Portrait de Nathan, en roue libre du Gard au Cap nord

Nathan Pigourier a 29 ans, il vient du Gard et est passionné de vélo et de grandes causes. La vie, la route et les tempêtes ne lui font pas peur, sinon pourquoi aurait-il décidé de remonter la Norvège en vélo, seul, en plein hiver?

Quand et pourquoi es-tu arrivé en Norvège?

Je suis arrivé en Norvège le 19 décembre 2021 en vélo, après avoir traversé 7 pays : la France, la Suisse, le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, et le Danemark. Je suis parti du Gard le 2 novembre donc cela fait un mois et demi que je suis en Norvège. Mon projet est de parcourir à vélo la distance de chez mes parents dans le Gard au Cap Nord. Mon parcours en Norvège a commencé à Kristiansand, à l’arrivée du bateau depuis Histshals au Danemark. J’ai ensuite pédalé sur la côte sud puis sur toute la côte ouest de Stavanger à Bergen puis encore plus au nord vers Trondheim, Bodø, les îles Lofoten. En ce moment je suis à Sortland dans les Vesterålen et je pars demain vers Harstad pour ensuite continuer vers Tromsø, Alta puis le Cap nord.

Pourquoi as-tu décidé de faire ce périple?

Je voulais faire un périple en vélo en hiver en conditions difficiles. Je voulais aussi voir des aurores boréales. Et en parallèle je voulais aussi que ce voyage serve à faire une collecte de dons pour la recherche sur la sclérose en plaques. Donc c’était important de faire un voyage un peu difficile pour pousser les gens à donner. Si j’étais allé en avion à Barcelone, pas sûr que cela aurait incité les gens à contribuer.

Pourquoi avoir choisi la recherche sur la sclérose en plaques?

Quand j’ai commencé à faire du vélo il y a deux ans, en France, je demandais aux gens de mettre la tente dans leur jardin. La première famille qui m’a accueillie comptait une personne qui avait une sclérose en plaques. Je me suis renseigné et j’ai vu qu’il y a beaucoup de gens qui ont cette maladie dans le monde, mais personne n’en parle. Beaucoup de jeunes l’attrapent entre 25 et 35 ans donc j’avais envie de donner de la visibilité à cette cause et rapporter de l’argent pour faire avancer la recherche.

J’ai contacté la fondation ARSEP – Aide à la recherche sur la sclérose en plaques et ils m’ont crée une cagnotte sur helloasso. Là j’ai récolté 31 000 euros jusqu’à présent. Je visais 2 400 euros dont on est bien au-dessus de tout ce que j’avais imaginé. Souvent les gens qui m’hébergent me donnent un peu d’argent, mais je reverse tout dans la cagnotte. Je n’ai pas besoin de grand-chose pour vivre pendant ce voyage.

Décris-moi ton quotidien ?

Impossible à décrire. Ça change tous les jours. Des fois je dors en tente dehors par -12 degrés donc je dois prendre le temps de sortir de mon duvet, manger, etc. et ça prend du temps. Après je pédale quel que soit le temps. Souvent je suis invité chez des gens qui me contactent au travers de ma page Facebook « Nath en roue libre ».

Je toque souvent chez les gens pour dormir dans leur garage si je ne connais personne sur ma route. J’ai rencontré plein de gens qui avaient le cœur sur la main.

Le plus dur, le plus merveilleux?

Le plus merveilleux : voir des gens qui se mobilisent, pour donner pour une maladie, ça me fait chaud au cœur de voir le montant. C’est la partie impalpable du voyage, je ne fais pas ça pour rien. Le soutien de tous les gens qui me suivent est aussi incroyable.

Les gens que je rencontre sont super sympas, j’ai eu des cadeaux de Noël, des nuits d’hôtel, et en Norvège les paysages sont incroyables. Autant en Belgique, aux Pays bas, en Allemagne c’était monotone au niveau des paysages. Mais la Norvège j’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies. Les couleurs, les lumières…

Le plus dur c’est les tempêtes. J’ai eu des tempêtes de pluie en continu, des averses, du vent de face à 100 km à pédaler sans avancer sur du plat. Tempêtes de neige. Tempêtes de grêle. J’ai eu des problèmes mécaniques par –14 degrés. Entre Trondheim et Bodø, chaque jour était difficile pour des raisons différentes. Je crois qu’en fait le pire c’est le vent!

Tu as bien préparé ton voyage, mais quelles surprises as-tu eues ?

Je savais que j’aurais beaucoup de ferries. Mais je ne savais pas que certains étaient fermés l’hiver. Je pensais pouvoir aller à Tromsø par les ferries passant par Senja, mais je me suis rendu compte que ce bateau ne fonctionne qu’en été. Là je vais devoir prendre le bateau de Harstad à Tromsø puis continuer en vélo. Puis vers Alta. Puis Oldefjord, Honningsvåg puis Cap Nord.

Je ne m’attendais pas à autant de tempêtes, apparemment c’est une des pires années au niveau des tempêtes.

Je pensais que je verrais plus d’aurores boréales, mais il faisait si gris. Je ne perds pas espoir d’en voir! Pour l’instant je n’en ai vu qu’une petite.

Comment peut-on contribuer à notre manière ?

Si vous connaissez des gens entre Tromsø et le Cap Nord pas trop loin de la E6 je serai ravi de dormir là. Si vous voulez contribuer au projet et faire un don pour la collecte, ça serait super.

Quels sont tes projets quand tu auras terminé ton périple?

Passer 5 mois chez mes parents pour écrire des livres sur mon voyage que je viens faire. Après je repartirai pour un nouveau voyage en vélo. J’ai écrit trois livres déjà : un sur le tour des Alpes en vélo, et deux tours de France. Les deux derniers font autour de 350 pages. Je pense en écrire un sur le voyage dans les 7 pays avant d’arriver en Norvège, puis un juste sur la Norvège. Peut-être même un livre de photos. Je dois rentrer, écrire et voir ce que je fais avec tout le matériel.

Comment finances-tu ces voyages en vélo?

Le plus gros investissement c’est le matériel, surtout pour un voyage en hiver en Norvège. Mais à part cet investissement je n’ai pas de frais. Je dors chez les gens et dans ma tente. Les gens me donnent souvent à manger. Sinon pour les autres frais quand il y en a, je vends des livres, et j’ai mis des sous de côté quand je travaillais.

Quel est ton endroit préféré en Norvège et pourquoi ?

Tout change tout le temps, à chaque kilomètre. Il y a tellement de diversité des paysages en Norvège, avec la météo, les températures, la lumière. J’ai fait 14 jours entre les Pays bas et le Danemark, mais ici en 5 km je vois 1000 fois plus de trucs jolis qu’en 14 jours là-bas. À vélo j’ai pris le temps d’y aller tranquille. J’aime beaucoup les montagnes donc si je devais choisir un endroit préféré ce seraient les îles Lofoten.

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