque » lancée en 2003). S’ils permettent de pouvoir acheter des légumes et de la viande directement aux producteurs, il y a un petit risque de déception ! Ces marchés n’ont rien à voir avec les marchés de maraîchers que l’on trouve en France. Les vendeurs de viande, de lefser ou de hamburgers de rennes sont souvent bien plus présents que les vendeurs de légumes.

Les magasins « santé »

On trouve dans toute la Norvège des magasins dits « de santé » qui vendent de nombreux produits bios que ce soit entre autres des produits alimentaires, cosmétiques ou d’entretien de la maison. Les enseignes les plus connues sont notamment Life, Sunkost (seulement sur Oslo et alentour) et Kinsarvik Naturkost.

À noter qu’il existe aussi des « Life Foodstore », plus grands, qui vendent au détail des légumes frais bios, des épices, etc.

Les épiceries de quartier

Les épiceries de quartier (magasins avec aussi beaucoup d’alimentation internationale) ont souvent des légumes moins chers qu’en grande surface, avec un choix plus varié, mais qui ne sont quasiment jamais bios ni locaux. Par contre ils ont aussi souvent des olives et des fruits à coque en vrac.

Dyrket.no

Longtemps réservé à Oslo et ses environs, Dyrket.no est un magasin en ligne qui peut aussi livrer à Trondheim, Bergen, Stavanger et Kristiansand depuis août 2020 ! Tous les produits vendus sont bio / équitables et l’offre de ne se limite pas à l’alimentaire. 

Attention, depuis quelques mois ils ne vendent certains produits qu’en grosse quantité (par exemple des paquets de 25 kg de farine ou du kimchi par « unité » de 12 pots, etc.). Cela peut valoir le coup de commander avec des amis pour partager ensuite.

Selvplukk.com

Le site web Selvplukk.com liste un grand nombre de fermes dans tout le pays (bien que principalement aux alentours d’Oslo) où il est possible d’aller y ramasser soi-même les fruits et légumes. Certaines d’entre elles ont aussi une boutique sur place où il est possible d’y acheter leurs légumes. À noter que toutes ne produisent pas du bio.

Andelslandbruk.no

Sur le site Andelslandbruk.no, et particulièrement sur leur carte, il est possible de trouver des fermes qui pratiquent le « Andelslandbruk ». C’est-à-dire des fermes où il est possible de participer à la production avec comme avantage de pouvoir y acheter les légumes à prix réduit (voire gratuitement selon les conditions de chaque ferme).

Une autre bonne ressource pour trouver une ferme près de chez vous qui participe au « andelslandbruk » ou qui vend directement est cette carte des petits marchés (« markedshage ») de 2019. À défaut d’être 100% à jour, elle pourra vous guider dans votre recherche de fermes à proximité de chez vous.

Økoland.no

Okoland.no est probablement le plus gros site web marchand de produits bios en Norvège (à la fois nourriture, produits d’entretien, etc.) et la livraison est possible partout dans le pays. Cette enseigne correspond à la partie grand public de Norganic, un important importateur et détaillant de produits bios qui se retrouvedans d’autres boutiques.

Frittogvilt.com

Le site Frittogvilt.com livre de la viande locale dont les animaux ont été élevés en plein air dans de nombreuses villes de Norvège.

Matfra.no

Ce site web a une sélection (limitée) de fermes dans tout le pays vous permettant de voir leurs produits et de commander en ligne. Par contre, à vous de récupérer directement votre commande chez eux (le temps de transport est indiqué pour chaque producteur).

Via votre propre jardin !

Et oui, pourquoi pas s’y lancer grâce à notre article Des envies de jardinage en Norvège ? Suivez le guide !

Oslo et alentour

La ferme du roi (Bygdø Kongsgård)

Cette boutique est dans notre liste plutôt pour le fun, vu qu’il n’est pas toujours possible de pouvoir acheter des produits (elle n’est ouverte que lors d’événements spéciaux, ou quand le café est ouvert et qu’il y a des produits disponibles). Mais ils produisent des fruits, des produits laitiers et de la viande bio directement depuis Bygdøy ! Difficile de faire plus local.

Oslo Kooperativ

Probablement la meilleure option pour avoir des légumes à la fois bios, de saison, sans plastique et en circuit court ! Le principe de cette coopérative est le suivant :

  • Vous devenez membre à l’année (calendaire).
  • Vous commandez votre panier de légumes au moins deux semaines avant chaque livraison (le contenu n’est pas connu à l’avance).
  • Vous venez chercher vos achats le jeudi de la livraison (il y en a toutes les deux semaines en général).

À noter que :

  • Plusieurs fois dans l’année il est possible d’acheter de la farine, du miel, des œufs, des produits laitiers et de la viande.
  • Vous n’êtes pas obligé de commander à chaque fois !
  • En tant que membre, on vous demande d’être disponible pour aider à la distribution (pour peser les légumes et les donner à ceux qui viennent les chercher) au moins 2 fois dans l’année.

Fersk fisk og skaldyr fra fiskebåtene på Rådhusbrygga i Oslo

Vous voulez du poisson frais et en circuit court ? Rien de mieux que d’acheter directement sur un bateau qui revient de la pêche. Il faut suivre le groupe Facebook pour savoir quand les bateaux seront ancrés à la marina en face de l’hôtel de ville, et qu’est-ce qu’ils ont à vendre.

Dagensmat.no

Comme Dyrket.no, Dagensmat.no est un nouvel entrant sur le marché. La livraison n’était réservée qu’aux entreprises avant la crise du coronavirus, mais maintenant tout le monde peut passer commande. On y trouve énormément de produits (bios), que ce soit des légumes, de la viande ou du poisson.

Les épiceries fines

Toutes les boutiques qui suivent sont un peu difficiles à classer. Certaines vendent uniquement des produits bios, mais principalement venus de l’étranger. D’autres proposent principalement de la vente en vrac. Et surtout, certaines ne vendent des produits que sur une partie limitée de l’espace, le reste étant consacré à un café ou restaurant.

Mølleren Sylvia

Boutique avec un large choix de légumes exclusivement bios, et locaux autant que possible, y compris en hiver. Ils ont aussi des graines, légumineuses, épices et autres, en vrac. Leurs haricots secs proviennent de Suède et leur quinoa de Norvège !

Lokal

Nouveau venu (fin août 2020), cette boutique située à Skøyen se focalise sur les produits locaux et bios. Ils comptent ouvrir de nombreuses boutiques dans les années à venir. Ils font aussi café/restaurant et proposent des horaires d’ouverture larges, une bonne flexibilité pour les consommateurs.

Røtter

Avec 3 boutiques à Oslo et une à Nesodden, Røtter est une importante chaîne de magasins vendant des produits alimentaires et cosmétiques bios.

Ekte vare

C’est une autre boutique connue sur Oslo se focalisant sur les légumes bios et la vente en vrac.

Økohjertet

Ce magasin à Vika à Oslo vend des fruits et légumes bios, ainsi que des baies, de la viande et des produits laitiers. Il propose aussi du « en vrac ».

Landhandleriet

Petit restaurant et épicerie fine dans une vieille maison jaune sur Makrellbekken. Vous y trouverez des produits d’épicerie bio, des légumes frais et des produits secs, ainsi que des gâteaux faits maison.

Nøtteblanderen

Fruits à coque en vrac, mais pas forcément bios. De façon générale, et donc pas particulière à ce magasin, certaines noix ont un bilan écologique discutable (la consommation d’eau pour les amandes notamment) ou un bilan humain discutable (la récolte des noix de cajou).

Skafferiet

Une épicerie fine avec de la viande, des œufs et des légumes bio locaux.

Gutta på Haugen

Une chaîne d’épicerie fine avec de la viande, des œufs et des légumes bio locaux.

Smelters Mathus

Autre boutique avec des produits bios, à Bærums Verk cette fois-ci (un peu en dehors d’Oslo).

Bergen

Reindyrka

Première épicerie entièrement dédiée bio à Bergen.

Råvarene

LE magasin « zéro déchet » sur Bergen, ils ont beaucoup de produits du quotidien (pas forcément alimentaires).

Nøstetorget

Depuis 2016/2017 la vente directe de poissons depuis les bateaux à quai est possible, mais difficile de trouver comment en être tenu au courant. Si quelqu’un de Bergen pouvait nous l’indiquer, ce serait super :).

Halden

Halden Kooperativ

Petite sœur de la coopérative d’Oslo, en devenant membre (cotisation à l’année) il est possible d’acheter des paniers de légumes locaux de saison chaque mois !

Stavanger

Økologiske Dagligvarer

Peut-être la seule boutique sur Stavanger se focalisant sur des produits bios ? Sinon il faudra se pencher sur les fermes aux alentours, avec entre autres Nordland Gård à Sandnes.

Trondheim

Etikken

Un magasin « à but non lucratif »’ avec des produits biologiques et équitables, de la nourriture, des boissons, des articles ménagers naturels, des produits de soins corporels, etc. Ils ont aussi une boutique en ligne.

Lokalmatportalen.no

Un peu comme Matfra.no, mais pour chaque produit il faut voir s’il est possible de se faire livrer par le producteur ou aller le chercher ! Et à priori tous les producteurs sont de Trondheim et sa région.

Trondheim Kooperativ

Dans la même veine que Oslo Kooperativ et Halden Kooperativ, il est possible de devenir membre à l’année pour ensuite pouvoir acheter des paniers de légumes garantis bios, locaux et de saisons.

Tromsø

Eide handel

LA boutique pour acheter des produits locaux à Tromsø.

Lefsekjerringa

On sort un peu des les légumes et de la viande mais si vous aimez les lefser, vous devez connaître ce producteur locale du Nord-Norge !

Tønsberg

Bare vare

Premier magasin « en vrac » à Trønsberg, Anne-Sophie y a consacré un article sur un blog site : Bare Vare : boutique de vente en vrac à Tønsberg.

Remerciements

Merci à Axel, Gabrielle et Nicolas pour la relecture de cet article, ainsi qu’à Marion, Ludivine et Stéphanie pour les informations sur les villes autres qu’Oslo !

Portrait de Mylène, de chirurgien-dentiste à gérante d’un café à Fredrikstad

Mylène est bien connue parmi les Français dans le Østfold. Le café dont elle est la gérante à Fredrikstad, Café Cicignon, est non seulement un des cafés les plus « koselig » de la ville, mais c’est aussi un lieu de rencontre parmi les Français de la région.

Pourtant, rien ne la prédestinait à faire ce travail : avant de s’installer en Norvège, Mylène était chirurgien-dentiste à l’international ! Aperçu de ce parcours atypique dans cet entretien.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu venue en Norvège ?

Mylène : La première fois que je suis venue en Norvège, c’était il y a un peu plus d’une trentaine d’années. J’avais 19 ans et je rêvais de voir le soleil de minuit. J’ai donc fait un travail d’été pour financer mon premier voyage jusqu’au Lofoten, où je suis venue avec une copine.

20 ans plus tard, j’ai retrouvé mon carnet de voyage dans une malle. Quand je l’ai relu, je me suis aperçu que le premier endroit où j’ai posé le pied en Norvège, et où j’ai passé ma première nuit au camping, était Fredrikstad ! Il se trouve que 20 ans plus tard, j’allais avoir mon fils dans cette même ville, improbable !

Thomas : Que faisais-tu avant de t’installer en Norvège ?

J’ai d’abord été dentiste pour The American Medical Center (AMC). Au début dans la clinique à Moscou, puis à celle de Prague pour y ouvrir leur poste de chirurgie dentaire.

Après quelques années, j’ai déménagé à Paris pour y ouvrir mon propre cabinet dentaire aux Batignolles avec ma meilleure amie. J’y ai rencontré, à la Comédie Française, le frère d’un de mes amis, un Français qui est devenu mon compagnon (mais dont je suis désormais séparée) et qui vivait déjà à Fredrikstad depuis longtemps. Nous avons commencé une relation à distance pendant 4,5 ans entre Paris et Fredrikstad.

Il faut savoir que je suis passionnée par l’Europe de l’Est, ayant des racines familiales polonaise et ukrainienne, en plus de française. J’ai appris le russe en première langue étrangère et aie eu un coup de foudre pour la culture russe, la littérature, l’opéra, la danse.

De plus, Paris étant mon second amour après la Russie, il m’était impensable de venir habiter à Fredrikstad. Finalement, à un moment, j’ai voulu être maman … et j’étais enceinte lorsque j’ai déménagé. C’est alors que Fredrikstad est devenu ma nouvelle vie ! Déménager en Norvège a donc été un très gros changement de carrière, et de vie !

Tu n’as donc jamais été dentiste en Norvège ?

Non, je ne l’ai jamais été. Je suis arrivée déjà enceinte et comme le père de mon enfant voyageait tout le temps, mon bébé est devenu ma priorité. N’ayant pas de famille à Fredrikstad, j’ai décidé de me consacrer à mon fils et l’ai élevé à temps plein pendant 3 ans.

Étant donnée la différence de culture, n’a-t-il pas été difficile de te retrouver dans une ville où tu ne connaissais personne, avec un nouveau-né ?

Je me suis pris des vents avec des Norvégiennes de temps en temps, c’est sûr. Si un Norvégien s’installe dans mon village natal (une petite merveille du sud-ouest qui s’appelle Lauzun), les habitants vont tous venir lui poser des questions (« Est-ce vrai que vous mangez tout le temps du saumon ? », etc.), ils vont être curieux. Mais ici, les gens n’ont pas cette curiosité.

Ce qui est bien à Fredrikstad cependant, c’est qu’il y a beaucoup de couples mixtes, surtout à l’époque de mon arrivée, et donc d’autres étrangers qui sont venus par amour. Cela m’a permis d’avoir des amies australienne, russe, africaine, etc.

Avec les Norvégiens, cela m’a pris plus de temps. Mais à partir du moment où une personne connaît quelqu’un qui me connaît, c’est plus facile, car les gens me situent. Maintenant je suis très gâtée et j’ai des relations avec des Norvégiens formidables.

Est-ce qu’avoir un enfant a aidé à l’intégration ?

Oui, avoir un bébé a également aidé pour me faire des relations avec les Norvégiens, car il y a de nombreuses activités sociales autour des enfants. Le mois de décembre est notamment épuisant du fait de ces activités ! L’enfant est ici au cœur de la société, pour le meilleur. Mon fils ne se voit pas déménager en France.

Étant donné ta carrière professionnelle de dentiste, comment t’es-tu lancé en cuisine ?

Je suis restée à la maison jusqu’à ce que mon fils ait 3 ans. Quand mon fils a commencé à aller au jardin d’enfants, j’aurais pu valoriser ma carrière internationale de dentiste, mais j’ai décidé à la place d’essayer de vivre de ma passion (qui devenait presque obsessionnelle) pour la pâtisserie. Je fais partie des personnes qui pensent qu’il vaut mieux mourir avec des remords que des regrets. J’avais 42 ans et j’ai préféré essayer avec le risque de me planter plutôt que de ne pas essayer.

Pour nous qui sommes, au départ, des amateurs, l’accès au domaine semi-professionnel en pâtisserie s’est ouvert grâce aux boutiques, émissions de télévision ou blogs. Ce monde qui était réservé aux professionnels compte maintenant des personnes qui sont en quelque sorte des intermédiaires, c’est-à-dire des gens qui ne sont pas du tout du métier, mais qui ont osé s’y mettre.

Je me suis éduquée toute seule, notamment grâce à Pierre Hermé. J’ai une centaine de livres de pâtisserie chez moi, mais ce que j’aime beaucoup chez lui particulièrement c’est qu’il a une démarche scientifique et qu’il donne toutes les étapes, explications et astuces à savoir pour s’améliorer.

Comment es-tu devenue gérante de Café Cicignon ?

L’image que j’avais des cafés à Fredrikstad était celle d’endroits peu accueillants où l’on trouvait tout le temps les mêmes gâteaux industriels. Le Café Cicignon a été ouvert un jour par une dame norvégienne et je suis tombée amoureuse du local. Quand j’ai vu qu’elle faisait la pâtisserie elle-même, je suis allée la voir et lui ai dit (avec mon norvégien approximatif) que ce qu’elle faisait était formidable. C’est alors qu’elle me demande « Es-tu Mylène ? ».

Il se trouve que les gens qui venaient manger chez moi trouvaient que je cuisinais bien, et me passaient des commandes de gâteaux et de chocolats. Je n’en faisais pas énormément, mais une amie de cette dame m’avait déjà passé commande et lui avait parlé de moi. Elle m’a donc proposé de la rejoindre comme employée.

Six mois plus tard, elle était malheureusement en difficulté et a mis en vente le café. Elle m’a supplié de l’acheter, mais je n’y songeais pas vraiment. Une semaine plus tard, elle tombe d’une échelle et se retrouve aux urgences. Je me suis donc retrouvée à gérer en urgence le café avec une autre jeune fille. Après 2-3 mois, le café n’était toujours pas vendu, et l’idée a commencé à germer en moi. Puis un jour, une personne très intéressée pour reprendre le café est venu et c’est alors que je me suis sentie « agressée » et que j’ai décidé de le racheter. C’était il y a 8 ans.

Gérer un café est une activité prenante, aucun regret ?

J’ai adoré travailler au café à temps plein, mais il y a un peu plus de 2 ans, j’ai ressenti un besoin intellectuel et j’ai eu besoin de faire quelque chose d’autre. J’avais donc décidé de mettre en vente le café pour passer à autre chose, sans savoir quoi. C’est alors qu’au même moment, l’école internationale de Fredrikstad m’a offert un emploi de professeur en « Mat & Helse », en anglais. J’enseigne maintenant des modules tels que « la nourriture et la santé » (que je combine avec des principes de chimie et molécules), « la nourriture et l’agriculture » (incluant les conséquences de l’agriculture intensive ou de la production d’huile de palme) et « la nourriture et la culture » (par exemple l’histoire du chocolat ou Marco Polo).

J’ai aussi vendu la moitié des parts du café à une amie. J’y travaille maintenant seulement 3 fois par semaine et lors des évènements (soirées privées, concerts, anniversaires, etc.). Et je travaille petit à petit sur un livre de cuisine, mais sa sortie n’est pas pour tout de suite !

Comment la situation du COVID-19 a-t-elle affecté le café ?

Nous avons été fermés 7 semaines et j’ai vraiment cru que ça allait tuer le café, j’imaginais déjà les premières de couvertures avec ce titre. Au début, nous avons essayé de rester ouverts, mais nous nous sommes fait attaquer sur les réseaux sociaux par une personne qui considérait que certains restaurants et cafés ne faisaient pas leur part du « dugnad », et appelant à notre boycott. Il valait mieux être au chômage technique (permittert) que d’être ouvert et de ne pas avoir de client donc nous avons fermé.

Comme nous sommes une petite structure, nous avons reçu très peu d’aide de l’État. Donc 7 semaines avec quasiment aucunes aides et aucun revenu, ça a été très dur. Pour notre réouverture le 1er mai, un journaliste de NRK est venu une demi-heure avant l’ouverture du café (il n’était jamais venu au café, mais trouvait que notre page Facebook était sympa, avec des photos différentes par rapport aux autres cafés), et nous avons fait une interview en direct à la télévision (début à la 53e minute) ! Ça tombait très bien, car j’avais fait beaucoup de gâteaux pour la réouverture du café.

Suite à cette interview, beaucoup de gens sont venus, et le mois de mai 2020 aura été notre meilleur mois. Nous avons aussi eu beaucoup plus de tips que d’habitude et des petits mots de soutien. J’ai même un voisin qui est venu repeindre la porte bénévolement. 

Y a-t-il eu d’autres évènements particuliers qui ont marqué la vie du café ?

Le lendemain des attaques du Bataclan, j’ai trouvé 3 bouquets qui pendaient à la porte. Même si les Norvégiens n’expriment pas beaucoup leurs émotions, j’ai dû créer un petit autel devant la boutique pour qu’ils puissent avoir un endroit où adresser leur compassion.

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège ?

Je pourrais te citer plein d’endroits que j’aime en Norvège, mais mon endroit préféré est Hardangerfjord. J’y ai passé une semaine l’année dernière avec mon fils pendant les vacances. Nous avons logé dans une petite maison en rondins au bord de l’eau, et ces images de vergers au bord du fjord sont justes merveilleuses.

Verger à Hardangerfjord, photo par rheins

Le droit du travail norvégien. Qui consulter en cas de problème ?

Le droit du travail norvégien, personne ne s’y intéresse jusqu’à ce que certains soucis surviennent. Cet article n’a pas l’ambition de répondre à des cas particuliers mais d’informer sur les bases du droit du travail norvégien qui a ses propres règles et ses instances à contacter en cas de problème. 

  1. Quelques différences importantes avec la France (liste non-exhaustive): 
  • En Norvège il n’y a pas d’âge minimum pour travailler, c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a des enfants en Norvège du nord qui coupent les langues de cabillaud tous les hivers et se font un petit pactole. 
  • Il n’y a pas non plus de salaire minimum en Norvège, car celui-ci est dicté non pas par le Code du travail (Arbeidsmiljøloven) mais par les conventions collectives (Tariffavtale), avec un salaire minimum par branche. Voir ici pour le salaire minimum par branche. Le souci c’est quand une entreprise n’a pas adhéré à une convention collective, alors elle est uniquement tenue de respecter le Code du travail. 
  • Les Prud’Hommes n’existent pas sous la même forme en Norvège. Les institutions de l’État (comme par exemple l’Inspection du travail – Arbeidstilsynet) restent en général neutres et ne peuvent pas prendre parti mais elles peuvent faire des enquêtes (voir plus bas).
  • Les syndicats ont une toute autre place dans le milieu du travail en Norvège. En France 17% des employés sont syndiqués tandis qu’en Norvège on est à environ 50%. C’est donc beaucoup plus élevé, mais vous aurez remarqué que les Norvégiens font rarement grève. Peut-être un signe que leur voix est entendue et les conditions de travail négociées et n’arrivent que très rarement au conflit ouvert. 
  • Les améliorations de conditions de travail, augmentations salariales etc. sont négociées entre l’État, les syndicats d’employés et les syndicats de patrons. Ces négociations dites centrales se font annuellement et ont des répercussions sur les négociations locales opérées dans chaque branche, et même chaque entreprise.
  1. Les règles qui régissent vos droits et devoirs au travail
  • Le Code du travail – Arbeidsmiljøloven

La loi du travail norvégienne existe en anglais (!), il est possible de la consulter sur lovdata.no (registre de toutes les lois norvégiennes, accessible sur internet).

C’est une longue loi, comme vous pouvez vous imaginer, donc je ne vais pas la détailler ici, mais en gros cela explique les règles concernant les horaires de travail, les vacances, les droits et devoirs des employés et employeurs, les règles de préavis, etc.

Une chose est essentielle à savoir: en cas de conflit entre un contrat de travail et le Code du travail (un contrat par exemple qui donne à ses employés d’avoir des conditions pires que celles écrites dans la loi), alors c’est toujours la loi qui prime. Un employeur peut donner plus de droits et de meilleures conditions que mentionnées par le Code du travail mais pas des conditions pires. Dans ce cas c’est le Code du travail qui prime. Un exemple: si votre employeur requiert que vous n’ayiez droit qu’à 2 semaines de congés payés par an alors que le Code du travail en donne plus, le contrat n’est pas valide. 

  • La convention collective – Tariffavtale

La convention collective contient les règles particulières du droit du travail applicable à un secteur donné. Elle est négociée par les organisations syndicales représentatives des salariés et les organisations ou groupements d’employeurs (en Norvège il y en a deux principales: NHO et Virke). Elle peut être complétée par une “særavtale”, une convention spécifique à l’entreprise en particulier ou même à une question importante pour les employés. Par exemple vous travaillez dans un supermarché, il y a une convention collective pour toute la branche des supermarchés signée par votre employeur, et une convention spécifique sur les compensations durant les voyages de travail car votre supermarché vous oblige à voyager en Scandinavie pour faire des achats (exemple fictif). Attention, une entreprise n’a aucune obligation de signer une convention collective, et de nombreuses essaient de l’éviter à tout prix car cela veut dire qu’elles doivent par la suite donner plus de droits en employés, comme des augmentations salariales régulières et collectives, des avantages en nature comme le téléphone et l’internet.

  1. À qui parler en cas de problème?
  1. Les syndicats – Fagforening

En cas de problème lié aux questions de droit du travail, de salaire, de vacances payées, préavis (relevant du Code du travail), ou de problème/question lié aux principes inclus dans la convention collective, il est conseillé d’en parler à votre représentant syndical. Le délégué syndical peut dialoguer directement avec l’employeur et pourra défendre vos droits, avec le soutien en amont du syndicat duquel vous êtes membres. Encore faut-il être syndiqué, me direz-vous. Il y a un gros risque, surtout en ces temps surchargés pour les syndicats, que votre délégué syndical ne prenne pas le temps de vous aider si vous n’êtes pas membre. Inutile donc d’attendre qu’un problème survienne pour vous syndiquer (il faut payer une cotisation en fonction de son salaire tous les mois). En général les syndicats ont aussi une heure gratuite avec un avocat du travail voire un suivi juridique gratuit en cas de litige avec l’employeur. Se syndiquer est commun en Norvège, et en général on choisit soit le syndicat correspondant à son poste/éducation (ingénieur, juriste, universitaire etc.) soit le syndicat qui a le droit de négociation dans l’entreprise. Je conseille personnellement la seconde option (renseignez-vous auprès de vos collègues) car le syndicat en question aura alors beaucoup plus de poids dans un possible litige et les syndicats. Les délégués syndicaux peuvent aider sur les questions de salaire, de discrimination, de demande de meilleurs avantages (téléphone payé, fleksitid etc.). 

Certaines structures n’ont pas de délégué syndical si l’entreprise n’a pas signé de convention collective. Alors vous devez vous syndiquer dans votre coin ou tenter de les pousser à en signer une, comme les cyclistes de Foodora l’ont fait l’année dernière. Pas la peine d’être en grève, la plupart du temps un certain pourcentage de l’entreprise étant syndiqué peut convaincre l’entreprise de signer.

  1. Verneombud

Le ou la « Verneombud » est un représentant des salariés, dont la tâche est de veiller au bon environnement de travail des employés. Toute structure de plus de 10 employés a obligatoirement un Verneombud sinon l’employeur est dans l’illégalité. Son rôle est de s’assurer que la sécurité, la santé et le bien-être des employés sont pris en compte conformément aux dispositions de la loi. Par exemple cela peut concerner l’aération ou le bruit sur le lieu de travail, la sécurité des machines mais aussi la santé mentale. En cas de conflit personnel entre un-e employé-e et un-e chef-fe le Verneombud fera office de médiateur. Cette personne ne peut pas négocier les salaires. Voir ici pour les différences de rôles entre Verneombud et délégué syndical. 

  1. Inspection du travail – Arbeidstilsynet

L’inspection du travail est une agence gouvernementale qui fait partie du Ministère du travail et des affaires sociales. Leur mission est de veiller à ce que ces lois spécifiques sont appliquées: le Code du travail, la loi sur les vacances, et la loi sur les vacances annuelles ainsi que sur les jours fériés. Et que le public ait accès à l’information nécessaire sur ces lois. L’inspection du travail ne prendra pas votre parti dans un conflit avec un employeur, par contre elle a comme mission de faire respecter ces lois, et donc si vous donnez des informations sur un employeur, elle a le pouvoir de forcer l’employeur à se conformer aux lois par un avertissement, une amende, une fermeture des opérations ou une plainte à la police selon la gravité de l’affaire. Voici la page pour prendre contact. Elle a comme mission de répondre aux questions donc en cas de doute sur une loi du travail appelez-les et vous aurez des juristes spécialisés en droit du travail qui répondront gratuitement à vos questions.

Leur site est une mine d’or d’informations sur le droit du travail en Norvège, en anglais, polonais et norvégien, à lire avant de les appeler.

  1. Finanstilsynet

L’Autorité de surveillance financière de Norvège est une agence gouvernementale chargée de la surveillance des sociétés financières en Norvège, sur la base de la loi et des réglementations du parlement, du Ministère norvégien des Finances et des normes comptables internationales. Par exemple si votre employeur ne paie pas votre retraite, vous pouvez envoyer un mail à Finanstilsynet qui leur enverra un courrier et récoltera les informations pour s’assurer que l’employeur est en règle, et éventuellement le forcer à le faire.

  1. La police

En cas de violation grave d’une loi, la police doit être impliquée et dans certains cas peut mener à l’emprisonnement des personnes fautives.

Portrait de Bruno, professeur de guitare à Oppdal et pêcheur à la mouche

Beaucoup en rêvent, Bruno et sa famille l’ont fait : ils ont vendu leur maison en France pour venir s’installer en Norvège ! Heureusement, ils étaient bien préparés, mais leur installation n’a pas été de tout repos.

Thomas : Quand et pourquoi es-tu venu en Norvège ?

Bruno : Il y a une vingtaine d’années, je travaillais dans des écoles de musique comme prof de guitare à Angers. Mon patron m’avait montré des photos de ses vacances et je me souviens avoir été frappé par la beauté des paysages, dont un plateau tout enneigé en plein été. C’était en Norvège. Le soir même, j’ai vendu notre voiture pour acheter son van aménagé « rustique » ! Je ne savais même pas où situer la Norvège sur une carte, mais c’était un coup de coeur !

À partir de cet instant, nous avons passé toutes nos vacances d’été en Norvège ! Le seul changement est que l’on a fini par troquer le van aménagé par un modèle plus grand puis par un camping-car au fur et à mesure que nos deux filles grandissaient. Toutes ces vacances nous ont permis de connaître la Norvège presque sur le bout des doigts.

Quand nos deux filles sont parties du foyer familial pour continuer leurs études, il y a environ 3 ans, nous avons décidé avec ma femme, Emmanuelle, de faire le grand saut et de déménager en Norvège.

Comment s’est déroulée votre installation ?        

Nous avons préféré être prudents. Emmanuelle enseignait dans un collège d’Angers en tant que professeur d’anglais. Elle a commencé par chercher un travail à distance. Au bout de 2 ans, elle a trouvé un poste à durée déterminée (vikariat) de prof d’anglais et espagnol, dans le Telemark. Je lui rendais régulièrement visite, et quand j’étais en France je commençais à vendre nos affaires, y compris notre maison pour pouvoir s’installer « correctement » ici.

Finalement, Emmanuelle a trouvé un poste d’enseignante d’anglais et d’espagnol à durée indéterminée à Oppdal. Ça tombait bien, car c’était une région que nous connaissions bien, qui est très propice à la pêche à la mouche, ma grande passion, presque aussi grande que celle de la musique. De plus, nous avions déjà des amis dans le coin que l’on avait connu pendant nos vacances d’été.

La dernière chose que j’ai vendue a été notre camping-car. C’est quand même assez grand et ça passe moins inaperçu. Nous avons acheté un van en Norvège que l’on a fait aménager en France et qui nous a permis de déménager ici. Il nous sert de voiture quotidienne, et comme transport pendant tous nos voyages. Aucun regret !

L’intérieur du van. Notez que Thomas a pris cette photo sans crier gare 🙂

Racontée comme ça, notre installation peut paraître facile, mais Emmanuelle a quand même envoyé 400 candidatures sur une période de 2 ans ! Quant à moi, j’ai gardé une clientèle française pour mes cours sur Skype, mais je travaille encore à développer une clientèle norvégienne.

Bien qu’Oppdal compte 7 000 habitants, cela reste une petite ville en pleine campagne. Le dépaysement n’est-il pas trop dur ?

Au début, nous avions loué une maison, comme celle que nous avions à Angers, mais elle était éloignée de la ville et la neige en hiver bloquait tout… Nous avons alors décidé de vivre en centre-ville. Durant nos recherches, nous sommes tombés amoureux d’un appartement que l’on a pu s’acheter. Petit bonus sympathique, il est au dernier étage et nous avons vue sur le massif de Dovrefjell !

Oppdal est une petite ville, certes, mais nous avons été agréablement surpris par son atmosphère. Il y a une salle de concert d’une grande qualité et des musiciens d’un très bon niveau qui y jouent. Il faut savoir que l’on y trouve « la » station de ski alpin de Trondheim, et elle rapporte de l’argent que la commune a su utiliser intelligemment pour améliorer le cadre de vie.

Nous avons aussi une très bonne boulangerie, Bakeriet SPRØ, où travaille un Français (ça ne s’invente pas).

Oppdal observé depuis la montagne Almann (Par Håvard Berland)

La nature autour d’Oppdal est magnifique. On trouve le massif du Dovrefjell plus au sud, le seul endroit de Norvège où l’on peut voir des bœufs musqués. À Hjerkinn, je conseille aussi une autre route, à partie de la route 26, une piste payante, mais une des plus belles selon moi.

Einunndalen est une piste avec un décor minéral magnifique. Le camping sauvage y est interdit pour préserver la nature. Pour ceux qui aiment la neige, l’hiver ici est exceptionnel. D’ailleurs beaucoup de mushers vivent dans cette région.

Tu as dit que vous aviez déjà des amis sur place ? Comment les as-tu rencontrés ? Est-ce des Norvégiens ?

Nous nous sommes fait des amis lors de nos nombreuses vacances d’été en Norvège. J’ai rencontré des gens en plein milieu de la rivière assez souvent et par d’autres intermédiaires. Je me souviens un jour à Tromsø, une amie nous a invités à un concert ou nous avons fait aussi le service (elle tenait un restaurant) et nous avons rencontré de super musiciens de jazz dont un qui est resté un copain et, ce n’est pas banal, qui est aussi passionné de nature et de pêche a la mouche…

Depuis que nous sommes installés pour de bon, Emmanuelle a rencontré des gens via ses collègues. Ils organisent des sorties ensemble, par exemple dans la montagne (Fjelltur), mais ça reste entre eux.

Nous avons rencontré d’autres personnes via une de ses collègues serbes. Parfois, ça ne se joue pas à grand-chose ! On se retrouve maintenant souvent. La majorité vient de Serbie justement, mais nous avons une culture assez similaire. Pour les Norvégiens, je dirais plus que nous avons des relations plus que des amis. Un dentiste, serbe aussi, m’a dit qu’en tant qu’étranger ici, tu auras beau tout comprendre il y aura toujours une petite barrière dans la langue.

Peux-tu m’en dire plus sur ton activité de professeur de guitare en Norvège ? Comment ça se passe en ligne ?

Je suis professeur de guitare classique depuis plus de 30 ans et j’ai commencé à enseigner via Skype en 2016. J’enseigne, et je joue, tout type de style, mais mon style préféré est le brésilien, j’ai d’ailleurs publié une 10ène de livres à ce sujet !

Pas mal d’élèves français m’ont  suivi  de France grâce à Skype, mais j’ai aussi des Français vivant en Norvège. Ils me disent ne pas avoir perdu au change, surtout dans ces temps de corona. Je commence doucement à essayer d’attaquer le marché norvégien, il fallait d’abord que ma maîtrise de la langue soit suffisamment bonne. La semaine dernière, j’ai eu un article dans le journal local et je viens juste de lancer mon site web, guitarama.no, en norvégien.

Si tu habites dans une région incontournable pour la pêche à la mouche, ce n’est pas un hasard. As-tu des conseils pour ceux qui veulent s’y mettre ?

J’ai toujours été passionné de ce sport. Je passe mon temps à arpenter les rivières en été et à monter les mouches en hiver. En Norvège, on pêche essentiellement de la truite, de l’ombre et du brochet. À noter que je relâche toujours les poissons.

Il suffit d’acheter un permis en magasin de sport, mais maintenant c’est surtout par SMS : tu envoies un code par SMS indiqué sur le panneau à côté de la rivière et tu es débité sur ta facture de téléphone, vive la Norvège !

Tout le monde peut s’y mettre avec le bon matériel. Les rivières de la région s’y prêtent particulièrement. Mais prendre un guide au début est une très bonne idée, y aller avec quelqu’un qui s’y connait permet de mieux en profiter. Et adhérer à un club de pêcheurs à la mouche pour avoir des cours de lancer donnera en plus une petite partie sociale !

Il m’arrive de pêcher en mer aussi, mais depuis le bord. Je me suis déjà fait quelques frayeurs en bateau sur une mer agitée et je n’ai pas envie de recommencer.

Bonne idée d’équipement : un pantalon Gore-Tex

Pour finir, quel est ton endroit préféré en Norvège, et pourquoi ?

D’habitude, je n’aime pas les villes, mais j’aime vraiment beaucoup Alta. Il y a une ambiance particulière, avec une forte culture samie. Un vieux guide du routard disait « passez votre chemin », mais ce serait dommage. Ils ont reconstruit le centre-ville de toute pièce il y a quelques années. La nouvelle cathédrale date d’il y a deux ans, elle est tout en acier et c’est magnifique.

La cathédrale d’Alta (Par Svein-Magne Tunli)